Intelligence Artificielle – Attaque https://attaque.noblogs.org Chronique de la guerre sociale en France Thu, 06 Aug 2026 16:39:53 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Portland (USA) : Une balade de minuit espiègle https://attaque.noblogs.org/post/2026/08/06/portland-usa-une-balade-de-minuit-espiegle/ Thu, 06 Aug 2026 16:32:06 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63532 Continuer la lecture ]]> Rose City Counter-Info / lundi 3 août 2026

L’autre nuit, un groupe d’ami.es s’est réuni pour une soirée amusante et aventureuse. Inspiré.es par la récente annonce de Camover [voir ici ; NdAtt.], nous sommes sorti.es semer un peu le chaos contre l’État de surveillance.

Nous avons flâné dans le Central Eastside, qui a été transformé en un quartier « branché », pour la vie nocturne des yuppies. Des tags autorisés (pardon, de l’« art de rue ») recouvrent les murs qui étaient autrefois vivants et intéressants. La sécurité privée rôde, s’assurant que personne ne traîne trop longtemps devant tel studio de design ou telle brasserie haut de gamme. Les caméras sont partout – sur chaque immeuble, elles regardent chaque ruelle et chaque fissure, en clignotant et en observant, en silence.

Nous nous en sommes pris principalement aux caméras qui se trouvaient le long des allées très fréquentées et dans des endroits où les gens aiment traîner et camper. Nous les avons atteintes avec des ballons de baudruche remplis de peinture (ce qui s’est avéré difficile et peu pratique), nous avons grimpé pour pulvériser de la peinture en spray sur leurs lentilles et les avons cassées en morceaux avec des marteaux. Au cours de la nuit, nous sommes tombé.es sur trois tourelles équipées de caméras, de marque LVT [Live View Technologiesvoir ici pour plus d’infos et ici pour une attaque précédente ; NdAtt.] – celles avec des lumières bleues clignotantes. Nous les avons mises hors service toutes les trois, en détruisant les panneaux solaires avec des pierres et des marteaux et en recouvrant l’une d’entre elles avec un peu de peinture. Tout au long du parcours, nous avons posé des tags contre la surveillance, comme « Tuons les caméras de surveillance » et « Chaque caméra est un objectif » .

Dans l’ensemble, ça a été un moment joyeux, plein de bêtises, et certainement on le reportera.

PS : Est-ce que quelqu’un.e veut essayer de battre notre record de trois tourelles de caméras en une seule nuit ?

 

Note d’Attaque : les compas de Puget Sound Anarchists ont relié cette revendication, l’accompagnant de ces photos de tourelles LVT récemment vandalisées, sans être sûrs qu’il s’agisse de celles dont il est question dans le texte. En tout cas, ça montre ce que sont ces tourelles.

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Leipzig (Allemagne) : Leur infrastructure dans le viseur https://attaque.noblogs.org/post/2026/07/26/leipzig-allemagne-leur-infrastructure-dans-le-viseur/ Sun, 26 Jul 2026 16:12:33 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63445 Continuer la lecture ]]> knack.news / lundi 13 juillet 2026

Leur infrastructure dans le viseur : la Direction immobilière et des constructions de Saxe privée de son parc automobile

Tout le monde n’est pas bloqué, lors de la période creuse de l’été. Pendant que le monde entier suit la Coupe du monde de football, subit les conséquences du changement climatique, au bord d’un lac, ou assiste à la mort pour des coups de chaleur de 5 000 Allemand.es, dans des appartements non climatisés, la CDU, en collaboration avec le SPD et le BSW* a mis sur les rails un nouveau projet global de loi sur la police. Cela ne devrait pas pouvoir se faire en cachette.
Comme cela a déjà été rapporté dans la presse, deux voitures ont brûlé dans la nuit de vendredi à samedi et une autre a été endommagée.

La cible de l’attaque était la Direction immobilière et des constructions de Saxe, dans le quartier Südvorstadt.
Il y a deux ans, elle a rendu possible, avec des millions d’euros, la rénovation du poste de police sur la Eisenbahnstraße.
Avec notre feu, nous voulons leur rendre plus difficile d’obtenir des nouveaux financements et, peut-être, de construire de nouveaux postes de police. Nous voulons montrer qu’aucune loi sur la police dans cette République fédérale ne nous empêchera de mettre leurs structures dans le viseur, jusqu’à ce que cet État soit réduit en cendres jusqu’à ses fondations.

Les nouveaux pouvoirs de la police

Après que la loi sur la police de 2020 [du Land de Saxe ; NdAtt.], contre laquelle il y avait encore eu beaucoup d’opposition (ou plutôt de campagnes de protestation), ait été critiquée par la Cour constitutionnelle, les amis du projet de démantèlement de l’État social et de la défense de l’ordre public ont profité de l’obligation de modifier certaines parties de la loi pour effectuer des ajouts importants.
L’une des nouvelles dispositions est la surveillance des télécommunications à la source**.

« De cette manière, la police peut intercepter des communications en cours, là où elles sont encore lisibles : sur un smartphone ou un ordinateur, avant qu’un message ne soit crypté ou après qu’il ait été décrypté. Cela concerne par exemple les logiciels de messagerie crypté de bout en bout. Cela est prévu pour la défense contre des dangers particulièrement graves, par exemple dans le cas de crimes de nature terroriste ou de menaces contre des biens particulièrement importants. » (1)

Comme nous le savons déjà, la définition typiquement saxonne des crimes de nature terroriste est la participation à des manifestations, le fait de lancer des pierres sur des maisons inhabitées et l’autodéfense contre les nazis.
Il y a aussi des nouvelles règles pour l’analyse automatisée des données, ainsi qu’une base juridique pour les systèmes informatiques capables d’apprentissage.

« Avec l’analyse vidéo intelligente, des logiciels peuvent analyser automatiquement des enregistrements provenant de zones déjà légalement surveillées. Par exemple, il s’agit de détecter des armes, des couteaux, des objets dangereux, des bagarres ou des modèles de mouvement tapageurs. »

Où mène ce genre d’enquêtes, on peut le voir aux États-Unis, où les outils d’IA œuvrent de manière ouvertement raciste et s’imaginent régulièrement que des personnes non blanches portent des armes. Combiné avec la surveillance permanente sur le poste de police de la Eisenbahnstraße, dans le centre-ville et, en partie, dans le quartier de Grünau, cela laisse entrevoir un nouveau niveau de répression policière.

« En plus, quand les circonstances l’exigent, il y a la possibilité d’une comparaison biométrique avec des données en libre accès sur Internet. De cette manière, dans des cas spécifiques, des images ou d’autres caractéristiques biométriques peuvent être comparées avec des informations en libre accès sur Internet. Cette disposition vise à empêcher que les personnes recherchées puissent utiliser l’anonymat d’Internet. Or, c’est précisément cette possibilité qui fait partie des éléments les plus controversés de cette réforme. Par ailleurs, à l’avenir la police sera aussi autorisée, sous certaines conditions, à enregistrer les plaques d’immatriculation de voitures, discrètement et de manière automatisée. Cela doit par exemple aider à retrouver des véhicules volés ou des groupes de criminels qui se déplacent. D’autres dispositions concernent les drones. La police obtient une base juridique explicite afin d’utiliser ses propres drones, par exemple dans le cadre de recherches de personnes disparues ou pour la reconnaissance lors de situations d’intervention dangereuses. »

Il n’y a pas besoin de faire preuve de beaucoup de créativité pour imaginer qui est visé par cette loi, en tant que personnes recherchées, groupes de criminels qui se déplacent ou situations d’intervention dangereuses – certainement pas les structures nazies qui se préparent au « Jour J » dans l’ombre de l’AfD.

L’État augmente la pression

Nous constatons donc que la pression exercée par la répression augmente encore. Contrairement à une opinion qui a été beaucoup discuté par le passé, cette escalade de persécutions n’est en aucun cas une réaction à la résurgence des activités de la gauche radicale. Ni la paralysie générale, ni le fait que notre soutien désespéré à nos prisonnier.es nous occupe complètement n’ont jusqu’ici poussé l’État à cesser ses attaques à notre encontre. Même des camarades déjà condamné.es dans l’affaire « Antifa-Ost » sont détenu.es avec des peines supplémentaires, bien qu’ils n’aient guère attiré l’attention, ni par de grandes déclarations combatives, ni par une résistance bruyante contre une justice utilisées à des finalités politiques***. Il semble presque que la pression visant à attaquer notre mouvement par tous les moyens soit en rapport plus avec les conditions et la logique interne du pouvoir étatique. Ils rêvent de vengeance pour chaque action réussie que nous avons pu mener malgré leur surveillance – des actions qui ont brisé leur image de toute-puissance. Ce désir de vengeance ne disparaît pas, même si nous nous faisons petit.es et essayons de paraître aussi inoffensif.ves que possible. Même si cela ne parait pas intuitif à première vue, il est nécessaire, à cause du fonctionnement de la répression – et surtout en période de peur – de ne pas arrêter notre propre lutte militante, mais de l’intensifier sous toutes les formes encore possibles. Plus nous refusons de nous cacher, plus nous montrons le bon exemple, plus nous développerons notre confiance en nous-même et notre foi en notre capacité à agir. Dans les années à venir, nous en aurons plus besoin que jamais.

Leipzig site de production d’armements – Targets that exist everywhere [Des cibles qui se trouvent partout]

Sur son site internet, la Direction immobilière et des constructions de Saxe décrit ses tâches de la manière suivante : « Cette entreprise publique prend en charge les tâches de maîtrise d’ouvrage pour le compte du Land de Saxe. Cela comprend la définition et le contrôle des objectifs principaux de la maîtrise d’ouvrage en ce qui concerne la qualité, la quantité, les coûts et les délais. La gestion des projets de construction de l’État fédéral et de tiers est aussi prise en charge. On réalise les analyses techniques des sites et les travaux de construction. »
Cela comprend des projets tels que le poste de police de l’Eisenbahnstraße, ouvertement raciste et méprisant à l’encontre des pauvres, mais aussi les projets prévus pour le site de production d’armements de Leipzig. Celui-ci doit stimuler l’économie locale, au cours des prochaines années, avec des fonds destinés à l’armement, qui ont été volé aux travailleur.euses.
Comme la presse l’a correctement relevé, des camarades qui partagent la même critique ont incendié plusieurs voitures de la ville de Leipzig, cette année, en guise d’avertissement (2). Nous prenons tout aussi clairement position contre l’établissement de nouvelles entreprises d’armements meurtrières, que nous l’avons fait ici contre la nouvelle loi sur la police. Si vous mettez ces projets à exécution, nous nous joindrons à nos camarades et, selon la devise Targets that exist everywhere (3), nous mettrons dans notre viseur vos structures vulnérables, disséminées à travers la ville. Flamme après flamme et malgré toutes les mesure répressives qui ne servent à rien.

À bas l’État !

Direkte-Aktionszelle
[Cellule d’action directe]

 

Notes [des auteur.es] :
1. https://www.diesachsen.de/politik/polizeigesetz-sachsen-was-polizei-jetzt-bei-whatsapp-ki-kameras-und-drohnen-dar-3152093
2. https://www.mdr.de/nachrichten/sachsen/leipzig/leipzig-leipzig-land/elektroauto-sib-,brand-anschlag-polizei-100.html
3. https://tension.noblogs.org/files/2021/11/FINALTARGETS-1-booklet.pdf [voir ici aussi ; NdAtt.]

 

Notes d’Attaque :
* la Christlich Demokratische Union, Union chrétienne-démocrate, et la Sozialdemokratische Partei Deutschlands, Parti social-démocrate d’Allemagne, les deux principaux partis allemands, forment la coalition qui soutient le gouvernement du Land de Saxe (ainsi que le gouvernement fédéral du chancelier Friedrich Merz). Le Bündnis Sahra Wagenknecht, Alliance Sarah Wagenknecht, du nom de sa leader, est un petit parti populiste.
** L’installation, dans les appareils des personnes faisant l’objet de surveillance policière, de spywares qui enregistrent les messages « en clair », avant que l’utilisateur.trice ne les crypte ou après qu’elle/il les ait décryptés.
*** Comme Lina, récemment incarcérée pour avoir refusé de témoigner dans le deuxième procès de cette affaire, où d’autres camarades sont jugés.

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Athènes (Grèce) : Une camera dotée d’IA détruite https://attaque.noblogs.org/post/2026/06/11/athenes-grece-une-camera-dotee-dia-detruite/ Thu, 11 Jun 2026 16:29:13 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63166 Continuer la lecture ]]> Act for freedom now! / dimanche 31 mai 2026

Hier matin (le 25 mai), nous avons remarqué qu’une caméra dotée d’Intelligence artificielle était en train d’être installée devant le lycée du quartier.

Ainsi, il a été décidé que le lendemain soir, dès que l’installation serait terminée (elle n’avait pas encore été raccordée au réseau électrique), on s’en occuperait.

Ainsi, on l’a cassée et on a fait des tags, tout en collant des autocollants sur le thème de l’IA et de la suppression des caméras en général. Dans un secteur où, depuis des années, il n’y avait aucune caméra d’État pour nous surveiller partout et où les caméras privées existantes étaient placées à des endroits très inutiles, qui ne nous affectaient pas, nous avons pensé qu’il valait mieux laisser les choses telles qu’elles l’étaient.

Comme on le voit dans la vidéo, le processus a été simple et très rapide, nous appelons donc d’autres groupes et individus de tous les quartiers à résister à la propagation de l’IA et des dispositifs de surveillance.

SI TU N’AS RIEN À CACHER À L’ÉTAT ET AUX ENTREPRISES, C’EST QUE TU ES DÉJÀ MORT.E

STOP CONTROL

Anarchistes du quartier d’Acharnon

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Montréal (Canada) : Une tour de vidéosurveillance IA détruite dans Hochelaga https://attaque.noblogs.org/post/2026/06/08/montreal-canada-une-tour-de-videosurveillance-ia-detruite-dans-hochelaga/ Mon, 08 Jun 2026 16:07:20 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63137 Continuer la lecture ]]> Montréal Contre-Information / vendredi 5 juin 2026

Refuser la dystopie de GardaWorld: Une tour de vidéosurveillance IA détruite dans Hochelaga

Durant un mois, sans aucune annonce, une tour de vidéosurveillance a été placé dans le centre de la place du marché Maisonneuve dans Hochelaga. Cette installation était une station de vidéosurveillance ECAM créé par la compagnie québecoise ennemie GardaWorld. Ils ont développé ce nouvel outil de vidéosurveillance utilisant l’intelligence artificielle dans le but d’implanter la surveillance de masse en Amérique du Nord. Déja des milliers de ECAM ont envahi le continent. Enragé-e par la surveillance de nos vies quotidiennes de plus en plus présente et encouragé-e par le mouvement de destruction de caméra qui a eu lieu durant l’hiver, nous avons décidé d’agir.

Nous sommes venu-e une nuit tranquille et avons renversé et détruit la tour de caméra. On était content-e de voir que d’autres avant nous ont tenté d’agir. Les marques de feu était un signe clair que nous n’étions pas les seul-es à vouloir détruire ces caméras. GardaWorld prétend que ces caméras assistées d’intelligence artificielle vont alerter la police avant que le crime soit commis. Clairement, c’est un échec.

La tour de surveillance est maintenant disparue et il reste seulement les traces d’incendies sur les pavés. C’est poétique. Notre seul regret est que la tour a été tolérée pendant un mois. Nous continuerons de lutter contre la surveillance généralisée et espérons que d’autres camarades vont faire tomber chaque tour ECAM sur leurs chemins.

“Parce que derriére les caméras sont planqués les riches et les puissants, qui misent sur la peur pour obtenir la paix sociale nécessaire à leurs profits.”

De “Pourquoi Détruire les Caméras”: une affiche qui nous a inspiré dans Hochelaga.

 

CAMOVER

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Montréal (Canada) – À bas les caméras : CAMOVER 2026 https://attaque.noblogs.org/post/2026/02/04/montreal-canada-a-bas-les-cameras-camover-2026/ Wed, 04 Feb 2026 17:43:59 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=62029 Continuer la lecture ]]> Montréal Contre-Information / mardi 3 février 2026

Cet hiver à Montréal, plusieurs équipes se sont réunies pour amorcer la nouvelle saison du jeu Camover. Certaines ont choisi de filmer quelques-uns de leurs exploits.

Le SPVM vient de mettre en place un logiciel de surveillance IA qui pourrait intégrer des milliers de caméras publics et privés. Vive l’action directe contre les infrastructures de la techno-dystopie ! Crevons les yeux qui nous espionnent !

2e ronde : À partir de la Saint-Valentin jusqu’au 15 mars. [et pourquoi ne pas jouer aussi en France ? NdAtt.]

*Réfléchissez toujours avant de vous filmer pendant une action.

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Ukraine : Big Brother en zone de guerre https://attaque.noblogs.org/post/2026/01/28/ukraine-big-brother-en-zone-de-guerre/ Wed, 28 Jan 2026 17:16:08 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61974 Continuer la lecture ]]> Freedom / dimanche 25 janvier 2026

Alors que les premières balles sifflent et que des obus explosent, nous commençons à apprendre les noms des machines de guerre et des entreprises qui les fabriquent. Nous apprenons quelles armes sont les plus létales et causent le plus de préjudice.

Cependant, lors de ce processus d’apprentissage, souvent l’autre aspect de la guerre nous échappe. Les entreprises plus petites, qui travaillent dans le domaine de l’information, sont négligées. Des logiciels de traitement de vos données personnelles jusqu’à l’IA qui aide dans les bombardements, les technologies invasives ont du mal à passer, aux yeux de la société civile, en temps de paix. Cependant, quand la violence éclate et nous regardons tou.tes le ciel, en espérant qu’il n’y aura plus de frappes de drones dans notre quartier, nous sommes content.es qu’il y ait ces yeux qui regardent dans toutes les directions, essayant de trouver l’ennemi.

Les conflits en Ukraine et à Gaza ont été parmi les plus avancés technologiquement sur cette planète. Mais, en dehors du cadre traditionnel de la guerre – où les chars d’assaut et les armes à feu tuent et détruisent – ces guerres technologiques poussent la surveillance vers de nouveaux sommets.

Quatre mois après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, le PDG de Palantir Technologies, Alex Karp, a visité en personne le pays, pour offrir ses services au gouvernement Zelensky. Gratuitement.

La plupart des militant.es qui s’intéressent au secteur de la surveillance connaissent bien Palantir, un géant de l’exploration de données, dont rêvent les forces de l’ordre de nombreux pays*. En Ukraine, cette entreprise a trouvé une zone sans réglementations, où elle peut tester son logiciel sur les données en temps réel de millions de personnes. Selon le magazine Time, « le logiciel de Palantir utilise l’IA pour analyser des images satellites, des données open-source, des images prises par des drones et des rapports de terrain, pour présenter aux commandants des options militaires. Il est responsable de la plupart des ciblages en Ukraine ».

Et non seulement des ciblages. Time a aussi constaté que Palantir travaille avec une demi-douzaine de ministères du pays, y compris le ministère des Finances et celui de l’Éducation.

L’entreprise Palantir ne produit pas elle-même les données. Elle ne gère pas les satellites de surveillance ou les caméras de vidéosurveillance dans la rue – ils sont gérées par différentes entreprises. Palantir accumule et traite des données, aidant les humains dans la prise de décision. Dans un pays comme l’Ukraine, Palantir peut opérer avec très peu de contraintes. Pendant que la société ukrainienne lutte contre l’invasion russe, tout aide est acceptée, de partout. Le PDG de Palantir le comprend, comme la plupart du complexe militaro-industriel occidental.

Un autre rôle dans le traitement des données pour la guerre a été donné à la controversée Clearview AI, une entreprise américaine de technologie de reconnaissance faciale (FRT). Officiellement, son logiciel est utilisé pour identifier les cadavres des combattant.es et d’éventuels espions qui entrent en Ukraine. Les forces de police l’utilisent aussi pour identifier des criminels de guerre et les responsables d’enlèvements d’enfants ukrainiens – un champ d’opérations très large.

Un laboratoire de sécurité numérique ukrainien a commenté l’utilisation des logiciels de Clearview AI dans le pays : « Initialement développée à des fins d’application de la loi, la technologie de Clearview compare des images avec la base de données d’images publiques, extraites de sites web, y compris les plateformes de médias sociaux. Il convient de noter que, malgré le fait qu’elle n’a pas une législation unifiée sur l’utilisation de ces données, l’Ukraine continue à recourir à des mesures numériques, sans cadre juridique ni garanties… l’utilisation arbitraire des FRT par les autorités peut avoir une influence négative sur la vie privée des citoyen.nes, en continuant à être appliquée même quant l’urgence aura cessé d’exister ».

Alors que Clearview AI fait face à des défis juridiques aux États-Unis et dans l’UE, l’Ukraine offre, pour son travail, un espace sans aucun défi sérieux. D’après des conversations personnelles, seulement certains cercles de militant.es anti-autoritaires ukrainien.nes étaient au courant de l’existence de systèmes de reconnaissance faciale dans leurs villes. Cela est dû principalement au fait que les groupes qui habituellement lutteraient contre un État de surveillance sont actuellement occupés à résister à l’invasion russe, alors que la répression de l’État est encore très faible par rapport au reste de cette région.

Palantir et Clearview AI sont toutes deux des entreprises construites à partir du mouvement pro-technologie d’extrême droite, mobilisé par le milliardaire fasciste Peter Thiel. Il est difficile d’imaginer que le rôle de ces entreprises, ainsi que celui de nombreuses autres plus petites, qui essayent d’imposer un contrôle gouvernemental fort, puisse disparaître en cas de cessez-le-feu ou d’accord de paix. L’infrastructure est en place et les forces de sécurité de l’État ont vu son efficacité.

Il est plus probable que les alliés de Thiel continuent à aider certaines branches du gouvernement. Dans un pays avec un mouvement d’extrême droite qui grandit, cela peut poser une menace sérieuse non seulement pour les anarchistes, mais aussi pour les personnes appartenant à la gauche modérée et pour les libéraux.

Bien que nous sachions peu sur les processus de surveillance en Russie, même avant l’invasion le régime de Poutine a essayé de créer un réseau pour contrôler toute activité d’opposition. Il a été utilisé en 2022, pour arrêter ou contraindre à l’exil de nombreux.ses opposant.es politiques. Ces derniers temps, le contrôle, en particulier dans les territoires occupés, a atteint un nouveau niveau, alimenté par la peur des saboteur.euses.

Avec la crise écologique globale qui ne fait que s’aggraver et la possibilité d’une guerre à grande échelle en Europe, devant nous se trouve un avenir très sombre, fait d’expansion rapide de la surveillance et de traitement automatisé des données. Des algorithmes prendront des décisions sur la répression à l’encontre de certaines parties de la société. Ce sera certainement un avenir plein de défis, mais nous devons lutter pour arrêter le fascisme aujourd’hui, car demain il sera trop tard.

Nikita Ivansky

Cet article est paru initialement dans le numéro d’hiver 2025/2026 de Freedom Journal.
Image : Alex Ustinov CC-BY-NC

 

* Note d’Attaque : par exemple, Palantir Technologies a développé pour l’ICE, la police anti-migrant.es américaine, le logiciel ELITE (Enhanced Leads Identification and Targeting for Enforcement – Piste opérationnelle améliorée pour l’identification et le ciblage dans le but de l’application de la loi). Il s’agit grosso modo d’une carte interactive, avec des informations sur les personnes probablement sans-papiers qui se trouvent potentiellement dans un secteur donné à un moment donné. Les algorithmes derrière le logiciel tirent ces statistiques du traitement des données du système sanitaire et des services sociaux, ainsi que de la géolocalisation des portables des gens et des informations issues des systèmes de lecture automatisées de plaques d’immatriculation des voitures.

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New York (USA) : Un compte rendu des Groupes anti-surveillance https://attaque.noblogs.org/post/2025/12/27/new-york-usa-un-compte-rendu-des-groupes-anti-surveillance/ Sat, 27 Dec 2025 17:21:41 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61738 Continuer la lecture ]]> never sleep / vendredi 26 décembre 2025

Un compte rendu des Groupes anti-surveillance de New York, division MTA

L’autre nuit, quelques ami.es sont allé.es désactiver un peu de ces fichues caméras de reconnaissance faciale que la MTA* a installées dans les stations de métro de la ville. C’était très facile, très rapide et très amusant ! Ces caméras sont connectées avec des câbles catégorie 6 (qui sont à basse tension et que tout le monde peut couper sans danger). Le câblage est encastré dans un conduit électrique qui est souvent fermé avec des joints de connexion qui peuvent être ouverts avec un tournevis, du coup vous n’avez pas besoin de rester près de la caméra pour la désactiver, il suffit d’ouvrir un des connecteurs et de couper. Yes !

Cela est juste une des manières d’embêter ces caméras. Nous espérons que des gens en essaieront d’autres. Un inconvénient de celle-ci est que les caméras sont encore intactes et semblent fonctionnelles aux passant.es, ce qui poussera encore les gens à réguler leur comportement en conséquence. Nous croyons que la surveillance a un effet psychologique paralysant, même sur des personnes qui ne feraient jamais rien d’illégal. Désactiver les caméras, nettoyer la ville, laisser tout le monde libre – il s’agit d’un service public.

Nous ne sommes pas sûr.es du calendrier d’entretien des caméras. Elles semblent avoir été installées par un prestataire externe et les travaux doivent être planifiés, il est donc concevable que cela puisse prendre un certain temps ou que, dans certains endroits, les efforts de réduction de la surveillance puissent suivre le rythme des travaux de réparation.

Il convient de noter que nous vivons un boom historique particulier de la surveillance. Bien sûr, les autorités ont toujours installé des infrastructures pour surveiller et contrôler les gens, mais les caméras n’ont pas toujours été si omniprésentes et elles ne le seront pas forcément pour toujours. Il y a quelques années, le MTA était un système qui, « prétendument » ou ostensiblement, avait des caméras de sécurité installées à différents endroits, mais elles étaient si rares que ce n’était pas vraiment quelque chose à laquelle les gens pensaient et beaucoup d’entre elles ne fonctionnaient apparemment pas. Nous pourrions y revenir à nouveau ! Malheureusement, nous voyons rarement les autorités démanteler volontairement leur propre infrastructure, mais elle tombe en panne tout le temps – toute seule ou avec de l’aide. <3

 

* Note d’Attaque : la Metropolitan Transportation Authority est l’entreprise qui gère les transports en commun de l’agglomeration de New York. Pour une affiche qui informe sur l’installation des caméras dotées de logiciels d’intelligence artificielle aux États-Unis, non seulement dans les transports publics, mais un peu partout, voir ici

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Montréal (et partout) – À bas les caméras : CamOver 2025 https://attaque.noblogs.org/post/2025/10/24/montreal-et-partout-a-bas-les-cameras-camover-2025/ Fri, 24 Oct 2025 16:35:52 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61090 Continuer la lecture ]]> Montréal Contre-Information / vendredi 24 octobre 2025

Note d’Attaque : au delà du contexte local québecois, c’est une belle initiative, drôle et nécessaire, qui pourrait susciter de l’émulation aussi en France.

PARTICIPE AU CAMOVER D’OCTOBRE – NOVEMBRE 2025

Il est devenu rare de se déplacer en ville sans être épié par des cameras à chaque coin de rue; l’état policier sévit avec son acquisition de nouveaux logiciels IA comme celui que le SPVM [le Service de police de la Ville de Montréal ; NdAtt.] vient d’annoncer, BriefCam. Les fonctionnalités de ce dernier incluent :

-Recherche multi-caméras
-Synopsis vidéo des va-et-vient d’un individu sur une période de temps
-Reconnaissance faciale
-Reconnaissance de plaques d’immatriculation
-Recherche par caractéristique (physique ou description d’un véhicule)
-Envoi d’alertes de détections d’invidivus ou de localisation.

Fuck les yeux de l’état, rejoins cette saison de CamOver! Dans CamOver, tu joues un groupe d’humains confronté avec une invasion de caméras dans leur quartier. La lutte contre les caméras est importante, mais ta survie est essentielle! Afin de gagner, tu dois former une équipe avec des ami.e.s dans ton quartier et détruire le plus de caméras possible. Cette saison de CamOver débute la fin de semaine de la Convergence Tech Anarchiste 2025 et continue jusqu’à la fin du mois de novembre 2025. Sois rapide et déplace-toi à l’insu de l’état de surveillance, que leurs réseaux d’espionnage se rompent sur le trottoir. Le quartier avec le plus de points remporte la partie!

Que le vandalisme démarre!
Que cette saison de récolte soit fructueuse!

Conditions d’engagement (tel que vu lors de la dernière saison de CamOver)

1. Préparation
Parle avec tes ami.e.s et réunisser un groupe affinitaire. Marcher dans le coin et identifier les cibles potentielles. Pendant votre repérage, prenez note des aspects suivants de chaque cible: où mettre vos masques sans être détecté.e.s, où positionner vos points d’observation, et quel sera le chemin de sortie.

Rassembler les items suivants:
masque, gants, vêtements non-identifiables
extincteur / marteau / corde / peinture aérosol / roches

2. Sabotage
La nuit est arrivée. Choississez l’outil approprié et poursuivez votre route. Positionnez vos éclaireurs, mettez vos masques aux points prédeterminés et confirmez que personne ne vous voit. Commettez l’acte de sabotage et quittez les lieux en utilisant le chemin de sortie le plus vite possible.

3. Partagez
Calculez votre score: un point par caméra. Écrivez un text court racontant vos actions et envoyez-le à mtlcontreinfo.org. Vous pouvez aussi joindre une image et-ou une vidéo au texte. Si vous réussissez à quittez avec une ou plusieurs caméra(s), soyez créatif: posez avec, dansez avec, transformez-les en pantins ou en installation artistique.

Pourquoi jouer?

• Pour développer des compétences et des affinités qui peuvent servir dans de multiples situations : l’utilisation de certains outils, la planification d’actions, devenir méconnaissable, s’enfuir de la police, comment communiquer dans de telles instances.
• Pour garder nos rues sans surveillance; pour laisser le SPVM savoir que nous ne tolérons pas cette vague de technologie de surveillance.
• Pour transformer les relations avec nos voisins, pour développer des connaissances intimes avec nos rues, les batiments, les ruelles, etc.
• Pour rendre nos quartiers plus sécuritaires : pour celleux dont les activités quotidiennes sont criminalisées (traffiqueu.se.r.s de drogue, travailleu.se.r.s du sexe, etc.), graffeu.se.r.s et pour celleux qui luttent contre les systèmes de domination.

[des infos concernant Montréal ; NdAtt.]

Pour plus d’informations:
https://crimethinc.com/zines/blinding-the-cyclops (seulement disponible en anglais)

Utilisation de corde:

• Attache un petit objet, tel qu’un petit bout de bois, à la corde.
• Jette la corde par dessus le bras de la caméra.
• Prend les deux extremités de la corde et tire!

Comment remplir un extincteur de peinture

 

Affiches en format PDF : 1, 2


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Caen : Sabotage de la ligne Paris-Caen à l’occasion des Assises Nationales de l’IA https://attaque.noblogs.org/post/2025/10/10/caen-sabotage-de-la-ligne-paris-caen-a-loccasion-des-assises-nationales-de-lia/ Fri, 10 Oct 2025 16:21:18 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60884 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / vendredi 10 octobre 2025

Dans la nuit du 8 au 9 octobre 2025, nous avons mis le feu à l’armoire électrique d’un feu de signalisation ferroviaire, entre les gares de Mézidon-Canon et Caen, dans le sens Paris-Caen.

Le but de notre action était de perturber le trafic ferroviaire entre Paris et Caen pour empêcher la bonne tenue des Assises Nationales de l’Intelligence Artificielle, qui ont eu lieu à l’université de Caen le jeudi 9 octobre. Nous voulions provoquer des retards et des annulations de train pour gêner la venue d’intervenants à cette journée de propagande pro-technologie et bouleverser le train-train quotidien de l’ordre établi.

Le sabotage a bien fonctionné puisque les médias signalent des retards sur la ligne Paris-Caen-Paris toute la journée de jeudi, dans les deux sens, à cause de l’incendie qui « a mis hors-service le système de signalisation »*.

Parmi les intervenants et intervenantes des Assises, on peut citer Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’IA et du numérique, Cédric Villani, ancien député macroniste et mathématicien, Thierry  Breton, ancien PDG de France Télécom, ATOS, Thomson SA, et commissaire européen, le philoprout Luc Ferry, Anne Bouverot, envoyée spéciale de la France pour l’intelligence artificielle, présidente du Conseil d’administration de l’ENS et co-présidente du Conseil numérique national et de l’IA (Cian), Luc Mathieu, secrétaire national de la CFDT, Hervé Morin, président de la région Normandie… Les autres sont des représentants d’entreprises privées (Orange, KPMG, Servier, DELOS, IdealCO, Veolia, Crédit Mutuel, La Poste…) et des universitaires de Caen ou de Paris-Saclay.

Selon le journal Ouest-France, organisateur de l’évènement : « les premières Assises nationales de l’intelligence artificielle rassemblent plus de 600 décideurs, experts et élus à l’Université de Caen. Débats, cas d’usages, espaces de networking et ateliers pratiques offriront aux professionnels les clés pour comprendre l’impact de l’IA et se former à son application dans leur secteur d’activité ». Entendre : une réunion stratégique pour déployer cette énième technologie du capital.

Nous pensons aux gazaouis tués par les bombes téléguidées par les IA « Évangile » ou « Where’s Daddy ? », aux forêts ravagées par les chantiers de data centers ou d’infrastructures électriques, à nous et à nos proches, abrutis par toutes sortes de sollicitations technologiques ; nous pensons à la vidéo-surveillance « augmentée » par l’IA, aux nouvelles formes d’exploitation au travail, à leur cloud à la con et à toute l’eau qu’il faut pour fabriquer et refroidir leurs machines.

Par ce geste simple, nous espérons avoir mis le bazar dans leur journée et montré que tout le monde ne se résout pas à vivre dans un monde ou règnent capitalisme et technologie.

Le R.A.T.A.T.A.C.

* Voir dans les journaux [voir ici aussi ; NdAtt.] :
France Bleu :
https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/un-acte-de-malveillance-provoque-des-retards-sur-la-ligne-sncf-au-depart-de-caen-vers-paris-ou-lisieux-8115868

France 3 :
https://france3-regions.franceinfo.fr/normandie/calvados/caen/acte-de-malveillance-incendie-des-retards-de-trains-entre-paris-et-la-normandie-la-sncf-depose-plainte-3230210.html

Actu.fr :
https://actu.fr/normandie/caen_14118/sncf-acte-de-malveillance-pres-de-caen-circulation-des-trains-perturbee-sur-la-ligne-entre-paris-et-caen_63274979.html

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Minneapolis (USA) : Des caméras de surveillance Flock descendues https://attaque.noblogs.org/post/2025/10/04/minneapolis-usa-des-cameras-de-surveillance-flock-descendues/ Sat, 04 Oct 2025 16:58:19 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60834 Continuer la lecture ]]> Unravel / vendredi 3 octobre 2025

Depuis mai, des anarchistes rôdent dans Minneapolis et abattent des caméras de surveillance de marque Flock. Pour ceux/celles qui ne les connaissent pas, ce sont des cameras dotées d’une technologie de lecture des plaques d’immatriculation de toute dernière génération, basée sur l’intelligence artificielle. N’importe qui, de votre association locale de propriétaires immobiliers racistes aux plus grands services de police du monde, peut en louer une pour pister en temps réel toutes les voitures qu’il veut – à moins que nous ne la détruisions avant ;)

C’est ridiculement facile, une fois que vous avez soigneusement planifié vos itinéraires d’arrivée et de départ. Il y a beaucoup de façons créatives de le faire, mais celle que nous préférons est démonter le poteau de la caméra avec une clef Torx n°27 et ensuite l’envoyer se promener, avec son panneau solaire, à coups de marteau. On s’amuse bien tou.tes seul.es, mais ce serait encore plus sympa si plein d’entre vous s’y joignaient. Si vous lisez ceci, réunissez quelques ami.es et abattez une de ces saletés, dans votre secteur.

Voici deux ressources pour vous aider à commencer, plus une autre si vous n’avez jamais fait quelque chose comme ça avant (ouvrez-les avec Tor, dé préférence en utilisant Tails). Soyez malin.es. Ouvrons une petite brèche dans ce monde cauchemardesque.

https://unsalted.noblogs.org/files/2025/03/birdsofafeather_screen.pdf
https://deflock.me/
https://ftp.mimme.rs/pdfs/library/zine_library/Guides/How%20To%20Have%20A%20Fun%20Night%20To%20Forget.pdf

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Stoppons le réseau 5G et la numérisation de nos vies https://attaque.noblogs.org/post/2021/07/26/stoppons-le-reseau-5g-et-la-numerisation-de-nos-vies/ Mon, 26 Jul 2021 19:14:24 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=44270 Continuer la lecture ]]> Il Rovescio / mercredi 6 janvier 2021

Stoppons le réseau 5G et la numérisation de nos vies

Que la fantaisie humaine prenne le dessus sur la stupidité artificielle

LE MYTHE DU PROGRÈS

Notre époque se fonde sur le mythe du progrès, un mythe qui impose d’atteindre toute possibilité offerte par le développement technologique, sans prendre en considération les conséquences qui pourraient en découler. La société industrielle, pour résoudre la catastrophe en cours et les conséquences irréparables du développement technologique, nous refourgue comme seules solutions la numérisation, l’automation, l’intelligence artificielle, des villes et des objets « smart ». De la société technologique ne peuvent que venir d’autres dommages irréversibles, le point de départ doit donc être sa remise en question radicale.

UN ÉTAU SUR LA LIBERTÉ

Il suffit de regarder autour de soi pour se rendre compte que la dégradation des conditions de vie avance à la même vitesse que l’arrivée sur le marché de nouveaux gadgets technologiques. On l’a vu avec la diffusion mondiale du Covid-19, quand sont devenues évidentes les fortes contradictions de ce modèle de société. Pendant le confinement, pour de nombreuses personnes, le travail, l’école et la sociabilité ont eu lieu « à distance » et de façon numérique. Tout cela à une vitesse déconcertante. Nos contacts et nos déplacements ont été tracés grâce à des applications, des smartphones et des drones. Sous le prétexte de la sécurité sanitaire, l’étau sur la liberté des individus s’est resserré encore plus.

LE RÉSEAU 5G

Pendant que les personnes étaient confinées chez elles, dans beaucoup de villes les travaux préparatoires pour le réseau 5G ont été intensifiés. Mais de quoi s’agit-il ? Le réseau 5G n’est pas un simple moyen pour surfer plus rapidement sur internet. L’enjeu est beaucoup plus important. Le réseau 5G est l’infrastructure indispensable à la réalisation de la « planète smart » : un monde fait de dispositifs hyper-connectés, qui collectent et élaborent des données et des informations sur l’environnement et sur les personnes ; un monde fait de machines capables de résoudre et de contraindre au cours de parcours prédéterminés tous les rêves et les besoins des êtres humains. Ce réseau transformera de manière irréversible notre perception du monde et notre façon d’y vivre. Il envahira chaque aspect de nos vies : du travail à l’école, de la vie dans les villes à la gestion sanitaire des individus, de la manière de faire la guerre à l’exploitation des personnes et de l’environnement dans des pays lointains.

GUERRE

Tout le long de l’histoire, les technologies de pointe ont toujours eu une origine militaire. Le réseau 5G n’est pas une exception. Depuis la Deuxième guerre mondiale, le complexe industriel-militaire poursuit le projet de rendre cybernétique le champ de bataille. Réseau internet, GPS, objets connectés, contrôle à distance des opérations, drones, analyses et décisions confiées à l’intelligence artificielle, hybridation soldat-machine, armes hypersoniques, robots guerriers : voilà les coulisses d’où émergent ensuite les différents appareils numériques à vendre aux consommateurs. Mais le lien entre la 5G et la guerre est plus profond qu’une simple série d’innovations technologiques à utilisation militaire. Sans la puissance militaire et le joug néocolonial qui écrase des milliards d’êtres humains à travers la planète, on ne pourrait pas extraire les matières premières nécessaires à la société digitale, ni imposer le travail en conditions de semi-esclavage sur lequel se fonde cette extraction. Derrière l’accaparement des métaux rares et des terres rares, il y a la guerre entre les puissances. Derrière la production, la mise en orbite et le contrôle de milliers de satellites, il y a la guerre entre les puissances. Derrière l’installation et la surveillance des câbles en fibre optique qui traversent les océans, il y a la guerre entre les puissances. L’augmentation exponentielle de l’énergie – y compris le « new green deal » – , nécessaire aux « smart cities » en construction, prépare les guerres qui viendront, pour l’hégémonie sur les ressources et sur les infrastructures.

ÉCOLE ET INSTRUCTION

L’école à distance et la distanciation dans les salles de classe sont deux faces de la même médaille : les deux se fondent sur l’isolement de la personne et sur l’élimination de la relation et de l’échange. Ce modèle s’est imposé lors de l’urgence sanitaire, afin d’être mieux accepté, mais il est le fruit d’un long processus commencé avec l’arrivée des géants de l’informatique dans les écoles, un terrain fertile pour gagner de l’argent. Le modèle qui y est poursuivi est celui d’une société de plus en plus numérique, de plus en plus « smart » et de moins en moins humaine. L’école à distance et la distanciation dans les salles de classe ne garantissent ni un développement personnel, émotif et social adéquats et encore moins l’apprentissage. L’identité se construit à travers des relations qui passent par des communications verbales, non-verbales (comme le sourire ou le contact du corps) et le partage d’états émotifs. Les formes d’apprentissage qui ont lieu à travers les technologies sont fragiles, superficielles, ne sont pas soumises à une élaboration critique. Des telles modalités bouleversent le développement de la personne et il y a le risque qu’elles amplifient des problèmes déjà connus, liés à l’utilisation massive de technologies : l’isolement, la difficulté de l’adaptation à la vie réelle, l’incapacité à éprouver de l’empathie, la confusion entre la vie réelle et la réalité virtuelle, un manque de connaissance de son propre corps et de ses propres émotions, l’hyperactivité, l’anxiété et le stress.

EXTRACTIVISME

Métaux rares et terres rares, en plus d’autres éléments chimiques – minéraux et métaux – sont la base de tous les composants technologiques du monde numérique, utilisés pour leurs particularités, nécessaires à la microélectronique. La ruée vers l’accaparement et le pillage des substances du sous-sol trouve son fondement dans l’oppression néo-coloniale et dans l’exploitation raciste d’hommes, de femmes et d’enfants de l’autre côté de la planète, condamnés à mourir de cancer ou dans une mine, empoisonnés par la pollution irréversible qui résulte des techniques de transformation dans le lieux d’extraction. Ces territoires deviennent la déchetterie de l’Occident, quand il s’agit de trouver un endroit où jeter les appareils hors service. C’est le cas par exemple au Ghana et au Nigeria, où chaque mois arrivent des centaines de containers remplis de déchets électroniques. Cet aspect matériel, incontournable, du monde numérique est escamoté par la propagande positive et par la façade écologique, qui captive beaucoup de monde. Pour dévoiler les contradictions du capitalisme « vert », il suffit de penser que pour chaque kilo de terres rares extrait, on produit environs 2000 kg de déchets toxiques et/ou radioactifs, et que chaque voiture électrique contient de 9 à 11 kg de terres rares ; ou qu’une mine peut polluer jusqu’à 800 litres d’eau à la seconde, en provoquant souvent des crises de sécheresse aux frais des communautés locales.

CONTRÔLE

Avec l’introduction du réseau 5G, le contrôle social augmentera de manière exponentielle. Un contrôle visant à mieux gérer et à orienter la vie des individus, tant dans les espaces urbains que chez soi. Grâce à l’internet des objets, il y aura une multitude d’appareils technologiques conçus pour nos habitations (des compteurs électriques « communicants » à Amazon Alexa), qui collecteront des informations sur nos goûts, nos préférences, nos achats, pratiquement sur chaque aspect de nos vies. Leur objectif est d’influencer nos comportements, nos idées, nos consommations, en nous transformant en simples consommateurs de données, des spectateurs passifs et dépendants dans un techno-monde qui nie tout espace de décision autonome. Il ne s’agit pas de science fiction, mais de nos vies dans les « smart cities » du futur, là où des millions de caméras, de capteurs, de satellites et d’objets connectés entre eux surveilleront et communiqueront constamment, là où l’intelligence artificielle jugera comme « anormaux » une série de comportements, là où il y aura de moins en moins d’espace pour des relations sociales authentiques et qui ne passent pas par des dispositifs, là où les personnes qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas s’adapter seront encore plus exclues.

TRAVAIL

Le réseau 5G est une infrastructure fortement attendue par les industriels. En effet, les avantages qu’ils en tireront, en termes de bénéfices, seront énormes. Grâce au réseau 5G, le télétravail sera définitivement dédouané. Organisé sur des objectifs et non pas sur les heures travaillées, il conduit le travail à envahir temps et espaces personnels. En isolant les personnes qui travaillent, le télétravail rend encore plus difficile, sinon impossible, le rapport entre les travailleurs et leur organisation. De plus, il donne son élan à ce qui a été appelé « industrie 4.0 », qui vise à l’extension de l’automation, en introduisant des machines capables de fonctionner en totale autonomie, de se réparer et de s’améliorer par elles-mêmes, où la gestion complète de la production et de la productivité est confiée à un logiciel qui calcule la rentabilité des personnes qui travaillent et qui impose des rythmes toujours plus rapides. Cela se passe déjà dans les entrepôts d’Amazon, où, sur la base de tels calculs, on décide qui sera viré et qui non. Dans cette nouvelle restructuration du monde du travail, les travailleurs deviendront les simples terminaux d’un mécanisme qu’ils ne gouvernent pas et qui rend leur travail encore plus aliénant.

SANTÉ

Avec le réseau 5G et l’augmentation qui en résultera des dispositifs hyperconnectés, des antennes et des satellites, on sera encore plus immergés dans un monde électromagnétique, traversé 24 heures sur 24 par des micro-ondes. Cela ne peut qu’avoir des répercussions sur notre santé et celle de tous les autres êtres vivants. Les effets dévastateurs que les ondes électromagnétiques déjà en fonction ont sur nos systèmes neurologiques, reproductifs et autres, nous laissent supposer (sans besoin de s’adresser à des techniciens ou des experts) qu’une augmentation exponentielle des niveaux d’exposition empirera la situation. La numérisation dans le domaine de la santé (téléconsultation, médecine personnalisée, téléchirurgie robotique) est prônée, surtout ces temps-ci, comme extrêmement bénéfique pour nous tous. Ce dont on ne parle jamais ce sont ses dangereux effets collatéraux, partie inévitable d’un projet qui ambitionne le contrôle total de nos vies : de l’utérus à la mort. De fait, on sera constamment surveillés et notre existence sera « soignée » même en absence de maladies.

 

Le confinement a été une fenêtre ouverte sur le monde qui viendra. Pendant ces deux mois de quarantaine, de très nombreuses personnes ont souffert de l’oppression due à un contrôle très étendu, à la privation de la liberté, à la perte du contact avec le monde réel et à la numérisation des affects et des relations. C’est une fenêtre encore ouverte, parce que ces jours-là ont marqué nos comportements et notre manière de penser et de vivre, ils ont défini une nouvelle normalité. Si nous voulons nous opposer à ces projets sur nos vies, dont le réseau 5G est une pièce essentielle, il est important de garder nos yeux bien ouverts, de connaître et de comprendre les changements en cours, de se rencontrer et d’échanger avec d’autres personnes, de rassembler et de diffuser des informations, d’apprendre à s’organiser de façon autonome. Le réseau 5G est une infrastructure concrète, qui peut être prise pour cible de plein de manières différentes. Il y a des personnes qui se sont opposées à l’installation de nouvelles antennes-relais, en occupant les chantiers, tout comme il y a des personnes qui, dans différents endroits d’Europe, ont choisi de livrer aux flammes les antennes. Si le réseau 5G va envahir chaque domaine de nos vies, cela signifie que les manières et les lieux pour saboter ce projet sont infinis. C’est à nous d’aiguiser notre inventivité, afin de fermer cette fenêtre, qui, dans le cas contraire, restera ouverte.

 

Texte d’une affiche sortie en novembre 2020 en Italie, fruit de la collaboration de compagnonnes et de compagnons de différentes villes.

Pour télécharger ce texte au format PDF, cliquer ici.

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Drones et IA pour les nouveaux joujoux du contrôle https://attaque.noblogs.org/post/2021/06/30/drones-et-ia-pour-les-nouveaux-joujoux-du-controle/ Wed, 30 Jun 2021 19:51:30 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=43742 Continuer la lecture ]]> Le Parisien / mercredi 30 juin 2021

« Un drone militaire qui vole en toute autonomie, c’est dangereux, mais un appareil capable de photographier une éolienne sans avoir à lui donner des ordres pour chaque tâche, c’est l’avenir du drone », prédit Henri Seydoux, patron du fabricant français Parrot. C’est en tout cas l’ambition de l’ANAFI Ai, un drone doté d’un minimum d’intelligence artificielle et de caméras stéréos à l’avant pour détecter les obstacles sur son plan de vol et les éviter automatiquement.

Dernier né de la gamme de drones pliables ANAFI, le quadricoptère s’affranchit des limites physiques du signal wi-fi grâce à une connexion au réseau mobile 4G qui laisse envisager des missions à plus longue distance. Il faudra toutefois prendre en compte son autonomie limitée de 32 minutes.

Équipé d’un capteur photo de 48 Mégapixels et d’une caméra 4K 60fps/HDR10 qui pivote, le drone s’adresse clairement aux professionnels « pour capturer des images aériennes très détaillées et des séquences vidéo fluides et stables même en cas de vents » selon Parrot. Il est annoncé comme résistant à la pluie et ses transmissions de données sont chiffrées.

Associé à des logiciels de modélisation 3D, il sera par exemple capable « d’inspecter des antennes 5G ou des lignes à haute tension mais aussi d’assurer des missions de surveillance pour les pompiers et les policiers » imagine Henri Seydoux.

L’engin de 900 g se pilote sans licence avec une télécommande et un retour vidéo sur un smartphone ou une petite tablette. Fabriqué en Chine, contrairement au modèle vendu aux armées, l’ANAFI Ai sera disponible à la vente au second semestre à un tarif encore inconnu.

 

Si vous passez par là…
PARROT Drones
174, quai de Jemmapes
75010 PARIS

Président : Henri SEYDOUX

Administrateurs :
Stéphane MARIE
Jean-Marie PAINVIN
Paul-François FOURNIER
Agnès BUREAU-MIRAT
Nathalie RASTOIN
Geoffroy ROUX DE BEZIEUX
Isabelle SEJOURNE
Marie EKELAND

Et il y a aussi deux filiales :
CHOUETTE
10, rue Vicq d’Azir
75010 PARIS
(secteur d’activité : programmation, conseil et autres activités informatiques)

Président : Charles NESPOULOUS
Directeur général : Cyril DE BURETEL DE CHASSEY

ICONEM
6, rue Jules Chaplain
75006 PARIS
(secteur d’activité : activités spécialisées, scientifiques et techniques)

Président : Yves UBELMANN
Directeur général : Etienne TELLIER

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Les 4ème et 5ème révolutions industrielles https://attaque.noblogs.org/post/2021/05/22/les-4eme-et-5eme-revolutions-industrielles/ Sat, 22 May 2021 20:21:38 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=43107 Continuer la lecture ]]> Montréal Contre-Information / samedi 22 mai 2021

Cet article est tiré de la 12e édition du journal anarchiste 325. Nous le traduisons et publions ici en tant que geste de solidarité avec le collectif 325 dont l’infrastructure de contre-information est ciblée par la police britannique, ce qu’il faut comprendre dans le contexte de répression internationale, mais aussi car ce texte propose une analyse très pertinente des développements technologiques qui donnent lieu à de nombreuses conversations et actions ces jours-ci, en les replaçant dans une perspective historique plus large.

« L’une des caractéristiques de cette quatrième révolution industrielle est qu’elle ne change pas ce que nous faisons, mais c’est nous-même qu’elle change. » — Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial, qui a créé le centre pour la quatrième révolution industrielle à San Francisco, aux États-Unis.

Une révolution industrielle est un événement économique, social, philosophique et politique par lequel l’élite s’approprie ce qui est libre – la terre, la nature, les talents, les relations sociales, les compétences et les rêves – pour les reconditionner et les transformer en agents des mécanismes du profit et du pouvoir. Pour ce faire, ses protagonistes privent la majeure partie de la population d’autonomie, d’autodétermination, d’autosuffisance, d’estime de soi, d’entraide, de relations et de liberté.

Nous avons connu trois révolutions industrielles au cours des 250 dernières années. Nous sommes maintenant entre les griffes des quatrième et cinquième révolutions. Toutes ces révolutions ont été fondamentalement basées sur les industries extractives et la dévastation des écosystèmes.

La première révolution industrielle advint entre 1760 et 1870 lorsque l’eau et la vapeur ont été utilisés pour mécaniser la production grâce à l’invention de la machine à vapeur, ce qui a aussi eu comme effet la mondialisation et la dé-localisation par le chemin de fer. La première révolution industrielle a rompu le rapport des gens à la nature, inaugurant l’ère des villes.

La deuxième révolution industrielle eu lieu entre 1870 et 1914 et a amené l’électricité à l’Occident avec l’acier, le pétrole et le moteur à combustion, permettant la production de masse et l’éradication des industries artisanales.

La troisième révolution industrielle a commencé dans les années 1980 lorsque l’électronique et la technologie de l’information ont automatisé la production et ont commencé à se décentraliser. Au même moment, l’ascension de la révolution numérique a finalement ‘démocratisé’ l’ordinateur personnel et l’Internet, un développement qui a davantage miné la relation déclinante de l’humanité occidentale avec le monde naturel et les uns avec les autres. En tant que citoyens, les personnes sont devenues les parties d’une communauté mondiale au lieu de leur communauté locale qui disparaissait rapidement. La troisième révolution industrielle et la quatrième naissante ont créé la solitude et l’isolement systémique, des problèmes de santé mentale généralisés et une dépendance plus subtile et plus complète au système: lorsque les relations humaines et les réseaux familiaux ne peuvent plus être garantis pour assurer notre survie, nous sommes amenés à croient que le recours à la machine l’est.

Ces révolutions industrielles successives ont consolidé et approfondi cette rupture non seulement avec le monde naturel pour une grande partie de la population mondiale, désormais urbaine et dépendante des mécanismes de la culture civilisée, mais agrandissent toujours plus le fossé entre les riches et les pauvres.

L’objectif de la quatrième révolution industrielle (4RI) est la convergence des technologies physiques, biologiques et numériques dans le but d’une nouvelle vision de l’humanité et de la planète. La 4RI, la Cyber-Physique ou l’Industrie 4.0 implique la connectivité de masse, l’intelligence artificielle, la robotique, l’accès aux connaissances via Internet, le stockage de données, les véhicules autonomes, une puissance de traitement d’information massive via la 5G, l’impression 3D, les nanotechnologies, la biotechnologie, la génétique, la bio-impression (fabrication de cellules, d’organes et de parties du corps), la prolongation de la vie, la réalité augmentée, la science des matériaux, le stockage d’énergie, les ordinateurs quantiques et l’Internet des objets tels que les bâtiments intelligents et les villes intelligentes, le blockchain et les crypto-monnaies. Ce sont des technologies ‘perturbatrices’ à tous les niveaux: gouvernance, finance, logistique, société, ontologie humaine. La conformité passe également par le fait que la 4RI fait appel à notre besoin de ‘confort, d’harmonie et de plaisir’. C’est ce qu’on entend par un monde de ‘technologie sans friction’ dans le sens d’un monde technifié.

Dans ce nouveau monde, la Covid-19 a présenté à la techno-élite la plus grande opportunité: des populations mondiales isolées physiquement les unes des autres, dans certains pays une élimination tacite d’humains qui sont des fardeaux pour un système qui n’aura pas besoin est autorisé, une dépendance totale à la technologie pour communiquer ensemble, pour travailler ou pour se divertir, l’utilisation de ces technologies pour instaurer une surveillance et un conformisme de masse à une échelle jusqu’ici inimaginable et l’expérience et la peur d’une mort imminente inhabituelle à grande échelle. Cela nous a aussi montré certaines réalités: que malgré deux cents ans de ‘progrès’, tout ce qui s’est réellement passé, c’est que les élites ont consolidé leurs propres réserves, que les systèmes de protection sociale ont été pratiquement détruits, que l’humanité-même a été antant ‘découplée’ de la nature qu’en fait nous ne pouvons pas nous soutenir pendant une crise sans le système et que les promesses de l’élite – qu’elles soient politiques, économiques ou technologiques – ne seront jamais tenues.

Si la 4RI est la mise en place des moyens (les nouvelles technologies) que les élites tenteront d’utiliser pour faire face à l’instabilité qui résultera de l’inégalité des ressources, du désastre climatique et de l’ascension de l’informatique et du pouvoir post-industriel, alors la Cinquième Révolution Industrielle (5RI) commence à ce point où il y a une acceptation massive de ces nouvelles technologies qui convergent à travers nos corps, nos environnements et nos réalités à tel point que le monde des machines est toujours présent, même à l’échelle nanométrique ou jusqu’à la portée humaine la plus éloignée dans l’espace. C’est pourquoi si vous faites une simple recherche sur la 5RI, vous ne trouverez que l’écoblanchiment capitaliste sur le soi-disant ‘développement durable’ et le blablatage marketing d’une techno-utopie prétendant vouloir « améliorer la vie de tous » . C’est parce que les technocrates et les élites ne veulent pas que les vraies réalités de ces développements technologiques soient connues jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard pour faire quoi que ce soit.

On nous dit que le progrès technologique est ‘inévitable’. La 5RI inaugurera des changements conceptuels si énormes concernant la façon dont nous voyons notre corps, la technologie et le ‘monde naturel’ que de nombreuses distinctions commenceront à avoir moins de frontières. Pour les vielles ‘reliques’ que nous sommes, qui considèrent une prothèse comme la résolution d’un handicap, la 4RI fournit la technologie qui, grâce au développement incessant, vise à obtenir des résultats supérieurs au membre d’origine. Le 5RI ne consiste pas seulement à étendre et à affiner les technologies et les incursions de la 4RI, il s’agit de les normaliser, d’amener le public à adopter ces technologies en appliquant leur propagande au plus bas instincts des humains. La 5RI est l’acceptation qu’un membre robot-cybernétique soit supérieur à un membre organique et le fait de désirer davantage un représentant artificiel plutôt qu’un qui soit organique et chaotique. Dans le contexte de cette nouvelle réalité d’artificialisation totale en évolution, alors que la technologie de l’intelligence artificielle se miniaturise et intervient dans tout ce qui est à la portée des spécialistes, le résultat de la 4RI est une vision nouvelle de la Terre et une nouvelle ‘humanité’. Une ‘Humanité +’ qui vit dans un monde-prison dépendant de ‘l’énergie verte’ et régulée par des fonctionnaires, des scientifiques et des technocrates par des méthodes comme l’intelligence artificielle, la biotechnologie et la nanotechnologie. Si la 4RI est l’émergence et le développement convergent de ces nouvelles technologies post-industrielles, alors la 5RI résulte de l’accélération du rythme de développement et de l’acceptation massive de ce même complexe techno-industriel. La 5RI se caractérise par une vitesse exponentielle sans précédent (le temps des machines) en opposition au temps linéaire/non-linéaire (temps humain), ce qui signifie que même les concepteurs et les ingénieurs sociaux de ce nouveau monde admettent qu’ils ne peuvent pas contrôler les résultats de ces nouvelles technologies. On tend vers l’émergence de quelque chose d’encore plus horrible que le Skynet fictif de la série Terminator: la singularité technologique.

Ray Kurzweil écrit dans Humanité 2.0 qu’ « il est difficile de penser à quelconque problème qu’une superintelligence ne pourrait pas résoudre ou du moins nous aider à résoudre. Maladie, pauvreté, destruction de l’environnement, souffrance inutile en tout genre: ce sont des choses qu’une surintelligence équipée la nanotechnologie avancée serait capable d’éliminer. » Il ajoute que « les machines peuvent emmagasiner des ressources de manières qui sont impossibles pour les humains ». En lisant ces déclarations, il est difficile de penser à un problème que nous ne pouvons pas résoudre par notre propre intelligence et l’intelligence de la planète avec des moyens plus simples, de la détermination et un changement de perspective et de comportement. De plus, il est évident que les humains sont tout à fait capables de mettre les ressources en commun, c’est seulement que ceux qui possèdent et profitent de toutes ces ressources les refusent aux autres par la force. Choisir de ne pas changer la situation et ne pas lutter contre le ‘futur’ est une position que la plupart choisiront.

C’est-à-dire qu’après un siècle de progrès technologique et de promesses d’éradiquer la faim dans le monde et la pollution, quelques-uns sont riches à un niveau incompréhensible, tandis que les masses se démènent pour un niveau de vie de base; les avancées médicales et les médicaments communs sont encore rares dans de nombreux pays. On nous donne des babioles pour nous tenir tranquilles: Internet, les smartphones, les applications, les médias sociaux, les jeux-vidéos, les livestreams et les podcasts, d’autres prothèses et d’autres promesses viendront. Les avancées réelles ne seront pas redistribués plus équitablement que la richesse accumulée des révolutions industrielles précédentes. Par contre, c’est nous qui devront probablement endurer ces progrès réels: la surveillance totale dans un avenir sans vie privée, des demandes pour le contrôle total de la pensée, un conformisme total par le conditionnement, la dépendance à la société, le citoyennisme, les systèmes de prestations tels que le revenu (minimum) universel garanti. Si une révolution industrielle ne peut répondre suffisamment aux besoins de l’humanité pour être pleinement acceptée, soit elle éliminera ces besoins ou soit elle s’imposera par la force.

Dans le contexte de la 4RI et de la 5RI, quelles qualités les machines manquent-elles actuellement ; l’empathie, l’amour, l’intimité. Ce sont justement ces qualités qui ont été endommagées chez l’humain par le complexe techno-industriel, que l’on parle de la peur de l’intimité ou des relations à distances développées par l’usage des médias sociaux, du manque d’empathie dont on sait maintenant que ça a été induit par des médicaments tels que le paracétamol et par le poison dans la nourriture et l’eau – afin que la technologie réponde vraiment à nos besoins (maintenant modifiés), des esclaves brutalisés domestiqués à un système mécaniste de matérialisme, de cupidité qui valorise l’intérêt individuel. Cela fait partie de la domination du monde des machines: soigner les handicaps et les maladies incurables signifie la mécanisation du corps; parler du prolongement de la vie signifie le règne des élites à tout jamais.

Tandis que les prêtres de la technologie s’enthousiasment de la libération de nos corps biologiques – ces prisons biologiques, en téléchargeant notre conscience, réalisant l’immortalité et à la possibilité de considérer nos corps comme de simples combinaisons interchangeables lorsque désiré ou qu’il le faut, ce qui se produit réellement c’est que les corps de la majorité sont en train de se transformer en de littérales prisons par les rares qui bénéficieront des avancées dans la prolongation de la vie et du contrôle des maladies, exactement comme ielles le font en ce moment (les systèmes de santé publique sous-financés sont généralement équipés de vieilles technologies de moins bonne qualité et pour beaucoup, les systèmes de santé publique ne sont pas accessibles du tout). Mais ces nouvelles technologies transhumanistes ne sont pas vouées à libérer tout le monde.

Malgré les mensonges des futuristes, l’implantation de ces technologies élargira le fossé entre inclus et exclus. Des citadelles de puissance se dresseront et seront plus éloignées de la colère de la population que jamais auparavant. Comme le corps devient de la matière première pour un nouveau secteur de bio-science dans un monde où les machines feront la majeur partie du travail, le corps humain deviendra un autre réservoir de capital, dans de nouvelles formes d’exploitation et d’industrie. En fait, ça se produit déjà avec la recherche sur les cellules souches, l’épissage des gènes, le bio-renforcement, les nouveaux produits pharmaceutiques, les prothèses et les bases de données ADN massives. L’individualité privée et souveraine entrera simplement dans une nouvelle sphère d’évaluation, de marchandisation, d’ajustement et de divisions sociales infinis au service du capital, de la bio-surveillance, de la complaisance et des inégalités. Dans la 4RI, la société de consommation s’approfondit et devient plus sombre que le simple fait d’acheter des choses. La finalité de l’industrie 4.0 est de nous ‘découpler’ de nos corps et de notre compréhension de nous-mêmes comme faisant partis de la biosphère et du rythme biologique, de sorte que ceux-ci soient aussi considérés comme achetables, à améliorer et à ‘réparer’, comme un ensemble de pièces mécaniques constamment manipulables et interchangeables qui peuvent toutes être fabriquées et remplacées à un prix et promues comme possédant des qualités supérieures aux pièces biologiques d’origine. Un être artificiel qui, une fois entré dans le temple de la technologie, devient dépendant à tout jamais des produits pharmaceutiques, des chirurgies, de la techno-psychiatrie, des ‘mises à jour’, des appareils et des entreprises qui les maintiennent. L’avenir technologique du corps humain n’est peut-être pas la mort (pour les rares qui peuvent se permettre d’être immortel), mais ce sera un monde morbide, de froid, de faim et sans-vie.

Pendant ce temps, la Terre continue de mourir et les développements technologiques, loin de fournir les solutions promises, la détruisent à une vitesse qui augmente sans cesse, avide de matières, d’électricité et de métaux rares. L’extraction des métaux rares nécessaires à la fabrication des téléphones intelligents cause des dommages incalculables à l’environnement et à la santé humaine.

Baotou, en Mongolie, est un des principaux sites d’extraction de métaux rares et les mines sont entourées de résidus toxiques (déchets miniers), surtout du thorium radioactif. Au Congo, l’extraction de ce minerais rare, le Coltan, est bien connue pour avoir dévasté et causé des dommages incalculables aux territoires, aux communautés humaines et à la faune. La société minière Molycrop en Californie, aime se présenter comme une société minière éthique, mais son extraction de néodyme utilisé pour les aimants de haut-parleur, d’europium servant à créer la couleur dans les écrans d’iPhone et de cérium, utilisé avec le solvant pour polir les écrans, reste du pillage à une échelle insoutenable de matières qui devraient être laissés dans la Terre. Ces mines exigent que des immenses étendues de nature soient ravagées pour leur création. À l’heure actuelle, il n’y a pas d’échappatoire à cette réalité: la technologie dépend de la destruction des écosystèmes, affecte les derniers animaux sauvages et les communautés autochtones, avec des populations humaines civilisées de plus en plus confinées dans des ‘habitats’ technologiques – des mégapoles ‘intelligentes’. Les failles où vivre seront plus petites. Nos réseaux et nos vies individuelles seront surveillés minutieusement avec l’invasion plus intime de notre souveraineté et de notre autonomie. Est-ce plus ou moins terrible que ce l’est pour un paysan forcé de quitter sa terre pour aller s’installer dans une nouvelle ville et travailler à l’usine? Ou bien la lutte que les peuples autochtones ont mené et continuent de mener partout dans le monde? Nous devons essayer de préserver ce que nous pouvons de la nature fragile qui diminue, tout en organisant et en menant des attaques qui n’atteignent pas seulement les infrastructures, mais aussi les symboles et les représentants de l’État, de la technologie et du capital. Nous devons penser et nous préparer maintenant, acquérir les compétences et les moyens dont nous et les autres aurons besoin pour naviguer dans ce nouveau monde et réfléchir à ce que signifie être anarchiste.

Nous devons essayer de limiter les dégâts causés par les civilisations prédatrices, garder la mémoire combative vivante, nous rappeler pourquoi nous nous battons et pour quoi nous luttons. Nous sommes confrontés à rien de moins que la tentative d’effacer la vie sauvage non domestiquée et l’élimination entière de modes de penser et d’être par le biais du conditionnement social, de la répression, de la participation forcée et volontaire. Les structures resteront les mêmes: des inégalité infinis, l’esclavage, les privilèges et les oppressions, l’autoritarisme, la destruction, la médiation et l’aliénation.

Il y aura des failles dans leurs systèmes, il y en a toujours. Donc l’anarchie, la volonté de liberté et la volonté de souveraineté continueront également d’être, émergeant à travers chaque faille et fissure. La continuité de la lutte réside dans les questions de la liberté, de l’autonomie personnelle, de l’esclavage, du contrôle et de la surveillance du plus grand nombre par quelques-uns selon leur agenda.

Ces choses ne changent pas, que l’on parle de le première révolution industrielle ou de la énième.

 

Cellule de recherche et d’entraînement – N.T.
(Publié en janvier 2021 dans le 325 #12)

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Montréal (Canada) : Un premier mai anticapitaliste qui donne espoir https://attaque.noblogs.org/post/2021/05/03/montreal-canada-un-premier-mai-anticapitaliste-qui-donne-espoir/ Mon, 03 May 2021 19:11:25 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=42672 Continuer la lecture ]]> Montréal Contre-Information / lundi 3 mai 2021

Déjouer le SPVM* pour attaquer un pôle de la haute technologie : Un premier mai anticapitaliste qui donne espoir

Ce 1er mai, la manifestation anticapitaliste annuelle organisée par la CLAC [Convergence des luttes anticapitalistes ; NdAtt.] s’est rassemblée au parc Jarry sous le thème “Pas de retour à la normale”. C’était une fin d’après-midi ensoleillée et l’énergie était au rendez-vous à travers les bannières et les drapeaux noirs quand la foule a commencé à traverser les rues résidentielles de Villeray.

D’abord vers l’ouest sur De Castelnau, des feux d’artifices ont été lancés, et des cônes de construction utilisés pour bloquer la route derrière nous. Les policiers ne semblaient pas préparés pour le trajet choisi, et donc il y en avait de moins en moins aux alentours. Tournant d’abord vers le sud pour rejoindre Jean-Talon, la manif a ensuite continué vers l’ouest sous le viaduc, en dessous de la ligne des trains de banlieue vers St-Jérôme.

Se débarrasser du dispositif policier

La manif tourna ensuite vers le sud sur l’avenue Parc, pour entrer sous un second viaduc passant sous la même ligne de train. Cette fois, une surprise attendait les policiers en camions et en vélo qui attendaient que la foule passe pour continuer à leur poursuite : des fumigènes ont été lachées sous le viaduc et des pieds de corbeau ont été déployés sur la route pour crever les pneus des véhicules policiers qui tenteraient de continuer leur poursuite sous le viaduc rempli de fumée. Ces actions ont ainsi bloqué complètement le passage sous le viaduc, une voie clée permettant normalement l’accès à la portion du quartier dans laquelle la manif avait continué.

La manifestation entre sous le viaduc

La manifestation sort du viaduc

Quelques-uns des pieds de corbeau

La majorité des effectifs policiers étant coincée au nord du chemin de fer surplombant le viaduc, la manifestation a tourné abruptement à gauche sur la rue Saint-Zotique en quittant le viaduc. Des ordures et des meubles de terrasses ont été déplacés au milieu de la rue afin de protéger la manifestation dont la vitesse de marche a pu accélerer.

Nous n’acceptons pas que la police entoure nous manifestations, se déplaçant sur le côté, en nous filmant et en nous intimidant, ou encore en nous suivant de près avec des dizaines de camionnettes de policiers émeutes prêts à nous gazer à tout moment. Certaines situations nous appellent à entamer des confrontations directes, mais ce jour-là, notre meilleure stratégie était de les semer. Avec un peu d’inventivité, de prévoyance et de l’intelligence collective, nous avons pu laisser la police loin derrière.

Rendre visite aux gros noms de l’intelligence artificielle

Près de deux minutes après avoir continué à l’est sur Saint-Zotique, la manifestion a tourné à droite sur Saint-Urbain. Un petit groupe de policiers à vélo observaient la manifestation à environ un coin de rue de distance, mais leur back-up antiémeute n’était nulle par à vue, obligeant les policiers à vélo à garder une distance de sécurité.

À notre droite se dressait l’immeuble “O Mile-Ex”, qui tient lieu d’épicentre du secteur de l’intelligence artificielle à Montréal, tel qu’imaginé par les politiciens et universitaires dans les cinq dernières années afin de positionner la ville comme centre névralgique mondial de ce domaine. Les immeubles regroupées entre le 6650 et le 6666 Saint-Urbain abritent MILA (un institut de recherche affilié à l’Université de Montréal qui collabore avec Google et Facebook), Thales (une compagnie française de défense et de sécurité), Borealis (le laboratoire d’intelligence artificielle de la Banque royale du Canada, Quantum Black (le laboratoire d’intelligence artificielle de la firme de consultants McKinsey), SCALE AI (un supercluster de la chaîne d’approvisionnement contrôlé par la famille Desmarais), et plus d’une vigntaine d’autres laboratoires et start-ups.

Pendant qu’ils discutent d’éthique afin de distraire la population, ces compagnies développent des technologies qui renforcent l’emprise du capitalisme et de l’autorité sur nos vies. Qu’elles rendent plus efficaces les chaînes d’approvisionnement des grandes entreprises, qu’elles automatisent la vidéosurveillance et la réconnaissance faciale afin de protéger le gouvernement et la propriété des riches, ou qu’elles développent des algorithmes afin de surveiller les milieux de travail et imposer des conditions déshumanisantes aux travailleur-euses, nous savons qui tire profit de ces outils, et ce ne sont pas les exploité-es, les exclu-es et les opprimé-es de la société. Comme des anarchistes l’ont écrit récemment, “ce qui est en jeu, c’est notre capacité d’avoir des secrets, de résister, d’agiter, d’attaquer ce qui détruit tout ce que nous aimons et qui protège tout ce que nous détestons”.

De plus, les installations de O Mile-Ex, avec ses hordes de yuppies du monde de la techno, sont un moteur majeur du déplacement des populations moins nanties de cette partie de la ville. Avec l’implantation du nouveau campus Mil de l’Université de Montréal, ses effets s’étendent sur l’ensemble de Parc-Extension, un quartier ouvrier, principalement immigrant, soumis à la menace grandissante de gentrification.

Les entreprises techno ont exploité notre isolement pendant les mesures de confinement de la pandémie de COVID-19 afin d’augmenter leurs profits et étendre leur présence avec peu de résistance. Comme la crise pandémique introduit une phase nouvelle dans la crise du capitalisme, ces compagnies entendent façonner une “nouvelle normalité” qui alimenterait leur pouvoir.

L’immeuble de O Mile-Ex sans vitrines

Pour toutes ces raisons, de voir différents groupes attaquer ces immeubles était satisfaisant. Alors que les vitrines de MILA étaient brisées les unes après les autres par des marteaux, des roches et d’autres projectiles, toute illusion comme quoi ces entreprises et ses chercheurs profitaient des bénéfices d’un consensus social éclatait également. Des fumigènes ont été lancées dans l’immeuble au travers des trous dans les vitrines dans le but d’activer les systèmes de gicleurs et de causer davantage de dommages.

À la suite de l’attaque sur le O Mile-Ex, quelques policiers sont apparus au sud de Saint-Urbain et ont reçu des vollées de roches et de feux d’artifices. La manifestation s’est dirigée vers l’est sur Saint-Zotique, continuant d’éviter un déploiement policier majeur, tournant au sud sur Clark, puis traversant le parc de la Petite-Italie pour tourner au nord sur Saint-Laurent. Le parc et plusieurs rues transversales à Saint-Laurent ont offert plusieurs bonnes opportunités afin de se changer et de quitter. La dispersion a été accélérée par l’antiémeute qui a chargé sur Saint-Laurent derrière la manifestation en lançant des gaz lacrymogènes. Quelques policiers ont été vus sur le toit d’un immeuble résidentiel, lançant des gaz lacrymogènes sur la foule, une manoeuvre inattendue. Un conducteur de voiture agressif qui a tenté d’avancer sur la manifestation a été confronté et les vitres de sa voiture ont été brisées. Les policiers qui ont envahi la zone où les personnes tentaient de se disperser ont détenu quelques personnes, arrêtant deux d’entre elles, mais aucune accusation sérieuse ne leur a été donnée. Le blocage des rues avec des ordures et d’autres obstacles dans ce contexte aurait pu permettre de réduire leur capacité d’action.

C’est une expérience précieuse que de prendre des risques ensemble dans les rues avec des centaines de camarades et de complices anonymes, qui rêvent d’un monde après le capitalisme, de postes de police et de postes frontaliers incendiés, de supermarchés pillés, de forêts, de montagnes et de rivières protégées de toutes les formes de destruction industrielle et retournées au soin de l’autonomie territoriale autochtone. Bien que les réussites d’une seule manif du premier mai soient minimales face à l’ensemble de nos aspirations, nous croyons que les relations développées au travers de ces moments ne devraient pas être sous-estimées.

Des anarchistes

 

* Note d’Attaque : Service de police de la Ville de Montréal.

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Affiche : Abattons l’hydre technoindustrielle https://attaque.noblogs.org/post/2020/09/17/affiche-abattons-lhydre-technoindustrielle/ Thu, 17 Sep 2020 19:10:12 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=38004 Continuer la lecture ]]> Montréal Contre-Information / jeudi 17 septembre 2020

Abattons l’hydre technoindustrielle
Il n’est jamais trop tard pour dire non

Intelligence artificielle

Bénéficiaires de plusieurs $100M en financement d’État, les labos d’IA œuvrent à mettre des algorithmes d’« apprentissage automatique » au service d’une panoplie d’industries. Sous une façade « éthique », certaines applications permettront simplement aux capitalistes bien placé.es de s’enrichir davantage. D’autres sont destinées à renforcer la répression, qu’il s’agisse de détecter les voleurs au supermarché par la surveillance vidéo automatisée, de mettre au point des outils de reconnaissance faciale qui fonctionnent même pour des visages partiellement couverts, ou de « prédire » le crime ou la probabilité de récidive d’un.e détenu.e.

Réseau sans-fil 5G

La puissance inouïe du réseau 5G permet le déploiement de l’IA au niveau d’une ville en temps réel. Tout déplacement devient traçable grâce à des milliers de caméras intégrées à un système de surveillance centralisé, une vision déjà mise en pratique dans plus d’une « smart city » européenne. D’innombrables capteurs à travers l’espace public, dans les commerces, les voitures, le transport en commun ou bien portés sur nos corps cherchent à faire de toute action l’objet de calculs, de prédictions et de contrôle, le tout sous un couvert éco-responsable. Une toile d’algorithmes devient omniprésente donc invisible, invisible donc incontestable.

Robotique et automatisation

Voitures autonomes. Entrepôts robotisés. Magasins sans caissier.ères. Robots de livraison qui appellent les flics lorsqu’ils sont attaqués. Une infrastructure se déploie qui changera le monde du travail ainsi que nos milieux de vie de façon permanente. Il ne s’agit pas de pleurer la disparition d’emplois éreintants et ennuyeux. Un rythme déshumanisant est imposé aux travailleur.ses restants, qui doivent suivre la cadence des machines et des logiciels de productivité ou se retrouver à la porte. D’autre part, quelles mesures de contrôle social et quels stratagèmes d’exploitation attendent les nouvelles masses d’exclu.es du chômage technologique ?

La vie devant un écran

Les possibilités de relations authentiques entre les humains et avec ce qui nous entoure sont de plus en plus effacées au service d’une hyper- connectivité virtuelle. La compréhension, la découverte et la recherche de sens sont réduites à une production de données. Déficit d’attention, troubles de mémoire, perte de capacités affectives et d’imagination, perturbation du sommeil, douleurs musculo-squelettiques, anxiété, solitude, dépression : les symptômes de la dépendance aux technologies connectées empirent alors qu’un pan grandissant de la population est immergé dans les écrans tactiles depuis la petite enfance.

30 juillet 2020
Achim, Allemagne
Une grue est incendiée sur le chantier d’un immense centre logistique d’Amazon, retardant les travaux et causant des centaines de milliers de dollars en dommages. Un autre grain de sable dans l’engrenage d’un chef de file de l’exploitation numérique. (anarchistsworldwide.noblogs.org*)

Pour des vies libres et riches, ouvertes à l’inconnu
Soyons la panne dans leur réseau !

 

Pour télécharger cette affiche en PDF, et l’imprimer, cliquer ici ou sur l’image en haut.

* Note d’Attaque : on pourra lire la revendication de cette action ici en anglais ou ici (site .onion) dans sa version originale, en allemand.

[in english]

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Capitalisme de surveillance et choc pandémique https://attaque.noblogs.org/post/2020/09/15/capitalisme-de-surveillance-et-choc-pandemique/ Tue, 15 Sep 2020 16:44:03 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=37935 Continuer la lecture ]]> Contrepoints / lundi 7 septembre 2020

Capitalisme de surveillance et choc pandémique
Alors que la réalité devient virtuelle

Au début de la pandémie de la COVID-19, dans notre collective au sein de laquelle depuis 15 ans nous discutons des réalités qui nous entourent dans le but d’agir collectivement, nous avons réalisé une série de discussions, ayant déjà donné lieu à un premier article [1]. Aujourd’hui, nous publions ce texte, résultat de nos recherches du soir. Nous savions bien que la pandémie aurait des conséquences économiques, politiques, structurelles voir même structurantes, et nous nous inquiétions des enjeux de surveillance et de contrôle.

En route vers une nouvelle « normalité » ?

Notre hypothèse de départ est que la crise liée au coronavirus permet d’accélérer la mise en œuvre d’un capitalisme de surveillance. Nous tenterons de faire un tour d’horizon des mécanismes de contrôle, de surveillance et d’ingénierie sociale qui sont en train d’être déployés et d’analyser dans quelle mesure ils nous propulsent dans cette nouvelle ère du système capitaliste, aussi appelée 4e révolution industrielle. Nous essaierons d’identifier les designers de ce nouveau monde, de cibler ceux qui en profitent et de voir les pistes qui se dessinent pour tenter d’y résister.

À l’origine de nos recherches, pour essayer de comprendre la crise ou plutôt, de mettre le doigt sur la forêt que cachait l’arbre, un article a particulièrement attiré notre attention. Publié par le Massachusets Institue of Technology (MIT), le 17 mars 2020 et écrit par un scientifique, Gideon Lichfiled, son titre était particulièrement angoissant : « Nous ne reviendrons pas à la normale ». Son sous-titre l’était tout autant : « la distanciation sociale est là pour rester pour beaucoup plus longtemps que quelques semaines. Notre mode de vie sera appelé à changer et sur certains points, pour toujours ». L’élément primordial de cet article, consistait à nous faire comprendre que nous ne sommes pas dans une situation temporaire et qu’au contraire nous ne sommes qu’au début de la mise en place d’une nouvelle façon de vivre en société. [2]

Non que nous tenions à retourner à la « normalité » à laquelle nous a habitué le système capitaliste, remplie d’injustices et que nous dénonçons depuis des années, mais cet article prétendait que nous allions devoir nous préparer à faire face à plusieurs vagues d’éclosions du virus, et donc de restrictions de nos droits et libertés et ce à très long terme. Cinq mois plus tard, nous observons qu’effectivement, plusieurs mécanismes de contrôle et d’ingénierie sociale sont en train de se mettre en place et de non seulement changer les comportements et notre manière de vivre en société mais de mettre la table pour propulser un capitalisme de surveillance.

Contrôle et surveillance : un tour d’horizon

Pour faire face à la pandémie de la COVID-19, au lieu de proposer des investissements dans nos services publics, notamment dans le système de santé et les soins aux personnes âgées, la majorité des États se tournent vers le privé pour nous offrir des solutions technologiques. Si certains logiciels sont en développement, d’autres existaient déjà, comme ceux mis en place dès le début de la crise en Israël par exemple, où les données de géolocalisation des cellulaires, normalement utilisées par les services de renseignement pour réprimer les mouvements sociaux palestiniens, ont été utilisés pour identifier les personnes qui auraient été en contact avec des porteurs du virus [3].

Application de traçage via cellulaire et données de santé

Partout dans le monde, des pays ont recours à des applications de suivi numérique qui avertissent les gens ayant croisé le chemin d’une personne contaminée. Par exemple, à Singapour, le « traçage » des personnes testées positives a permis non seulement de publier les informations sur chaque cas connu, mais aussi à envoyer une alerte à l’ensemble des personnes ayant croisé l’individu malade [4]. Fin avril, déjà, plus d’une trentaine de pays avaient recours aux applications de traçage [5]. Ainsi, avec le prétexte de vouloir nous protéger du virus, nous assistons à la mise en place de systèmes de suivis des déplacements et des relations de milliards d’individus, alors que les résultats sanitaires sont plus qu’incertains.

Ainsi, dans le cadre de cette expérimentation grandeur nature, l’éventail des dispositifs de surveillance et de contrôle va d’applications où les données sont stockées dans des serveurs centraux et communiquées aux autorités, à celles où les données sont prétendument « anonymisées » (non lié à l’identité des personnes) et stockées sur notre propre cellulaire…

Le Canada a décidé de lancer sa propre application pour cellulaire, qui utilise la technologie Bluetooth pour tracer les contacts entre personnes. L’application Alerte COVID a été lancée le 31 juillet, mais comme ce fut le cas à propos d’applications similaires développées ailleurs dans le monde, son efficacité est sérieusement mise en doute, en plus d’être jugée trop intrusive et pas assez sécurisée [6].

Ce qui pourrait surprendre c’est l’engouement de tant de gouvernements [7] pour une solution dont l’efficacité est loin d’être démontrée. Tout d’abord, la géolocalisation, ou la présence dans le rayon Bluetooth [8] d’un autre téléphone, ne prouve en aucun cas que la personne atteinte ait réellement pu constituer un risque de contagion. Rappelons qu’un porteur de COVID-19, ne contaminera en moyenne qu’entre 0 et 5.7 personnes [9], alors que plusieurs dizaines de personnes ayant croisé son chemin recevront un avis de risque de contamination, provoquant inutilement un potentiel vent de panique.

Selon les dires même des développeurs de ces applications et des gouvernements qui les mettent en place, pour être efficaces, il faudrait que les trois quarts de la population d’une ville ou d’un pays la télécharge. Il est difficile de croire que ces taux élevés d’utilisation seront atteints. Comme le notait la revue Nature dans un éditorial du 29 avril dernier [10], l’application tant vantée de Singapour n’était utilisée que par 20 % de la population, ce qui signifie que les chances que deux personnes utilisant l’application se croisent ne sont que de 4 %. Bien que l’utilisation de ces technologies se fasse pour l’instant sur une base volontaire dans la majorité des pays qui se prétendent démocratiques, il existe un risque réel pour que la pression soit forte pour la rendre obligatoire après la ou les prochaines vagues d’éclosion du virus. Les médias de masse jouent un rôle important dans la promotion des nouvelles mesures ; nous avons pu observer comment cela fut le cas concernant le port du masque qui fut rendu obligatoire suite au premier déconfinement, alors qu’il n’avait pas été jugé utile de le porter avant cela. Il est préoccupant de voir qu’il semble plus simple de jeter le blâme de la non-efficacité de certaines mesures sur les récalcitrants, que de se demander lesquelles sont vraiment efficaces.

Par ailleurs, de sérieux doutes ont été émis sur la capacité réelle des développeurs de ces applications de protéger les données des utilisateurs. Au Dakota par exemple, l’application Care19 a rendu publiques les données de géolocalisation de 30 000 usager.e.s [11]. D’ailleurs, le chef de la cybersécurité aux Commissionnaires du Québec, Jean-Philippe Décarie-Mathieu « croit que le sentiment d’urgence de l’industrie technologique et des décideurs pour trouver des solutions à la pandémie, exacerbée par un certain climat de peur, peut porter les développeurs de ces applications à tourner les coins ronds en ce qui concerne la sécurité des données » [12]. Pourtant, on tente de nous convaincre que les applications développées en Occident sont radicalement différentes de celles implantées en Chine par exemple, puisqu’elles ont été développées de façon à anonymiser les données, à ne pas permettre la géolocalisation, ou encore parce que les données seront stockées sur notre cellulaire et non sur un serveur externe. Cependant, comme Edward Snowden l’affirme dans ses mémoires, ce genre de garantie ne tient pas puisqu’il est impossible de faire disparaître définitivement des données enregistrées [13].

Au soi-disant [14] Québec, le projet de réunir les données de santé en ligne date de 2009, avec l’implantation du Dossier Santé Québec (DSQ), qui avait pour but de centraliser les données de santé des patients. Rappelons qu’à l’époque, les groupes communautaires en santé et services sociaux avaient dénoncé cette mesure qui aillait à l’encontre du droit à la confidentialité [15]. Plus de dix ans plus tard, le Carnet de Santé Québec, lancé en mai 2020, permet aux patients d’accéder aux informations du DSQ [16] sur leurs téléphones cellulaires.

La Chine comme exemple, depuis quand ?

Bien que ce qui circule sur la Chine dans les médias occidentaux, sur fond de guerre commerciale, soit souvent à prendre avec un grain de sel, il est néanmoins frappant de voir comment des pratiques attribuées initialement au caractère autoritaire du Parti communiste chinois sont maintenant louangées comme étant l’avenir du monde « civilisé » pour faire face au virus. C’est d’abord en Chine que plusieurs applications de traçage ont été lancées : celle du gouvernement, celle de la capitale, Pékin, et celles d’autres collectivités locales. Elles livrent toutes des code-barres destinés à déterminer le degré de risque que représente un individu en lien avec son degré d’immunité au virus et les contacts que la personne a eu avec des individus potentiellement infectés ou à risque. Ainsi le code-barres change de couleur selon cette évaluation du risque : « vert » aucun problème, « orange » obligation de se placer en quarantaine à la maison et « rouge » obligation de se placer en quarantaine dans un lieu centralisé déterminé par l’État. Les individus doivent installer ces applications sur leur téléphone intelligent afin de pouvoir circuler dans la ville, puisque des détecteurs de code-barres ont été installés et des checkpoints des autorités mis en place à l’entrée de divers endroits publics, comme les transports ou les centres commerciaux ; seul un code vert permet d’y entrer [17]. Mais ces codes barre vont au-delà de la détermination du risque que pose une personne, ils envoient aussi des informations à la police et aux autorités, ce qui représente un dangereux précédent dans le déploiement de nouvelles formes de contrôle social automatisé. Chaque fois que le code barre est scanné, les données de géolocalisation de la personne sont envoyées aux autorités [18]. L’application promue par le gouvernement central, baptisée Alipay Health Code a été développée avec l’entreprise Ant Financial, une compagnie sœur du géant du commerce en ligne Alibaba. Malgré les implications liberticides d’un tel système de contrôle et de surveillance de la population, les médias occidentaux ont vanté le modèle chinois de gestion du déconfinement [19]. Remarquons par contre qu’ils n’ont pas fait autant de reportages sur les autres mesures mises en place par la Chine, comme par exemple les brigades de prévention communautaire dans les quartiers [20] qui ont permis de freiner la contagion, ni du fait que la médecine chinoise intègre techniques de médecine allopathe et connaissances ancestrales telles que l’acupuncture et l’usage des plantes médicinales.

Surveillance policière et contagion

Plusieurs autres moyens permettant la surveillance médicale de masse sont en train de voir le jour. Si certaines de ces mesures peuvent nous sembler sensées afin de faire face à la menace du virus, elles sont implantées en bloc de manière accélérée ce qui rend difficile une analyse sérieuse de leur pertinence et l’expression de critiques quant aux risques que certaines d’entre elles représentent. Les caméras thermiques sont un de ces gadgets et bien que celles-ci aient fait scandale dans un IGA à Saint-Lambert [21], en Colombie elles sont déjà parfaitement acceptées dans les aéroports et dans le transport en commun [22]. La carte d’immunité fait aussi partie des propositions en vogue. L’Imunity Card [23], est un document d’identité où seraient enregistrés, entre autres choses, les résultats des personnes ayant été testées, une proposition qui surgit en réaction à la pénurie de test. Dans un futur pas très lointain, l’information concernant la vaccination fera probablement aussi partie de ce qui y est inscrit. Proposée initialement aux États-Unis, l’Allemagne et le Chili étudient la possibilité d’implanter ces cartes. Cette mesure est emblématique puisqu’elle fait partie de l’arsenal de moyens qui relèvent plus de la paranoïa sécuritaire que de réelles mesures de protection sanitaires. En effet, les scientifiques ignorent encore si l’immunité est possible et pour combien de temps [24].

D’autres technologies sont en cours de développement afin de surveiller l’immunité des individus et le risque potentiel qu’ils représentent. Depuis 2016, le Massachusets Institue of Technology (MIT) travaille sur un carnet de vaccination prenant la forme d’une encre invisible injectée sous la peau, mais détectable par les téléphones intelligents, qui permettrait de vérifier si une personne a effectivement reçu tel ou tel vaccin [25]. Bien que ce fameux carnet de vaccination invisible ne sera sans doute pas prêt avant la fin de cette pandémie, IBM travaille actuellement sur le développement d’un certificat numérique qui servirait à identifier les personnes ayant été déclarées positives de la COVID-19, celles qui en sont rétablies, celles qui ont été testées, et lorsqu’il y aura un vaccin, qui l’a reçu. Si tel que le prétend Bill Gates, l’ensemble de l’humanité devrait être vaccinée contre la COVID-19, il y aura beaucoup beaucoup d’argent à faire avec de tels projets. De plus, cela nous emmène à nous questionner : que fera-t-on des gens qui refusent de se faire vacciner ? Pourront-ils aller dans les commerces, dans les épiceries, travailler, sortir dans les bars ? Et dans l’éventualité où aucun vaccin efficace ne réussisse à être développé ou en attendant sa découverte, il y aura aussi énormément d’argent à faire avec le développement de ces technologies de gestion du risque que représentent les individus et probablement beaucoup de profilage.

À tout cela vient s’ajouter le confinement, volontaire ou obligatoire selon les pays. La notion de confinement de masse, comme mesure adoptée en urgence globalement, est elle-même mise en doute [26]. En effet, isoler la population a des conséquences négatives sur la santé, psychologiques notamment mais aussi physiques : l’absence d’exposition aux autres et l’utilisation à outrance du gel antiseptique affaiblit notre système immunitaire, retardant artificiellement les pics de contagion, tandis que l’absence d’activité physique rend nos corps plus vulnérables à toutes sorte de maladies et affaiblit particulièrement les personnes âgées.

Néanmoins, le caractère volontaire ou répressif des mesures implantées pour faire respecter le confinement varie d’un endroit à l’autre sur la planète. Dans de nombreux pays du Sud global, les États ont opté massivement pour des mesures répressives. En Colombie par exemple, les personnes qui enfreignent le décret sur l’isolement social, peuvent encourir une peine de prison allant de 4 à 8 ans [27]. Les mesures incluent selon les villes, le couvre-feu, l’interdiction de sortir sauf pour l’accès aux services de santé, la gestion des déplacements par catégorie de population, les contrôles d’identité lors de l’entrée dans un établissement et finalement, alternance entre jours pairs et impairs selon le numéro d’identité, afin d’avoir le droit de sortir pour acheter des denrées alimentaires, s’approvisionner ou aller dans une banque. Ces mesures étant impossibles à respecter pour des millions de gens qui gagnent chaque jour les maigres revenus qui leur permettront ou non de se nourrir et de se loger, la mairie de Bogota a opté pour carrément « fermer » certains quartiers et militariser les rues. Dans certaines provinces canadiennes comme au Nouveau Brunswick, les personnes revenant de l’étranger sont non seulement assignées à domicile, mais elles reçoivent une visite quotidienne de la GRC pour s’assurer qu’elles respectent le confinement. À Hong Kong, les personnes qui reviennent de l’étranger doivent porter un bracelet électronique durant leur période de quarantaine et celui-ci est connecté à leur téléphone intelligent : si le bracelet et le cellulaire viennent à être séparés, un message d’alarme est envoyé aux autorités et le contrevenant risque, selon les cas, une amende ou même la prison [28].

Récemment au soi-disant Canada, sous le prétexte de la pandémie, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) tente d’introduire des bracelets de cheville pour localiser par GPS des migrant.e.s, en les « offrant » à plusieurs détenu.e.s comme un prix à payer pour leur liberté [29]. À travers son nouveau programme de « solutions de rechange à la détention » [30], l’ASFC sous-traite le contrôle des migrant.e.s à des tierces parties telles que la John Howard Society, qui supervisent au soi-disant Québec des programmes punitifs de « gestion des cas » s’apparentant à des programmes de libération conditionnelle, parfois en combinaison avec des stratégies de traçage GPS et de reconnaissance vocale.

Cela n’est pas sans rappeler le projet d’identification numérique développé par Accenture et Microsoft, sous le nom de « ID2020 », qui a été lancé lors du sommet des Nations Unies à New York en juin 2017. Il s’agit de développer un vaste réseau de documentation numérique pour les réfugié.es, par la création d’une base de données biométriques globale [31]. Toutes les données publiques et commerciales qui existent sur un individu y seraient inscrites et chaque service reçu inscrit au dossier [32]. Comme le dit le site officiel du projet [33], les systèmes d’identification existants, incluant les passeports, sont jugés obsolètes et ce projet vise à les remplacer. Des organismes de soutien aux personnes réfugiées et sans-papiers ont dénoncé que l’obtention de l’aide humanitaire est conditionnelle à l’acceptation de ce fichage dans certains camps de réfugiés des Nations Unies [34].

Au soi-disant Québec, le gouvernement travaille sur un projet visant à fournir à la population une identité numérique : il espère être en mesure d’attribuer des identités numériques dès l’automne 2021 et que l’ensemble du “portefeuille de services numériques” soit complété d’ici 2025. Nos données personnelles seront cryptées dans ses serveurs infonuagiques et pour nous identifier, on utilisera notre nouvelle identité numérique accompagnée soit de nos données biométriques soit d’un mot de passe complexe (au choix), à partir de notre téléphone intelligent [35].

Vers un nouvel ordre social?

L’urgence et le climat de peur servent à forcer le consensus et à fabriquer le consentement de la population aux diverses mesures mises de l’avant pour nous sortir de la crise sanitaire. Nous acceptons jours après jours la mise en place de mesures de contrôle social qui, il y a à peine quelques mois, auraient été impensables. Le traitement médiatique de la pandémie n’est pas étranger à l’acceptation sociale des changements drastiques qui nous sont imposés.

Bien que ces mesures s’appliquent dans le contexte de la pandémie, il y a fort à parier que plusieurs d’entre elles sont là pour rester, tel que nous met en garde le Guardian à ce sujet [36]. Les États tendent à rendre permanentes les lois spéciales et autres mesures d’exceptions introduites en temps de crise. Nous n’avons qu’à penser aux lois anti-terroristes ayant été votées un peu partout sur la planète après le 11 septembre 2001, donnant des pouvoirs accrus aux forces de l’ordre et à l’État en matière de contrôle et de surveillance ; l’ensemble de ces pouvoirs sont toujours en place.

Les enjeux entourant l’avancée des technologies de surveillance vont bien au-delà du respect de la vie privée et des questions sanitaires ; leur mise en place « teste la température de l’eau » afin de jeter les bases pour générer l’adhésion de la population au déploiement accéléré du capitalisme de surveillance. Comme nous le verrons, de dernier est basé non seulement sur la cueillette et le contrôle des données des individus, mais surtout sur l’ingénierie sociale, c’est-à-dire le façonnement des comportements individuels et sociaux.

La crise du coronavirus et la mise en œuvre du capitalisme de surveillance

Afin de pouvoir analyser la situation générée par la crise globale liée à la pandémie de la COVID-19, il est nécessaire de prendre un pas de recul pour se pencher sur les conditions préexistantes à cette crise. Où en est le développement de l’économie capitaliste à l’heure du numérique et du marché du Big Data, alors que les avancements de la robotique, de la biotechnologie et de la neuroscience se marient à celle de l’intelligence artificielle ?

Pour analyser la situation actuelle, il est nécessaire de se demander ce que la crise permet d’accélérer : c’est-à-dire le déploiement du capitalisme de surveillance et de la « quatrième révolution industrielle » [37]. Il ne s’agit que d’aller faire un tour sur le site du Forum économique mondial pour prendre toute la mesure de ce qui se trame pour informatiser nos vies jusque dans leurs moindres recoins [38] :
« La crise de la COVID-19 nous démontre que les technologies émergentes telles que l’Internet des objets et l’intelligence artificielle ne sont pas seulement des outils, ils sont essentiels au fonctionnement de notre société et de notre économie. Particulièrement, en ces temps d’instabilité, nous devons les penser en termes d’infrastructure critique » [39].

Tout comme cela s’est produit par le passé avec les numéros de téléphone, aujourd’hui les adresses IP, différentes pour chaque dispositif connecté à un réseau, ne sont plus suffisantes ; on doit donc passer d’un système IPv4 à 9 chiffres à un système IPv6 à 17 caractères. Avec ce nouveau système, nous allons progressivement passer de 4.3 milliards d’adresse IP disponibles actuellement, à un potentiel de 340 undécillion ou sextillion [40], bref un nombre presque infini de dispositifs qui peuvent être connectés. Déjà en 2017, le Forum économique mondial affirmait « qu’entre 50 et 100 milliards d’objets seront connectés en 2020 » [41]. Ces chiffres augmentent de façon exponentielle au rythme de l’installation du réseau 5G, un système internet tout neuf, qui rendra peu à peu obsolètes les ordinateurs et cellulaires que nous utilisons aujourd’hui. Le réseau 5G permet de capter les ondes millimétriques, qui augmenteront considérablement la rapidité de l’internet et le nombre d’objets qui peuvent y être connecté. Disons en résumé que télécharger un film de 2h prendra moins de 10 secondes et qu’une vidéo pourra apparaître en 3D [42].

Toutefois, la mise en place du réseau 5G à l’échelle mondiale se fera graduellement et pourrait prendre encore un certain temps parce qu’il est compliqué à installer : pour ce faire il faut changer les antennes actuelles, et installer un peu partout, ville par ville, des milliards de tours et de petits boîtiers, qui permettent à ces ondes courtes d’être accessibles partout pour rendre l’internet presque immédiat. Au soi-disant Canada, Bell, Rogers et Telus ont introduit les réseaux de cinquième génération dans plusieurs grandes villes, et quelques modèles de téléphones intelligents compatibles avec la 5G sont maintenant offerts en magasin. Mais le signal risque d’être faible ou instable pour quelque temps encore en raison du nombre insuffisant de tours de transmission et il faudra encore plusieurs années avant de comprendre le réel potentiel de la 5G [43].

Les entreprises de cybersécurité s’inquiètent, puisque cette multiplication exponentielle du nombre de connections augmente énormément les risques de piratage et la vulnérabilité des systèmes, entre autres. Il y a aussi tout un mouvement qui dénonce les impacts inconnus sur la santé de ces nouvelles ondes. Alors que l’OMS affirme que les impacts sur la santé des ondes en général et en particulier de celles du 5G sont insignifiants [44], la Suisse a tout de même décidé de mettre en place une commission fédérale sur le sujet [45]. Si l’opposition au 5G est présentée comme farfelue dans les médias, la répression contre le mouvement anti-5G ne se fait pas attendre : on associe à des adeptes de théories du complot les personnes qui sont accusées de destruction de tours ou d’antennes en Europe [46] et au soi-disant Québec [47].

L’Internet des objets

L’internet des objets, dont le déploiement complet ne sera possible que lorsque le réseau 5G sera pleinement en place, se base sur l’idée que tous les objets qui nous entourent et que nous utilisons au quotidien soient connectés [48] : nos montres, nos lunettes, notre brosse à dents, notre miroir, notre mp3, nos boîtiers de pilules, notre frigo, notre voiture, tous nos électroménagers, jusqu’aux maisons intelligentes en entier, munies de senseurs et de caméras pour nous aider à surveiller nos enfants (sic)… Bref, que tout soit connecté, pour qu’en rentrant chez nous, notre maison nous parle, mette de la musique, ouvre la porte, allume la lumière, nous rappelle qu’il est l’heure de prendre notre médicament, nous propose une recette en fonction de ce qu’il y a dans le frigo, programme le four pour réchauffer le souper et qui sait nous prépare un drink (!), pendant que nous lui demandons, la météo du lendemain, les résultats du hockey, l’histoire de l’indépendance des États-Unis ou une recette de biscuits, comme avec Ok Google actuellement sur notre Android. Cela suppose que chacun des objets soient connectés à Internet, avec leur propre adresse IP. Les programmes d’assistants intelligents comme Alexa ou Google Home, sont un premier pas dans cette direction et visent à nous habituer à cohabiter avec l’intelligence artificielle (IA) [49]. Car bien que l’IA nous semble encore un concept abstrait qui ne verra le jour que dans un avenir lointain, elle sera déployée massivement au cours des dix prochaines années, avec notamment le concept des villes intelligentes [50], qu’on nous vend comme étant éco-responsables… [51] Et bien que plusieurs d’entre nous croient que cela ne les affectera pas puisqu’ils ne sont pas intéressé.e.s à s’acheter des objets connectés, il ne faudrait pas oublier que d’une part, ces objets seront faits pour être si pratiques que plusieurs succomberont à la tentation comme nous l’avons tou.t.es fait avec les téléphones intelligents et que d’autre part, viendra un temps où l’industrie ne produira que ce type d’objets, rendant obsolètes ceux que nous utilisons présentement.

La quatrième révolution industrielle, qui consiste à « relier les systèmes physiques, biologiques et digitaux » est donc bel et bien en marche [52]. Le Centre pour la quatrième révolution industrielle [53], mis en place par le Forum économique mondiale et basé à San Francisco, se définit comme un « réseau pour la gouvernance technologique mondiale » [54], dont la mission est de « maximiser les bénéfices de la science et des technologies pour la société, en partenariat avec des gouvernements, des entreprises privés et des experts » [55].

Le confinement planétaire généré par la pandémie, tout comme les mesures de distanciation sociale qui demeurent suite au « déconfinement », nous ont propulsé.e.s dans cette nouvelle ère de connexion extrême à nos écrans et aux technologies. En fait, la situation issue de la pandémie a permis la mise en œuvre de deux processus simultanés ; d’une part nous sommes appelé.e.s à réduire, voire à mettre fin, à la majorité de nos contacts humains et de nos relations interpersonnelles en personne et d’autre part, nous sommes forcé.es d’augmenter notre utilisation d’internet et nos contacts avec le monde numérique. Et dans ce processus, nous augmentons notre dépendance aux technologies ; les écrans deviennent le mode quasi exclusif d’accès au monde ; le commerce en ligne explose, y compris pour l’achat de notre nourriture et nous voyons émerger toutes ces plates-formes pour les services de santé en ligne, l’éducation à distance et le télétravail, pour ne nommer que ceux-là. Déjà nous commençons à nous habituer à recevoir nos services de santé en ligne et le télétravail est louangé comme étant l’avenir du travail, notamment parce qu’il est prétendument plus écologique. En effet, bien que l’aire du numérique évite d’imprimer autant de papier, sont apport à la réduction des dommages environnementaux s’arrête là, puisque le visionnement de vidéo en ligne, les téléchargements incessants et les vidéoconférences impliquent des milliers de serveurs, qui dans leur majorité carburent au charbon aux États-Unis [56]. La navigation sur internet contamine autant que l’industrie aérienne et les chiffres devraient aller en augmentant ; la virtualisation de nos rapports apporte donc peu ou pas à la réduction de notre consommation d’énergie.[57]

Ce pas de géant du numérique sur l’économie, l’organisation de la société et la vie sociale, profite directement à des géants du web tels qu’Amazon, Facebook, Google et Microsoft. Ces derniers, aujourd’hui beaucoup plus puissants que les États, sont au cœur du développement du capitalisme numérique ; leur modèle d’affaire qui dépend du Big Data, est basé non seulement sur la surveillance des comportements en ligne des individus pour la collecte des données, mais aussi comme nous le verrons, sur la modification des comportements humains et sociaux dans cette nouvelle normalité où nous sommes et serons de plus en plus connecté.e.s.

Le monde selon Google

Google révélait il y a quelques mois, les données de déplacement de millions d’êtres humains vivant dans 131 pays, afin de démontrer l’impact du confinement sur la mobilité et les comportements, révélant au monde le potentiel extraordinaire de surveillance, rendu possible grâce aux téléphones intelligents, aux technologies de géolocalisation et à des applications telles que Google maps. Peu de temps après, Google et Apple annonçaient qu’ils feraient front commun pour développer une application de traçage à grande échelle, pour « aider » à ralentir la propagation du virus…

Les plans de Google ne sont ni secrets, ni nouveaux, mais la pandémie lui permet d’avancer plus rapidement que prévu dans sa réorganisation du monde. Google profite de la situation pour agrandir entre autres son portfolio d’informations médicales ; une de ces dernières grandes acquisitions est le projet Ascension, conclu en novembre 2019 [58]. Depuis 2006, Google Santé [59] tente d’obtenir volontairement nos données de santé, et fait la promotion de l’usage de l’IA dans le secteur de la santé. C’est actuellement un des principaux investissements de cet empire et son objectif est de développer des outils qui permettent de diagnostiquer, de prévenir et surtout de prévoir les maladies. La capacité de prévision est d’ailleurs au cœur du développement de l’intelligence artificielle : à partir des données extirpées de nos habitudes de vie et des émotions que nous exprimons (nos achats, nos déplacements, nos commentaires en ligne, etc.), Google veut être capable, à l’aide des algorithmes, de prévoir autant les maladies que nous développerons que nos prochains comportements. L’idée est que l’intelligence artificielle arrive à mieux nous connaître, que nous nous connaissons nous-mêmes, afin d’être en mesure de nous influencer. On parle en fait d’ingénierie et de déterminisme social, ce qui est pour le moins inquiétant.

Depuis 2013, Google investit massivement dans un projet de recherche en santé, qui utilise les informations de ses usagé.ere.s afin de trouver une solution au problème du vieillissement et de la mortalité, rien de moins ! Un des directeurs de Google, Ray Kurzweil, promet qu’en 2029, on parlera d’immortalité [60]. En attendant, on nous dit qu’on pourra faire exister nos proches décédé.es physiquement via l’intelligence artificielle [61]. Ce sont des milliards qui ne sont pas investis dans la santé de tou.te.s, mais plutôt dans le design du futur. Google utilise les données des utilisateur.trices pour ces recherches qui pourraient paraître farfelues, mais qui font partie d’un plan consciemment élaboré pour le monde de demain.

Il y a tellement de données qui se vendent et s’achètent sur le marché du Big Data que l’extractivisme des données [62] (qui consiste à extraire les données des utilisateur.trices afin de consolider des bases de données cotées en bourses) est le secteur qui connaît actuellement la plus forte croissance dans les bourses du monde [63].

Selon les prévisions du cabinet Gartner « 90% des données existantes aujourd’hui ont été créées au cours des deux dernières années et la production de ces données devrait exploser de 800% d’ici 5 ans » [64]. Les données proviennent de partout : des messages que nous envoyons, des vidéos que nous publions, des informations climatiques, des signaux GPS, des achats avec carte de crédit ou encore des transactions en ligne. Les sites de rencontre, symbole des relations de notre temps, sont les meilleurs fournisseurs de données personnelles. Nous avons donc des ombres virtuelles qui en savent plus sur nos goûts, nos envies, nos sentiments et nos pensées que nous-mêmes, et pire encore des machines qui les analysent pour nous donner accès à la réalité digitale qui nous convient, selon Facebook ou Google. Chaque service « gratuit » que nous utilisons en ligne en acceptant d’interminables politiques d’utilisation sont donc des contrats par lesquels nous donnons des informations sur nous, en plus de celles recueillies à notre insu par les caméras, les cartes de débit qui remplacent l’argent comptant et autres gadgets. Ces informations sont ensuite compilées et analysées à l’aide de l’intelligence artificielle, puis vendues :
« En collectant massivement des informations sur leurs utilisateurs, elles formulent, à l’aide de l’intelligence artificielle, des prédictions hautement monnayables sur leurs comportements. Le « capitalisme de surveillance » est en somme une forme d’extractivisme, la matière première étant les données personnelles des citoyens » [65], résume Aurelie Lanctot au Devoir.

L’affaire Cambridge Analytica [66] et le scandale de l’utilisation des données pour la manipulation des résultats électoraux, incluant la création de tendances sociales et de mouvements sociaux de toutes pièces [67] aurait pu ralentir le processus, mais il a seulement rendu les dirigeant.e.s plus prudent.e.s [68].

Comme le souligne Naomi Klein dans son article le Screen New deal [69], les plans de développement des villes intelligentes, basés sur la surveillance et l’interconnectivité des données, affrontaient avant la pandémie de nombreuses réticences à cause de l’ampleur des changements proposés. La pandémie semble avoir fait disparaître ces réticences, agissant comme un choc qui permet de rendre acceptable que nos maisons deviennent notre bureau, notre gym, notre école et même notre prison si l’État le décide. Mais l’économie numérique condamne les plus pauvres de la planète à travailler dans des conditions abjectes, afin de rendre possible ce développement technologique, que l’on parle des travailleurs.euses des mines de lithium pour la fabrication des téléphones intelligents et des voitures électriques, ou de ceux et celles des entrepôts d’Amazon et autres sweatshop [70].

Que l’on parle de Google, maintenant appelé Alphabet depuis sa restructuration en 2015, de Facebook, du nouveau venu Zoom [71] ou des autres géants du Big Data, le problème central demeure le rôle de la technologie dans nos vies et les décisions systématiquement prises en fonction du dictat de l’économie, comme par exemple l’obsolescence programmée de nos ordinateurs, de nos téléphones et des produits de consommation en général, qu’il est plus simple de jeter et d’envoyer dans des méga-décharges informatiques du Sud-Est asiatique [72] que de réparer.

Pour en revenir à la pandémie qui accélère et actualise les changements en cours, c’est le genre de crise dont avait grandement besoin le capitalisme. Les crises du capitalisme opèrent toutes selon la même dynamique ; elles liquident des pans entiers de l’économie et permettent de la restructurer avant d’entrer dans une nouvelle phase de croissance et d’accumulation de capitaux, qui concentre chaque fois plus la richesse. Le capitalisme a besoin de croissance perpétuelle pour fonctionner ; périodiquement celle-ci stagne et il faut donc faire disparaître des capitaux pour mieux redémarrer. Les crises financières, les guerres et les catastrophes, dont les pandémies, sont idéales pour remettre les compteurs à zéro, éliminer les petits, faire grandir les gros, puis repartir. La crise actuelle permet également de mettre à jour les cadres légaux et les comportements sociaux et de réécrire les règles du jeu de la « nouvelle normalité » qui s’installe. Les nouvelles règles que laissent entrevoir cette crise n’ont rien d’enviables ; elles nous font graduellement glisser vers un monde dans lequel notre réalité concrète, celle qui ne passe pas par un écran, entre de plus en plus en contradiction directe avec cette réalité qui de clic en clic alimente l’indifférence, l’éphémère et la distance sociale. Le concept qui est développé par les géants des technologies est de créer un « hive mind » ou « esprit de ruche », c’est à dire une sorte de savoir universel issu de la mise en commun de l’ensemble de nos données personnelles, qui en fait selon eux, ne devraient pas être considérées comme étant du domaine privé mais bien comme appartenant à l’humanité et aux futures générations (sic)…Cette idée est assez explicite dans la vidéo interne de Google, The Selfish ledger, qui a été rendue publique suite à une fuite. Réalisée en 2016, il y est discuté comment les données de masse peuvent être utilisées pour diriger le comportement humain, tant à l’échelle individuelle que globale [73]. Ultimement, nous aurions l’impression de poursuivre des buts communs (déterminés par Google!), avec l’IA nous dictant la voie à suivre… En étant en permanence connecté.e.s à autrui et à une sorte de savoir universel par le biais d’Internet, cela ferait en sorte que nous ne ressentions plus le besoin d’être en contact dans le monde réel.

Qui s’enrichit et profite de la crise ?

Alors que la pandémie semble générer une reconfiguration des forces au sein du capitalisme global, les hommes les plus riches de la planète en profitent. Entre le 18 mars et le 19 mai 2020, la fortune globale des 600 milliardaires américains a augmenté de 434 milliards en dollars US et les patrons des multinationales de la Silicon Valley sont ceux qui en ont le plus profité. Les mesures de confinement de la population et la fermeture des commerces ont fait bondir les achats en ligne et le besoin de rester connecté.e.s via les réseaux sociaux, ce qui a fait grimper en flèche la valeur des titres des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) et des entreprises de haute technologie en général [74]. Entre mars et mai, la fortune de Jeff Bezos – fondateur et patron d’Amazon – a augmenté de plus de 30 %, un bond équivalent à 24 milliards de dollars depuis le début de l’année 2020, soit quatre fois plus que l’augmentation habituelle de sa fortune, si on compare les chiffres des gains depuis 2017 [75]. Durant la même période, la fortune de Mark Zuckerberg, patron de Facebook, a bondi de plus de 46 % pour s’élever à $54,7 milliards. En toile de fond, les titres d’Amazon et de Facebook ont atteint dans la semaine du 22 mai leur plus haut niveau historique. Pendant ce temps, 39 millions d’américain.e.s et plus de 3 millions de canadien.ne.s ont perdu leur emploi à cause de la pandémie, alors que des millions de personnes dans les pays du Sud global ont été encore davantage acculées à la misère, ne pouvant même plus sortir de chez elles pour gagner leur pain quotidien ou perdant carrément leur logis à cause de la crise.

Les GAFAM sont contrôlées par des hommes dont les ambitions ont de quoi donner des frissons dans le dos. Attardons-nous un instant à Amazon et à son patron Jeff Bezos, l’homme le plus riche de la planète, dont la fortune s’élève à 113 milliards en dollars américains, suivi de près par Bill Gates avec un fortune de 98 milliards [76] La plupart des gens voient Amazon comme une simple entreprise de commerce en ligne, mais il s’agit d’une perception erronée car ce n’est que la pointe de l’iceberg de l’empire dont l’objectif est d’arriver à contrôler une partie importante de l’infrastructure économique mondiale. En plus du e-commerce, Amazon est l’acteur numéro un sur la planète dans le secteur de l’infonuagique et des centres de données, alors que l’entreprise contrôle plus de 120 centres de données un peu partout sur la planète. Alors que de nombreux gouvernements et un nombre infini de compagnies stockent déjà ou prévoient stocker leurs données dans les serveurs d’Amazon, cela donne à l’entreprise un contrôle énorme sur l’industrie des données. Mais la prétention d’Amazon s’étend encore bien au-delà : ce que Jeff Bezos cherche à accomplir, c’est que son entreprise devienne un maillon clé dans la chaîne de production et de distribution du commerce international en devenant l’interface entre tous les grands acheteurs et vendeurs, par l’élargissement de son contrôle sur le secteur de la logistique et de l’envoi de colis. Il veut en quelque sorte posséder l’infrastructure et le réseau de distribution le plus grand de la planète [77]. De plus, Amazon a déjà commencé à mettre en place des projets pilotes de magasins sans employés. Comme si cela n’était pas assez, Amazon vient de recevoir la bénédiction des autorités américaines pour son projet Kuiper [78], visant à déployer une constellation de 3236 satellites en orbite basse afin de fournir de l’internet haut débit au plus grand nombre de personnes possible. Le lancement commercial du service est prévu pour juillet 2029. Ce projet semble être une réponse directe au projet Starlink de SpaceX qui compte déjà 480 satellites en orbite et qui prévoit en mettre au total 42 000 [79].

Ainsi, Amazon est sans conteste le grand gagnant parmi les entreprises s’étant le plus enrichies au cours de la pandémie, ses ventes ayant augmentées de 26% [80], alors que les dénonciations des syndicats sur le non-respect des consignes sanitaires pour protéger les travailleurs.euses dans ses entrepôts fusaient de toutes parts [81]. Mais les autres géants de la Silicon Valley ne sont pas en reste : à la fin du premier trimestre de 2020, tous ont affiché un chiffre d’affaires en hausse : Google +13%, Facebook +18%, Microsoft +15%, et Apple +1% [82]. D’ailleurs, la société d’investissement MKM Partners a créé un nouvel indice appelé le « Stay home index » pour répertorier les entreprises qui s’en sortent le mieux en ces temps de pandémie. Environ 30 grandes compagnies y sont cotées, dont Amazon, eBay, Alibaba, Netflix, Facebook, Zoom et Slack [83]. Mais en plus des entreprises de l’économie numérique qui sont en tête du palmarès, d’autres secteurs économiques ont aussi profité de la crise de la COVID-19 et continueront de le faire, notamment dans les secteurs de l’agro-alimentaire, du pharmaceutique, des équipements médicaux, des produits d’hygiène, ainsi que de la grande distribution. On peut penser entre autres à Walmart et Costco, à Ontex, l’un des leaders mondiaux de produits d’hygiène, ou à Jonhson&amp ; Johnson et Novartis qui travaillent sur le développement d’un vaccin, pour ne nommer que ceux-là [84]. Alors que les plus grandes chaînes sont restées ouvertes durant toute la période du confinement, les petits commerces de détail ont dû fermer leurs portes pour des raisons sanitaires. Pourtant, l’achalandage dans les commerces de proximité est moindre en comparaison aux grandes surfaces où convergent des centaines de personnes par jour et qui possèdent des systèmes de ventilation pouvant potentiellement distribuer le virus dans l’air.

Dans le secteur pharmaceutique, une panoplie de laboratoires ont flairé la bonne affaire. À la mi-mars, alors que les Bourses s’effondraient, l’action de Gilead grimpait de 20% après l’annonce des essais cliniques du Remdesivir contre la COVID-19, celle d’Inovio Pharmaceuticals gonflait de 200 %, à la suite de l’annonce d’un vaccin expérimental, celle d’Alpha Pro Tech, fabricant de masques de protection, bondissait de 232 % et l’action de Co-Diagnostics montait de plus de 1 370 % grâce à son kit de diagnostic moléculaire du SRAS- CoV-2 [85].

Ainsi, alors que les systèmes publics de santé de nombreux pays étaient sur le bord de l’hécatombe, faisant face à une pénurie de masques de protection, de respirateurs artificiels et de tests de dépistage, les grandes pharmaceutiques avaient déjà commencé à s’enrichir. La pandémie a révélé les conséquences d’années de coupes budgétaires des gouvernements et de politiques favorisant la privatisation graduelle de nos systèmes publics de santé, au profit d’une vision mettant de l’avant la rentabilité économique de la santé.

La question du port du masque est emblématique pour mettre en lumière comment les intérêts économiques pèsent plus lourd que les questions sanitaires quand vient le temps de déterminer les politiques publiques. Un peu partout, on assiste depuis mars à une valse allant d’interdire l’achat de masques afin de s’assurer de leur accessibilité dans les services de santé [86], à rendre son port obligatoire sous peine d’amende ou même de prison ; or, il apparaît que ces politiques varient selon la disponibilité des stocks à écouler sur les marchés [87]. Même l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a tardé jusqu’en juin avant de faire une recommandation claire en faveur du port du masque généralisé [88]. Et bien qu’un prétendu consensus scientifique semble maintenant se dégager pour recommander de le rendre obligatoire, de nombreux scientifiques continuent à mettre en doute son utilité [89].

Force est de constater la place très stratégique que joue l’industrie pharmaceutique dans nos systèmes de santé, puisqu’elle produit à la fois les équipements de protection, les tests de dépistage, les médicaments et les vaccins. La production des tests de dépistage est non seulement contrôlée par le privé – qui les vend aux État à des prix exorbitants alors qu’ils sont très peu coûteux à produire – mais en plus, elle est entourée par le secret industriel et commercial, ce qui empêche le public d’y voir clair. Les « réactifs », ces composants chimiques des kits de dépistage qui attestent de la présence du virus, sont des molécules dont on ne connaît ni d’où elles viennent, ni à quoi elles servent, ni combien elles coûtent vraiment [90]. De plus, il semble que différentes qualités de tests circulent : en Colombie par exemple, les résultats des tests prennent plus de 10 jours et donnent fréquemment des résultats erronés à cause de leur mauvaise qualité. Étant donné que nous sommes dans une situation exceptionnelle, pourquoi ne pas lever tout brevet sur ces découvertes scientifiques alors qu’on nous martèle qu’elles sont si précieuses pour la santé et la vie de milliards d’êtres humains ?

Cela ne fait pas exception dans la recherche de solutions et la course aux médicaments et aux vaccins pour lutter contre la COVID-19. Les États s’en remettent à « Big Pharma » et à la prétendue générosité de fondations telles que la Fondation Bill & Melinda Gates. Fondée par l’un des hommes les plus riches du monde, elle est impliquée depuis de nombreuses années dans l’industrie du vaccin sous couvert d’aide humanitaire en matière de santé aux populations des pays les plus pauvres. Bill Gates a annoncé récemment que sa fondation allait dépenser des milliards pour travailler avec sept fabricants potentiels d’un vaccin afin de financer leur production [91]. La puissante Fondation Bill & Melinda Gates est l’acteur non étatique le plus puissant de la planète, d’une valeur de 45 milliards de dollars [92] un montant supérieur au produit intérieur brut (PIB) de la Côte d’Ivoire, de la Jordanie ou encore de l’Islande. Si la Fondation Gates était un État, selon les données de la Banque mondiale [93], elle serait le 91e plus riche du monde. Une grande partie de son capital est généré grâce à des investissements discutables, notamment dans l’industrie pétrolière [94]. Elle est le deuxième contributeur en valeur absolue de l’OMS, derrière les États-Unis, et son plus important bailleur de fonds privé [95]. Pourtant, cette apparence de conflit d’intérêt n’a pas été questionnée dans les grands médias. Déjà en 2016, un documentaire intitulé, « l’OMS dans les griffes des lobbyistes ? » [96] s’interrogeait sur l’indépendance de l’institution par rapport à ses bailleurs de fonds privés.

L’ampleur des investissements et des mesures déployés par les gouvernements pour lutter contre la COVID-19 est spectaculaire, si on met en perspective le nombre de morts liés à celle-ci, relativement au nombre de morts causés annuellement par d’autres maladies du notamment à la contamination environnementale, comme par exemple le cancer. En date du 24 août 2020, la COVID-19 avait provoqué près de 807 000 morts à l’échelle planétaire [97]. Selon les dernières données du Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS, il y a eu 9,6 millions de décès en raison de cancers en 2018 à l’échelle planétaire [98]. Il est évident qu’un des enjeux lié à la COVID-19 est son potentiel de propagation rapide, son taux de mortalité plus élevé que la grippe saisonnière et le risque de débordement des unités de soins intensifs des hôpitaux qui en découle et que cela justifie de prendre des mesures temporaires pour « aplanir la courbe ». Mais il n’en reste pas moins qu’il est légitime de se demander pourquoi nos gouvernements ne sont pas si empressés de mettre en place des politiques sérieuses visant à prévenir les cancers, notamment en interdisant la vente et l’épandage de pesticides sur nos aliments par l’industrie agro-alimentaire, alors que certains d’entre eux comme le glyphosate ont finalement été reconnus comme probablement cancérigènes par l’OMS [99]. Dans tous les cas, si les grands médias nous faisaient un décompte quotidien du nombre de morts liés au cancer, il y a fort à parier que la peur engendrée par un tel décompte générerait une pression sociale suffisante pour forcer les gouvernements à faire face au lobby des entreprises. La mainmise du privé sur le secteur de l’agriculture, de l’alimentation et de la santé, fait en sorte que les populations sont à la merci de multinationales telles que Monsanto, ironiquement rachetée par la pharmaceutique Bayer [100].

Les États continuent cependant d’offrir toutes les garanties et incitatifs possibles au secteur privé. Un exemple flagrant de cela est l’annonce du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le 21 août dernier, affirmant que le gouvernement souhaite attirer les pharmaceutiques au soi-disant Québec en leur donnant accès aux données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). « On a l’intelligence artificielle, on a la médecine spécialisée […] on a les données de la RAMQ, et les données de la RAMQ, c’est une mine d’or », a-t-il déclaré. […] Le jour où on peut se rendre confortables de donner accès à nos données de santé aux compagnies pharma[ceutiques] qui vont venir dans les hôpitaux universitaires qui sont très performants, et on a Mila à côté qui fait l’algorithme ou Imagia, c’est winner ! », a-t-il poursuivi [101].

D’ailleurs, en mars 2019, l’IRIS publiait une recherche [102] sur l’IA, annonçant que Le gouvernement du Québec veut faire de l’intelligence artificielle (IA) une composante importante de l’économie québécoise, dont Montréal serait le pôle central. « Cette industrie est vue comme un pilier de la croissance économique mondiale par l’OCDE notamment. En mai 2020, l’IRIS émettait l’hypothèse « qu’en se posant comme un modèle à suivre, [l’État] renforce la confiance des investisseurs pour les produits d’IA développés en territoire canadien et québécois. L’État assure le lien entre les universitaires et les entrepreneurs et absorbe une part du risque financier, en stimulant les investissements privés ».

Soi-disant Montréal est en effet devenue un des plus importants pôles du développement de l’IA dans le monde :
« En 1993, Yoshia Bengio a fondé l’Institut québécois d’intelligence artificielle, aujourd’hui l’Institut des algorithmes d’apprentissage de Montréal, qui rassemble des chercheurs de l’Université de Montréal et de l’Université McGill. Aujourd’hui, cet organisme compte 300 chercheurs représentant 15 facultés. Ces chercheurs universitaires collaborent activement avec les grandes entreprises numériques de ce monde. Bengio est aussi membre d’IVADO, l’Institut de valorisation des données. Ivado est un concentré d’experts à Montréal faisant “le pont entre l’expertise académique et les besoins de l’industrie”. MILA, IVADO, Thales, Element IA et d’autres se sont récemment installés dans le Mile-Ex, déclaré comme lieu central de l’IA à Montréal. Les chercheurs s’installent à Montréal car il existe un « écosystème favorable » : des fonds publics, de la formation de la main d’œuvre financée par l’État, des espaces industriels pas chers, des universités, des acteurs de l’industrie numérique, le bilinguisme, etc. » [103].

Ne pas s’habituer à la nouvelle “normalité”

Nous l’avons sentie et vécue comme un choc dans nos corps et nos esprits ; les changements provoqués par la crise se sont faits rapidement et on nous parle déjà d’une nouvelle façon de vivre en société à laquelle nous devrons nous habituer… Nous avons voulu en écrivant ces lignes, alimenter notre esprit critique, confirmer certaines intuitions, en abandonner d’autres… avec l’espoir de contribuer à nous donner des pistes de réflexion et de résistance pour lutter contre ce nouveau monde sans contact qu’on tente de nous imposer.

On assiste à une véritable réingénierie des comportements sociaux : imposition du télétravail dans plusieurs domaines, délation des voisins, peur de la contagion, peur des quartiers pauvres, peur d’une accolade, isolement social et acceptation de la surveillance de masse. Ces modifications accélérées des comportements concordent avec des tendances déjà fortes provoquées entre autres par l’usage des téléphones intelligents et des réseaux sociaux et le développement exponentiel des technologies qui marquera la prochaine décennie avec l’entrée en scène massive de l’IA dans nos vies.

Nous finissions ce début d’analyse encore plus préoccupées que nous l’étions au départ, qu’il s’agisse de confirmer l’énorme pouvoir d’influence politique et économique des futurs maîtres du monde, ces géants du Big Data, ou de découvrir que l’OMS obtient une part énorme de son financement d’une fondation qui investit aussi activement dans l’industrie pharmaceutique. Tout en confirmant que le capitalisme de surveillance a bel et bien pris son envol et que son éventail de nouvelles technologies nous est présenté comme autant de solutions miracles à la crise que nous vivons; nous percevons avec inquiétude la rapide acceptation des mesures qui créent de la distance dans nos relations humaines et nous empêchent d’être ensemble…

Il est fort probable que nous soyons appelé.e.s à nous adapter à cette nouvelle « normalité » et nous devons nous demander jusqu’où sommes-nous prêt.e.s à accepter ces nouvelles formes de contrôle et de surveillance de nos vies et l’imposition d’une nouvelle façon de vivre, de travailler et d’entretenir nos relations les un.e.s avec les autres, mais aussi de marginaliser et d’exclure. Qu’en sera-t-il lorsque les mesures proposées viseront à contrôler l’immunité ? Accepterons-nous de nous faire injecter un vaccin développé en toute hâte par des entreprises avides de profit ? Serons-nous indigné.e.s et prêt.e.s à défendre celles et ceux qui le refuseront, si la société décide de les exclure ? Il n’est pas impossible que dans l’éventualité où un vaccin soit trouvé, cette marginalisation et exclusion d’une partie de la population considérée à risque, s’applique aux personnes ayant refusé de se faire vacciner ou qui ne peuvent prouver leur immunité ; elles pourraient se voir refuser l’accès aux édifices gouvernementaux, aux endroits publics, aux commerces de grande surface et qui sait aux supermarchés…

En Bolivie, le gouvernement transitoire d’extrême droite mis en place suite à un coup d’État, a promulgué dans le contexte de la pandémie une loi rendant illégale la diffusion d’information, sur n’importe quel sujet, considérée comme trompeuse ou pouvant semer la confusion [104]. En parallèle nous observons que les contenus donnant de l’information critique sur la vaccination se font de plus en plus censurer sur les réseaux sociaux. Par exemple, Youtube informait fin 2019 que « Les vidéos qui font la promotion d’un contenu anti-vaccination constituaient – et c’est encore le cas aujourd’hui – une violation de notre politique concernant les actes dangereux ou pernicieux. Nous appliquons ces politiques de manière drastique et si nous trouvons des vidéos qui enfreignent ce règlement, nous prenons immédiatement les mesures nécessaires » [105]. Que l’on soit en faveur ou non des vaccins, cela n’est pas la question ici : ce qui est en jeu est notre droit de penser, de critiquer et de partager publiquement une information alternative ou notre dissension. On observe actuellement une dynamique similaire avec les informations sur l’avortement, qui est censurée par exemple au Brésil [106] et en Espagne [107]. Un autre exemple dans lequel les géants du numérique sont à la fois juge et partie du contenu pouvant circuler en ligne, est celui de Facebook qui, fin août 2020, a décidé d’éliminer des dizaines de Fan Page de groupes associés à Crimethinc et à itsgoingdown, ainsi que d’autres pages anarchistes ou antifascistes [108].

Par ailleurs, étant donné que la possibilité de développer une immunité à long terme à la COVID-19 est incertaine, les gouvernements et les entreprises pourraient en venir à choisir toutes sortes de critères discriminatoires pour identifier le niveau de risque que représentent les individus : si nous gagnons moins de 35 000$ par année, si nous avons plus de 4 enfants, si nous vivons dans certains quartiers, etc. Ces critères, pourraient être transférés dans des algorithmes, comme ceux utilisés l’an dernier par des compagnies d’assurance en santé aux États-Unis, qui ont révélé favoriser davantage les personnes blanches [109].

À court terme, la majorité des règles et mesures dictées par la santé publique seront volontaires, bien qu’associées à une forte pression sociale. Par contre, il n’est absolument pas farfelu d’imaginer que ces mesures iront en s’intensifiant et en augmentant l’étendue de leur spectre de contrôle sur nos vies, au fur et à mesures des vagues successives d’éclosion-confinement-déconfinement… Car comme le mentionne M. Lichfield du MIT en conclusion de son article, « non seulement nous nous adapterons à ces mesures, mais nous serons prompts à les accepter, car la surveillance de nos vies sera un maigre prix à payer pour retrouver notre droit fondamental d’être avec d’autres » [110].

Comment résister et continuer de lutter ?

Un des premiers défis qui nous attend est de rester critiques face à la couverture médiatique en lien avec la pandémie et à la manière dont elle contribue à la fabrication de notre consentement. Même si la pandémie est une question de santé, un domaine dominé par les scientifiques où nous sentons que nous avons peut-être peu d’expertise, les enjeux qui se dégagent de cette crise sont beaucoup plus larges et touchent à différentes facettes du système économique et politique global dans lequel nous vivons.

Un des premiers moyens à notre portée est le refus de nous adapter sur une base individuelle à cette nouvelle réalité ; nous pouvons par exemple nous opposer aux mesures qui nous semblent farfelues, telles que le refus de l’argent comptant par les commerces. D’une part, parce que cela exclue et rend encore plus vulnérables les personnes en situation de pauvreté, ainsi que les personnes analphabètes, qui souvent n’ont ni carte de crédit, ni carte de débit et d’autre part, parce l’usage exclusif des cartes pour payer est un moyen additionnel pour extraire toujours plus de données de nos comportements de consommation.

Nous pouvons aussi questionner notre propre relation aux technologies, par exemple en commençant par se demander franchement qu’elle a été l’évolution de notre utilisation du téléphone intelligent et de l’internet, quelle place prennent les écrans et les réseaux sociaux dans nos vies, ainsi que dans notre façon de militer, de s’organiser, de mobiliser… Des résistances sur ce plan sont déjà en cours : depuis l’apparition des PC, les communautés de logiciels libres s’efforcent quotidiennement d’offrir des alternatives aux outils qui nous surveillent et des projets pilotes visant à mettre en place des infrastructures de connexion internet qui soient réellement décentralisées sont en construction au Chiapas et à soi-disant Montréal, par exemple.

En tant que mouvement de résistance, nous sommes bien loin des mobilisations de masse contre la mondialisation capitaliste et les événements internationaux organisés par l’élite mondiale sous l’égide d’institution telles que l’OMC, le G-20, le G-8 devenu G-7, ou le Forum économique mondial, et on voit encore très peu de manifestations devant les bureaux de Facebook, de Google ou d’Amazon. Mais nous sommes de plus en plus à nous pencher sur le rôle des GAFAM et le développement de l’intelligence artificielle. L’IA est l’enjeu économique du siècle, elle transformera la manière d’opérer du système capitaliste ainsi que les outils à la disposition des États pour contrôler la population par la surveillance et l’ingénierie des comportements sociaux. Le capitalisme de surveillance est à notre porte, mais il a besoin du développement du réseau 5G et de l’IA pour se déployer pleinement. Et l’intelligence artificielle n’est pas intangible, elle se développe dans nos villes : partout dans le monde, les grands centres urbains rivalisent pour attirer les acteurs de l’IA et ces derniers siphonnent allègrement les fonds publics.

À soi-disant Montréal, il y a un potentiel concret pour réfléchir collectivement à ce que nous pouvons faire pour freiner ce pôle de développement de l’IA, que ce soit par l’éducation populaire, la dénonciation, la mobilisation ou l’action directe.
« Les entrepreneurs en IA ont dans leur mire l’ancien pôle industriel entre Parc-extension et la Petite-Patrie, qu’ils appellent le Mile-Ex. Ils profitent aussi de l’expansion du campus de l’UdM dans la partie Sud de Parc-Extension. (…) Plusieurs start-up sont aussi situées près du Canal Lachine. (…) Ces entreprises s’approprient des ateliers locatifs, faisant grimper le prix des loyers et des ateliers, mais aussi des logements tout autour par l’afflux de travailleurs spécialisés. Ce mouvement d’appropriation du territoire par les entrepreneurs en IA contribue à achever la gentrification des quartiers visés. » [111].

Nos luttes contre la gentrification peuvent les décourager de s’installer dans nos quartiers ; à nous de faire les liens entre l’embourgeoisement de ces derniers et le développement des pôles de l’IA. Les luttes menées à Berlin contre Google-Campus ou encore celles menées à Grenoble contre le pôle technologique font partie des sources d’inspiration possibles. Tout comme les luttes qui, malgré la pandémie, préservent un autre rapport au monde depuis l’Amérique latine, qu’il s’agisse de la grève des livreurs de Uber eats au Brésil en juin, faisant écho à la grève d’Amazon au nord du continent, à la reprise des mobilisations au Chili, aux marches pour la dignité en Colombie, ayant parcouru plusieurs milliers de kilomètres depuis les territoires autochtones jusqu’à la capitale, ou aux luttes contre les évictions et les occupations de terrains par des familles délogées à Bogota, sans oublier les prisons, qui brûlent depuis des mois aux quatre coins du globe. Ces mobilisations viennent s’ajouter aux réseaux d’entraide comme ceux des paysan.ne.s brésilien.ne.s qui envoient chaque semaine des tonnes de nourriture bio dans les grandes villes, démontrant que vingt années d’efforts pour construire l’autonomie territoriale permettent aujourd’hui d’affronter la crise. Au quotidien, ce type de réseaux d’entraide construisent pas à pas un autre rapport au monde, préservant le tissu social envers et contre tout.

Ce tissu social, cette humanité qui s’exprime, sont les principales cibles et potentielles victimes de cette « nouvelle normalité » qu’on tente de nous faire accepter. Bien que nous acceptions la distanciation sociale comme un mauvais moment à passer, tant qu’il s’agit d’une mesure temporaire pour se protéger et protéger nos proches, nous pouvons refuser de nous y habituer et affirmer d’ores et déjà que nous n’accepterons pas la distanciation sociale perpétuelle. Nous avons besoin du contact humain physique, de pouvoir serrer nos ami.e.s dans nos bras, se donner une accolade entre camarades ou une tape dans le dos entre collègues. Nous priver de contacts physiques revient à nous déshumaniser et en ce sens, nous refusons que s’installe un monde sans contact.

Nous aspirons à des résistances qui se construisent loin des écrans, qui alimentent des vies avides de liberté où nous sommes en relation directe les uns avec les autres et avec le territoire qui nous entoure et où nous refusons de devenir des androïdes biologiques connectés à la réalité virtuelle qu’on aura construite pour nous.

Projet accompagnement solidarité Colombie (PASC)

 

Notes :

1. https://contrepoints.media/posts/de-la-valeur-des-corps-et-des-marchandises

2. We’re not going back to normal, Massachusets Institue of Technology (MIT), 17 mars 2020.
https://www.technologyreview.com/2020/03/17/905264/coronavirus-pandemic-social-distancing-18-months/

3. Idem.

4. Idem.

5. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1698833/applications-de-tracage-suivi-contacts-coronavirus-geolocalisation-bluetooth-canada-quebec-dans-le-monde

6. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1726259/coronavirus-application-tracage-covid-assemblee-commission-ethique

7. https://www.journaldemontreal.com/2020/05/04/tour-du-monde-des-applications-mobiles-de-tracage-des-contacts

8. La technologie Bluetooth utilise des ondes courtes, pour connecter des appareils entre eux.

9. Le taux maximum de reproduction identifié est de 5.7 mais oscille généralement entre 1 et 1.5
https://www.the-scientist.com/features/why-r0-is-problematic-for-predicting-covid-19-spread-67690
https://www.bbc.com/news/health-52473523

10. https://www.nature.com/articles/d41586-020-01264-1

11. https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/580371/il-ne-faut-pas-prendre-a-la-legere-la-securite-des-outils-de-recherche-de-contacts

12. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1706911/application-tracage-coronavirus-covid-19-decrypteurs-acces-contacts-cell-facebook

13. https://www.cadtm.org/Ne-laissons-pas-s-installer-le-monde-sans-contact

14. Nous utilisons dans le texte les noms Montréal, Québec, Canada, précédé de l’expression « soi-disant » afin d’informer qui nous lit que ce sont les noms qui ont été imposés par la colonisation sur les territoires volés de ce que nous connaissons aujourd’hui comme l’Amérique du nord, mais qu’ils existent d’autres noms afin de désigner ces territoires qui reflètent la diversité des cultures autochtones qui continuent d’y vivre et d’y résister.

15. http://trpocb.org/ce-quil-faut-savoir-sur-le-dossier-sante-quebec-dsq/

16. https://ici.radio-canada.ca/info/videos/media-7902183/carnet-sante-quebec-en-ligne-22-mai

17. https://www.journaldemontreal.com/2020/05/04/tour-du-monde-des-applications-mobiles-de-tracage-des-contacts

18. https://www.nytimes.com/2020/03/01/business/china-coronavirus-surveillance.html

19. https://www.lesoleil.com/chroniques/gilles-vandal/la-chine–lart-de-transformer-une-crise-en-avantage-365fbd3f431c26a81e54769ac81a7a01

20. https://www.thetricontinental.org/studies-2-coronavirus/

21. https://plus.lapresse.ca/screens/089d4bde-cebc-415c-a34c-ff4e69016272__7C___0.html
https://www.tvanouvelles.ca/2020/05/02/des-cameras-thermiques-qui-soulevent-des-doutes-1

22. https://www.eltiempo.com/bogota/coronavirus-ultimas-noticias-aeropuerto-el-dorado-estrena-camaras-termicas-para-detectar-casos-495254
https://www.eltiempo.com/colombia/cali/en-menos-de-3-dias-ya-intentan-robar-camaras-termicas-de-covid-en-mio-517136

23. https://www.foxbusiness.com/lifestyle/coronavirus-immunity-cards

24. https://www.rt.com/usa/485510-fauci-immunity-cards-coronavirus/

25. https://www.tvanouvelles.ca/2019/12/18/un-carnet-de-vaccination-invisible-sous-la-peau

26. http://mi.lapresse.ca/screens/513ed3bc-814f-4f67-92a5-09736b04975b__7C___0.html

27. https://id.presidencia.gov.co/Paginas/prensa/2020/Gobierno-Nacional-expide-Decreto-457-mediante-el-cual-imparten-instrucciones-para-cumplimiento-Aislamiento-Preventiv-200323.aspx

28. https://www.journaldemontreal.com/2020/05/04/tour-du-monde-des-applications-mobiles-de-tracage-des-contacts

29. https://www.solidarityacrossborders.org/fr/cbsa-pushes-tracking-bracelets

30. https://www.cbsa-asfc.gc.ca/security-securite/arr-det-eng.html#atdp

31. https://www.bbc.com/news/technology-40341511

32. https://www.bbc.com/news/technology-40341511

33. https://id2020.org/

34. http://truthstreammedia.com/2020/03/24/were-living-in-12-monkeys/

35. https://www.lapresse.ca/debats/editoriaux/2020-07-06/il-faut-qu-on-parle-de-votre-identite-numerique.php

36. https://www.theguardian.com/world/2020/jun/18/coronavirus-mass-surveillance-could-be-here-to-stay-tracking?mc_cid=8089663049&mc_eid=9cd81ffcd4

37. http://truthstreammedia.com/2017/10/30/the-fourth-industrial-revolution-most-people-dont-even-realize-whats-coming/

38. https://fr.weforum.org/agenda/archive/fourth-industrial-revolution

39. https://www.weforum.org/agenda/2020/04/covid-19-emerging-technologies-are-now-critical-infrastructure-what-that-means-for-governance/

40. 36 zéro derrière 340…

41. Idem

42. https://radio-waves.orange.com/fr/reseaux-et-antennes/5g/

43. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1722563/5g-rogers-bell-telus-utilisation-potentiel-inexploite

44. https://www.who.int/news-room/q-a-detail/5g-mobile-networks-and-health

45. https://www.reuters.com/article/us-swiss-5g/switzerland-to-monitor-potential-health-risks-posed-by-5g-networks-idUSKCN1RT159

46. https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/06/au-royaume-uni-des-antennes-5g-incendiees-a-cause-d-une-theorie-du-complot-sur-le-coronavirus_6035718_4408996.html

47. https://www.lesoleil.com/actualite/justice-et-faits-divers/tours-cellulaires-incendiees-theories-conspirationnistes-la-police-enquete-c169314a3f68145a64316a0a14119647

48. https://www.youtube.com/watch?v=xRhISwY42nQ&list=PLSn1F05iE4gY6GsDYCnV7Qfh7caT74CfY&index=8

49. http://truthstreammedia.com/2017/10/30/the-fourth-industrial-revolution-most-people-dont-even-realize-whats-coming/

50. https://www.youtube.com/watch?v=T9DK0JThOio&list=PLZLDYXYNjiTTpiWf1m14WIcEEBAKS2lTR&index=22&t=0s

51. https://www.weforum.org/platforms/shaping-the-future-of-technology-governance-iot-robotics-and-smart-cities

52. https://www.weforum.org/centre-for-the-fourth-industrial-revolution/

53. https://www.weforum.org/agenda/2018/11/the-fourth-industrial-revolution-is-driving-a-new-phase-of-globalization/
https://www.weforum.org/platforms

54. En anglais “The Network for Global Technology Governance”.

55. https://www.weforum.org/centre-for-the-fourth-industrial-revolution/

56. https://www.lemonde.fr/culture/article/2014/06/17/internet-la-pollution-cachee_4437854_3246.html

57. https://www.bbc.com/future/article/20200305-why-your-internet-habits-are-not-as-clean-as-you-think

58. https://www.nytimes.com/2019/11/11/business/google-ascension-health-data.html

59. https://health.google/

60. https://www.express.co.uk/news/science/781136/IMMORTALITY-google-ray-kurzweil-live-forever
https://www.theguardian.com/technology/2019/feb/22/silicon-valley-immortality-blood-infusion-gene-therapy

61. https://www.express.co.uk/news/science/720030/Virtual-immortality-developer-chatbot

62. On appelle en anglais « to mine » les données des utilisateurs afin de consolider des bases de données cotées en bourses.

63. https://www.capital.fr/entreprises-marches/big-data-et-intelligence-artificielle-profitez-de-cette-revolution-en-bourse-1225427

64. Idem.

65. https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/579393/deconfines-surveilles

66. Cambridge Analytica (CA), une société de communication stratégique, s’est retrouvée en 2018 au centre d’un scandale mondial pour avoir utilisée le données personnelles de plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs de Facebook, afin de diffuser des messages favorables au Brexit au Royaume-Uni et à l’élection de Donald Trump aux États-Unis en 2016, provoquant sa faillite en 2018.

67. https://en.wikipedia.org/wiki/The_Great_Hack

68. https://www.theguardian.com/technology/2019/mar/17/the-cambridge-analytica-scandal-changed-the-world-but-it-didnt-change-facebook

69. https://naomiklein.org/the-screen-new-deal/

70. https://www.theguardian.com/news/2020/may/13/naomi-klein-how-big-tech-plans-to-profit-from-coronavirus-pandemic

71. https://www.theguardian.com/commentisfree/2020/apr/01/do-you-know-how-zoom-is-using-your-data-heres-why-you-should

72. https://www.lejdd.fr/Societe/on-vous-explique-pourquoi-la-france-exporte-ses-dechets-en-asie-3912663

73. http://truthstreammedia.com/2018/07/24//

74. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1705314/coronavirus-riches-economie-fortune-pandemie-etats-unis

75. https://www.forbes.com/profile/jeff-bezos/?list=forbes-400#4f5267a31b23

76. https://www.forbes.fr/classements/classement-forbes-2020-des-milliardaires-bernard-arnault-sur-le-podium/?cn-reloaded=1

77. Tiré du documentaire Le Monde selon Amazon : https://www.youtube.com/watch?v=v9F6oJxr-EU

78. www.amazon.jobs

79. www.starlink.com

80. https://www.rtbf.be/info/dossier/epidemie-de-coronavirus/detail_coronavirus-quelles-entreprises-s-enrichissent-grace-a-la-crise?id=10499655

81. https://www.journaldemontreal.com/2020/03/30/greves-chez-amazon-et-instacart-pour-plus-de-protections-face-au-coronavirus

82. https://www.rtbf.be/info/dossier/epidemie-de-coronavirus/detail_coronavirus-quelles-entreprises-s-enrichissent-grace-a-la-crise?id=10499655

83. Idem.

84. https://www.entreprendre.fr/numerique-sante-grande-distribution-ces-entreprises-qui-resistent-a-la-crise-sanitaire-covid19/

85. https://www.monde-diplomatique.fr/2020/04/RAVELLI/61624

86. https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/covid-19–le-masque-revelateur-de-notre-impreparation-ea3fe5e7e5f3e872f456670c8428f40c

87. https://silure-ge.net/fr/home/positions/la-sante-publique-en-regime-neoliberal

88. https://www.un.org/fr/coronavirus/articles/recommandations-port-du-masque

89. https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/coronavirus-coronavirus-si-masques-faisaient-plus-mal-bien-80893/
https://www.lesoleil.com/opinions/point-de-vue/covid-19–le-masque-revelateur-de-notre-impreparation-ea3fe5e7e5f3e872f456670c8428f40c

90. https://www.monde-diplomatique.fr/2020/04/RAVELLI/61624

91. https://www.marketwatch.com/story/bill-gates-says-hell-spend-billions-on-coronavirus-vaccine-development-2020-04-06

92. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1698428/bill-gates-puce-conspiration-complot-covid-verification-dementi-decrypteurs

93. https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.MKTP.CD?most_recent_value_desc=true

94. https://www.courrierinternational.com/article/2007/02/01/les-etranges-placements-de-la-fondation-gates

95. https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2020-04-15/covid-19-la-fondation-gates-appelle-a-un-effort-mondial-pour-fabriquer-un-vaccin

96. https://info.arte.tv/fr/film-loms-dans-les-griffes-des-lobbyistes

97. https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=Nombre+de+morts+Covid-19+dans+le+monde

98. https://www.iarc.fr/wp-content/uploads/2018/09/pr263_F.pdf

99. https://foodsecurecanada.org/fr/ressources-et-nouvelles/nouvelles-et-medias/loms-qualifie-le-glyphosate-dagent-probablement

100. https://www.ledevoir.com/economie/479950/bayer-rachete-le-geant-monsanto

101. https://www.ledevoir.com/politique/quebec/584542/quebec-veut-attirer-les-pharmaceutiques-avec-les-donnees-de-la-ramq

102. https://iris-recherche.qc.ca/publications/IA

103. Idem.

104. https://www.france24.com/es/20200511-bolivia-aprueba-sanciones-penales-por-desinformar-sobre-el-coronavirus

105. https://www.20minutes.fr/sante/2489311-20190418-antivax-comment-offensive-contre-antivaccins-organise-ligne

106. https://ooni.org/post/2019-blocking-abortion-rights-websites-women-on-waves-web/

107. https://blog.magma.lavafeld.org/post/women-on-web-blocking/

108. https://itsgoingdown.org/on-facebook-banning-anarchist-and-antifascist-pages-the-digital-censorship-to-come/

109. https://www.technologyreview.com/2020/03/17/905264/coronavirus-pandemic-social-distancing-18-months/

110. https://www.technologyreview.com/2020/03/17/905264/coronavirus-pandemic-social-distancing-18-months/

111. https://mauvaiseherbe.noblogs.org/post/2020/04/11/lintelligence-artificielle/

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Berlin (Allemagne) : Des camionnettes de GLS et Vonovie brûlées https://attaque.noblogs.org/post/2019/05/15/berlin-allemagne-des-camionnettes-de-gls-et-vonovie-brulees/ Wed, 15 May 2019 09:28:42 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=26083 Continuer la lecture ]]> Mpalothia / mercredi 15 mai 2019

Attaque incendiaire dans la nuit du 12 au 13 mai.

La nuit du 12 au 13 mai, deux camionnettes ont été incendiées.
Dans le quartier berlinois de Lichtenberg, une camionnette de l’entreprise GLS Energie a cramé. Nous voyons cet incendie comme une contribution à la lutte contre l' »Intelligence artificielle » et le domination technologique, à Berlin et ailleurs.
Quelques minutes plus tard, une petite camionnette de Vonovia [grande entreprise de l’immobilier, parmi les responsables des augmentations des loyers à Berlin et dans d’autres villes; NdAtt.] a pris feu dans le quartier de Prenzlauer Berg.

Contre la ville des riches.
Contre toute autorité.
Pour un mois de mai subversif – et aussi après.

Vive l’Anarchie!

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Berlin (Allemagne) : “Fall of AI” https://attaque.noblogs.org/post/2019/05/09/berlin-allemagne-fall-of-ai/ Thu, 09 May 2019 20:33:24 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=25982 Continuer la lecture ]]> Berlin : “Fall of AI” – Un appel à combattre l’”Intelligence artificielle”

Indymedia Deutschland / vendredi 3 mai 2019

Les 15 et 16 mai 2019 se tiendra à Berlin la foire annuelle « Rise of AI« . C’est le plus grand salon européen autour de l’Intelligence Artificielle (IA). En plus des entreprises qui font de la recherche et du développement dans le domaine de l’Intelligence Artificielle, il y aura aussi des représentants politiques qui veulent faire de l’Allemagne le premier pôle de développement de cette technologie. Les politiciens ont déclaré l' »Année de l’IA » et Berlin joue un rôle important dans ce domaine, à un niveau mondial. C’est une raison de plus pour affronter cette attaque technologique contre l’autodétermination, en opposition aux idées et aux structures des grandes entreprises, des institutions et de leurs masses sacrées. Un point de convergence pour tous ceux qui veulent perturber la domination, le contrôle et toute ingérence contraire à leur autonomie. Jusqu’au salon « Rise of AI » et au-delà.

En fait, qu’est-ce que c’est l’IA ?

Celui d’ »Intelligence Artificielle » est un concept à la mode, de ce temps ; il attire l’attention des start-up technologiques, des investisseurs, etc. Au fil des années, l’IA est devenue une sorte de croyance magique qui projette rêves et cauchemars sur des machines qui deviendraient « intelligentes » et remplaceraient les personnes… En réalité, le terme « IA » décrit de nombreuses façons différentes de programmer des ordinateurs (c.a.d. des algorithmes), avec la finalité de produire des modèles et des informations, faire des choix et prendre des décisions.
Un type particulier d’algorithme d’ »IA » est devenu l’un des nouveaux fleurons du capitalisme : les algorithmes d' »apprentissage automatique ». Les algorithmes d’apprentissage automatique sont constitués sur la base d’ensembles de données initiaux, afin de déterminer les modèles qui seront utilisés pour identifier et classer des objets, des images, des mots, des comportements, etc. De tels ensembles de données d’apprentissage ne font généralement pas l’objet d’enquêtes et sont constitués par des personnes en fonction de leurs préjugés pré-existants. Par exemple, les femmes et les personnes victimes de racisme sont beaucoup moins présentes dans les données d’apprentissage, car elles sont souvent invisibles et privées de pouvoir dans la société. Concrètement, les algorithmes d’apprentissage automatique produisent souvent leurs résultats dans des conditions totalement opaques (algorithmes non publics et données d’apprentissage fonctionnant à distance, sur le parc de serveurs d’une entreprise), en agissant comme une « boîte noire » magique que même ceux qui l’ont conçue ne comprennent pas et qui, avec le temps, augmente les déformation interprétatives.
Ces algorithmes sont désormais couramment associés à la collecte et à l’exploitation en masse (le plus souvent de façon non voulue) de données personnelles et comportementales qui constituent la base du « capitalisme de surveillance ». Les modèles d’apprentissage automatique sont donc utilisés pour prendre des décisions qui peuvent potentiellement avoir un impact critique sur de nombreux aspects de la vie des personnes.

La diffusion partout

L’IA est, entre autres facteurs, en train de changer l’économie et la société, grâce à de puissants processus d’automatisation. Que ce soit dans l’assemblage, l’éducation, la médecine, des services tels que les centres d’appels ou les chauffeurs, mais aussi dans le perfectionnement de la technologie militaire, comme la navigation de drones autodestructeurs – l’IA prend le relais. Les IA sont utilisées par la plupart des principaux fournisseurs de services sur Internet, comme Google, Facebook et Amazon. On peut s’attendre à ce que, à l’avenir, la plupart des appareils ou objets soient équipés de capteurs connectés via Internet aux « fermes de serveurs » des grandes entreprises (il s’agir de l’ « Internet de choses », « Internet of Things – IoT« ). L’Intelligence Artificielle est nécessaire pour traiter cette quantité de données et au même temps elle a besoin de ces grands nombres de données, ainsi que d’une infrastructure comme un réseau 5G ou un câblage à fibre optique. En outre, les consommateurs s’habituent peu à peu à certaines niveaux de prestations, qui deviennent alors rapidement indispensables. C’est ce que l’on constate actuellement, par exemple avec la connexion permanente via le téléphone portable, le smartphone ou encore la créations d’ »amitiés » via Facebook. Bientôt, ce sera la commande vocale de tous les appareils ou l’assistant personnel qui gérera votre vie. Tous deux ont besoin de l’Intelligence Artificielle pour analyser, traiter et réagir à vos commentaires. Eh bien, beaucoup de gens louent ces développements parce qu’ils seraient utiles, innovants et seraient un moyen pour promouvoir l’individualité et la communication partagée. Mais regardons de plus près ce que fait l’IA et comment elle est utilisée.

La collecte de votre vie

Une IA qui apprend toute seule a toujours besoin des Big Data, c’est-à-dire d’énormes quantités de données qui concernent la fonction qu’elle est censée apprendre. Ces données sont basées sur notre environnement, la vie des gens et leurs actions. Ainsi, tout est capturé, converti en données et stocké. Des concepts particulièrement « autonomes », tels que la conduite « autonome », capturent tout ce qui est à portée de main avec toutes les caméras et capteurs possibles, et stockent ces données dans le Cloud du fournisseur. L’IA signifie donc toujours la collecte, la conservation et la catégorisation totales. Personne ne sait ce qu’il adviendra de toutes les photos, géo-données et contenus stockés sur les serveurs de l’AI. Il n’y a plus aucune possibilité d’oubli. Le contrôle est ici un aspect important, car il est essentiel à toute domination, concentrant toujours le pouvoir au lieu de permettre le conflit et sa gestion, le libre accord et la mutualité comme bases d’une vie libre. Le contrôle permet un cours des choses qui favorise ceux qui ont le pouvoir ou qui utilisent le contrôle pour obtenir le pouvoir. La reconnaissance faciale automatisée, la recherche de contenu web ou tout autre contrôle basé sur une large collecte de données, nécessite l’IA. Plus une IA dispose de données, plus elle devient efficace. Ainsi, nous fournissons l’IA et les grandes données avec la divulgation de données privées et la limitation de notre liberté de choix et de mouvement. En retour, l’Intelligence Artificielle trie les données et les rend utilisables et contrôlables. Après tout, l’exploitation numérique du temps, des habitudes, des relations, etc., à travers la collecte d’informations, n’est pas seulement basée sur la collecte et le contrôle, mais aussi sur le feedbacks, l’influence et l’orientation. Ce n’est pas que nous sommes tous entièrement contrôlés par l’IA. Cependant, l’IA a déjà une influence considérable sur l’information que nous trouvons, sur nos décisions, sur les personnes avec qui nous communiquons et parfois sur la création de nos besoins et désirs. Il faudrait apprendre que agréable et pratique ne sont pas toujours synonymes d’indépendance, d’autodétermination et de liberté ; au contraire souvent ils les empêchent.
De plus, les IA sont censées remplacer des activités et des capacités humaines. À l’avenir, le travail deviendra probablement plus automatisé et sera donc effectué par moins des personnes, plus spécialisées. Pourtant, les matériaux nécessaires seront probablement extraits du sol et aussi éliminés dans des conditions terribles par les habitants des pays non industrialisés. Une ultérieure concentration de pouvoir, dont l’évolution se manifeste déjà aujourd’hui dans l’influence croissante des grandes entreprises. La spécialisation place toujours ces  » élus  » en position de force et cette tendance va s’intensifier de manière drastique.

L’isolement artificiel en vous

De plus, avec l’IA, la domination et le pouvoir interfèrent de plus en plus avec nos besoins, nos préférences et notre vie sociale. Ils prennent en charge de manière efficace des actions qui nécessitaient auparavant des efforts et un engagement social. Cette assistance prive encore plus l’individu de son autodétermination et de son autonomie. Si certaines tâches ne représentent plus un défi pour l’individu, la capacité à y faire face s’émousse. Ceux qui ont principalement des relations virtuelles, auront des problèmes sociaux dans la vraie vie, ceux qui utilisent toujours un logiciel d’IA de navigation GPS ne seront pas en mesure de trouver leur chemin sans celui-ci, sans parler du fait de demander à quelqu’un d’autre. Ce sont des exemples très simples des dépendances qui sont créées et auxquelles nous nous habituons. Il devient de plus en plus difficile de se passer de prothèses technologiques, jusqu’à ce que peut-être un jour nous devenions nous-mêmes une prothèse de l’IA. Nous devons aussi nous occuper les uns des les autres, surtout si nous voulons vivre ensemble coude à coude. Cela inclut des conflits et des interactions qui, pourtant, peuvent être simplement effacés avec un clic sur nos appareils. On pourrait donc dire que l’IA favorise la paresse et la lâcheté, tandis que la liberté exige du courage et de l’initiative individuelle. De plus, les IA déterminent le cadre dans lequel nous fonctionnons et orientent notre attention lorsque, par exemple, nous « googleisons » ou obtenons des suggestions sur Facebook sur des personnes que nous pourrions connaître. Ceux qui s’y habituent oublient la liberté de se dépasser, d’évaluer et de décider par eux-mêmes. Le moment crucial, cependant, est celui du choix, non pas celui quand le doigt appuie sur la touche. La liberté d’action exige la liberté de décision ; les structures d’IA sont toujours des espaces fermés qui dictent jusqu’où je peux aller. Et s’il y a un black-out ? A quel point deviendrait-on impuissant ? L’extrême dépendance à l’égard des structures capitalistes, des spécialistes et des assistants limite toujours mon autodétermination sous prétexte de me révéler le meilleur des mondes. Mais il s’agit du monde de ceux qui en tirent bénéfice, gardent le contrôle et nous transforment en toxicos pris dans un filet.

Générer : Bonheur

Cependant, si on regarde à la façon dont le développement du matériel informatique et de l’accumulation de données progressent, les logiciels d’IA pourrait gagner énormément de puissance à l’avenir. Ou plutôt, ceux qui les ont programmés ou les contrôlent. Au jour d’aujourd’hui, les IA sont encore loin d’être vraiment intelligentes, mais que se passerait-il si un jour elles étaient capables de se programmer par elles-mêmes ? Que se passerait-il si elles avaient accès à des infrastructures sensibles, comme les centrales nucléaires, et considéraient les humains comme étant trop inefficaces ? La croyance totale dans le progrès, dans l’amélioration des technologies, sont portées par les mêmes personnes et structures qui savent qu’elles leur sont utiles. Mais efficacité et progrès ne sont pas la même chose que liberté, joie et bonheur. Ces qualités ne dépendent pas nécessairement des choses matérielles ; elles découlent du développement individuel, de l’intelligence collective et de l’interaction sociale. Il faut donc pratiquer ces choses, et si l’attaque technologique l’empêche, je dois prendre l’initiative et couper les câbles du réseau.
Le développement et l’utilisation de l’IA sont UN des outils de l’agression technologique. Les structures du pouvoir se réorganisent, l’exploitation et le contrôle deviennent plus raffinés, plus subtils, plus psychologiquement sophistiqués, au départ plus agréables, plus confortables et, surtout, plus pratiques. Dans le même temps, le degré de contrôle et d’influence sur tous les domaines de la vie augmente. Un rêve pour toutes les personnes et organisations qui détiennent le pouvoir sur d’autres. Les technologies complexes qui sont si pratiques, même si elles nous privent de notre autonomie, sont utilisées pour étendre ou restructurer les hiérarchies existantes et non pour donner de la qualité à nos vies. Elles sont conçues pour produire de la valeur, aux dépens des utilisateurs et des producteurs, qui sont lourdement arnaqués. Il s’agit de la précision et la perfection d’une machine, que la vie humaine ne pourra heureusement jamais avoir.

Les idées, les personnes et les structures qui transforment le monde dans ce sens sont vulnérables. Les idées et les pratiques d’autonomie et d’auto-organisation peuvent s’exprimer dans des textes et des attaques contre les responsables, de façon conflictuelle, ainsi que par le sabotage des caméras et des réseaux qui se répandent un peu partout.

Ce texte en format brochure (en langue originelle : allemand/anglais).

Entreprises qui travaillent dans l’Intelligence Artificielle et autres saletés [NdAtt. : à Berlin… pour les amateurs français faut jouer d’imagination ! ] :
maps.fuckoffgoogle.net

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