guerre en Ukraine – Attaque https://attaque.noblogs.org Chronique de la guerre sociale en France Sat, 08 Aug 2026 11:27:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Bremgarten (Suisse) : L’ABC Bélarus a été refusée au Salon du livre anarchiste https://attaque.noblogs.org/post/2026/08/08/bremgarten-suisse-labc-belarus-a-ete-refusee-au-salon-du-livre-anarchiste/ Sat, 08 Aug 2026 11:21:26 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63544 Continuer la lecture ]]> Anarchist Black Cross Belarus / dimanche 2 août 2026

L’ABC Bélarus a été refusée au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, en Suisse.
Voici comment vous pouvez nous soutenir.

Cette année, nous avons demandé de participer au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, avec une présentation sur la répression au Bélarus et notre table de presse. Nous avons été refusé.es « à cause du sujet de la guerre ». Comme nous n’avons reçu aucune autre justification du refus de notre demande, nous ne pouvons que supposer que cela est lié à notre position sur la guerre en Ukraine et à la participation d’anti-autoritaires à celle-ci.

Nous reconnaissons et comprenons le fait que les organisateur.trices du Salon du livre puissent avoir une position différente de la nôtre, mais nous trouvons cette décision décevante. Non seulement parce que nous la voyons comme un choix d’isolement plutôt que de dialogue. Plus important encore, cela interfère directement avec notre capacité à prendre soin des compas emprisonné.es au Bélarus.

À l’heure actuelle, il y a quinze personnes en prison que nous soutenons. La durée restante de leurs peines varie de plusieurs mois à plus de dix-huit ans.

Beaucoup de nos compas font face à des pressions et à du harcèlement de plus en plus forts, en prison, à cause de leurs liens avec le mouvement anarchiste. Ils/elles subissent régulièrement le confinement dans des cellules d’isolement, la pression psychologique, l’isolement social, le refus délibéré de soins médicaux et des prolongations de leurs peines, avec des raisons fallacieuses.

En plus du soutien à celles/ceux qui sont en prison, nous continuons à soutenir les compas qui ont été récemment libéré.es et déporté.es de force, sans possibilité de revenir. Ils/elles se retrouvent dans une situation où elles/ils doivent reconstruire leur vie à partir de zéro, tout en essayant de subvenir à leurs besoins de base, comme se nourrir et avoir un logement.

Pour le dire de manière directe, tout ce travail nécessite beaucoup d’argent.

Les événements en présentiel sont pour nous plus que des occasions de parler de l’anarchisme biélorusse et de rencontrer de nouveaux compas. Ils sont aussi un moyen de collecter des fonds pour les prisonnier.es – et un moyen très efficace.

Les salons du livre à l’international nous rapportent généralement environ 2 000 ou 3 000 euros chaque année, avec des dons et de ventes de notre distro. Au Bélarus, cette somme peut couvrir quinze visites d’avocats, ou sept colis avec de la nourriture, des vêtements et de médicaments pour un.e prisonnier.es, ou quelques mois de frais de subsistance pour un.e compa déporté.e.

Les dons mensuels que nous recevons s’élèvent à environ 400 ou 500 euros, ce qui ne permet pas de couvrir les besoins de tou.tes les compas que nous soutenons.

Tout cela pour dire que nous voulons transformer ce refus en un appel à la solidarité internationale, un appel adressé surtout aux compas de Suisse.

Voici comment vous pouvez nous soutenir :

– Faites des dons ici (chaque petit don nous aide) : https://abc-belarus.org/en/about-us/donate/
– faites des achats auprès de notre distro : https://www.sabotage.ninja/category/collectives/abc-belarus-collectives/
– partagez cet appel avec vos compas
– si vous allez au Salon du livre, appelez à soutenir l’ABC Bélarus et parlez de notre travail et des prisonnier.es dont nous nous occupons
– organisez un événement au bénéfice de l’ABC Bélarus
– si vous voyez un événement auquel nous devrions participer, faites-le nous savoir.

Ce n’est pas la première fois que l’ABC Bélarus est bannie de tels événements et nous croyons que cette tendance ne fera que s’accélérer. La possibilité que nous ne soyons plus en mesure de soutenir nos compas en prison nous inquiète beaucoup.

Cependant, nous ne sommes pas seulement une « caisse », qui évitera les sujets inconfortables, afin de garantir l’arrivée de fonds. Nous sommes un collectif politique et notre analyse de la façon dont les dictatures fonctionnent et se renforcent mutuellement fait partie de notre anarchisme tout autant que notre travail anticarcéral.

Par conséquent, nous continuerons à garder la guerre en Ukraine dans notre ordre du jour, plutôt que regarder ailleurs.

Chaque jour, dans notre lutte, nous voyons la solidarité internationale en action, même nos compas derrière les murs épais des prisons biélorusses peuvent le ressentir.

Cette solidarité nous donne un espoir révolutionnaire, l’espoir que, peu importe la force de l’État, de l’impérialisme et du patriarcat, nous l’emporterons.

Merci pour votre solidarité et pour cet espoir.

Anarchist Black Cross Bélarus

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Rouslan Sidiki – Anarchiste et partisan, condamné à 29 ans de prison en Russie https://attaque.noblogs.org/post/2026/07/16/rouslan-sidiki-anarchiste-et-partisan-condamne-a-29-ans-de-prison-en-russie/ Thu, 16 Jul 2026 16:25:33 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63343 Continuer la lecture ]]> La Grappe / jeudi 9 juillet 2026

Citoyen russe et italien, électricien de la ville de Riazan, explorateur des sites industriels, cycliste itinérant, anarchiste et partisan dans la résistance à la guerre russe en Ukraine. Tous ces mots peuvent servir à décrire Rouslan Sidiki, âgé de 36 ans.
Il a été condamné en Russie le 23 mai 2025, à 29 ans de prison [Note d’Attaque : le 1er juillet 2026, la Cour d’appel militaire de Vlashih a confirmé cette condamnation]. Selon le verdict, le camarade passera les 9 premières années de sa peine en prison, avant d’être transféré dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité.

Riazan

Dès mon plus jeune âge, j’ai été fasciné par les mécanismes et l’électronique. J’ai donc reçu des livres de sciences et des jeux de construction.

J’ai eu une enfance typique de jeune dans une zone industrielle des années 90. J’ai passé beaucoup de temps dans la rue, car il n’y avait rien à faire à la maison. C’était beaucoup plus marrant de fuir le vigile du chantier, lancer des bonbonnes de gaz dans le feu en attendant l’explosion, fouiller dans les sous-sols, construire des cabanes dans le bois.

Syracuse

Vers l’âge de 12 ans, il rejoint sa mère lors des vacances d’été. Dès lors, il vivra et étudiera en Italie. Il ne retournera à Riazan que pour les étés et y retrouver sa grand-mère.

Je me souviens parfois de ma vie en Italie avec nostalgie. J’y ai plutôt bien vécu : la mer, les montagnes et un volcan sont à proximité. Un endroit idéal pour ceux qui aiment la tranquillité. Mais, comme je l’ai dit plus tôt, la perspective d’une vie plus longue en Europe me semblait trop ennuyeuse. Eh bien, 2023 s’est avérée être l’année la moins ennuyeuse de ma vie, surtout la période du 29 novembre au 2 décembre.

Tchernobyl

J’ai vécu et travaillé en Italie, mais alors que j’étais retourné une nouvelle fois en Russie, j’ai décidé de rester lorsqu’on m’a proposé un emploi d’électricien à Riazan.

Avant les événements de 2014, je me rendais en Ukraine une fois par an pour faire de la randonnée dans la zone de Tchernobyl.

J’aime traverser des terrains difficiles, me cacher des patrouilles, utiliser du matériel militaire. Je me suis également fait des amis en Ukraine, dont certains ne retourneront malheureusement jamais camper.

Nouvelle voie

Un jour, en lisant une publication, je suis tombé sur une commune de la région de Léningrad, dont la description correspondait à ma vision d’une communauté autonome. De plus, à « Nouvelle Voie », il y avait un besoin de nouveaux habitants.

Mon projet incluait la construction d’une petite centrale hydroélectrique sur la rivière, permettant d’alimenter la colonie en électricité. Je travaillais à Riazan en dédiant quelques mois par an à « La Nouvelle Voie », où je m’occupais du jardinage et du bricolage. Tous les ans, j’espérais qu’on pourrait créer une forme de production auto-suffisante qui permettrait à la commune d’exister sans dépendre de l’extérieur.
Malgré nos désaccords, je valorise l’expérience que j’y ai vécue et j’espère que la maison que j’ai construite servira un jour à quelqu’un d’autre.

Anarchisme

Je ne suis pas devenu anarchiste d’un seul coup. À l’époque où je ne connaissais pas encore ce mot-là, j’avais déjà une conception d’un monde juste : sans États, avec des communes autogouvernées.
L’un de mes amis m’a dit qu’il s’agissait là de l’idéal anarchiste.
Je n’aime pas la rigidité idéologique de certains anarchistes et communistes qui me rappellent parfois des fanatiques religieux.

Je peux dire une seule chose : mon rejet du totalitarisme et du fascisme reste inébranlable.
Des idées issues de divers courants de pensée peuvent m’être proches. Le monde change et ce qui était pertinent et actuel il y a un siècle peut ne plus l’être aujourd’hui.

Maïdan

La guerre de 2014 commence avec l’invasion de Sloviansk par Igor Guirkine, officier des renseignements de l’armée russe, aussi responsable de l’annexion de la Crimée, même si un nombre non négligeable de mineurs a effectivement pu rejoindre des formations armées qui se sont montées par la suite.

Je suivais la situation en Ukraine depuis fin 2013. À cette époque, je pensais prendre part aux manifestations, mais finalement je n’ai pas réussi à économiser assez pour prendre des congés à mes frais. Je ne m’attendais pas à ce que la Russie fasse un pas aussi minable, profitant de la période de transition politique dans le pays pour annexer la Crimée et envahir le Donbass.
Je pense qu’aujourd’hui, personne n’est dupe quant à ceux qui ont occupé la Crimée, abattu l’avion de Malaysia Airlines, ou encore ceux qui se sont battus autour de Donetsk et Louhansk en prétendant être « des mineurs du Donbass en colère ».

24-02-2022

« J’avais envie de ronger les canons des fusils avec mes dents, de désespoir. »

Un mois avant [la grande invasion], le flux d’informations était rempli de rapports manifestement faux sur des bombardements et d’autres provocations de la part de l’armée ukrainienne.
On peut établir un parallèle historique avec les fausses provocations qui ont précédé l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie ou l’invasion de la Finlande par l’URSS.
Ayant pris conscience du fait que la guerre allait durer, j’ai décidé d’agir militairement à la fin de l’année 2022. L’armée russe a délibérément attaqué les infrastructures énergétiques de l’Ukraine dans le but de priver les citoyens d’eau, de chauffage et de lumière afin de faire pression sur leurs dirigeants.
L’État russe nous a coupé tous les moyens d’agir sur la situation de manière pacifique : la personne qui manifeste contre la guerre devient traître à la patrie et subit la répression. Dans cette situation, il n’est pas étonnant que certains préfèrent quitter le pays, pendant que d’autres prennent des explosifs.

Aéroport militaire

Le bourdonnement des bombardiers TU-22 et TU-95 de l’ère soviétique que j’entendais par ma fenêtre annonçait les frappes sur l’Ukraine. J’habitais avec ma grand-mère âgée de 80 ans et je comprenais à quel point il est difficile pour les personnes âgées et malades de vivre sans chauffage ni éclairage l’hiver.
[Lors de l’été 2023] Cela m’a convaincu du choix de ma cible : l’aéroport militaire Diaguilevo, situé à 10 kilomètres de chez moi.
J’ai partagé mes plans concernant l’aéroport avec un camarade ukrainien, qui m’a mis en lien avec une personne expérimentée dans le domaine. Il n’y a eu aucun accord concernant une rémunération éventuelle, les relations se nouaient d’égal à égal, de façon amicale, personne ne m’a donné d’ordre.
Juste avant de partir, j’avais remarqué un renard qui fouillait aux alentours, mais sans y prêter une attention particulière. Plus tard, j’ai appris par les médias que seulement l’un des quatre drones est arrivé à destination : le renard a sans doute renversé les trois autres.

Stop the wagons

Chaque jour, Rouslan voit passer un train devant ses fenêtres, pour une « destination lointaine ». Son second geste aura une plus grande résonance et peut rappeler aux Italiens, l’histoire racontée dans la chanson de Francesco Guccini, « La locomotiva ». Cependant, R. Sidiki n’est pas dans les meilleures dispositions ; il est très affecté par le décès brutal de sa grand-mère.

La guerre suivait son cours, et j’ai alors décidé que si je n’y arrivais pas depuis le ciel, il fallait agir au sol. L’infrastructure ferroviaire, c’est le système sanguin d’un pays belligérant. J’ai partagé mes réflexions avec mon camarade ukrainien.
[Après les préparatifs terminés] Quand le jour s’est levé et que j’ai commencé à distinguer l’image transmise par la caméra, j’ai attendu le bon moment, vérifié qu’il ne s’agissait pas d’un train passager et déclenché l’explosion.
Je me suis échappé de l’endroit de l’action, j’ai dissimulé mon vélo, mes chaussures et mes vêtements à environ dix kilomètres. J’ai ensuite emprunté un autre itinéraire pour rentrer chez moi, sans vélo et habillé autrement.

Torture

L’explosion a eu lieu le 11 novembre 2023 et j’ai été arrêté le 29. Les tchékistes m’ont dit qu’ils n’avaient pas réussi à déterminer comment je suis arrivé sur le lieu du sabotage.
Le téléphone de campagne Ta-57 (appelé communément « Tapik ») leur a servi d’appareil de torture. Ils ont attaché des câbles électriques à mes jambes et quand l’un d’eux ordonnait de lancer l’appel, ils commençaient la torture à l’électricité.
Le lendemain matin, des gens masqués m’ont repris et ont commencé à me frapper dans la foulée et à me torturer à l’aide d’un Taser.
Le Taser n’a rien de flippant, mais il crame les tissus des fringues en laissant des traces de brûlure sur le corps. Ils ont même brûlé une partie de mon tatouage sur l’épaule.

Dans ce cas précis, un événement extraordinaire s’est produit. Après les tortures subies au poste de police, Rouslan a été emmené en prison, où le médecin traitant a documenté les blessures. L’avocat demande – et se voit généralement refuser – un rapport médical.
Dans le cas de Rouslan, l’administration pénitentiaire commet une « ­erreur » et délivre le document. Cela pourrait avoir son importance.
Pour une fois, les autorités elles-mêmes reconnaissent les blessures. Il est difficile de dire s’il s’agit d’une question d’incompétence ou d’un geste de défiance de l’intérieur du système.
« Le seul espoir pour Rouslan est de faire connaître son cas. Cela le protégera de nouvelles tortures et, peut-être, un jour, il pourra être inscrit sur la liste des prisonniers de guerre à échanger », explique son avocat.

Procès

La déclaration finale de Sidiki devant la cour

« Je regrette que mes actions aient mis en danger [Alexander] Bogatyrev, [Sergey] Tarabukin et [Dmitry] Unshakov. Ils n’étaient pas mes cibles et je suis heureux qu’aucun préjudice grave ne leur soit arrivé.
Mon objectif était le matériel militaire russe, ainsi que les chaînes logistiques utilisées pour transporter celui-ci et le carburant. Je voulais compliquer les opérations de combat contre l’Ukraine.
Bien sûr, toute explosion ou nouvelle sur des sabotages peut effrayer des gens. Mais c’est le cas aussi pour les survols de missiles et de début d’opérations militaires – ils sont destinés eux aussi à terroriser les populations civiles.

J’ai déclaré à plusieurs reprises que je n’avais pas l’intention d’intimider délibérément qui que ce soit. J’ai moi-même choisi mes cibles. J’ai attaqué la zone de stationnement des avions militaires pour détruire des avions de combat. J’ai fait sauter la ligne ferroviaire pour la mettre hors d’usage, après avoir confirmé que des transports militaires l’utilisaient.
Je me suis assuré qu’aucun train de voyageurs ne circulait sur la voie que j’ai sabotée et j’ai maintenu un contact visuel pour confirmer cela. Si je ne me souciais pas de la vie humaine, j’aurais pu faire dérailler un train sans être physiquement présent.

Je n’ai rien à voir avec la tentative supposée de fabriquer un nouvel engin explosif ou de faire sauter un autre train. Après l’explosion du 11 novembre 2023, j’ai su que la sécurité allait être resserrée. De plus, j’avais de nombreux problèmes personnels.
Je n’ai aucune rancune à l’encontre du peuple de Russie. Depuis [20]14, j’ai des désaccords sur ce qui se passe, mais ce n’est pas une raison pour haïr qui que ce soit.

Quand les moyens pacifiques d’influencer les décisions du gouvernement ne sont pas disponibles et la dissidence est criminalisée, certaines personnes émigrent, tandis que d’autres agissent. Peu importe la gravité du crime, la torture pendant un interrogatoire est inacceptable dans un État de droit. Électrocuter et frapper une personne arrêtée est quelque chose d’abject. La responsabilité incombe non seulement à ceux qui commettent de tels actes, mais aussi à ceux qui savent et ne font rien. »

Et, pour finir, je lirai une strophe de Nestor Makhno :
Même si, maintenant, ils nous enterrent,
Notre vérité ne sera pas balayée.
Elle surgira quand le moment viendra,
Et elle gagnera – je crois en ce jour !

 

Version BD à télécharger.

 

Sources

https://danslabrume.noblogs.org/post/2025/03/11/rouslan-sidiki-raconte/
Rouslan Sidiki raconte comment il a fait dérailler un train et attaqué un aéroport militaire
http://www.furfur.me/furfur/freedom/freedom/218979-new_path
Enquête sur Nouvelle Voie
https://attaque.noblogs.org/post/2025/05/25/riazan-russie-lanarchiste-ruslan-sidiki-condamne-a-29-ans/
Déclaration finale de Sidiki
https://sotavision.world/etot-srok-suchestvyet-poka-zhiv-ya-ili-zhivo-gosudarstvo/
Interview Sota Vision
https://desk-russie.eu/2025/05/29/lourde-peine-pour-un-resistant-russe.html
Desk

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Combien de contexte faut-il, pour la solidarité ? https://attaque.noblogs.org/post/2026/07/08/combien-de-contexte-faut-il-pour-la-solidarite/ Wed, 08 Jul 2026 18:21:57 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63304 Continuer la lecture ]]> Integration Nightmare / samedi 27 juin 2026

Il y a quelques jours, l’un de mes compas m’a envoyé un texte relativement ancien (https://t.me/stupidisthenewcool/1001), qui critique la déclaration d’anarchistes russes sur la guerre en Ukraine et sur l’exclusion de compas biélorusses et ukrainien.nes d’événements publiques en « Occident » [1]. La plupart de ce texte est une critique parfaitement pertinente de la déclaration, mais une chose m’a frappé et m’a poussé à m’asseoir pour écrire ce texte.

À savoir, l’argument selon lequel les anarchistes russes ne font pas assez d’efforts pour expliquer aux compas occidentaux.les le contexte de ce qui se passe. Pour un.e anarchiste italien.ne ou allemand.e, il serait difficile de comprendre les nuances de l’invasion russe de l’Ukraine, parce que cette déclaration ne tient pas compte des problèmes des gauchistes européen.nes, dans leurs propres régions. Ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre d’arguments (le plus souvent en anglais ou en allemand) et je voudrais regarder de plus près la manière dont nous sommes arrivé.es à cette situation.

Dans les premières années de l’invasion à grande échelle, il y avait, parmi les anarchistes ukrainien.nes et biélorusses, une sorte de mythe sur la rationalité de la pensée des compas occidentaux.les. Dans une telle situation, différents groupes ont fait des efforts pour faire connaître la situation factuelle sur le terrain, principalement en essayant, en parallèle, de collecter des fonds. Dans les premières semaines, littéralement, beaucoup de celle/ceux qui participaient à l’organisation de la solidarité ont commencé à entendre dire que c’était l’OTAN, qui avait entraîné l’Ukraine dans cette guerre et que si ce n’était pour les fourbes généraux européens, l’Ukraine serait un pays pacifique, sans souffrance. Même à l’époque, on nous disait que nous ne comprenions pas l’OTAN et les horreurs de l’impérialisme européen et que nous étions trop focalisé.es sur la Russie. On peut, bien sûr, noter ici le paternalisme des compas occidentaux.les, qui voyaient les Ukrainien.nes comme incapables d’analyser de manière critique ce qui se passait en Europe.

Contrairement à cette mythologie, des anarchistes immigré.es d’Ukraine et du Bélarus participent depuis longtemps à la vie politique de différents pays européens. Une partie du mouvement altermondialiste, en Europe, a fait des efforts considérables pour garantir que des anarchistes d’Europe de l’Est soient présent.es aux manifestations globales, aux côtés des autres. L’histoire complète de cette interaction ne peut trouver sa place dans ce texte et peut-être qu’un jour ceux/celles qui ont participé à ces événements décideront d’écrire leurs propres mémoires. Des anarchistes du Bélarus et d’Ukraine ont participé à des manifestations contre l’OTAN, contre les conférences des Nations unies sur le climat, les sommets du G20 et du G7 (ou G8). La compréhension du fonctionnement global du système politique et économique a été central pour élaborer des stratégies de lutte politique et la solidarité internationale a permis de continuer le travail, même dans les situations les plus difficiles (par exemple, la répression au Bélarus). En partie à cause de cette orientation vis-à-vis de l’Occident, beaucoup d’anarchistes biélorusses et ukrainien.nes sont arrivé.es à comprendre l’impérialisme russe et l’histoire du colonialisme seulement après les événements de 2022.

Pourquoi je parle de cela ? Pour souligner que les anarchistes d’Europe de l’Est ont en partie compris et comprennent encore les contextes de la lutte en Europe occidentale et aux États-Unis. Mais notre focalisation sur la Russie est déterminée par les spécificités régionales de la situation politique actuelle.

De l’autre côté, il y a une situation très différente, avec un manque relatif d’intérêt pour ce qui se passe dans la périphérie. Les Européen.nes n’étaient pas particulièrement intéressé.es au Bélarus ou à l’Ukraine. Pendant toute la durée de mon activisme politique au Bélarus, le nombre de militant.es occidentaux.les en visite là-bas a été minime.

Dans ce contexte, nous en arrivons au fait que les anarchistes occidentaux.les comprennent vraiment mal la situation dans la région de l’ancien empire soviétique. Cela aurait pu être pardonné avant 2022 (même si, déjà à l’époque, il y avait une ignorance arrogante concernant les processus politiques en Ukraine elle-même – voir les histoires sur le régime fasciste de Kyiv et le soutien aux forces d’extrême droite dans l’est du pays). Mais, après 2022, l’ignorance devient un choix délibéré, et rien ne peut l’excuser. Un.e activiste contemporain.e, en Occident, a beaucoup plus d’opportunités d’apprendre ce qui se passe dans une région ou une autre, que les personnes qui vivent dans des pays aux économies moins stables. Et, dans cette situation, nous revenons au texte mentionné plus haut, sur les Européens auxquel.les manque le contexte. Je ne pense pas que, aujourd’hui, fournir n’importe quelle quantité de contexte aidera les Européen.nes à comprendre ce qui se passe en Ukraine. Beaucoup d’activistes occidentaux.les n’ont aucun intérêt à le comprendre. Entre autres choses, cela est lié à la nécessité de repenser radicalement sa propre théorie politique, ce à quoi peu d’entre elles/eux sont prêt.es.

Dans cette atmosphère d’ignorance choisie, les activistes d’Ukraine, du Bélarus et même de Russie se retrouvent dans une situation où non seulement on nous refuse la solidarité, mais où l’on tente activement d’empêcher toute interaction avec les « dissident.es ».

Je ne suis absolument pas d’accord avec l’idée que, à ce stade, il est de notre devoir de réfléchir longuement aux faits, pour les militant.es occidentaux.les, pour qu’ils/elles puissent comprendre tout cela dans un contexte plus facile ou, d’une manière ou d’une autre, rapporter cette situation à la leur. Quand j’ai rejoint le mouvement anarchiste, nous connaissions tou.tes le slogan « penser globalement, agir localement », mais malheureusement, aujourd’hui, la première partie est en train de devenir extrêmement difficile pour les personnes qui vivent dans les pays les plus privilégiés. Et alors que la Forteresse Europe continue de se refermer de plus en plus, nous voyons qu’une partie significative du mouvement anarchiste suit la logique de s’isoler de ses propres compas, dans l’espoir d’éviter des difficultés idéologiques dans la compréhension du monde moderne.

Il y a quelques années, l’un.e de mes compas de longue date, originaire de Grèce, s’était indigné.e de mes mots, selon lesquels l’Occident moderne est un château d’où les gens dictent des règles d’existence au reste du monde et que les anarchistes locaux/les, aussi doté.es d’esprit critiques soient-ils/elles, vivent elles/eux aussi dans ce château et préfèrent ne pas le quitter. Presque cinq ans après le début de la guerre à grande échelle en Ukraine, j’ai soudain remarqué que des panneaux supplémentaires étaient maintenant accrochés aux portes de ce château, exhortant les gens à rester loin du mouvement anarchiste organisé du Bélarus et d’Ukraine, et il devient clair pour moi qu’entrer dans les couloirs de ce château était un privilège [consenti] jusqu’au moment où nous avons commencé à parler de choses gênantes. Et peu importe combien de contexte nous inclurons dans nos textes futurs, plus personne ne nous laissera entrer dans le château de l’anarchisme idéologiquement pur.

Nikita Ivansky

Note de l’auteur
1. ici et plus loin, l’expression « l’Occident » désigne principalement les pays des anciens et nouveaux empires d’Europe et d’Amérique du Nord.

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Ukraine : Solidarité sur la ligne du front, 89 seconds avant minuit https://attaque.noblogs.org/post/2026/02/24/ukraine-solidarite-sur-la-ligne-du-front-89-seconds-avant-minuit/ Tue, 24 Feb 2026 17:21:54 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=62146 Continuer la lecture ]]> Freedom / dimanche 19 octobre 2025

Alors que des tyrans nucléaires, profiteur de guerre, promettent une apocalypse de ventes d’armes, en Ukraine des anarchistes continuent de résister.

Sur la côte est des États-Unis d’Amérique, on est en train de conclure un accord. Au cours de la semaine dernière, des ministres ukrainiens se sont envolés de Kiev à Washington, pour discuter de l’échange de drones contre des missiles Tomahawk. Ce week-end, Trump et Zelensky se rencontreront pour finaliser le transfert de missiles à longue portée vers l’Ukraine et la remise exceptionnelle sur les drones fabriqués en Ukraine, vendus aux États-Unis à 20 % du prix courant. L’œuvre d’art de cet accord sur les armes est une menace.

Le président russe Vladimir Poutine a dit, en réponse, que le transfert de ces missiles serait « un niveau d’escalade qualitativement différent », car, selon lui, cela nécessiterait la présence de militaires américains sur le territoire ukrainien, pour faire fonctionner les missiles. Les forces armées russes ont lancé plus de 71 missiles de l’autre côté de la ligne de front, les 5 et 10 octobre, ainsi que des centaines de drones visant directement le secteur énergétique ukrainien. L’armée a continué à bombarder l’Ukraine avec des attaques massives de drones et de roquettes, pendant que Zelensky arrivait à Washington.

Parmi les personnes tuées, il y avait une jeune fille de 15 ans, avec sa famille, dans l’oblast de Lviv, et un homme de 71 ans, qui était assis dans un wagon d’un train civil, à Soumy, quand celui-ci a été attaqué par des drones russes.

Des centaines de composants d’avions Boeing et Airbus se retrouvent en Russie, selon des données des douanes, analysées par Investigate Europe. Certaines de leurs filiales indiennes se trouvent même sur des listes de sanctions, pour avoir transporté du personnel militaire dans la République populaire de Donetsk et dans d’autres territoires occupés par la Russie. Toutes les entreprises occidentales nient être à connaissance d’avoir commis un quelconque crime.

« La volonté de la direction du groupe de fournir des munitions même à des pays en guerre et à des États qui bafouent de manière flagrante les droits humains est une condition préalable essentielle au succès économique de Rheinmetall dans le domaine des munitions » a écrit Otfried Nassauer, le défunt militant pacifiste allemand.

De l’Indonésie au Yémen, en passant par des filiales sud-africaines, le plus grand fabricant d’armes d’Allemagne essaye de répéter ses succès économiques historiques de la Première et de la Seconde guerre mondiale, en armant le monde grâce à une activité d’exportation dissimulée. Rheinmetall appelle le fait de profiter de manière flagrante de la guerre « assumer ses responsabilités dans un monde qui change » [le slogan officiel de Rheinmetall ; NdAtt.], alors que les bénéfices de l’entreprise se ont été multipliés suite au déclenchement de la guerre russe en Ukraine.

Le soutien international à l’Ukraine a été inconstant. Alors que les pays occidentaux promettent leur soutien à l’Ukraine, dans sa défense de l’Europe, les trafiquants d’armes continuent de contourner les sanctions internationales par le biais de pays tiers. Les munitions produites par Rheinmetall se retrouvent entre les mains de celles/ceux qui résistent à la tyrannie et à l’occupation, dans le monde entier. Des vols avec des marchandises occidentales continuent d’atterrir en Russie. Le profit l’emporte sur la paix, après tout.

À Berlin, la sirène d’alerte aérienne retentit avec le bip des téléphones qui donnent le signal d’alarme. Les tramways sont peints en camouflage et les affiches des partis politiques sont remplacées par des annonces de recrutement par des services de sécurité. L’Allemagne coupe drastiquement la sécurité sociale et son fabricant d’armes fait fortune.

Les lumières s’éteignent en Ukraine, mais les habitant.es de l’Europe dorment encore, en dansant un délire conscient qui menace maintenant de nous consumer tou.tes. Alors que l’horloge de l’apocalypse atteint 89 secondes avant minuit, combien de temps faudra-t-il avant que nous ne soyons réveillé.es par le bruit des bombes ?

« Tout est aussi agréable et beau que possible », dit Gera en se promenant dans un parc, sur la ligne de front du printemps impossible de nos cauchemars éveillés. C’est calme et paisible. Le chant des oiseaux remplit l’air. Il y a des roses à Bakhmout et Gera mange un falafel. « Une autre chose intéressante à propos de la psyché… » dit Gera, en ramassant une trousse de secours et un fusil posés près de l’arbre.

« Quand tu t’endors dans de telles conditions, sur la ligne de front, tu fais généralement des rêves très beaux et agréables, des choses que je n’ai pas dans ma vie normale, le contraire complet de toutes les horreurs qui existent… et cela est interrompu quand je suis réveillé. Parce que je suis un médecin fusilier. Quand j’entends qu’un de nos gars a été blessé, je dois rassembler rapidement mes affaires pour l’aider. »

Gera est réveillé, il se met en position sur la ligne de front avec un camarade. Quelque chose ne va pas. Un soldat russe tend une embuscade à leur position et lance une grenade, détruisant le fusil mitrailleur de Gera. Grot a réussi à blesser le soldat russe, raconte Gera à Solidarity Collectives. Cela leur a probablement sauvé la vie.

Grot « avait été touché par une balle et avait de multiples blessures d’éclats de grenade », dit Gera. « Je pensais qu’il était mort… Je pense que cette expérience a eu un fort impact sur ma perception, parce que à ce moment-là j’ai eu l’impression d’être mort. Je pensais que c’était fini. Je ne m’attendais pas à en sortir et à survivre… ce moment a été difficile psychologiquement. »

Après avoir été déployé à Klichtchiïvka, près de Bakhmout, Gera a demandé une réhabilitation à Odessa. « En tant que médecin, j’ai fourni de l’assistance à la fois aux camarades et aux alliés, mais ce déploiement était tout simplement inefficace », dit Gera. « J’ai passé huit jours dans un sous-sol, complètement désorienté, parce que des drones remplissaient tout l’espace et le terrain. »

Depuis 2022, Solidarity Collectives a interviewé des médecins anarchistes d’origine internationale présent.es en Ukraine et cette année a parlé avec Charlie. « Pendant le travail, il n’y de place que pour le travail » dit Charlie. « Je veux dire, quand on a une personne blessée et qu’on doit, vous savez, faire quelque chose, arrêter l’hémorragie et tout ça, c’est ce que vous faites et cela n’a rien à voir avec la politique. »

« Le fait que je sois ici est déjà lié au fait que je suis anarchiste et que je crois à la solidarité avec les gens… toutes les décisions que je prends, elles viennent en fait de ce en quoi je crois et de ce que je pense être juste. » Charlie a commencé à travailler comme médecin sur la ligne de front avec des unités anti-autoritaires des Forces armées de l’Ukraine et il est là depuis 2022.

« En fait, j’étais venu en Pologne pour une petite vacance, juste pour quelques semaines, pour voir mes ami.es » explique Charlie. « Nous nous sommes levé.es le matin et avons regardé les informations. J’ai réalisé que je ne serais pas rentré. Je ne serais pas rentré au Bélarus. Je ne suis pas allé chez moi parce que c’était tout simplement impossible pour moi. Mon pays était en train de bombarder un autre pays. »

« Très souvent, le mouvement anarchiste devient extrêmement marginalisé et impénétrable pour les gens de l’extérieur » réfléchit Charlie. « L’anarchisme, le féminisme et le véganisme, pour moi, ce n’est pas avant tout une lutte, mais avant tout le fait de prendre soin. Prendre soin des gens, prendre soin des femmes, prendre soin des animaux et, en deuxième lieu, c’est de la lutte. Très souvent, les militant.es sont pris.es dans cette lutte et oublient de prendre soin. »

« Les sentiments les plus profonds, bien sûr, je les ai par rapport à Bakhmout » dit Charlie.

« Je m’en souviens comme d’une ville extrêmement belle, avec un très beau promontoire. Genre, il y avait ces cygnes et cette jolie rivière et plein de roses. Je suis arrivé là-bas à la fin de l’été, le temps était magnifique, tout était vert et il y avait beaucoup de fleurs. J’ai donc un lien fort avec cette ville, maintenant complètement détruite, réduite à un cimetière… nous avons perdu beaucoup de camarades et Marcy n’est plus avec nous aujourd’hui. »

Marcy était un jardinier originaire de Londres, qui est venu en Ukraine pour aider les gens pendant l’invasion. Il conduisait une ambulance avec Charlie, en tant que bénévole, à Bakhmout. Après avoir rejoint les forces armées, il a été tué à Avdïivka. « La grande majorité des personnes que nous récupérons sur la ligne de front, » a dit Marcy en 2022 « qui ont des blessures horribles, sont des travailleur.euses ordinaires. Je pense que, après que cela sera fini, ils/elles devraient demander un système sanitaire et éducatif gratuits, parce que je sens ce sang tous les jours et elles/ils ont payé… »

« Ils devraient voir toutes ces personnes désespérées, à Bakhmout, qui, en tant que civils, n’ont rien » nous avait rappelé Marcy « ils/elles ont juste été abandonné là-bas ».

Solidarity Collectives travaille aux côtés des Solidrones, dans la construction et l’assemblage de drones, car les communautés essayent de se défendre, plutôt que d’attendre la livraison de missiles Tomahawk. À quoi ressemble la victoire, quand nous combattons pour notre liberté ?

« Je veux vraiment que les gens gagnent » dit Charlie. « Pas les gouvernements. Merde aux gouvernements. Je veux que les gens puissent juste respirer librement sans avoir peur d’être tués par une bombe aérienne au hasard. »

Pendant les vingt derniers mois, la ligne de front s’est déplacée vers la ville minière de Dobropillia, avec une attaque contre un marché et un centre commercial, en juillet, ce qui a obligé les autorités à évacuer la plupart de la population de la ville minière. La Fédération de Russie occupe actuellement environ 70 % de l’oblast de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, ce qui, avec d’autres territoires occupés en 2014, forme un État de facto, son vassal. Les personnes qui ont réussi à s’échapper se retrouvent constamment bombardées.

« Pour des gens ordinaires comme nous, c’est juste la misère » a dit Ivan à Медузы (Meduza). « Alors, maintenant, je m’apprête à partir, avec ma femme. Elle s’est remplie un sac de médicaments, et nous nous en allons. Ma femme n’a pas dormi depuis trois nuits. Elle a peur de tout », a-t-il dit. Ceux/celles qui sont resté.es dans la ville malgré le danger étaient les personnes âgées, les personnes handicapées et les réfugié.es de Bakhmout.

De l’autre côté de la ligne de front, un procès-spectacle commence pour la deuxième fois. Comme l’a observé Медиазона (Mediazona), au moins 26 prisonniers de guerre ont été condamnés plusieurs fois pour le même crime, par la Cour suprême de la République populaire de Donetsk (RPD). Parmi ces prisonniers de guerre il y avait d’anciens combattants de la brigade Azov, dont six ont été condamnés à deux reprises pour le même acte de terrorisme.

Un avocat travaillant à Donetsk a commenté que, en ouvrant des affaires à répétition contre des soldats ukrainiens d’extrême droite, la Russie pourrait « justifier l’invasion » dans sa propre propagande, en présentant l’Ukraine comme « un État nationaliste et pro-fasciste » ; c’est le témoignage du juriste sous couvert d’anonymat. Cette violation de la loi est devenue une pratique courante dans les procès-spectacles des prisonniers de guerre.

Dans la ville d’Enerhodar, occupée par la Russie, la centrale nucléaire de Zaporijjia a fonctionné près d’un mois grâce à des générateurs de secours, après avoir été coupée du réseau électrique à la suite de bombardements continus dans et autour de la centrale. « C’est une situation extrêmement difficile » a dit le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, alors que la plus grande centrale nucléaire d’Europe est désormais maintenue hors danger de fusion par huit moteurs diesel.

Dans les premiers jours de l’occupation russe d’Enerhodar, un punk antifasciste a parlé de collaborateurs, d’arrestations et d’interrogatoires menés par des soldats russes et aussi de photographies montes de toute pièce d’un élément clandestin appartenant à l’extrême droite, comme « preuve » de la nécessité de dénazifier l’Ukraine, conformément à la propagande de l’État russe. Ces photographies et vidéos ont ensuite été diffusées auprès du public russe et occidental à la fois, en faisant paradoxalement appel à ceux dont les idées politique sont aux antipodes de celles de la Fédération de Russie.

« Je pense qu’il y a une assez grande résistance à comprendre de la situation en Europe de l’Est » me dit l’anarchiste biélorusse Nikita Ivansky. « Certains dogmes utilisés dans les milieux anarchistes et de gauche ne fonctionnent pas dans une situation aussi complexe. Au lieu d’adapter le fondement idéologique à un tel conflit et d’appliquer nos valeurs au sein du conflit – et de trouver notre place conformément à ces valeurs politiques – beaucoup de gens essaient de s’en tenir à ces idées politiques écrites, venant du passé. »

« Le mouvement anarchiste n’a aucun mécanisme pour faire face à la désinformation – il est très facile d’installer un certain récit, livré via des canaux de propagande d’État, et de le faire grandir sans réaction sérieuse » écrit Nikita. « La discussion sur Maïdan, en 2014, en est un exemple parfait. »

La fétichisation des groupes nazis et d’extrême droite ukrainiens, dans certaines publications « de gauche » risque de nous aveugler à propos des actions de celles/ceux qui mettent l’anarchisme en pratique sur la ligne de front. Même dans le mouvement anarchiste occidental, il y a des personnes qui font écho à la paranoïa de la Fédération de Russie, en qualifiant le soulèvement de Maïdan de putsch nazi, comme le ferait un juge de la Cour suprême de la DPR.

Mais, loin des gros titres qui promettent l’apocalypse et le désespoir, provoqués par les tyrans nucléaires, l’anarchisme continue de combattre sur la ligne du front. À travers tout le pays, les combattant.es antiautoritaires continuent de résister à l’occupation russe, ainsi que de soutenir avec l’entraide les réfugié.es internes et les animaux abandonnés. Face à l’échec prévisible de la charité venant de la tyrannie nucléaire et à la sécurité des frontières qui aura le dessus sur la solidarité avec les gens – tout ce pour quoi nous devons lutter, c’est les un.es pour les autres.

Josie Ó Súileabháin

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Solidarity Collectives : Appel à actions – 2026 https://attaque.noblogs.org/post/2026/02/12/solidarity-collectives-appel-a-actions-2026/ Thu, 12 Feb 2026 17:33:05 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=62076 Continuer la lecture ]]> Marseille Infos Autonomes / lundi 9 février 2026

Du 20 février au 6 mars, nous appelons amis, camarades et groupes anti-autoritaires du monde entier à participer à deux semaines d’action.

Chers camarades et amis,

Alors que nous entrons dans la cinquième année de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, la guerre continue de ravager nos communautées. Cet hiver, des millions de personnes subissent des bombardements incessants et survivent pendant des semaines sans électricité, sans chauffage et parfois même sans eau.

Pendant ce temps, nos camarades continuent de se battre en première ligne dans des conditions extrêmes ; nombreux sont les blessés et d’autres perdent la vie. Nous avons besoin de votre solidarité pour renforcer la résistance ukrainienne anti-autoritaire contre l’impérialisme russe.

Du 20 février au 6 mars, nous appelons amis, camarades et groupes anti-autoritaires du monde entier à participer à deux semaines d’action.

Nous vous encourageons à organiser :

des manifestations publiques ou des actions directes ;

des concerts, des projections de films, des expositions ou des débats ;

des campagnes de collecte de fonds ;

des actions de rue telles que des graffitis ou des interventions visuelles.

Sujets possibles pour les conférences et les tables rondes : l’influence de la propagande russe et des politiques de droite en Occident ; la flotte de l’ombre russe et son impact environnemental ; Risques pour la sécurité internationale et violence impériale ; auto-organisation anarchiste et entraide ; réarmement et service militaire ; violences policières et répression ; actualités sur la situation en Ukraine ; lutte armée et antimilitarisme, etc.

Tout types d’actions comptent. Depuis 2022, chaque manifestation et chaque acte de solidarité ont contribué à maintenir la visibilité de la résistance ukrainienne et nous ont donné la force de poursuivre le combat, malgré la crise humanitaire et les attaques quotidiennes de missiles et de drones russes.

Nous croyons au partage des pratiques, des expériences et des idées par-delà les frontières. La montée mondiale des mouvements d’extrême droite rend la solidarité internationale plus urgente que jamais. Soutenir les Ukrainien-ne-s qui résistent à l’invasion russe doit aller de pair avec le soutien aux réfugié-e-s et aux migrant-e-s du monde entier, et avec la lutte contre les forces autoritaires et nationalistes à l’échelle mondiale.

Notre collectif serait intéressé à participer à vos événements, à partager des connaissances, à engager des discussions et à soutenir vos initiatives de toutes les manières possibles. Ensemble, nous pouvons renforcer un réseau international de solidarité anti-autoritaire qui dépasse les frontières et les langues.

Deux semaines d’action : du 20 février au 6 mars

Merci de nous envoyer des liens, des photos et des vidéos de vos événements.

Vous pouvez traduire cet appel dans d’autres langues. N’hésitez pas à le publier et à le diffuser dans vos médias militants/anti-autoritaires locaux et à nous en informer.

Solidarity Collectives

PS :
Merci de nous envoyer des liens, des photos et des vidéos de vos événements.
Vous pouvez traduire cet appel dans d’autres langues. N’hésitez pas à le publier et à le diffuser dans vos médias militants/anti-autoritaires locaux et à nous en informer.

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Ukraine : Big Brother en zone de guerre https://attaque.noblogs.org/post/2026/01/28/ukraine-big-brother-en-zone-de-guerre/ Wed, 28 Jan 2026 17:16:08 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61974 Continuer la lecture ]]> Freedom / dimanche 25 janvier 2026

Alors que les premières balles sifflent et que des obus explosent, nous commençons à apprendre les noms des machines de guerre et des entreprises qui les fabriquent. Nous apprenons quelles armes sont les plus létales et causent le plus de préjudice.

Cependant, lors de ce processus d’apprentissage, souvent l’autre aspect de la guerre nous échappe. Les entreprises plus petites, qui travaillent dans le domaine de l’information, sont négligées. Des logiciels de traitement de vos données personnelles jusqu’à l’IA qui aide dans les bombardements, les technologies invasives ont du mal à passer, aux yeux de la société civile, en temps de paix. Cependant, quand la violence éclate et nous regardons tou.tes le ciel, en espérant qu’il n’y aura plus de frappes de drones dans notre quartier, nous sommes content.es qu’il y ait ces yeux qui regardent dans toutes les directions, essayant de trouver l’ennemi.

Les conflits en Ukraine et à Gaza ont été parmi les plus avancés technologiquement sur cette planète. Mais, en dehors du cadre traditionnel de la guerre – où les chars d’assaut et les armes à feu tuent et détruisent – ces guerres technologiques poussent la surveillance vers de nouveaux sommets.

Quatre mois après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, le PDG de Palantir Technologies, Alex Karp, a visité en personne le pays, pour offrir ses services au gouvernement Zelensky. Gratuitement.

La plupart des militant.es qui s’intéressent au secteur de la surveillance connaissent bien Palantir, un géant de l’exploration de données, dont rêvent les forces de l’ordre de nombreux pays*. En Ukraine, cette entreprise a trouvé une zone sans réglementations, où elle peut tester son logiciel sur les données en temps réel de millions de personnes. Selon le magazine Time, « le logiciel de Palantir utilise l’IA pour analyser des images satellites, des données open-source, des images prises par des drones et des rapports de terrain, pour présenter aux commandants des options militaires. Il est responsable de la plupart des ciblages en Ukraine ».

Et non seulement des ciblages. Time a aussi constaté que Palantir travaille avec une demi-douzaine de ministères du pays, y compris le ministère des Finances et celui de l’Éducation.

L’entreprise Palantir ne produit pas elle-même les données. Elle ne gère pas les satellites de surveillance ou les caméras de vidéosurveillance dans la rue – ils sont gérées par différentes entreprises. Palantir accumule et traite des données, aidant les humains dans la prise de décision. Dans un pays comme l’Ukraine, Palantir peut opérer avec très peu de contraintes. Pendant que la société ukrainienne lutte contre l’invasion russe, tout aide est acceptée, de partout. Le PDG de Palantir le comprend, comme la plupart du complexe militaro-industriel occidental.

Un autre rôle dans le traitement des données pour la guerre a été donné à la controversée Clearview AI, une entreprise américaine de technologie de reconnaissance faciale (FRT). Officiellement, son logiciel est utilisé pour identifier les cadavres des combattant.es et d’éventuels espions qui entrent en Ukraine. Les forces de police l’utilisent aussi pour identifier des criminels de guerre et les responsables d’enlèvements d’enfants ukrainiens – un champ d’opérations très large.

Un laboratoire de sécurité numérique ukrainien a commenté l’utilisation des logiciels de Clearview AI dans le pays : « Initialement développée à des fins d’application de la loi, la technologie de Clearview compare des images avec la base de données d’images publiques, extraites de sites web, y compris les plateformes de médias sociaux. Il convient de noter que, malgré le fait qu’elle n’a pas une législation unifiée sur l’utilisation de ces données, l’Ukraine continue à recourir à des mesures numériques, sans cadre juridique ni garanties… l’utilisation arbitraire des FRT par les autorités peut avoir une influence négative sur la vie privée des citoyen.nes, en continuant à être appliquée même quant l’urgence aura cessé d’exister ».

Alors que Clearview AI fait face à des défis juridiques aux États-Unis et dans l’UE, l’Ukraine offre, pour son travail, un espace sans aucun défi sérieux. D’après des conversations personnelles, seulement certains cercles de militant.es anti-autoritaires ukrainien.nes étaient au courant de l’existence de systèmes de reconnaissance faciale dans leurs villes. Cela est dû principalement au fait que les groupes qui habituellement lutteraient contre un État de surveillance sont actuellement occupés à résister à l’invasion russe, alors que la répression de l’État est encore très faible par rapport au reste de cette région.

Palantir et Clearview AI sont toutes deux des entreprises construites à partir du mouvement pro-technologie d’extrême droite, mobilisé par le milliardaire fasciste Peter Thiel. Il est difficile d’imaginer que le rôle de ces entreprises, ainsi que celui de nombreuses autres plus petites, qui essayent d’imposer un contrôle gouvernemental fort, puisse disparaître en cas de cessez-le-feu ou d’accord de paix. L’infrastructure est en place et les forces de sécurité de l’État ont vu son efficacité.

Il est plus probable que les alliés de Thiel continuent à aider certaines branches du gouvernement. Dans un pays avec un mouvement d’extrême droite qui grandit, cela peut poser une menace sérieuse non seulement pour les anarchistes, mais aussi pour les personnes appartenant à la gauche modérée et pour les libéraux.

Bien que nous sachions peu sur les processus de surveillance en Russie, même avant l’invasion le régime de Poutine a essayé de créer un réseau pour contrôler toute activité d’opposition. Il a été utilisé en 2022, pour arrêter ou contraindre à l’exil de nombreux.ses opposant.es politiques. Ces derniers temps, le contrôle, en particulier dans les territoires occupés, a atteint un nouveau niveau, alimenté par la peur des saboteur.euses.

Avec la crise écologique globale qui ne fait que s’aggraver et la possibilité d’une guerre à grande échelle en Europe, devant nous se trouve un avenir très sombre, fait d’expansion rapide de la surveillance et de traitement automatisé des données. Des algorithmes prendront des décisions sur la répression à l’encontre de certaines parties de la société. Ce sera certainement un avenir plein de défis, mais nous devons lutter pour arrêter le fascisme aujourd’hui, car demain il sera trop tard.

Nikita Ivansky

Cet article est paru initialement dans le numéro d’hiver 2025/2026 de Freedom Journal.
Image : Alex Ustinov CC-BY-NC

 

* Note d’Attaque : par exemple, Palantir Technologies a développé pour l’ICE, la police anti-migrant.es américaine, le logiciel ELITE (Enhanced Leads Identification and Targeting for Enforcement – Piste opérationnelle améliorée pour l’identification et le ciblage dans le but de l’application de la loi). Il s’agit grosso modo d’une carte interactive, avec des informations sur les personnes probablement sans-papiers qui se trouvent potentiellement dans un secteur donné à un moment donné. Les algorithmes derrière le logiciel tirent ces statistiques du traitement des données du système sanitaire et des services sociaux, ainsi que de la géolocalisation des portables des gens et des informations issues des systèmes de lecture automatisées de plaques d’immatriculation des voitures.

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Déclaration d’anarchistes russophones : écoutez les compas ukrainien.nes ! https://attaque.noblogs.org/post/2025/12/11/declaration-danarchistes-russophones-ecoutez-les-compas-ukrainien-nes/ Thu, 11 Dec 2025 17:21:41 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61564 Continuer la lecture ]]> Avtonom / vendredi 28 novembre 2025

Déclaration danarchistes russophones aux initiatives anarchistes occidentales : écoutez les compas ukrainien.nes !

Ce texte est une déclaration commune de différents collectifs anarchistes russophones (voir la liste des signataires ci-dessous). Il aurait dû être publié encore plus tôt, mais maintenant c’est vraiment le moment pour une déclaration unifiée sur la guerre en Ukraine. Nous ne prétendons pas représenter la position de chaque anarchiste de Russie, mais la nécessité d’une position claire et les contradictions liées à la guerre en Ukraine nous obligent à agir comme un mouvement uni.

 

Au cours des onze années de guerre, et surtout au cours des trois dernières années, nous avons vu différentes réactions à la lutte de la société ukrainienne contre l’agression russe. Des compas du mouvement anarchiste ukrainien ont rejoint les forces d’auto-défense, tant sur la ligne de front qu’à l’arrière. La propagande russe, le manque de connaissance de ce qui se passe, le dogmatisme et les contradictions apportées par la guerre ont provoqué des troubles dans tous les mouvements politiques.

Le mouvement anarchiste aussi a été divisé en deux camps : le soutien ou la condamnation. Pendant la guerre, des événements organisés en soutien à l’Ukraine par les Solidarity Collectives et d’autres initiatives anti-autoritaires ont rencontré de grands problèmes. Dans certains lieux anarchistes européens, des discussions avec de compas d’Ukraine et de Bélarus ont été attaquées et sabotées.

Il est important de noter que, tout au long de ces années de guerre, il n’y a pas eu de discussion constructive, au niveau du mouvement, pour développer des positions et des actions coordonnées et cohérentes. Cela a conduit à un manque de solidarité pratique et à une analyse superficielle. Cela a aussi conduit au fait que certaines personnes essaient de dicter aux anarchistes ukrainien.nes ce qu’elles/ils devraient faire, bien que, souvent, ces personnes elles-mêmes ne connaissent pas la réalité pratique de cette guerre. Cela révèle un terrible manque de compréhension et de camaraderie au sein du mouvement. En plus des perturbations d’événements, le problème est arrivé au point de rire délibérément pendant la minute de silence en mémoire des compas décédé.es. De tels cas soulignent le fait qu’on ne se souvient pas toujours de qui est notre ennemi. Les autorités prospèrent grâce à nos divisions, à notre manque de respect pour les compas décédé.es et à notre attitude hostile les un.es envers les autres. Les divergences de tactiques et d’opinions sont inévitables, pour un mouvement révolutionnaire, mais on ne devrait pas permettre à nos ennemis d’en profiter.

La guerre de l’information façonne le discours, en modifiant la pensée. Il est difficile d’y résister, car cette guerre n’est pas manifeste. Elle n’agit pas de manière brutale et parfois elle est habilement tissée au sein des positions existantes, les confirmant, au lieu de permettre à notre analyse de s’adapter à une réalité changeante. En même temps, la guerre de l’information poursuit les mêmes objectifs que le vrai combat. Il est facile d’oublier que la guerre est combattue aussi sur le terrain de l’information. Mais, comme dans les combats réels, il est nécessaire d’adopter une position fondée sur les idées et les principes.

La complexité de la situation dans laquelle se sont retrouvé.es les compas ukrainien.nes et la réaction des collectifs étrangers à leurs actions montrent la réalité des problèmes au sein du mouvement anarchiste. De plus, la guerre en Ukraine elle-même est un autre signal d’alarme, montrant ce à quoi nous devrons faire face à l’avenir. Nous observons déjà la montée des forces de droite en Europe, tant en politique que dans l’état d’esprit de la société en général. Compte tenu de cela, nous voudrions appeler les compas des pays occidentaux à tenir compte des opinions de ceux/celles qui ont déjà dû faire face à la réalité laide et cruelle de la guerre et de la dictature. Les systèmes étatiques évoluent précisément dans cette direction et, à un moment donné, vous pourriez vous réveiller dans un pays avec un régime fasciste ou avec des bombes qui volent au-dessus de vos têtes.

 

La Russie est un pilier de l’autoritarisme et du fascisme

Dans son programme idéologique actuel, l’État russe utilise les événements du passé pour se présenter en tant qu’imaginaire force « antifasciste ». Mais, exactement comme il y a un siècle, la Russie reste aujourd’hui un empire. La réécriture de l’histoire, les mensonges et les manipulations conceptuelles suivent la logique du patriotisme de type impérialiste, qui a été imposé à la société russe depuis l’époque des tsars. Ce lavage de cerveau idéologique de la population est nécessaire pour renforcer le pouvoir de l’État, rallier les élites et les différentes classes du pays et transformer l’économie en fonction des besoins militaires.

À leur tour, les mouvements d’extrême droite prospèrent, dans cette nouvelle phase de l’autoritarisme russe. La guerre a donné carte blanche à l’extrême droite russe, lui donnant aussi l’opportunité de fusionner avec l’État, dans leur programme d’ultra-violence. Beaucoup d’importants participants russes à la guerre, en particulier les propagandistes militaires, sont associés à des groupes fascistes ou néo-nazis locaux. Le groupe d’extrême droite « Communauté russe » (Русская община) fonctionne sous le patronage de Bastrykine, le chef du Comité d’enquête de la Fédération de Russie. Les comptes-rendus des violences d’extrême droite ont augmenté , depuis le début de la guerre. Pour les groupes et les blogueurs soutenant la guerre, toutes les déclarations et actions sont autorisées, tant qu’elles ne contredisent pas la ligne politique du Kremlin.

La Russie de Poutine soutient activement des mouvements d’extrême droite et conservateurs à travers l’Europe, du Front national* en France à l’AfD en Allemagne. Ceux-ci remercient le Kremlin avec leurs demandes de levée des sanctions contre la Russie et d’arrêt de l’aide militaire à l’Ukraine. Les groupes anarchistes occidentaux devraient tenir compte de cela, lorsqu’ils formulent leurs positions sur la fourniture d’armes à l’Ukraine.

Les déclaration de l’État russe sur sa « lutte contre le fascisme en Ukraine » sont des tentatives hypocrites de justifier son agression militaire, motivée par des intérêts capitalistes et impériaux. Nous ne nions pas que des groupes d’extrême droite opèrent en Ukraine (comme dans beaucoup d’autres pays). Mais il est aussi important de rappeler que la politique coloniale russe a largement contribué à leur émergence.

 

Il ne s’agit pas d’une simple confrontation capitaliste et impérialiste entre les deux blocs

Cette guerre est une agression impérialiste de la Russie et une punition infligée à l’Ukraine pour son manque de loyauté envers Poutine. Le fait que cette guerre s’insère aussi au sein de la confrontation mondiale entre de nombreuses forces géopolitiques ne change rien à cette réalité. L’impérialisme des pays occidentaux ne diminue pas ni ne justifie l’impérialisme russe, qui attaque les villes d’Ukraine en ce moment même. De plus, cette guerre doit être comprise dans le contexte global de celle que les Zapatistes appellent « la quatrième guerre mondiale ». Les conséquences du néolibéralisme et du fascisme deviennent de plus en plus prononcées. La destruction de la dignité humaine et de notre environnement se produit à une échelle massive. C’est la réalité, ainsi que le défi auquel le mouvement anarchiste et tous les mouvements visant la liberté doivent faire face. La guerre en Ukraine montre à quel point chaque société a besoin d’une autodéfense contre l’État. C’est une partie de la guerre qui frappe depuis longtemps à votre porte. Les compas d’Ukraine peuvent être les meilleur.es allié.es dans cette guerre, car elles/ils ont déjà subi ce terrible coup et ont une expérience unique de survie et de résistance dans une telle situation. Si les compas d’Europe veulent vraiment résister à cette guerre et aux guerres futures, il est alors extrêmement important d’établir des contacts et d’échanger des expériences, afin de comprendre comment s’organiser dans leurs pays et leurs sociétés.

De nombreuses forces géopolitiques sont en train de participer à la guerre en Ukraine et chacune d’entre elles poursuit ses propres intérêts. Il n’y a rien de nouveau à cela et il en sera de même dans toutes les guerres futures. Quelle est la position du mouvement anarchiste, dans cette situation ? Une simple prise de position « contre la guerre » ne suffit pas. Notre mouvement doit être du côté de la société. Concrètement, en Russie et en Ukraine, cela signifiera des choses différentes. Dans la situation actuelle, en Ukraine, les intérêts de la société et du mouvement anarchiste (le besoin de survivre et d’autodéfense) se superposent en partie, au niveau tactique, aux intérêts de l’État. En Russie, la situation est différente : les intérêts de l’État agresseur sont opposés aux intérêts de la société. C’est pourquoi il peut sembler facile de lutter contre l’empire de l’intérieur, du côté de la société. Cependant, le mouvement anarchiste russe rencontre beaucoup de problèmes, quand il interagit avec la société, souvent soumise par la propagande à un lavage de cerveau. En réalité, il n’y a pas de contradictions entre les intérêts des sociétés de Russie et d’Ukraine, c’est seulement l’État qui barre la route à la coopération.

À cet égard, il est important d’avoir une base idéologique solide et une ligne stratégique qui nous permettra d’endurer la lutte révolutionnaire à long terme, pendant et après la guerre. Dès maintenant, les mouvements et collectifs européens pourraient dialoguer avec les compas en Ukraine et discuter d’une résistance commune contre l’invasion, ainsi que des luttes futures, après la fin de la guerre, quand la politique intérieure de l’État ukrainien deviendra l’objet de graves conflits sociaux. Pour le moment, il n’y a pas de ligne stratégique de ce type, ni de mouvement fort. Il n’y a donc pas de perspective à long terme, qui permettrait aux compas en Europe de voir au-delà des contradictions et des compromis actuels.

Beaucoup de lecteur.trices de ce texte connaissent bien la notion de « monde russe ». Dans la conception de l’État russe, le « monde russe » est une sphère d’influence politique, économique, militaire ou idéologique de la Russie. En d’autres termes, c’est du bon vieil impérialisme. Mais il y a encore des personnes, dans le mouvement anarchiste mondial, qui entretiennent de la sympathie pour « la Russie en tant qu’idée ». Le résultat est que parfois, en essayant de prendre position contre l’impérialisme occidental, les compas font l’impasse sur le problème du « monde russe », ainsi que sur les problèmes d’un bloc flou d’États historiquement opposés à l’Occident et alliés avec la Russie : le Bélarus, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, etc.

Le « monde russe » n’est pas une solution au problème de l’impérialisme occidental. Toute nostalgie de l’ancien État « socialiste » doit être laissée au passé. La Russie moderne est une version mutée du néolibéralisme de droite. Elle est beaucoup plus agressive que la version européenne et, en cas de victoire, elle ne flirtera pas avec la liberté d’association, de réunion ou de la presse. Vous n’avez pas besoin d’aimer l’État ukrainien, pour résister au régime russe. Nos compas ukrainien.nes, dont beaucoup ont été en Russie, savent très bien ce que la défaite de l’Ukraine entraînera. Il en va de même pour les compas biélorusses et russes, qui, bien avant 2022, ont fui vers l’Ukraine à cause de la répression politique dans leurs pays.

Les moyens et les fins sont liés et les fins ne justifient pas les moyens. L’un des fins principaux du mouvement anarchiste est de résister à l’État, non seulement sur le plan idéologique, mais aussi dans la pratique. Tactiquement, cela peut signifier la résistance à l’ascension d’États autoritaires, dont la Russie est un parfait exemple.

 

Réfléchissez de manière critique à vos sources

Le mouvement anarchiste n’est homogène dans aucun pays ou région. Si vous avez une position qui vous tient à cœur, vous pouvez trouver partout au moins un groupe (même très marginal) qui partage cette position. Souvent, nous voyons que c’est exactement ce qui se produit : des compas européen.nes tombent sur un groupe russe ou ukrainien avec une position du type « tous les bords de cette guerre sont pourris, il n’y a rien à y faire » et elles/ils commencent à répandre cette position.

En effet, en Ukraine il y a un groupe qui se focalise principalement sur la critique de l’État ukrainien : Assembly, de Kharkiv. En Russie, le projet KRAS-MAT (Confédération des anarcho-syndicalistes révolutionnaires – Association internationale des travailleurs) adopte une position similaire. Ils/elles bombardent de déclarations les organisations anarcho-syndicalistes occidentales. Avec la logique « les deux bords sont pourris », ces déclarations permettent d’éviter facilement de creuser plus profondément le problème de la guerre.

Nous croyons que les déclarations du KRAS-MAT doivent être prises avec un gros grain de sel. Par inertie, ce groupe est encore présent dans de nombreuses mailing lists et fédérations internationales, mais en réalité il s’agit d’un petit groupe qui ne représente pas la position de la majorité des anarchistes russes. À notre connaissance, le projet Assembly ne représente pas non plus la position de la majorité des anarchistes ukrainien.nes.

Nous ne sommes pas en train d’essayer de présenter les groupes mentionnés ci-dessus comme une sorte de mal absolu. Ils peuvent avoir des projets et des réalisations utiles, dans le passé ou dans d’autres domaines, non liés à la guerre. Mais nous croyons que leur position « anti-militariste » sur la guerre en Ukraine est profondément erronée ; elle n’est certainement pas la plus courante parmi les anarchistes russes et ukrainien.nes. Regardons plus en détail cet « anti-militarisme ».

 

L’antimilitarisme passif n’est pas une solution, il fait partie du problème

Les critiques envers nos compas ukrainien.nes découlent généralement d’un antimilitarisme dogmatique. Ce dogme déclare que les guerres peuvent être arrêtées seulement par la solidarité des classes ouvrières de tous les bords. En conséquence, cela conduit à un purisme idéologique – les compas deviennent incapables de faire face aux contradictions des guerres (par exemple, la coopération avec les armées d’État), ils/elles ne prennent pas en compte les spécificités géopolitiques des différents contextes et elles/ils ne peuvent pas continuer la lutte dans la pratique, parce que les idéaux ne correspondent pas à la triste réalité.

Le mantra « nous devons mettre fin à la guerre » assimile les belligérants à des enfants turbulents, à réconcilier. Mais dans cette guerre les deux camps sont fondamentalement inégaux et « la paix tout de suite » signifierait la victoire de la Russie, l’occupation d’une partie de l’Ukraine et, dans l’avenir, le renforcement du régime de Poutine.

Résister à l’agression russe a conduit à un conflit avec les dogmes de notre mouvement et à réévaluer ce qui semblait auparavant inacceptable. Dans cette guerre, les intérêts de l’État ukrainien et ceux des anarchistes ukrainien.nes se recoupent en partie. La raison pour laquelle les compas préfèrent combattre dans les rangs de l’armée ukrainienne et avoir accès à des armes et à d’autres ressources nous semble évidente. La raison pour laquelle elles/ils n’ont pas essayé de ressusciter une quelque version grotesque de la Makhnovchtchina, avec trois fusils par escouade, juste pour combattre vaillamment « contre tous » et être complètement détruit.es une semaine plus tard, nous semble également claire. Cela dit, nous reconnaissons que la construction d’une quelque sorte de « troisième force » est un objectif stratégique correct. Cependant, dans les conditions dans lesquelles la guerre a surpris le mouvement anarchiste ukrainien, une action directe et efficace contre l’expansion de ce régime autoritaire est une réaction anarchiste raisonnable face à la guerre. Les milieux anarchistes du Bélarus, d’Ukraine et de Russie ont agi de nombreuses manières différentes : l’organisation de manifestations dans la rue, l’entraide et le bénévolat, l’aide aux réfugié.es en Ukraine, le sabotage des infrastructures militaires en Russie, etc. Cela a inclus le fait de rejoindre l’armée ukrainienne. Toutes ces actions doivent être considérées comme un continuum de résistance contre l’invasion – une résistance menée à travers les frontières, avec des approches, des tactiques et des contradictions différentes.

Par conséquent, nous sommes préoccupé.es par la tendance, présente parmi les anarchistes occidentaux.ales, à critiquer l’aide à l’Ukraine. Il n’est pas surprenant que les luttes locales soient souvent plus proches et plus claires. Par exemple, pour les anarchistes grec.ques, l’un des sujets les plus importants est la résistance au colonialisme américain et aux bases militaires de l’OTAN. Bien sûr, en général l’OTAN n’est pas mieux que la Russie. Cependant, dans ce cas, le soutien à la résistance de l’Ukraine est bénéfique non seulement pour les élites occidentales et ukrainiennes, mais aussi pour le mouvement anarchiste en Russie, au Bélarus, en Ukraine et dans d’autres pays voisins, soumis à l’influence et aux menaces de l’État russe. Cela est encore plus vrai si nous nous rappelons que, dans cette partie du monde, le mouvement anarchiste a été complètement détruit déjà une fois, par l’Union soviétique. Cela se reproduira certainement, si la Russie conserve son influence dans la région par des moyens militaires. Le même avenir attend tous les pays qui tomberont sous la sphère d’influence russe.

 

Contre le boycott des anarchistes ukrainien.nes et biélorusses

Un certain nombre d’initiatives anarchistes ont décidé d’exclure les anarchistes ukrainien.nes et biélorusses de leurs sites web et de leurs événements. En particulier, le Balkan Anarchist Bookfair [Salon du livre anarchiste des Balkans] a refusé d’accepter la participation du projet ukrainien Solidarity Collectives, en justifiant ce refus comme suit :

« Nous sommes très préoccupé.es qu’une telle proposition soit soumise pendant que l’État ukrainien est en train d’enlever des gens dans la rue et de les envoyer de force à l’abattoir de la guerre. Par conséquent, notre réponse à la demande d’accueillir la présentation que vous avez proposée est négative. »

Bien sûr, les anarchistes ukrainien.nes n’ont jamais appelé à enlever des gens pour les envoyer au front. Cette justification de leur exclusion n’a rien à voir avec la réalité.

De même, le site anarchiste Athens Indymedia a refusé de publier des messages de Solidarity Collectives, pour les raisons suivantes :

« Ceci est un appel à prendre parti dans une guerre, avec une nation qui se trouve actuellement en première ligne de l’OTAN dans la guerre entre l’Ouest et la Russie. Cela n’a rien à voir avec les opinions politiques d’Athens Indymedia, qui sont fondamentalement anti-guerre et anti-impérialistes. »

En même temps, Athens Indymedia est plein de matériel contre l’invasion israélienne en Palestine, un endroit qui est aussi la ligne de front d’une guerre entre l’OTAN et l’Iran avec ses alliés. La lutte contre l’impérialisme n’est pas toujours exempte de violence et nécessite souvent des armes fournies par des États. La position antimilitariste d’Athens Indymedia ne semble ni logique ni cohérente. Notez que aussi le Berlin Anarchist Bookfair [Salon du livre anarchiste de Berlin] a refusé des anarchistes biélorusses, en 2024 et 2025 [on pourra lire les deux communiqués des compas ici et ici ; NdAtt.].

Et le problème principal ici n’est pas la position des salons du livre anarchiste des Balkans et de Berlin ou d’Athens Indymedia. Le mouvement anarchiste devrait être ouvert à la discussion et tout le monde n’est pas obligé d’adhérer à une seule et unique définition de l’impérialisme ou à des tactiques antimilitaristes spécifiques. Le problème réside dans les tentatives d’exclure complètement les anarchistes de régions entières – précisément au moment où ces régions font l’objet d’une agression impérialiste visant à leur assimilation fasciste violente et à la destruction de leur identité nationale. Alors que Poutine prétend que les peuples biélorusse et ukrainien n’existent pas, les salons du livre anarchiste des Balkans et de Berlin ainsi qu’Athens Indymedia excluent les compas d’Europe de l’Est du mouvement anarchiste : par manque de compréhension des différentes positions, par refus de voir le contexte, par incapacité à accepter les contradictions auxquelles ces compas sont confronté.es en ce moment.

 

Ce que nous suggérons

– Remettez en question les informations qui vous parviennent. Essayez de connaître les opinions de tous les groupes concernés, en particulier ceux impliqués dans des initiatives locales et moins visibles au niveau international.
– Quand vous faites des déclarations sur l’Ukraine, demandez un retour aux compas locaux.les, pour clarifier et actualiser votre compréhension de la situation.
– Nous appelons tout le monde à se souvenir des bases de l’éthique anarchiste : ce qui est important, c’est l’unité et non l’éloignement, la solidarité et non l’opposition. Cela peut paraître évident, mais pourtant, quand nous sommes confronté.es à des contradictions, nous oublions souvent comment nous comporter avec nos compas de lutte.
– Opposez-vous ouvertement aux tentatives d’exclure les anarchistes biélorusses et ukrainien.nes du mouvement anarchiste.
– Apprenez des guerres en Ukraine, en Syrie et dans d’autres pays, afin de créer les conditions pour l’émergence d’une « troisième force » révolutionnaire, capable de défendre la société à tous les niveaux, en cas de guerre.

 

Pour signer cette déclaration ou pour toute autre question, veuillez écrire à : anarchiststatement [at] riseup.net

 

Autonomous Action
Antijob
DIAna (Irkutsk Anarchist Movement)
Combat Organization of Anarcho-Communists (BOAK)
• Anarchist group in emigration “Peripheria”
Anarchist Black Cross – Irkutsk
Ivan Astashin
Khubiskhal
AKRATEIA
Black Square
Black Loudspeaker
Solidarity Zone
Feminist Anarchist Solution (Hamburg)
Lolja Nordic, co-fondatrice de Feminist Antiwar Resistance, coordinatrice du FAR Vienne

[La liste à jour des signataires se trouve ici]

 

Note d’Attaque : en septembre 2014, le parti, à l’époque déjà dirigé par Marine Le Pen, avait obtenu un prêt de neuf millions d’euro d’une banque russe (la First Czech Russian Bank), sans soute avec l’accord du Kremlin.

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Allemagne : Quand il n’y pas d’intérêt pour le dialogue https://attaque.noblogs.org/post/2025/11/06/allemagne-quand-il-ny-pas-dinteret-pour-le-dialogue/ Thu, 06 Nov 2025 17:41:40 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61291 Continuer la lecture ]]> Anarchist Black Cross Belarus / mardi 28 octobre 2025

Quand il n’y pas d’intérêt pour le dialogue – L’ABC Bélarus exclue une fois de plus de la foire du livre de Berlin

Il y a un an et demi, nous avons publié un long texte intitulé « Quand l’idéologie fait obstacle à la solidarité », sur la manière dont certains groupes anarchistes de différents pays d’Europe occidentale manipulent les faits pour exclure les anarchistes d’Europe de l’Est des discussions sur la guerre en Ukraine.

Depuis lors, malheureusement, la situation a empiré et la popularité des vieilles perspectives antimilitaristes et pacifistes n’a fait que croître, au sein du mouvement anarchiste d’Europe occidentale. Ce mois-ci, nous avons reçu un autre refus, de Berlin, concernant notre participation à la foire du livre anarchiste, dont les organisateur.trices ont souligné qu’elles/ils n’avaient aucun lien avec le groupe organisateur de l’édition de l’année dernière.

Par souci de transparence : nous étions bien conscient.es de la forte probabilité d’un refus, avant de soumettre notre candidature pour cette foire du livre. D’un côté, nous avons été agréablement surpris.ses que le refus ne soit pas arrivé sous la forme d’une seule phrase impolie, comme la dernière fois, mais avec des arguments détaillés. Cependant, les arguments présentés dans la lettre nous ont encore plus déconcerté.es que les tentatives de nous accuser de soutenir la guerre, ce qui avaient fait les organisateur.trices de la foire du livre anarchiste de l’année dernière.

« Nous avons terminé ici, nos pouvoirs s’arrêtent ici… »

Les organisateur.trices ont cité « le manque de confiance envers le collectif ABC [Bélarus], en raison de nombreuses, précédentes violations d’accords avec d’autres collectifs » comme étant la raison principale de leur refus, bien qu’ils/elles aient aussi mentionné le fait qu’elles/ils considèrent « inacceptable de donner de la place à des positions appelant à rejoindre l’armée de l’État, lors d’une foire anarchiste ».

En particulier, les organisateur.trices ont mentionné deux cas précédents de violations d’accords :
– lors d’une présentation à Brême, nous aurions violé l’accord avec les organisateur.trices de « ne pas faire l’éloge de la participation à la guerre/faire l’apologie du service militaire » [1]. De plus, nous l’aurions fait non seulement verbalement, mais aussi en apportant une table de presse qui violait ces accords.
– Les mêmes matériaux ont été mis sur notre table pendant une présentation à Berlin, même s’ils ne faisaient pas « partie du sujet de la présentation » [1]. Nous avons aussi été accusé.es d’avoir commencé la présentation avec trois heures de retard et un.e des membres de notre groupe a été tout le temps au téléphone avec quelqu’un.e.

Nous avons pris ces commentaires très au sérieux et avons demandé plus de détails, que le groupe organisateur n’a pas été en mesure de nous fournir. Dans une conversation privée avec l’un.e des organisateur.trices de cet événement, nous n’avons pas non plus été en mesure de clarifier les détails des accusations.

Nous avons aussi contacté les organisateur.trices de l’événement de Brême, qui ont confirmé que nous n’avions absolument aucun accord concernant la censure du contenu de la présentation et qu’elles/ils n’avaient aucune récrimination à notre encontre. Ils/elles n’ont pas non plus interdit de mettre certains documents sur la table. Nous avons contacté une personne qui faisait partie du groupe organisateur [de la présentation] de Berlin et on nous a dit aussi que les organisateur.trices n’avaient aucune récrimination concernant notre table de presse.

Nous avons transmis toutes ces informations aux organisateur.trices de la foire du livre de Berlin. Quelques semaines plus tard, nous avons reçu une réponse dans laquelle leur position avait changé. Maintenant, les anarchistes de Berlin n’insistent plus sur la rupture d’un accord, mais écrivent simplement que la différence de nos points de vue sur la guerre en Ukraine est si profonde qu’elles/ils ne voient pas la possibilité d’un dialogue constructif avec nous, à la foire. De plus, dans leur nouvelle lettre, ils/elles ont écrit que « nous ne voyons aucun avantage, pour nous ou pour vous, dans une présentation ou une table de presse où l’adhésion à l’armée de l’État et le service dans l’armée peuvent être justifiés ».

L’une des caractéristiques importantes du régime biélorusse est l’extrême formalisation de la répression. Il est très rare que des détentions et des arrestations aient lieu en dehors du cadre des lois en vigueur. Même si des personnes sont condamnées à vingt ans pour des affaires complètement montées de toutes pièces, il y aura toujours un procès, une présentation de preuves et des dizaines de jours d’audiences à huis clos. Souvent, la vie politique dans le pays est limitée elle aussi par de telles procédures formelles. Vous n’êtes pas emprisonné.e parce que vous vous opposez au régime, mais pour des « actions qui violent l’ordre public ».

Jusqu’en 2020, toute manifestation publique était interdite avec des motivations fallacieuses et personne signalait dans la lettre de refus les opinions politiques erronées des organisateur.trices d’une manifestation ou d’un rassemblement. À la place, le régime faisait référence à la loi sur les événements de masse, qui interdisait par exemple les rassemblements près des stations de métro. En même temps, le mur de la bureaucratie était impénétrable et toutes les tentatives de remettre en question les formules stupides des fonctionnaires se heurtaient à des portes fermées.

Dans une telle situation, nous nous sommes habitué.es à ce que l’État utilise des raisons formelles et non politiques pour exclure ses opposants politiques. Ce à quoi nous ne nous attendions pas était une répétition de cette approche au sein du mouvement anarchiste. Mais c’est exactement ce sur quoi nous sommes tombé.es lorsque nous avons soumis notre candidature à Berlin.

Pourquoi ce moment nous a-t-il rappelé le Bélarus ? Très probablement à cause du sentiment d’impuissance absolue dans la communication et de l’absence de toute volonté de clarifier la situation de la part de ceux/celles que encore hier nous aurions pu considérer comme des compas. On dirait qu’on travaille avec des bureaucrates qui ne s’intéressent pas aux faits réels.

Le problème de la manipulation des faits pour exclure des groupes/des personnes

Dans notre déclaration d’il il y a un an et demi, nous avons déjà écrit que, dans la situation autour de la guerre en Ukraine, la réalité objective est sacrifiée au nom d’un colosse antimilitariste aux pieds d’argile. La présentation à Berlin nous a une fois de plus convaincu.es que, souvent, les faits sont simplement inventés afin de discréditer les opposant.es.

Nous ne sommes donc pas dans une situation d’égalité, où nous pourrions débattre de différents opinions politiques sur la situation au Bélarus, en Ukraine ou même en Allemagne. À la place, nous sommes contraint.es de nous justifier, en affirmant que nous n’avons jamais violé aucun accord. Nous sommes obligé.es d’écrire un texte expliquant qu’un.e militant.e de l’ABC Bélarus était en retard à une présentation à Berlin à cause de l’infrastructure délabrée des transports, en Allemagne (que les Allemand.es eux/elles-mêmes connaissent très bien). Nous sommes contraint.es de justifier le fait qu’un.e militant.e de notre équipe a appris la mort d’un.e camarade en Ukraine juste avant la présentation et a dû organiser en urgence le transport de la famille de ce.tte camarade depuis l’Allemagne vers son pays.

La situation actuelle nous a rappelé un essai de Dina Naeri, qui a quitté l’Afghanistan lorsqu’elle était enfant et a obtenu l’asile aux États-Unis. Dans son texte, elle décrit comment, pour être accepté.es dans la société occidentale, les réfugié.es doivent être éternellement reconnaissant.es pour le privilège d’être là où elles/ils sont. De plus, les réfugié.es sont obligé.es d’exprimer constamment cette gratitude à ceux/celles qui les entourent et ne doivent en aucun cas entrer en conflit avec les locaux.les. Il n’y a rien de pire qu’un.e réfugié.e ingrat.e. De manière similaire, dans le milieu anarchiste, nous devons être extrêmement reconnaissant.es pour l’opportunité de parler à Berlin et faire tout notre possible pour montrer notre gratitude, d’une manière ou d’une autre, à chacun.e des organisateur.trices de la présentation. Et en aucun cas nous ne devons exprimer des opinions problématiques qui mettraient mal à l’aise les anarchistes occidentaux.ales…

La volonté d’exclure des organisations anarchistes d’événements publics sur la base de tels « faits » montre une partie du mouvement anarchiste de Berlin sous un jour moins que favorable. Pourquoi des incidents fabriqués de toutes pièces suffisent-ils, pour elles/eux, pour exclure une organisation anarchiste d’Europe de l’Est qui est engagée depuis seize ans dans du travail de solidarité ? Il est ironique que les anarchistes et les gauchistes occidentaux.ales prennent souvent la propagande russe pour argent comptant sans essayer de la comprendre en profondeur.

En conséquence, nous sommes contraint.es de passer du temps à essayer de prouver notre innocence, en réponse à des accusations fabriquées de toutes pièces. Notre tâche ne devrait pas être d’essayer de réfuter de telles déclarations basées sur des faits non vérifiés. Le groupe organisateur aurait pu les vérifier lui-même, en écrivant quelques lettres, au lieu de filer ce travail à notre collectif, qui a assez d’autres tâches dans le travail de solidarité anti-répression.

En réalité, nous sommes exclu.es précisément parce que des gens nous considèrent comme des « militaristes », qui soutiennent la machine militaire de l’Ukraine et qui font l’éloge de l’armée de l’État.

Tel est le prix de la solidarité avec le peuple ukrainien dans sa lutte contre l’invasion russe. Peu importe à quel point nous sommes critiques de l’État ukrainien et des Forces armées de l’Ukraine. Peu importe combien d’efforts nous avons déployés par le passé pour lutter contre le militarisme biélorusse. Une fois de plus, rien de tout cela n’a d’importance, parce que quelqu’un.e a dit à quelqu’un.e d’autre que l’ABC Bélarus soutient le gouvernement ukrainien.

Souvent, nous ne pouvons même pas répondre à ces accusations, parce qu’elles sont soulevées à huis clos et ceux/celles qui crient le plus fort pour le boycott de l’ABC [Bélarus] restent silencieux.ses à ce propos en public. Et ici nous pouvons noter la lâcheté d’une certaine partie du mouvement anarchiste allemand, qui utilise des mensonges et des incitations pour essayer d’exclure des personnes qui ne partagent pas des opinions politiques.

Ce n’est pas notre guerre ?

Au cours des dernières années de discussions en Europe occidentale, nous sommes convaincu.es qu’une partie importante du mouvement anarchiste là-bas croit profondément, sur la base d’analyses politiques dépassées, que la guerre en Ukraine n’est pas sa guerre. Nous voyons la manière dont ces personnes ont choisi de s’asseoir confortablement dans les derniers rangs de l’histoire et d’attendre simplement de voir comment la situation en Europe de l’Est va se développer, sans leur participation. Dans le cas d’une montée en puissance politique de l’extrême droite dans nos pays, il leur sera toujours possible de dire : « Eh bien, nous vous l’avions dit » et, en cas de scénarios alternatifs, de prétendre que c’était le plan depuis le début.

Et peut-être que, quelque part, on peut sympathiser avec la position selon laquelle « ce n’est pas notre guerre ». Après tout, pour le/la résident.e moyen.ne des empires occidentaux, cette guerre concerne des personnes qu’elles/ils n’ont jamais vues. Des endroits où ils/elles ne sont jamais allé.es et très probablement n’iront jamais. Contrairement à toutes les déclarations publiques, dans l’esprit de nombreux.ses anarchistes et gauchistes du soi-disant Premier monde, la frontière de la civilisation se trouve encore quelque part en Europe de l’Est et, selon votre degré d’adhésion aux analyses occidentales, elle peut commencer en Pologne, au Bélarus ou en Ukraine. « Ce n’est pas notre guerre » signifie que les Ukrainien.nes ne sont toujours pas vu.es comme une partie de ce mythique « nous » européen. « Ce n’est pas notre guerre » signifie que nous devons essayer chaque jour de prouver que nous sommes dignes d’être égaux.ales aux anarchistes d’Allemagne ou d’autres pays « développés ». C’est précisément pourquoi les mythes sur l’ABC [Bélarus] comme étant une organisation qui viole les accords, propage de la propagande de guerre et est incapable de dialoguer prennent si facilement racine dans l’esprit de nombreux.ses militant.es occidentaux.les. Dans leur esprit, nous sommes toujours les mêmes barbares qui n’ont pas appris la manière civilisée d’interagir politiquement, nous continuons à enfreindre les règles au sein la communauté anarchiste et la seule issue est d’exclure ces barbares et d’assurer le triomphe de la pensée occidentale, lors d’événements tels que la foire du livre anarchiste à Berlin.

Mais, heureusement, il y a assez de personnes dans le monde qui ont surmonté la xénophobie et l’arrogance des empires. Des personnes qui déploient chaque jour un effort énorme pour soutenir le mouvement anarchiste au Bélarus et dans la diaspora. Pendant ce temps, nous avons trouvé un grand nombre de compas, en Occident, qui sont passionné.es et qui sont engagé.es dans le travail de solidarité depuis de nombreuses années. Et oui, nous croyons que souvent ces personnes ne reçoivent pas assez d’attention, à cause d’anarchistes comme les organisateur.trices de la foire du livre de Berlin citée ci-dessus. À la place d’exemples positifs d’organisation, de coopération et de victoires, nous sommes contraint.es, une fois de plus, de parler des échecs de cette même solidarité. De parler de la lutte pour l’égalité au sein de la communauté anarchiste. De mensonges qui deviennent partie du mouvement et qui peuvent même être inscrits dans l’histoire comme des faits.

Malgré cela, nous tenons à remercier les centaines de personnes qui ont organisé nos événements à travers l’Europe. Les milliers qui ont fait des dons pour soutenir les prisonnier.es anarchistes biélorusses. Les dizaines qui soutiennent l’Anarchist Black Cross Bélarus sur une base mensuelle. Vous êtes l’une des raisons pour lesquelles nous croyons que la solidarité fonctionne et que, quelque part devant nous, une société juste nous attend, si nous poussons un peu plus fort.

 

[1] Citations issues d’une lettre qui nous a été envoyée par les organisateur.s

Vous pouvez envoyer une lettre de protestation ou condamner publiquement l’approche de la foire du livre anarchiste de Berlin sur vos propres canaux. Au moment d’écrire ces lignes, nous savons que la foire du livre a aussi refusé que Solidarity Collectives, d’Ukraine [voir ici leur déclaration ; NdAtt.], participe.

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Concernant la censure des voix d’Europe de l’Est lors des événements anarchistes en UE https://attaque.noblogs.org/post/2025/11/06/concernant-la-censure-des-voix-deurope-de-lest-lors-des-evenements-anarchistes-en-ue/ Thu, 06 Nov 2025 17:37:40 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61299 Continuer la lecture ]]> Solidarity Collectives / jeudi 6 novembre 2025

Ces dernières années, plusieurs organisations et groupes ont émergé au sein du milieu anarchiste, excluant activement les militants de Solidarity Collectives, de l’ABC-Belarus et de nombreuses autres organisations anarchistes et anti-autoritaires des événements publics. Ils les empêchent d’y participer et publient divers « déclarations » condamnant leur soutien à la résistance ukrainienne face à l’invasion russe [voir par exemple ici ; NdAtt.]. Ce comportement repose souvent sur une vision déformée de l’opinion des militants d’Europe de l’Est. Les anarchistes sont accusés de militariser, de soutenir la guerre et de ne pas être suffisamment critiques envers l’État ukrainien.

À notre avis, un tel comportement est indigne du mouvement anarchiste. Nous croyons en la nécessité du dialogue dans les contreverses. Toute tentative visant à contraindre les anarchistes à tenir le « bon » discours afin que les camarades occidentaux soient disposés à les écouter et à les soutenir financièrement s’apparente à de la coercition. Nous ne considérons en aucun cas le travail de Solidarity Collectives et de l’ABC-Belarus comme étant pro-guerre ou soutenant le militarisme d’État. Nous condamnons catégoriquement toute tentative d’isoler les collectifs anarchistes d’Europe de l’Est sur la question de l’expansion militaire du régime russe.

Nous appelons les autres collectifs anarchistes à manifester leur solidarité avec les anarchistes qui luttent ici et maintenant contre les régimes de Poutine et de Loukachenko, armes ou pierres à la main. La résistance à l’État est impossible sans solidarité, esprit critique et dialogue sur les questions politiques complexes.

[…]

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Tchita (Russie) : Un nouveau procès contre Aleksandr Snezhkov https://attaque.noblogs.org/post/2025/10/31/tchita-russie-un-nouveau-proces-contre-aleksandr-snezhkov/ Fri, 31 Oct 2025 17:32:58 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61229 Continuer la lecture ]]> Avtonom / samedi 18 octobre 2025

Le 22 octobre 2025, le tribunal militaire du deuxième district de Tchita [a jugé] une nouvelle procédure pénale contre l’anarchiste Alexandr Snezhkov. Cette fois-ci, il est accusé d’« appels publics à une activité terroriste, apologie publique ou propagande du terrorisme ». Cet article prévoit une peine pouvant aller jusqu’à 500 000 roubles (environ 5 000 euros) d’amende ou de deux à cinq ans de prison.

C’est la deuxième affaire pénale contre Snezhkov. La première s’est terminée le 25 avril 2024, lorsque le tribunal militaire du premier district, dans une session hors site à Tchita, l’a condamné à six ans de une colonie pénitentiaire. Il a été reconnu coupable en vertu de l’article sur le « vandalisme motivé par la haine politique », à cause d’un tag disant « Mort au régime ». Il a été condamné aussi en vertu d’articles punissant les appels à « l’extrémisme » et au « terrorisme », pour avoir administré des chaînes anarchistes sur Telegram. En novembre 2024, la cour d’appel a réduit sa peine à cinq ans et dix mois.

Snezhkov a été arrêté à l’automne 2022, à Tchita. Les motifs de son arrestation étaient un tag et l’administration de sa part des chaînes Telegram « 75zlo » et « Shugan-25 », qui publiaient des informations sur les manifestations contre la guerre, les actions des partisan.es et les droits des animaux.

La nouvelle procédure pénale a été ouverte en janvier 2025, pendant qu’Alexandr se trouvait au centre de détention provisoire n° 1 de Tchita. Un codétenu qui coopérait avec l’administration pénitentiaire a été placé dans sa cellule et a commencé à lui poser des questions sur son affaire. Leur conversation a été secrètement enregistrée. Sur la base de cet enregistrement, le FSB a ouvert une nouvelle affaire à son encontre, pour « apologie du terrorisme ».

L’audience [a eu] lieu à Tchita […]. Le juge [était] O. O. Dunyashin.

Selon Alexander, le tribunal [aurait essayé] de rendre son verdict en une seule séance. Il a[vait] l’intention de se battre jusqu’au bout, mais dans les conditions d’un tribunal militaire – qui est devenu une institution punitive – beaucoup de choses sont déjà déterminées à l’avance. Dans de tels affaire, en Russie, les acquittements sont presque inexistants.

[…]

Vous pouvez écrire des lettres de soutien à Alexandr. Les lettres doivent être écrites en russe, mais vous pouvez utiliser des outils en ligne de traduction automatique. Nous recommandons d’écrire au moins le nom du prisonnier en caractères cyrilliques et, si possible, aussi l’adresse.

Le nom du prisonnier en caractères cyrilliques (à écrire après l’adresse, selon l’habitude russe) : Снежкову Александру Евгеньевичу 2003 г.р.

L’adresse en caractères cyrilliques : 672010, РФ, Забайкальский край, г. Чита, ул. Ингодинская, 1а, Россия Russie

L’adresse en caractères latins : FCU IK-1 UFSIN [Service pénitentiaire fédéral] de Russie du territoire de Transbaïkalie, rue Ingodinskaya 1a, Tchita, 672010, kraï de Transbaïkalie, Russie

Vous pouvez aussi écrire des lettres en passant par l’ABC Moscou, les envoyant à l’adresse mail abc-msk[at]riseup.net . Cependant, nous ne pouvons pas assurer le renvoi du courrier en réponse, veuillez donc ajouter à vos e-mails une adresse postale de retour !

La solidarité est notre arme !

Anarchist Black Cross Moscou

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Russie : Déclaration de l’Anarchist Black Cross Moscou sur Ruslan Sidiki https://attaque.noblogs.org/post/2025/10/22/russie-declaration-de-lanarchist-black-cross-moscou-sur-ruslan-sidiki/ Wed, 22 Oct 2025 16:18:55 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61051 Continuer la lecture ]]> Avtonom / jeudi 16 octobre 2025

L’anarchiste Ruslan Sidiki, qui a été condamné à 29 ans de prison [voir ici ; NdAtt.] pour deux actions de sabotage contre la machine de guerre russe , a ouvertement déclaré qu’il avait contacté le service de renseignement militaire ukrainien, dans le but d’organiser une attaque contre la base aérienne russe de Diaguilevo, où sont stationnés des bombardiers stratégiques. Dans des lettres publiées, il a expliqué ses raisons :

« Le bourdonnement des [avions] Tu-22 et des Tu-95 que j’entendais à travers ma fenêtre correspondaient aux frappes sur l’Ukraine, ce qui m’a déterminé quant au choix de la cible : l’aéroport militaire Diaguilevo, situé à seulement 10 kilomètres de chez moi. J’habitais avec ma grand-mère âgée de 80 ans et je comprenais à quel point il est difficile pour les personnes âgées et malades de vivre sans chauffage ni éclairage l’hiver. En remplissant mon bain d’eau chaude, je pensais à celleux qui, à un millier de kilomètres de moi, étaient privé-es des conditions de vie basiques par les ambitions géopolitiques de certains » [voir ici la lettre complète ; NdAtt.].

À la demande de certain.es compas, il a décrit plus en détail comment il avait interagi avec le renseignement ukrainien :
« J’ai eu l’idée de détruire un avion à Diaguilevo et j’ai écrit à un compagnon en Ukraine, que je connais depuis 2013. Je lui ai dit que j’avais un tel objectif. […] Je lui ai demandé de me mettre en contact avec un développeur informatique, parce que j’avais besoin de conseils pour réaliser mon plan. Je lui ai expliqué que j’avais un quadrirotor lourd fait maison, capable de soulever trois kilos et de les transporter facilement. Je prévoyais de faire comme ça : j’y aurais attaché une bombe planante faite maison. Le plan de vol aurait dû être programmé. Avant cela, j’aurais identifié la cible depuis les airs et calculé ses coordonnées, que j’aurais entré dans le logiciel. J’aurais porté la bombe à une altitude d’environ un kilomètre, approché l’aéroport et j’aurais lâchée la bombe à une distance de quelques kilomètres de la cible. Ensuite, la bombe aurait volé vers la cible, le quadrirotor serait revenu vers moi et j’aurais quitté le secteur. J’avais besoin d’aide pour le code du logiciel. […] Parce que cela aurait pris beaucoup plus de temps de le faire moi-même. J’ai aussi demandé s’il était possible de télécharger le firmware pour les munition pour un drone « Bayraktar » ou s’il y a des logiciels similaires capables d’exécuter mon plan. Sachant que mon compagnon pouvait avoir des contacts dans l’armée, je lui ai soumis ces demandes. »

Un mois plus tard, le compagnon a mis Ruslan en contact avec « Alexander », qui s’est avéré être un militaire. Ce dernier lui a proposé de l’aider à acheter de composants pour assembler plusieurs drones kamikazes, car il considérait que le plan initial de Ruslan n’était pas assez sûr. Ruslan a accepté, parce qu’il travaillait comme électricien, pour 27 000 roubles (environ 300 euros) par mois et ne pouvait pas se permettre un tel achat.

L’opération avec les drones n’a été que partiellement réussie : sur quatre drones programmés avec des missions de vol retardées, un seul a décollé (les trois autres ont probablement été renversés par un renard) – il a endommagé la piste mais n’a pas endommagé d’avions.

Après cela, Ruslan a décidé d’agir depuis le sol – pour faire sauter des voies ferrées utilisées par l’armée. Dans cette opération, le renseignement ukrainien l’a aidé en effectuant un test à distance, basé sur les informations de Ruslan, pour souffler le rail, de façon que le partisan puisse calculer plus précisément la charge explosive nécessaire. Le sabotage ferroviaire a réussi – Ruslan a attendu un train de marchandises et a déclenché à distance l’engin explosif. Dix-neuf wagons de marchandises ont déraillé et la ligne a été bloquée pendant longtemps.

Ruslan souligne qu’il a mis en œuvre son propre plan et que le renseignement ukrainien l’a aidé à réaliser l’action. Le partisan note :
« Je ne voyais et ne vois aucune contradiction à coopérer avec de telles personnes, car nos objectifs coïncidaient – s’opposer à l’agression russe. Si j’avais connu des personnes, en Russie, y compris au sein du mouvement anarchiste, qui avaient des objectifs similaires, alors j’aurais peut-être été dans leurs rangs. »

Nous n’appelons pas et n’encourageons pas à coopérer avec les services de renseignement et les services spéciaux ukrainiens, même contre l’agression russe. Le fait est qu’ils poursuivent strictement leurs propres intérêts et qu’ils sont indifférents au sort de ceux/celles avec qui ils coopèrent. De nombreuses personnes ont été arrêtées à la suite d’actions proposées par les services de renseignement et les services spéciaux ukrainiens, mais l’Ukraine ne leur a fourni aucun soutien après leur arrestation. Toute information sur les anarchistes russes peut être utilisée par ces services contre le mouvement anarchiste international et peut aussi être donnée aux services spéciaux d’autres pays, y compris russes – dès la fin de la guerre. L’Anarchist Black Cross Moscou ne coopère jamais avec aucun service spécial ou agence de renseignement.

D’autre part, en raison des circonstances d’une guerre impérialiste, nous ne condamnons pas la coopération avec les services de renseignement et les services spéciaux ukrainiens contre l’agression russe. Ruslan Sidiki a agi de manière indépendante, à ses propres risques, ces risques se sont concrétisés et il a payé le prix fort pour ses actions.

Nous le considérons comme un héro du mouvement anarchiste.

Anarchist Black Cross Moscou

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Etre une force autonome : le dernier texte de Dmitry Petrov https://attaque.noblogs.org/post/2025/10/22/etre-une-force-autonome-le-dernier-texte-de-dmitry-petrov/ Wed, 22 Oct 2025 16:15:39 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61062 Continuer la lecture ]]>

Dans la brume / jeudi 16 octobre 2025

En suivant les nouvelles du mouvement anarchiste en Europe de l’Est, il peut être facile de sombrer dans le pessimisme. Entre les peines de prison à rallonge tombant à la chaine en Russie et au Bélarus et les décès des compagnon-nes sur le front contre l’envahisseur, il n’y a pas énormément de raisons de se réjouir.

Pourtant, on ne peut pas oublier que des centaines de personnes s’organisent pour rendre possible une résistance armée à l’envahisseur tout en portant des idées anarchistes, que des actions clandestines ont toujours lieu en Russie pour saboter la machine de guerre impérialiste, que des réseaux de solidarité anti-carcérale se mettent en place des deux côtés du front.

Quand on est tenté de perdre l’espoir, il peut être utile de garder à l’esprit des mots de l’anarchiste russe Dmitry Petrov, qui nous rappelle que c’est précisément lors des moments où tout a l’air de basculer que se joue l’avenir du mouvement anarchiste.

Dans son dernier texte publié [le 28 novembre 2022 ; NdAtt.] sur la chaîne Telegram de l’Organisation anarco-communiste de combat dont il faisait partie, Petrov, mort au combat à Bakhmout en avril 2023, appelait ses compagnon-nes à accroître leurs forces, tout en développant « un pragmatisme politique sain », afin de rendre possible la réalisation des idées anarchistes ici et maintenant.

On peut débattre des directions stratégiques qu’il esquisse, il reste que ce court texte donne beaucoup de forces à celleux qui résistent, ce pour quoi nous avons décidé de le traduire ci-dessous. — DLB


 

“…nombreux d’entre nous, des anarchistes, surtout ceux qui avaient des positions théoriques bien affinées,gâchaient en vain leur temps sur des recherches illusoires de quelque chose d’hyper-parfait au sein de l’anarchisme, quelque chose qui n’a pas sa place dans la vie actuelle. Quelque chose qui a sans doute sa place dans l’avenir et encore, on ne sait pas sous quelle forme.”

Nestor Makhno, Souvenirs.

En ce moment même, nous traversons une étape charnière dans l’histoire de l’Europe orientale. Dans le tourbillon des événements, nous distinguons clairements le petit voile noir du mouvement anarchiste. Au sein de la résistance clandestine en Russie, l’activité du BOAK (Organisation anarco-communiste de combat) a eu une grande résonance. En Ukraine, dans le combat frontal contre l’impérialisme, des groupes de nos compagnon-nes, aussi bien celleux qui se battent les armes à la main que celleux dans de nombreuses sphères “pacifiques”, portent une perspective anarchiste dans le cour actuel des événements. Lors du soulèvement du peuple bélarusse tout entier contre la dictature en 2020, dont l’écho s’est fait retentir pendant cette guerre à travers les vagues de sabotage ferroviaire, les anarchistes représentaient l’une des forces les plus remarquables et mieux articulées. Ces indices sont signe d’une pertinence toujours actuelle de l’anarchisme dans nos réalités politiques contemporaines.

Cependant, celleux qui se retrouvent impliqué-es dans le mouvement se rendent bien compte qu’afin de devenir un facteur de transformation sociale véritable ainsi qu’une vraie force capable d’influencer les esprits du peuple et la société en général, quelque chose nous manque toujours. Peut-être même, beaucoup de choses.

Nous en aborderons une seule aujourd’hui. Il existe deux approches, qui, comme on peut le voir, empêchent notre mouvement et des personnes actives qui le composent de conscientiser leur place de façon adéquate et d’élaborer une ligne d’action pour le moment présent. En réalité, il s’agit des deux côtés d’une même médaille.

Aujourd’hui, il nous arrive d’entendre des affirmations du genre que “tout est perdu”, que “le mouvement anarchiste en Russie et au Bélarus est écrasé, alors qu’en Ukraine, il est incroyablement faible”… baissez les bras, faites vos valises : écrivez des mémoires ou, encore mieux, ne le faites pas. En plus, c’est ce qu’on raconte dans des moments décisifs. Lorsque toute la réalité sociale d’une région est en train de basculer et pourrait prendre une trajectoire complètement imprévue (cette possibilité à elle seule donne une chance favorable aux révolutionnaires).

D’abord, si quelqu’un est démotivé-e, c’est possible de tout simplement s’écarter du mouvement, sans chercher à décourager tout son entourage, tout en cherchant ainsi narcissiquement de l’attention envers sa propre personne. Ensuite, et c’est là le principal, un moment de défi historique tel que nous le vivons aujourd’hui exige de nous une concentration maximale de nos forces. Ce n’est pas surpenant qu’à ce moment précis, on pourrait avoir envie de tout lâcher. Cependant, celleux qui cueilleront les fruits de cette situation sont les personnes et les forces [politiques] qui auront trouvé en elles-mêmes la patience et l’endurance.

La deuxième approche pourrait paraître opposée à la première, car elle encourage l’activité, mais elle la rejoint dans ses conséquences. Ses partisans affirment que l’anarchisme et la lutte révolutionnaire n’est pas d’actualité, “il faut d’abord vaincre l’envahisseur de l’Ukraine” ou encore “renversons d’abord Poutine/Loukachenko” (cocher la case qui correspond), jettons-nous la tête la première dans ce travail, et après… Non, les ami-es, si au moment de la bifurcation, vous décidez de remettre vos idées à des temps meilleurs, vous pouvez d’ores et déjà considérer qu’elles resteront dans le placard à tout jamais.

Heureusement que parmi nous, il existe pas mal de personnes respectables qui mettent énormément de forces et d’énergie dans l’accomplissement de tâches particulièrement sérieuses. Seulement, il est d’une importance vitale que ces objectifs et efforts servent aux objectifs des révolutionnaires : la refondation de la société sur la base des principes libertaires. Pour la rendre possible, nous avons nécessairement besoin d’un mouvement massif et structuré qui aurait une influence pratique et théorique conséquente.

Les anarchistes, conscient-es d’être les créateur-ices de la politique révolutionnaire ici et maintenant, peuvent se permettre le luxe d’interagir avec des forces politiques adverses (par exemple, les diverses factions de l’opposition russe et bélarusse), ainsi que les institutions étatiques (comme les forces armées ukrainiennes). Car, au lieu de “vendre leurs principes” et de s’assimiler aux figures et structures politiques qui ne sont pas amies, l’utilité et la forme de cette coopération seront désormais déterminées par le pragmatisme politique sain, c’est-à-dire sa concordance avec les intérêts du mouvement révolutionnaire libertaire. Tout ce qui nous permet d’accroître nos structures, de nous faire gagner en reconnaissance, en expérience et en savoir-faire, aussi bien que d’étendre nos liens, sert aussi à l’accomplissement définitif de nos idées dans la vraie vie.

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Bélarus : Les partisan.es du renseignement https://attaque.noblogs.org/post/2025/10/22/belarus-les-partisan-es-du-renseignement/ Wed, 22 Oct 2025 16:09:38 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60869 Continuer la lecture ]]> Freedom / mardi 7 octobre 2025

En septembre 2025, les médias d’opposition du Bélarus ont estimé qu’un millier de civils – dont beaucoup inconnu.es des défenseur.euses des droits humains – ont été poursuivis pour avoir diffusé via Telegram des renseignements sur les mouvements des troupes russes, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022.

Des préparatifs pour l’invasion ont été effectués au Bélarus, sous couvert d’un entraînement militaire. Quand les Biélorusses se sont retrouvé.es du côté du Kremlin de la guerre, il existait un mouvement de partisan.es qui sabotait le système ferroviaire, pour paralyser le transport des troupes, tandis qu’une grande partie de la société rejoignait la résistance silencieuse, en prenant des photos et des vidéos du personnel militaire russe dans des bases ou en transit. Elles/ils ont envoyé ces images et vidéos à différents canaux Telegram, pour fournir à la résistance ukrainienne des informations cruciales sur le mouvement de l’aviation ou les lancements de roquettes/drones, qui ciblaient souvent des infrastructures civiles.

L’un des plus grands projets de collecte d’informations issu de cela s’appelait Belarusian Hajun, un canal Telegram avec un bot, auquel les gens pouvaient envoyer des photos directement. En quelques semaines, le projet a eu un très grand succès, avec plus de 30 000 notes d’information envoyées au cours des 45 premiers jours de l’invasion.

Alors que le projet était un énorme succès du renseignement ouvert pour contrer la guerre russe, l’État biélorusse a commencé dès le début à traquer ceux/celles qui fournissaient de telles informations. Parmi elles/eux, il y avait l’antifasciste Anna Pyshnik, qui a été condamnée à trois ans de prison pour avoir envoyé sur Telegram des photos de matériel militaire. Elle a purgé toute sa peine et a été libérée en 2024, elle a dû quitter le Bélarus par crainte de nouvelles persécutions politiques.

« Quand la guerre a commencé, c’était difficile à comprendre », a dit Pyshnik après sa libération. « Juste le lendemain, j’ai entendu quelque chose comme une explosion ; même notre immeuble a tremblé. J’ai couru dehors et j’ai vu la traînée d’une roquette. J’ai décidé de la filmer. Tu restes simplement là et tu réalises à quel point la guerre est proche, tu réalises à quel point les autorités mentent quand elles disent que rien n’arrivera jamais à l’Ukraine depuis le territoire biélorusse. J’ai compris que les gens avaient besoin de savoir ce qui se passait. J’ai donc envoyé la vidéo que j’avais filmée à des médias indépendants. Deux jours plus tard, j’ai filmé des hélicoptères militaires au-dessus de la ville et j’ai également envoyé cela aux médias. »

Au début de 2025, la police secrète biélorusse a infiltré un important chat Telegram de Belarusian Hajun, en obtenant des informations sur des milliers de comptes travaillant pour le projet. Beaucoup de ces comptes appartenaient à des personnes qui se trouvaient à l’intérieur du pays. Depuis, une vague répressive massive a commencé, contre toute personne ayant participé au projet en envoyant des rapports. Au moins 54 personnes ont été poursuivies pour avoir aidé ce projet, sous le chef d’inculpation d’« aide à une organisation extrémiste ».

L’attaque contre le projet Belarusian Hajun a été rendue possible par un ancien lien, trouvé sur le téléphone de quelqu’un.e qui a été arrêté.e avant février 2025. Ce lien, créé en 2022, leur a permis de rejoindre une chat privée contenant des informations critiques. Ce n’est pas la première fois que le KGB arrive à accéder à des chat privées et à recueillir des informations qui provoquent d’autres poursuites encore.

Nikita Ivansky

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L’antimilitarisme des imbéciles https://attaque.noblogs.org/post/2025/09/07/lantimilitarisme-des-imbeciles/ Sun, 07 Sep 2025 16:43:01 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60489 Continuer la lecture ]]> Freedom / mardi 2 septembre 2025

Comment les gauchistes et les anarchistes occidentaux.ales ont trouvé des voix « convenables » en Europe de l’Est

Les débats sur l’antimilitarisme continuent de secouer le mouvement anarchiste dans la partie occidentale du monde. Souvent, dans ces débats, on peut voir des organisations d’Ukraine ou de Russie afficher leur soutien à la position « pas de guerre, mais guerre des classes ». Trois ans et demi après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, le mouvement anarchiste est extrêmement divisé. Les stratégies précédentes d’« écouter les voix locales » ont pour la plupart échoué, pour ceux/celles qui n’étaient pas intéressé.es du départ. Avec d’autres scandales qui viendront sûrement à l’avenir, il est important de comprendre comment nous en sommes arrivé.es là.

Il y a plus de 10 ans, la Russie a annexé la Crimée et occupé une partie de l’est de l’Ukraine. Déjà à l’époque, le Kremlin invoquait différentes raisons pour cette occupation, en fonction des opinions politiques du public ciblé. Pour le mouvement de gauche/antifasciste, les propagandistes russes ont préparé un récit selon lequel un régime fasciste avait pris illégalement le pouvoir à Kyiv. L’invasion de 2014 a été présentée comme une action antifasciste. Au cours de nombreuses années de propagande, la plupart des anarchistes et des antifascistes de la région avaient développé une immunité à ces mensonges. Mais pour certain.es antifascistes et gauchistes occidentaux.les, la présence de drapeaux fascistes pendant les manifestations de Maïdan était si choquante qu’elles/ils ont cru à l’histoire d’un coup d’État d’extrême droite, sans demander plus de preuves factuelles.

En Ukraine, à l’époque, beaucoup d’anarchistes croyaient que pour lutter contre l’Empire russe, il suffisait de se familiariser avec la situation, afin de comprendre ce qui avait lieu dans le pays, et de fournir des preuves factuelles de ce qui s’y passait. Au Bélarus, nous avions une idée similaire sur la manière de travailler avec des compas en Occident, dans la lutte contre la propagande russe. C’était : la vérité parle d’elle-même et ceux/celles qui insistent avec la position de Poutine sont simplement des gens qui, pour une quelconque raison, n’ont pas eu accès aux faits. Mais, même dans ce cas, nous avons rencontré des gens qui savaient mieux que toi ce qui se passait dans ta propre maison.

Je me souviens encore de la manière dont, lors d’une présentation, un.e militant.e anti-autoritaire d’Ukraine a parlé de Maïdan et de la situation après les manifestations et un.e expert.e allemand.e a répondu en disant que Kyiv avait simplement été occupée par des fascistes. Les tentatives de lui prouver le contraire ont été vaines, à ce moment-là. La propagande russe avait déjà fait son travail. À cette époque-là, alors que j’assistais à une présentation sur l’Ukraine, il ne m’était même pas venu à l’esprit que nous étions incroyablement naïf.ves de croire en la pensée critique au sein du milieu anarchiste et gauchiste…

Après l’invasion à grande échelle, j’ai été l’un de ceux/celles qui ont insisté sur la nécessité d’entendre les voix des anarchistes d’Ukraine, afin de comprendre la guerre et ce que nous pouvions faire dans cette situation, selon nos capacités. Dans mon esprit, ces appels auraient conduit à l’établissement de contacts permanents entre des groupes occidentaux et des militant.es d’Ukraine/Bélarus/Russie. Et, pendant un certain temps, c’est ce qui s’est passé, car les gens se sont intéressé.es, ont fait des recherches et ont écouté. Mais cela n’a pas duré longtemps. Peu après, des autoproclamés combattant.es contre le militarisme au sein du mouvement anarchiste sont apparu.es à l’horizon. Pour elles/eux, les messages des anarchistes ukrainien.nes et russes étaient inacceptables. Au lieu de s’organiser en leur solidarité, certains gauchistes et anarchistes occidentaux.les ont décidé de chercher des groupes, en Bélarus/Ukraine/Russie, qui correspondraient pleinement à leurs perspectives dogmatiques sur la guerre et le rôle des pays occidentaux dans celle-ci.

En Russie, de tels alliés ont été trouvés de manière relativement rapide. Pour les antimilitaristes, les positions de l’organisation russe KRAS-MAT s’intégraient facilement dans l’analyse occidentale, éculée, des guerres. Ils/elles ont transformé l’attaque du Kremlin contre l’Ukraine en un affrontement entre les élites dirigeantes des deux pays. Des textes appelant la société ukrainienne à déposer les armes et à commencer à combattre son propre gouvernement ont commencé à se répandre à travers différents sites web anarchistes et gauchistes. Les gauchistes et les anarchistes n’étaient pas particulièrement intéressé.es aux critiques portée au KRAS-MAT par d’autres groupes de la région concernée. La proximité idéologique de la gauche occidentale avec le KRAS-MAT était plus importante que tout problème politique avec ce syndicat d’universitaires, qui, depuis longtemps, avait cessé d’essayer de participer au mouvement des travailleur.ses en Russie.

Cependant, la position du KRAS-MAT était relativement faible, même aux yeux des anarchistes occidentaux.les. Après tout, cette organisation subsiste à l’intérieur de l’État agresseur, où la résistance à la guerre est presque complètement absente. Dans cette situation, certain.es pacifistes et antimilitaristes de gauche ont commencé à chercher, de manière chaotique, en Ukraine et au Bélarus, des allié.es qui pourraient confirmer leur analyse politique de la région.

En 2022-2023, des pacifistes et des antimilitaristes ont fondé l’Ukrainian Pacifist Movement [Mouvement Pacifiste Ukrainien] (UPM). L’UPM n’a jamais déclaré d’engagement en faveur d’aucune idée de gauche et sur les plateformes d’information de cette organisation on peut souvent trouver une combinaison d’idées de droite et de gauche. De plus, les gauchistes occidentaux.les n’étaient pas particulièrement dérangé.es par le fait que l’un des dirigeants de l’organisation était le blogueur pro-russe Ruslan Kotsaba, qui a été expulsé de l’organisation en 2023. Neuf mois plus tard, il est devenu membre de l’organisation de droite, pro-russe, Another Ukraine [Une autre Ukraine].

Pendant la même période, les anarchistes et les gauchistes européen.nes ont aussi découvert Assembly [Assemblée], une autre organisation ukrainienne. Cependant, ce ne sont pas les gauchistes qui ont afflué vers Assembly, mais plutôt les auteurs d’Assembly qui, avec l’aide de traductions automatiques, ont fait irruption dans des plateformes gauchistes comme Libcom, en remplissant complètement le champ d’information sur l’Ukraine.

Les textes de ce collectif, souvent écrits dans un style sensationnaliste, s’accordent bien avec les vieilles analyses politiques des gauchistes et de certaines organisations anarchistes occidentales. Pour la plupart des militant.es, Assembly peut être compris à partir de cet extrait, qui commence l’histoire de la résistance à la mobilisation en Ukraine :

« À travers tout le territoire de l’obscurité du Goulag, au milieu de l’Europe, se répand une guerre populaire contre la guerre. Les héritiers des Cosaques zaporogues, des Makhnovistes et des rebelles de Karmaliouk et de Dovbouch, épris de liberté, répondent par leur propre violence à la violence des héritiers du NKVD, de la Gestapo et des escadrons de la mort de Pinochet. Et nous sommes seulement au seuil d’une mobilisation à grande échelle des conscrits, qui est attendue après le 16 juillet. »

En substance, Assemby n’écrit rien de spécial. Ils/elles recueillent plutôt le mécontentement présent au sein de la société ukrainienne, tel que la lutte contre la corruption, la résistance à la mobilisation, l’arbitraire des fonctionnaires locaux. On écrit à propos de tout cela dans les médias ukrainiens et sur les réseaux sociaux. L’absence de critique du régime russe et leurs tentatives de mettre la Russie et l’Ukraine sur un pied d’égalité d’un point de vue politique montrent la réticence, au moins, d’Assemby à comprendre le monde russe. La relative popularité d’Assemby dans les milieux occidentaux n’a fait que renforcer le dogmatisme du groupe, qui est complètement éloigné de toute organisation anarchiste de la région. La seule exception étant leur coopération active avec le susmentionné KRAS-MAT.

Des militant.es d’Ukraine et du Bélarus ont essayé sans succès d’attirer l’attention sur l’insuffisance d’Assembly. Assembly, comme d’autres organisations, s’est révélée bien plus convenable, pour les antimilitaristes occidentaux.ales, que la vérité objective, qui nécessite un effort plus important, avec une recherche constante, des discussions et même de voyages dans des pays ravagés par la guerre.

La situation au Bélarus était encore plus compliquée, pour la gauche occidentale, que celle en Ukraine. Après la répression de 2020 contre la dissidence et les manifestations, il ne restaient au Bélarus que quelques organisations anarchistes et le mouvement gauchiste était largement absent et inintéressant. Les organisations anarchistes biélorusses ont immédiatement condamné la guerre et appelé à la résistance contre l’agression russe. Dans ce pays, il n’y avait pas d’équivalent d’Assemby ou du KRAS-MAT. Cependant, quelque part dans l’immensité d’Internet et du secteur économique des ONG, la gauche allemande a déterré Olga Karatch et son projet Our Home [Notre maison], qui, depuis 2022, essaye de vendre à l’Occident des histoires sur la résistance de masse au service militaire obligatoire, au Bélarus.

La jeunesse biélorusse résiste effectivement au militarisme, mais cela n’a pas commencé en 2022. Il existe depuis plusieurs décennies. Des sites web et des forums avec des informations sur la manière d’éviter le service militaire sont apparus au début des années 2000. Mais pour les militant.es occidentaux.les, l’histoire d’Olga Karatch semblait très plausible. Pourtant, l’idéologie d’Our Home peut être décrite comme… l’argent. Ce projet existe depuis longtemps et, au cours de son existence, a réussi à obtenir des fonds suffisants, auprès de fondations européennes et américaines pour le développement de la démocratie et des droits humains. Mais les problèmes d’Olga Karatch ont commencé après 2020, quand Svetlana Tikhanovskaïa est apparue sur la scène et des dizaines de nouvelles organisations libérales ont émergé, faisant de la concurrencer aux projets d’Our Home. Pendant un certain temps, Karatch a essayé de lutter contre Tikhanovskaïa pour la leadership de l’opposition, mais elle avait relativement peu de chances, étant donné que tout le monde au sein de l’opposition savait qui était Karatch. En novembre 2022, le groupe Pramen a publié un article sur Karatch, avec des informations indiquant que des pacifistes occidentaux.les avaient commencé à collecter des fonds pour ses projets. J’ai dû échanger personnellement avec certain.es militant.es gauchistes allemand.es à ce sujet, mais les informations sur Our Home ont été largement ignorées. Au fil des nombreuses années passées dans le monde des ONG, Olga est devenue très habile à vendre les bons messages aux différents groupes politiques et elle semble être devenue une collaboratrice régulière du journal anarcho-pacifiste allemand Graswurzel Revolution (Révolution d’en bas).

Je doute que, pour l’instant, des discussions ou des présentations puissent conduire à une meilleure compréhension de ce qui se passe, de la part de ceux/celles qui sont « sceptiques » quant à la lutte contre le « monde russe ». De plus, à bien des égards, trois années de discussions sur la guerre en Ukraine ont une fois de plus montré ma propre naïveté, quant à ma confiance dans les anarchistes. Par exemple, quelque part dans le passé, on a perdu la trace de l’organisation ukrainienne Borotba, stalinienne et pro-russe, qui a renforcé pendant de nombreuses années les mythes sur le régime fasciste ukrainien, sans qu’aucune quantité de textes ou de discours publics n’ait pu éradiquer ce mythe. Les liens de Borotba avec le Kremlin sont passés largement inaperçus aux structures gauchistes occidentales et les dégâts causés par cette organisation au mouvement antifasciste, en Ukraine et au-delà, restent significatifs.

Pour moi, la situation au sein du mouvement anarchiste rappelle beaucoup quelque chose qui m’est arrivé en Grèce. Pendant l’un de mes voyages à travers ce pays, j’ai eu la chance de me retrouver dans la même voiture que des antifascistes grec.ques. C’était un long voyage et je me suis endormi assez rapidement. Une demi-heure plus tard, j’ai été réveillé par du rap nazi russe. Quand j’ai demandé aux antifascistes grec.ques où elles/ils avaient trouvé cette musique, ils/elles ont répondu que c’était un cadeau de leurs ami.es antifascistes du Donbass. Quand je leur ai dit que c’était du rap nazi, ils/elles ont simplement ignoré ma remarque. Par chance, les antifascistes grec.ques n’ont pas insisté pour que nous continuions à écouter la musique de leurs ami.es du Donbass.

Des exemples venant des trois pays, avec différents groupes politiques, montrent que le concept selon lequel « il faut écouter les voix venant de cette région » ne fonctionne pas dans les cas de dogmatisme idéologique. Les gauchistes occidentaux.les et certain.es anarchistes sont prêt.es à travailler avec des organisations ouvertement malhonnêtes, juste pour préserver de vieux principes idéologiques. Avec cette approche, et dans une atmosphère de guerre de l’information, il devient relativement facile de trouver une personne ou un groupe qui répétera des slogans qui sont convenables et d’ignorer complètement une partie importante du mouvement anarchiste organisé.

Nikita Ivansky

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Ukraine : Le compagnon anarchiste David Chichkan est mort au combat https://attaque.noblogs.org/post/2025/08/15/ukraine-le-compagnon-anarchiste-david-chichkan-est-mort-au-combat/ Fri, 15 Aug 2025 16:30:20 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60268 Continuer la lecture ]]> Resistance Committee / dimanche 10 août 2025

Le 8 août, pendant qu’il contribuait à repousser une attaque de l’infanterie ennemie en direction de Zaporijjia, notre frère d’armes, David Chichkan, a été gravement blessé. Au petit matin du 9 août, son cœur s’est arrêté.

David relevait chaque défi avec un dévouement inébranlable. Il ne s’est jamais caché derrière le dos des autres, ni n’a cherché refuge dans son capital social. Avec sincérité et ouverture, il a partagé avec ses frères et sœurs d’armes ses réflexions les plus profondes sur la politique, l’éthique et la justice sociale.

Il avait le don de créer une atmosphère de confiance et de camaraderie, tissant des liens avec des personnes de toutes opinions et de tous systèmes moraux, sans jamais dévier de ses convictions.
David croyait que les vrais anarchistes doivent endurer les épreuves les plus difficiles aux côtés de leur peuple. Sa mort est une perte incommensurable pour nous.

David, à jamais dans les rangs.

 

Malmö, août 2016

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Note d’Attaque : anarchiste et engagé dans la lutte contre la fascisme, David était un artiste peintre reconnu (mais se définissait lui-même, simplement, comme un « dessinateur »). Il n’avait pas été enrôlé dans l’armée en 2022, à cause de problèmes de santé. En 2024, remis, il est parti au front.
De lui, on rappellera aussi la lucidité avec laquelle il décrivait, fin 2023, les événements en Europe orientale et le coupable aveuglement d’une partie des anarchistes occidentaux.les :

« La guerre n’a pas du tout changé la perspective des anarchistes ukrainien.nes, biélorusses et russes. Nous savons tou.tes que la Russie est un empire impérialiste et fasciste, que la dictature pro-Kremlin de Loukachenko en Biélorussie est fasciste et que l’Ukraine est un îlot de liberté parmi les pays de l’ancienne URSS. Dans les trente années qui sont passées depuis l’effondrement de l’URSS, les impérialistes russes ont poursuivi des politiques agressives en Tchétchénie-Itchkérie, en Moldavie, en Géorgie, en Ukraine, en Syrie, dans les pays africains, etc. Si le mouvement anarchiste mondial ne comprend pas que des mauvaises démocraties sont mieux que des dictatures fascistes, il y aura une ligne de division entre celles/ceux qui défendent la liberté et et ceux/celles qui sont intoxiqué.es par les dogmes, parce que leur incertitude idéologique n’est que de l’infantilisme, tout comme leurs appels aux Ukrainien.nes à déposer les armes pour mettre fin à la guerre. Je n’aurai jamais cru voir le jour où la gauche internationale chanterait à l’unisson avec l’extrême droite en faveur de la dictature de Poutine et de l’impérialisme sauvage du Kremlin. »

À Zaporijjia

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En souvenir du soulèvement du peuple biélorusse https://attaque.noblogs.org/post/2025/08/09/en-souvenir-du-soulevement-du-peuple-bielorusse/ Sat, 09 Aug 2025 16:13:52 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60210 Continuer la lecture ]]> Pramen / samedi 9 août 2025

Les premières affrontements avec la police, à l’été 2020, ont ravivé l’espoir, au sein de la société biélorusse, qu’un monde sans Loukachenko et sans dictature est possible. Nous, qui avons été élevé.es dans l’idée de masses pacifiques et obéissantes, avons finalement participé à un soulèvement contre l’oppression, qui a commencé à monter sans aucune aide extérieure. Nous ne savions pas encore que le sang versé dans différentes villes, dès les premiers jours après l’élection [qui s’est ténue le 9 août 2020 ; NdAtt.], continuerait de couler dans les rues de nos quartiers, venant des prisons et des commissariats. À l’époque, nous n’aurions pas pu imaginer les chars du « monde russe » déferler dans les rues, apportant la mort et la destruction dans les villes d’autres peuples qui avaient, eux aussi, osé rêver de liberté et se battre pour celle-ci.

Cinq ans plus tard, beaucoup de ceux/celles qui ont combattu sont maintenant torturé.es dans les prisons du régime. Ils/elles espèrent encore que nous – celles/ceux qui sont parti.es avant d’être attrapé.es – reviendrons briser les serrures des cellules et les libérer, eux/elles, nous-mêmes et notre maison, du poids insupportable de la dictature. Cinq ans plus tard, nous nous souvenons encore de ceux/celles qui nous ont été enlevé.es par la violence des régimes biélorusse et russe. Nous nous souvenons de celles/ceux qui ont donné leur vie pour arrêter la machine de guerre qui tente de déferler sur les villages et les villes d’Ukraine, dans l’espoir de restaurer l’Empire. Cet Empire que nous avons appris à haïr tout en buvant le lait de nos mères.

Dans des moments comme ceux-ci, il est facile de succomber au désespoir et au découragement. Mais nous nous battons et nous nous battons ensemble ! Nous effrayons le régime biélorusse et l’empire russe avec les gens des villages et des villes d’un pays qu’ils pensaient obéissant. Et ne nous y trompons pas : nous, celles/ ceux qui avons vu le tyran quitter la scène quand les travailleur.euses l’ont hué, nous n’oublierons jamais que les dictatures et les empires tombent, peu importe combien de sang ils sont prêts à verser avant de devenir de l’histoire ancienne. Et aujourd’hui, nous faisons une promesse, à nous-mêmes et aux générations à venir, et nous vous encourageons à vous joindre à nous dans cette promesse : nous n’aurons pas de repos tant que la dictature biélorusse et le « monde russe » n’auront pas été détruits.

Jusqu’à ce que tout le monde soit libre.

Collectif anarchiste « Pramen »

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Russie : Les autorités considèrent tout groupe de l’ABC comme une « organisation indésirable » https://attaque.noblogs.org/post/2025/07/20/russie-les-autorites-considerent-tout-groupe-de-labc-comme-une-organisation-indesirable/ Sun, 20 Jul 2025 17:03:04 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59983 Continuer la lecture ]]> Avtonom / vendredi 11 juillet 2025

Au début de l’année 2024, le ministère russe de la Justice a ajouté la fédération américaine de l’Anarchist Black Cross à sa liste des « organisations indésirables ». À l’époque, l’Anarchist Black Cross de Moscou (ABC Moscou) a déclaré publiquement qu’elle n’avait aucun lien organisationnel avec la fédération américaine : les groupes de l’ABC dans le monde sont autonomes et les groupes russes n’ont jamais fait partie de la fédération américaine.

Cependant, en 2025, il est devenu clair que les autorités russes ne considèrent pas seulement la fédération américaine comme « indésirable » – ils ciblent tous les groupes de l’ABC.

 

Le prétexte : un livre de l’anarchiste biélorusse Igor Olinevich

En décembre 2024, le livre « Sur la route de Magadan » [voir ici ; NdAtt.] de l’anarchiste biélorusse Igor Olinevich a été acheté pendant des opérations d’infiltration à la librairie « Falanster » de Moscou et à la librairie « Podpisnye Izdaniya » de Saint-Pétersbourg. Au printemps 2025, les deux librairies ont été poursuivies (source) en vertu de l’article sur la participation aux activités d’une « organisation indésirable ». La base des accusations ? Un post-scriptum dans le livre, signé par le groupe ABC Bélarus.

Le livre, lui, a été publié par la coopérative russe Radical Theory and Practice, qui n’a aucune affiliation avec la fédération américaine de l’ABC – mais cela n’a eu aucune importance pour les autorités.

 

Qu’est-ce que cela signifie en pratique ?

À partir de 2025, même le simple fait de relayer des infos, de faire un don ou de publier du contenu comportant des symboles de l’ABC ou de l’un de ses groupes peut constituer un motif de poursuite, en Russie.

Cela peut porter à des poursuites administratives ou pénales, notamment :
– Infraction : Participation à l’activité d’une « organisation indésirable » (en vertu du droit administratif).
– Délit (en vertu du droit pénal) :
jusqu’à quatre ans de prison pour la participation,
jusqu’à cinq ans pour le financement,
jusqu’à six ans pour l’organisation de telles activités.

Actions qui peuvent mener à des persécutions en Russie :
– participer aux activités des groupes de l’ABC,
– relayer des information ou mentionner publiquement l’ABC,
– envoyer de dons à l’ABC,
– distribuer des publications associées à l’ABC (y compris le livre d’Olinevich).

Même la continuité historique des anarchistes dans l’Empire russe est maintenant une raison de persécution. La Croix noire anarchiste (Anarchist Black Cross, ABC) a été fondée en Russie en 1906, à l’origine sous le nom de Croix rouge anarchiste, puis renommée. Depuis lors, les anarchistes ont toujours soutenu les prisonnier.es politiques – et elles/ils continueront à le faire, malgré la répression.

 

L’ABC Moscou aujourd’hui

Tou.tes les membres de l’ABC Moscou ont quitté le territoire de la Fédération de Russie. Nous continuons à assister ceux/celles que les autorités russes persécutent pour leurs convictions anarchistes et antifascistes : pour sortir du pays, pour s’adapter à la vie à l’étranger, avec du soutien juridique et matériel.

 

Soutenez notre travail (si vous êtes en dehors de la Russie) :

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Russie : « Je ne pouvais pas regarder les gens mourir et rester en silence » https://attaque.noblogs.org/post/2025/07/02/russie-je-ne-pouvais-pas-regarder-les-gens-mourir-et-rester-en-silence/ Wed, 02 Jul 2025 16:19:13 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59856 Continuer la lecture ]]> Avtonom / mercredi 18 juin 2025

« Je ne pouvais pas regarder les gens mourir et rester en silence ». L’histoire d’Alexey Rozhkov

Le 11 mars 2022, vers 5 heures du matin, Alexey Rozhkov a quitté sa maison dans la ville de Beriozovski, dans l’Oural. Il a pris trois bouteilles de bière avec lesquelles il avait fabriqué des cocktails Molotov et est allé au bureau de recrutement de l’armée de la ville.

Rozhkov a jeté les trois bouteilles sur le bureau de recrutement militaire, puis il a tagué un symbole de la paix sur le mur. Dans la rue, il faisait encore nuit et il n’y avait personne. Les lumières étaient éteintes à toutes les fenêtres et il pensait qu’il n’y avait personne à l’intérieur.

La veille, Rozhkov avait bu. La nouvelle de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, qui avait commencé un peu plus de deux semaines auparavant, le touchait profondément. « Je voulais juste qu’ils ne prennent pas les conscrits. Ce sont encore des enfants » dira-t-il plus tard à sa mère.

À ce moment-là, Rozhkov ne savait pas du tout que, dans les trois années suivantes, il passerait six mois en détention préventive, s’échapperait au Kirghizistan, serait kidnappé par des agents du service de renseignement russe, emmené en Russie et condamné à seize ans de prison.

Les forces de sécurité ont arrêté Rozhkov le jour de l’incident. Après son arrestation, Rozhkov a été accusé de tentative de meurtre, car les autorités disaient qu’il aurait voulu tuer le vigile qui se trouvait dans le bâtiment au moment de l’incident. Cependant, cette accusation a été abandonnée, à cause d’incohérences présentes dans le dossier, et, en septembre 2022, il faisait face seulement à une accusation relativement mineure, celle de destruction de biens, et il a été libéré à la condition de ne pas quitter le pays.

Le bureau de recrutement de l’armée de Beriozovski

 

« J’ai décidé de quitter le pays plutôt que de passer quinze ans en prison »

Cependant, Rozhkov s’est rapidement rendu compte qu’il aurait pu faire face à d’autres accusations et à une longue peine de prison et il a décidé de prendre la fuite.

Avant son arrestation, Rozhkov jouait dans un petit groupe de rock. Après avoir fui la Russie, avec l’aide d’activistes des droits humains, il a prévenu les fans du groupe sur sa page VKontakte qu’il aurait peut-être fallu un certain temps avant qu’ils ne sortent de nouvelles chansons. « J’ai décidé de quitter le pays plutôt que de passer quinze ans en prison », c’est ce qu’il a écrit depuis Bichkek, la capitale du Kirghizstan, une fois qu’il pensait être en sécurité.

 

Une fuite de courte durée

Rozhkov avait prévu de rester à Bichkek pendant plusieurs mois, tout en faisant les démarches pour avoir un visa humanitaire qui lui permettrait de se réinstaller dans un pays plus sûr, car la police kirghize est connue pour coopérer avec les services de sécurité russes.

Rozhkov avait de bonnes raisons de prendre la sécurité au sérieux. À Bichkek, il passait beaucoup de temps avec son ami Denis [le prénom a été changé], qui se souvient que Rozhkov était souvent suivi. Il dit que « la surveillance était constante. Quelqu’un nous filmait en permanence, avec son téléphone .

Malgré sa situation précaire, Rozhkov a décidé qu’il voulait faire connaître son histoire et a parlé à plusieurs reprises avec des journalistes. Dans une interview avec la chaîne YouTube Khodorkovsky Live, Rozhkov a comparé l’« opération militaire spéciale » de Poutine au « fascisme » et a déclaré que les autorités visaient à « exterminer les ukrainien.nes », ce qui ne lui laissait d’autre choix que de « faire quelque chose ».

Deux ans plus tard, il sera condamné pour deux autres chefs d’accusation : diffusion de « fausses informations » sur l’armée russe et « apologie du terrorisme », pour avoir dit ce qu’il pense dans des interviews.

 

Personne pour l’aider

Le 30 mai 2023, Rozhkov a été arrêté par la police kirghize et remis aux forces de sécurité russes.

Selon Rozhkov, qui a raconté en détail son enlèvement, au tribunal en 2025, il était dans sa chambre lorsque des agents de sécurité en civil sont entrés, ont pris son passeport, son téléphone et son ordinateur portable et l’ont convaincu sous de faux prétextes à leur remettre les mots de passe de ses appareils. Il a ensuite été emmené dans un poste de police, où, quand il a demandé un avocat, on lui a dit : « De toute façon, un avocat ne vous aiderait pas ».

Ensuite, Rozhkov a été emmené à l’aéroport et, en attendant le départ, il a été frappé à la tête et aux jambes par les agents qui le gardaient. Rozhkov a ensuite été emmené à travers l’aéroport et escorté à bord d’un avion, sans aucune identification ni aucun enregistrement.

Deux agents en civil l’attendaient déjà à bord de l’avion et, après l’atterrissage en Russie, un agent du Service fédéral de sécurité (FSB) l’a menotté et l’a ramené à Beriozovski.

Au bureau du FSB de Beriozovski, on a dit à Rozhkov d’avouer et de signer un document indiquant qu’il n’avait pas été blessé physiquement ni n’avait subi de pressions. Quand il a refusé, il a été escorté hors du bureau, où l’un des agents qui l’avaient enlevé au Kirghizistan l’attendait. Alors, on lui a mis un sachet sur la tête et on l’a torturé avec des chocs électriques.

Pendant le procès, Rozhkov a déclaré que les agents avaient utilisé un pistolet à impulsions électriques sur ses jambes et son dos, pour lui donner des chocs, tout en menaçant de « le tuer et le violer », jusqu’à ce qu’il avoue « collaborer avec les services spéciaux ukrainiens ».

Ilya Melkov, un activiste pour les droits humains qui travaille pour Solidarity Zone, une organisation qui offre du soutien aux personnes arrêtées pour des activités contre la guerre, a supervisé l’affaire de Rozhkov. Bien que Melkov ne sache pas « comment les forces de sécurité russes aient pu mener une telle opération au Kirghizstan », il est sûr qu’elle « ne peut pas être expliquée légalement ».

Rozhkov semble avoir été enlevé du Kirghizistan sans demande formelle d’extradition et Melkov a déclaré qu’il n’avait pas vu « un seul document confirmant sa détention ». En fait, aucun des documents du dossier n’indique que Rozhkov a été emmené de force hors du Kirghizistan.

Image des caméras de sécurité

 

Seize ans pour quatorze euros

Après l’extradition illégale de Rozhkov et sa réincarcération, le parquet a décidé d’alourdir les accusations, passant de « dégradation de biens » à « acte de terrorisme ». Presque simultanément, Rozhkov a été accusé d’« apologie du terrorisme », tandis que le troisième chef d’inculpation, pour avoir diffusé des « fausses informations » sur l’armée russe, a été ajouté plus tard, après que les autorités aient analysé ses interviews et ses publications sur les réseaux sociaux.

Les photos utilisées par le parquet montrent une bouteille de bière que Rozhkov aurait utilisée pour préparer un cocktail Molotov, un chapeau rouge transformé en cagoule, des mélanges incendiaires, un briquet, des photos de la porte endommagée et le montant total des dégâts, qui s’élève à moins de 1 300 roubles (14 euros).

 

« Mes efforts de vandalisme pour attirer l’attention sur la souffrance des gens n’ont rien à voir avec le terrorisme. »

Le 19 mai, Rozhkov a fait sa déclaration finale devant le tribunal, en disant : « L’activité terroriste comprend le meurtre et l’intimidation. Mes efforts de vandalisme pour attirer l’attention sur la souffrance des gens n’ont rien à voir avec le terrorisme… Je ne voulais pas que quelqu’un.e soit blessé.e. Je n’ai été recruté par personne. J’ai mené une protestation contre guerre, dans laquelle personne ne devait être blessé.e. »

Le lendemain, le tribunal a condamné Rozhkov à seize ans de prison – un an de plus que ce qu’il avait prévu quand il avait fui la Russie.

La mère de Rozhkov, Yelena, n’a pas manqué une seule audience du tribunal. Bien qu’elle ne soutienne pas ce que son fils a fait, elle est certaine qu’il ne voulait blesser personne. Aux yeux de Yelena, tout ce que Rozhkov a fait, c’était « agir selon sa conscience », comme elle l’a élevé à faire.

Selon Yelena, Rozhkov « s’est bien comporté » tout au long du procès, ne montrant « ni faiblesse ni panique », malgré le fait que les procureurs le qualifient de terroriste. Yelena a rappelé que, même s’il a admis avoir enfreint la loi, Rozhkov a maintenu qu’il « ne pouvait pas regarder les gens mourir et rester en silence ».

Le moment le plus difficile pour Yelena a été la condamnation de son fils, se souvient-elle. « J’étais glacée. Mais il m’a appelée par la suite et il m’a dit : « Maman, merci de ne pas avoir pleuré » ».

Maria, une amie de Rozhkov, lui écrit parfois en taule. Selon Maria, Rozhkov a eu un chaton, en prison, et l’a appelé Chipa, en l’honneur du chat qu’il avait chez lui. Cependant, dans une autre lettre, Rozhkov a laissé entendre que Chipa n’était plus dans la prison.

Rozhkov écrit peu sur sa vie quotidienne, préférant se concentrer sur les livres qu’il lit ou le rares colis qu’il reçoit.

Une autre amie, Nina [le prénom a été changé], dit que Rozhkov n’est pas effrayé par la prison, mais qu’il a peur de l’isolement. Elle dit que les lettres qu’il reçoit maintiennent en vie son lien avec le monde extérieur, de sorte que, malgré tout, il ne se sent pas seul.

Olesya Krivtsova

(Source originelle : Novaya Gazeta Europe)

 

L’adresse pour lui écrire :
Rozhkov Alexey Igorevich (né en 1997) [Рожков Алексей Игоревич, 1997 г.р.]
SIZO-1 [СИЗО-1]
ul. Repina, 4 [ул. Репина, 4]
620019 Iekaterinbourg [г. Екатеринбург] (Russie)

Veuillez noter que les lettres doivent être écrites en russe – vous pouvez utiliser des outils de traduction en ligne.

Les lettres peuvent aussi être envoyées via le service en ligne « Zonatelekom »

 

Solidarity Zone collecte des fonds pour payer les frais d’avocat d’Aleksey Rozhkov pendant les phases de l’appel et de la cassation.

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Un entretien avec les compas d’Anarchy Today https://attaque.noblogs.org/post/2025/06/03/un-entretien-avec-les-compas-danarchy-today/ Tue, 03 Jun 2025 16:46:48 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59523 Continuer la lecture ]]> A2day / mars 2025

[…]
Si vous voulez vous présenter – sinon pas de problème.

Quelques mots à propos de nous. A2day est un collectif très petit. Nous faisons ce site ensemble, mais en même temps chacun.e d’entre nous est impliqué.e dans la lutte anarchiste dans le lieu où elle/il se trouve actuellement. Il y a un accord qui dit que nous travaillons sur ce site de manière anonyme, personne ne peut affirmer qu’il ou elle en est un.e rédacteur.trice.

 

Tout d’abord, que pouvez-vous nous dire sur la situation sociale et politique des trois pays anciennement soviétiques parfois connus sous le nom « BUR » [Bélarus, Ukraine, Russie ; NdAtt.] ? Si vous vous sentez à l’aise pour parler des trois […] D’ailleurs, pensez-vous qu’il est utile de parler de BUR comme de quelque chose qui a une sorte d’unité ?

Chacun.e d’entre nous a été actif.ve dans les trois pays et nous pouvons dire que le territoire de la région BUR, malgré toutes les différences, a beaucoup en commun. Il est très important de dire qu’il a été possible de voyager entre nos pays sans visa, les anarchistes des pays de la BUR étaient en contact étroit les un.es avec les autres (depuis la fin des années 1980), elles/ils voyageaient chez les un.es et les autres pour des actions, ainsi que pour des rassemblements et des tournois sportifs. Pour que vous compreniez bien, la définition de notre région en tant que BUR est une sorte de jeu de mots, parce que dans les colonies pénitentiaires un « bur » est un quartier de haute sécurité, en d’autres termes, une prison dans une prison. Notre BUR est une prison en Europe. L’héritage soviétique, y compris les traditions politiques du régime totalitaire, a laissé une forte empreinte sur les sociétés de ces pays.

En même temps, le Bélarus est resté le pays le plus « soviétique », tandis qu’en Ukraine il était plus facile de se cacher et de mener des activités illégales. Le capitalisme sauvage y régnait, la police acceptait volontiers des pots-de-vin, il était facile d’acheter des armes et pas un.e seul.e anarchiste n’y a été emprisonné.e pour des raisons politiques depuis le début des années 2000 et aucun.e n’y est emprisonné.e en ce moment. Pour être exact, il faut ajouter qu’en 2018 le célèbre anarchiste biélorusse Aleksandr Frantskevich a été expulsé d’Ukraine et il est en ce moment en train de purger une lourde peine au Bélarus. En 2021, les autorités ont tenté d’expulser d’Ukraine l’anarchiste Aleksei Bolenkov, mais il a gagné son procès, avec l’aide de groupes de défense des droits humains et du battage médiatique.

 

Quels sont les liens qui persistent entre ces trois pays, plus de trente ans après la fin de ce cauchemar qu’était l’URSS ? En fait, les chemins pris par ces trois pays semblent, depuis l’Europe occidentale, assez différents. Même avant 2022, la Russie était un très grand pays, mais avec une économie en rapide désindustrialisation, se réédifiant sur l’exploitation des ressources naturelles, avec un gouvernement de plus en plus autoritaire. L’Ukraine était une sorte de « nouveau » pays, avec une démocratie vacillante, qui semblait, après Maïdan, avoir choisi la voie de l’Occident. Le Bélarus semble être une dictature inébranlable, du type des républiques populaires, même si les protestations de 2020-2021 ont essayé de contester cela.

La plupart des familles ont des parents dans d’autres pays de la région BUR, la langue russe est bien connue dans les trois pays et il n’est pas difficile pour une personne dont la langue maternelle est le russe d’apprendre à comprendre le biélorusse et l’ukrainien. Jusqu’au début de la guerre, de nombreux.ses Ukrainien.nes et Biélorusses allaient en Russie pour travailler, les Biélorusses le font encore. Les capitaux (que ce soit ceux des États ou des oligarques) circulaient librement aussi. Et même maintenant, le commerce entre ces pays continue ! Nous écoutions les mêmes groupes de musique, nous regardions les mêmes films. Le Président de l’Ukraine, un comédien professionnel, a joué dans des films et des spectacles russes. En fait, il y a bien plus de connexions et de fils imperceptibles que ce que l’on pourrait croire à première vue. Les racines remontent à l’URSS ; après son effondrement, les gens se sont retrouvé.es de différents côtés des frontières. Par exemple, de nombreux politiciens et agents des forces de l’ordre du Bélarus et d’Ukraine ont obtenu leurs diplômes dans des universités russes et ont des liens avec Moscou. Comme c’est le cas pour Loukachenko, Poutine ou Ianoukovytch*, qui sont porteurs de valeurs soviétiques. C’est l’une des raisons des protestations dans ces pays : le désir de se libérer des chaînes de Moscou et de l’héritage soviétique. La nouvelle génération, bien qu’elle ait grandi dans un environnement différent, avait toujours des codes culturels similaires, dans toute la région BUR.

Oui, l’Ukraine a essayé de se détacher du « monde russe » et de se rapprocher de l’Europe, mais elle n’a pas tenu compte du fait que 1) il y avait beaucoup de partisans de la Fédération de Russie à l’intérieur du pays, ce qui a aidé la Russie à déclencher une guerre et à s’emparer d’une partie des territoires ukrainiens (même maintenant, il y a un segment pro-russe dans la société ukrainienne) et 2) la Russie est un empire et elle ne cédera jamais ce qu’elle considère comme lui appartenant.
Le Bélarus est, depuis trente ans, sur la voie de la russification et du rapprochement avec le Kremlin. Beaucoup de Biélorusses se sont longtemps vu.es, eux/elles-mêmes et leur pays, comme une partie de la Russie, avec laquelle, d’ailleurs, il n’y a toujours pas de frontières étatiques (comme au sein de l’UE) ; avant la guerre, il n’y en avait pas non plus avec l’Ukraine. Le récit post-soviétique d’une « triple nation », « Russie-Ukraine-Bélarus », qui est activement soutenu par les autorités et les historiens pro-gouvernementaux de la République du Bélarus et de la Fédération de Russie, ainsi que par certains partis ukrainiens, était aussi important pour les générations plus âgées. Les éventements de 2013-2014, de 2020 et de 202[2] ont accéléré les changements dans ce paradigme.

 

Après 2022 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la situation semble encore plus polarisée – mais elle pourrait aussi être plus claire. Comment la guerre a-t-elle changé la situation des populations dans les trois pays ?

C’est une question assez complexe, à laquelle il est difficile de répondre brièvement. On peut dire que la date du 24 février2022 a complètement changé la vie dans la région.

Ukraine. Des millions d’Ukrainien.nes ont été obligé.es de quitter le pays, des centaines de milliers ont été tué.es, mutilé.es, privé.es de leurs maisons, des milliers sont prisonnier.es de la Russie ou sous occupation. Celles/ceux qui restent vivent avec le sentiment constant que, à tout moment, il peut y avoir une alerte aérienne et ils/elles pourraient être tué.es par des missiles russes. Les hommes ne sont pas seulement enrôlés dans l’armée, les agents de recrutement de l’armée attrapent des gens dans les rues et les lieux de travail et les envoient à l’abattoir. L’économie est dans un état déplorable, les prix augmentent constamment, il y a des réformes antisociales, avec la corruption à un niveau sans précédent – l’armée en est saturée (et cela en temps de guerre !). Ce qui est intéressant, c’est qu’officiellement l’Ukraine n’est pas en état de guerre, mais seulement sous la loi martiale, même si de tous les côtés les politiciens et les médias crient à propos de la guerre. C’est une politique de deux poids deux mesures ou, plus simplement, de l’hypocrisie. Le pouvoir est pratiquement usurpé par Volodymyr Zelensky et son entourage, qui ne comptent sur personne d’autre. L’État ukrainien fait tout pour que le public le déteste encore plus. Et les gens en ont vraiment assez de la guerre et de la corruption incurable, surtout en regardant les enfants des oligarques et des détenteurs du pouvoir passer leurs vacances dans des hôtel suisses ou circuler à Kiev dans des Lexus. Et cela à un moment où le monde entier collecte de l’argent pour les forces armées ukrainiennes. De plus, la question du nationalisme est devenue tendue. La guerre alimente toujours des sentiments chauvins et l’Ukraine n’est pas une exception.

La haine de tout ce qui est russe/soviétique (souvent aussi de tout ce qui est biélorusse), non seulement au niveau quotidien, des personnes ordinaires (soulignons le fait que des nombreux.ses Ukrainien.nes sont brusquement passé.es à la langue ukrainienne), mais aussi au niveau de la politique d’État, y compris la politique historique, ne fait qu’ancrer le nationalisme. Au lieu de réaliser des réformes sociales, l’État détourne l’attention des Ukrainien.nes vers un patriotisme emphatique et d’autres choses secondaires. Dans cette époque, les garanties économiques et sociales sont bien plus importantes que l’usage forcé de la langue ukrainienne et la démolition des monuments en hommage à Pouchkine. Il vaut la peine de rappeler que de nombreux.ses combattant.es ukrainien.nes, au front, n’ont aucun problème avec la langue russe, contrairement à ceux/celles qui se trouvent à l’arrière, relativement au calme, et surtout à l’étranger. La montée des idées radicales de droite, des millions de destins mutilés, le traumatisme mental de la guerre, la dépendance économique croissante face à l’Occident, la catastrophe écologique du pays – cela prendra des décennies à l’Ukraine, après la guerre, pour se remettre de sa crise démographique, économique et politique. La guerre a effectivement élargi le fossé entre les peuples russe (et biélorusse) et ukrainien. Ce traumatisme ne sera pas facile à guérir pour les générations futures.

Russie. L’économie et la propagande sont orientées vers la guerre. « Tout pour le front ! Tout pour la victoire ! » (comme à l’époque soviétique). Mais, économiquement, la Russie est encore forte, malgré les sanctions. Des dizaines de milliers d’émigrant.es, des milliers d’affaires pénales pour des manifestations contre la guerre (qu’elles soient radicales ou pacifiques). Une société fracturée. Beaucoup de criminels, dans la guerre, qui commettent régulièrement des meurtres, des vols et des violences après leur retour. L’État les pardonne. Ceux qui ont été à la guerre sont autorisés à tout faire – leurs péchés sont expiés par le sang. Ce ne sont pas des cas isolés, mais un processus constant. La même croissance du chauvinisme et de la haine de tout ce qui est « occidental » et ukrainien, jusqu’aux couleurs jaune et bleu. La guerre a conduit à une renaissance de la violence d’extrême droite dans les rues. Les dénonciations d’autrui, comme à l’époque stalinienne, sont devenues une pratique courante. On instille chez les gens le sentiment qu’il y a une guerre constante entre le bon « monde russe » et l’Occident pourri. Malheureusement, une grande partie de la société professe l’impérialisme et croit dans la mission, propre à la la Russie, de garantir la stabilité dans le monde. Pour être clair.es : nous nous rendons compte du caractère pernicieux de l’impérialisme occidental et ne le nions pas, mais il faut comprendre que la région BUR a été dans les chaînes de l’impérialisme russe pendant des siècles. Ce n’est pas seulement à cause de Poutine, et même pas tellement à cause de Poutine. C’est un problème de toute la société, plus profond et enraciné non seulement dans la politique, mais aussi dans l’histoire, la culture et la religion.

Bélarus. Pays allié et vassal de la Russie. Les vagues de répression violente y ont commencé en 2020, pendant la révolution biélorusse avortée. Jusqu’à un million de personnes ont été obligées de quitter le pays. Depuis soixante ans, la diaspora biélorusse s’est engagée avec succès dans le développement culturel et le commerce. Dans un pays d’environ neuf millions d’habitant.es – dont environ 1 500 prisonnier.es politiques – on assiste à la plus grande crise démographique des soixante dernières années.

Il y a une absence totale de liberté d’expression et de réunion, aucun média indépendant, aucune ONG, pas de syndicats. Les vagues de répression continuent, tant pour des déclarations politiques que pour des déclarations ordinaires, en opposition à la guerre ou en soutien à l’Ukraine, pour des commentaires et des publications sur Internet. Alexandre Loukachenko, qui est au pouvoir depuis près de 31 ans, s’est fait une réputation, dans la région BUR, de dirigeant qui s’est attaqué à la corruption et au crime organisé et qui a fait du Bélarus un pays propre et prospère, avec des soins médicaux et une éducation gratuits. Beaucoup de personnes, dans l’espace post-soviétique, ont cru à cette image, qui ne correspond pas à la réalité. Jusqu’en février 2022, les Ukrainien.nes, qui, soit dit en passant, s’intéressaient peu à la situation politique intérieure du Bélarus, y croyaient aussi. Heureusement, la guerre leur a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Dans ce pays, le pouvoir des forces de l’ordre est pratiquement illimité. Il y a partout (même dans les écoles et les crèches) de la propagande sur le « Bélarus pacifique » et des critiques envers l’Ukraine et l’Occident, qui auraient déclenché la guerre. Les Biélorusses ne sont pas contre l’Ukraine et ne veulent pas participer à la guerre, mais la société est divisée aussi. La guerre a aggravé la situation économique, mais la Russie nourrit [le Bélarus] avec des prêts et des marchés pour ses produits. Le vieux dictateur essaye de remuer et de faire de l’humour, mais, très probablement, il comprend qu’après sa mort le pays subira peut-être de grands changements. Nous voyons deux scénarios : sous la pression du Kremlin, Minsk deviendra encore plus subordonné à la Russie, en perdant ce qui lui reste d’indépendance, ou alors il y aura des manifestations, un changement de pouvoir, un nettoyage et un rapprochement avec l’Occident. La seconde option est plus souhaitable, pour nous, car il y aura sans doute des opportunités pour les anarchistes : reprendre des territoires autonomes, promouvoir les idées d’auto-organisation, de démocratie directe et en général l’agenda libertaire.

 

Et à propos du (des) mouvement(s) anarchistes(s) ? Comment décririez-vous les mouvements anarchistes dans les trois pays, avant l’invasion à grande échelle ? Quels étaient les liens entre les compas des trois pays ? Si vous deviez trouver des aspects qui différencient le(s) mouvement(s) anarchiste(s) dans la région BUR de ceux de l’Occident, sur quoi mettriez-vous l’accent ?

Une autre question sur laquelle on pourrait écrire un livre. Dans aucun des États de la région BUR, au XXIe siècle, l’anarchisme n’a joué un rôle socio-politique important, comme il avait pu le faire à plusieurs reprises au XXe siècle. Le développement du mouvement anarchiste dans la BUR a été entravé, entre autres, par l’héritage soviétique. La gauche était associée aux partis communistes, perçus comme idéologiquement en faillite par les sociétés de ces pays. À ce jour, les anarchistes sont étiqueté.es (surtout par la droite) comme des « gauchistes », des « rouges » et des « communistes », c’est-à-dire les héritier.es du totalitarisme. En outre, nous soulignerons les points suivants :
1. L’absence de mouvements de masse, de contacts forts et permanents, non liés à une situation donnée, avec la société (mouvements de protestation, travailleur.euses, étudiant.es, etc.). S’il y a un conflit social quelque part, les anarchistes viennent soutenir les manifestant.es, mais ils/elles arrivent très rarement à être proactif.ves et à proposer leur agenda aux gens.
2. La rupture des traditions et l’absence de continuité entre les néophytes du mouvement et les vétéran.es plus expérimenté.es. Chaque nouvelle génération répète les erreurs du passé.
3. Bien qu’un système politique plus rigide engendre une résistance plus radicale, l’insurrection dans la BUR a, jusqu’à présent, été sociale (soutien aux mouvements de protestation plutôt que des actes individuels de terrorisme néo-nihiliste) et de nature relativement « humanitaire ». Il n’y a eu aucune atteinte, de la part d’anarchistes, à la vie de politiciens, d’oligarques, de radicaux de droite ou de membres des forces de sécurité. La vie est une valeur énorme pour nous. Cela ne signifie pas que ça va continuer comme ça – les choses peuvent changer radicalement, dans des situations critiques.
4. La région BUR n’a pas une tradition de mouvement syndical fort, comme en Occident ou même dans la Pologne voisine.
5. Le seuil de la contre-culture (sous-cultures, lifestyle anarchism, etc.) a été franchi relativement récemment (à la fin des années 2000), pas complètement et pas par tout le monde.
6. Toujours à la traîne de l’anarchisme occidental. Le fait d’emprunter des idées à la mode et « modernes », l’absence de bases théoriques, un accès restreint aux travaux des théoriciens occidentaux.
7. Des conflits internes (personnels et idéologiques), au sein du mouvement, dans chaque pays.

Les liens et les contacts entre les anarchistes de la BUR étaient insuffisants pour présenter un front uni contre l’impérialisme russe et l’agression militaire contre l’Ukraine. Une partie des anarchistes russes n’a pas compris les agendas biélorusse et ukrainien, en étant soit droguée par des idées impérialistes (l’OTAN est mauvaise, l’Ukraine veut rejoindre l’OTAN, par conséquent elle est mauvaise aussi) et rouges (l’Occident est mauvais, les républiques populaires de Lougansk et de Donetsk contre les oligarques ukrainiens et pour les travailleur.euses, l’antifascisme russe contre les partisans de Stepan Bandera [fasciste ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie ; NdAtt.], etc.) soit par des « idées révolutionnaires pures » (Russie=Ukraine, dans les deux pays le capitalisme et les oligarques oppriment le prolétariat, donc nous ne soutenons personne). Le résultat est une scission dans le mouvement et sa marginalisation. Il faut souligner que la « révolution de la dignité » [plus connue en France comme révolution de Maïdan ; NdAtt.] en Ukraine a déjà marqué une scission dans le mouvement et exposé les contradictions liées à la vision et à la compréhension de la théorie, de la pratique et des tactiques de l’anarchisme. La guerre à grande échelle a continué cette tendance.

Si nous parlons des quinze dernières années, nous devons noter quelques points. Il y avait des contacts assez étroits parmi les personnes proches de l’anarchisme insurrectionnel dans la BUR. Un coup dur a été porté au mouvement avec l’affaire « Réseau »** et après les événements au Bélarus en 2020. Pour des raisons évidentes, nous ne pouvons pas donner plus de détails.

Bélarus. Dans la Fédération de Russie, il y avait des projets anarchistes conjoints menés par des compas, auxquels des personnes du Bélarus participaient, par exemple la coopérative éditoriale Radical Theory and Practice. Il y avait de nombreux liens et contacts personnels. Par exemple, les partisans anarchistes biélorusses Igor Olinevich et Dzmitry Dubouski, qui sont en train de purger des peines de vingt ans au Bélarus, se sont cachés en Russie en 2010, pour échapper aux persécutions des autorités biélorusses. Revolutionary Action (appelé jusqu’en avril 2010 Autonomous Action – Belarus) avait ses structures autonomes en Ukraine. Des camps d’entraînement organisés par le RKAS*** ont attiré des anarchistes de toute la région BUR. Des anarchistes de toute la BUR ont participé à l’Euromaïdan. Des anarchistes russes ont participé aux manifestations contre le décret sur les « parasites sociaux » [les personnes travaillant moins de six mois par an, soumises à une taxe spéciale ; NdAtt.], en 2017, et à l’insurrection biélorusse de 2020. Une curiosité : on peut noter qu’en Ukraine, il existait un parti politique (!) appelé Union des anarchistes d’Ukraine. Mais soulignons que cette organisation très particulière s’est toujours tenue à l’écart du mouvement anarchiste ukrainien. Des amitiés et des agendas politiques similaires influençaient des actions de solidarité régulières dans chacun de ces pays. Il vaut aussi la peine de mentionner les liens étroits entre les antifascistes et les sous-cultures proches de l’anarchisme. Tout cela est dit rapidement.

 

À mon avis, les deux épisodes spéciaux qui pourraient marquer cette génération de compas anarchistes sont le soulèvement biélorusse de 2020-2021 et, bien sûr, la résistance contre l’invasion de l’Ukraine par Poutine. Êtes-vous d’accord ? Comment décririez-vous l’implication anarchiste dans le soulèvement biélorusse de 2020-2021 ?

Déjà, il nous semble que le premier événement marquant a été l’Euromaïdan (sans compter les révoltes en Grèce en 2008 ou les actions à Khimki en 2010). C’est à cette occasion que les anarchistes de la région BUR ont eu la possibilité de participer directement à la révolution. Et les libertaires ont fait cette tentative. Même s’il n’a pas été possible de créer une centurie noire anarchiste militante, à Kiev, le fait que les anarchistes aient participé à la révolution aux côtés de la société ukrainienne reste un fait. Cela a été une expérience grandiose, qui a non seulement influencé le développement de l’insurrection dans la BUR, mais a aussi soulevé de sérieuses questions théoriques et tactiques pour le mouvement.

En ce qui concerne le soulèvement au Bélarus en 2020, celui-ci a certainement été un événement important, avant tout pour le mouvement anarchiste biélorusse. Une sorte de répétition en a été la participation remarquable des anarchistes biélorusses aux manifestations de masse des « non-parasites », en 2017. Il s’agissait de manifestations contre l’introduction de taxes pour les chômeur.euses (la loi dite « contre les parasites sociaux »). Surtout à Brest et à Minsk.

À la veille des élections, les anarchistes n’avaient aucune illusion sur le fait que Loukachenko ne renoncerait jamais au pouvoir et réprimerait durement les manifestations. Par conséquent, ils/elles n’ont pas non plus fait confiance à l’opposition politique, avec son programme de changement pacifique du pouvoir et de manifestations non violentes. Si tout avait été si simple, il n’y aurait pas eu besoin d’un soulèvement, que les gens ont décidé de faire par eux/elles-mêmes, sans aucune influence de la part des anarchistes. Des barricades ont été dressées et des affrontements violents avec la police anti-émeute ont été menés spontanément dans plusieurs villes. Et c’est bien. Même s’il faut noter que c’est grâce aux suggestions des anarchistes que les gens ont commencé à pratiquer activement la technique de former des chaînes en manifestation. Notons aussi que les anarchistes ont écrit à propos de la décentralisation et de la diffusion des manifestations dans la période précédant les élections, en critiquant le concept de « Ploshchy » (un rassemblement massif de manifestant.es dans le centre de Minsk, dirigé par les dirigeants de l’opposition).

Cela va sans dire que les libertaires ont participé ouvertement aux manifestations et aux défilés ; il serait insensé de rester à l’écart quand la société descend dans la rue et affirme sa subjectivité. Les anarchistes ont essayé de rejoindre le mouvement étudiant, un petit nombre d’anarcha-féministes ont exprimé un agenda libertaire et les anarchistes ont été particulièrement visibles dans leur participation au « mouvement des cours d’immeuble » [voir ici ; NdAtt.]. Cette initiative venant d’en bas, sous le slogan « Tout le pouvoir aux cours d’immeubles ! », était un exemple d’auto-organisation unique de la société biélorusse, basée sur la démocratie directe. Il y a eu des tentatives d’imprimer des tracts adressés aux travailleur.euses, pour organiser des initiatives. En un mot, les anarchistes sont devenu.es une force notable lors des protestations, mais n’ont pas pu influencer le cours des événements. Leur petit nombre en était la raison, ainsi que le déclin progressif de l’enthousiasme protestataire dans la société et la répression croissante.

Insurrection. Avant 2020, des actions directes avaient déjà eu lieu au Bélarus ; des cocktails Molotov avaient été lancés contre l’ambassade de Russie, des banques, des casinos et des institutions étatiques, comme une maison d’arrêt ou un bureau des impôts. Mais l’épisode le plus frappant a été l’incursion des partisans anarchistes (Dzmitry Dubovski, Dzmitry Rezanovich, Igor Olinevich et Sergey Romanov), qui, après avoir vécu pendant environ un mois dans les forêts de Polésie, ont mené plusieurs attaques contre des bâtiments et des voitures appartenant aux forces de sécurité [voir ici ; NdAtt.].

Nous voudrions mettre en avant les activités anti-répression (comme Black Book, Punishers of Belarus, la chaîne Telegram Karatelibelarusi), une répression qui, après 2020, est devenue monnaie courante pour le segment démocratique biélorusse. Déjà en 2017, le groupe Revolutionary Action a créé le site web Luka’s Gang, où ils/elles collectaient des informations et des données personnelles sur les membres des forces de l’ordre, les juges et les propagandistes d’État. Cette pratique a été développée dans son blog par le journaliste Nikolai Dedok. D’ailleurs, sur la vague des protestations, le nombre de ses abonné.es a augmenté à environ 15 000, ce qui est un nombre assez significatif pour le Bélarus. Nikolai est un anarchiste biélorusse bien connu, un ancien prisonnier politique (de 2010 à 2015) et auteur de mémoires de prison. En particulier, il a durement critiqué le système oppressif et les forces de l’ordre, la vidéosurveillance… Ironiquement, c’est à cause des caméras et de la reconnaissance faciale qu’il a été attrapé. Nikolai a commis un erreur dans sa clandestinité, en rencontrant une connaissance. Il a été brutalement arrêté et torturé. Maintenant, il est en prison à Hrodna.

L’assistance aux prisonnier.es politiques. Avant tout, l’Anarchist Black Cross, qui est en activité depuis plus de dix ans. Suite aux arrestations de compas, commencées en 2020 et jusqu’à aujourd’hui, ils/elles ont beaucoup de travail à faire. Avec la vague de protestations et de répression, l’organisation anonyme, créée à l’époque de l’Union soviétique, a étendu ses activités. L’initiative Dissident.by, créée en 2019 par des anarchistes, et qui, contrairement à l’ABC, s’occupe de tou.tes les prisonnier.es politiques, a étendu ses activités.
On peut penser ce qu’on veut des organisations légales de défense des droits humains, mais certaines d’entre elles, en particulier dans le régime autoritaire du Bélarus, font un travail remarquable et nécessaire. Leur expérience et leur aide sont inestimables. Certains anarchistes, maintenant en prison (Marfa Rabkova, Andrei Chepyuk), ont collaboré avec le principal centre biélorusse de défense des droits humains, Viasna. Le leader de Viasna, Alès Bialiatski, lauréat du prix Nobel de la paix, est emprisonné lui aussi.

Les anarchistes n’avaient aucun lien avec les travailleur.euses, dont la plupart manquaient de conscience révolutionnaire ou, du moins, politique et avaient un état d’esprit passif.

Pour la première fois dans l’histoire moderne du Bélarus, les anarchistes ont présenté deux programmes politiques pour la période de la révolution (l’un du groupe Pramen et l’autre d’Ihar Olinevich et de ses compagnons). Bien sûr, ce n’étaient que des propositions pour le moment du soulèvement, qui auraient dû être finalisées dans les détails, mais, quand même, nous pensons que cela a été une étape importante pour le mouvement.

À cause de l’absence de ressources humaines et matérielles suffisantes, les anarchistes n’ont pas réussi à créer un mouvement révolutionnaire de masse dans le pays.

 

Pourriez-vous nous donner un aperçu détaillé de la présence anarchiste actuelle, dans les trois pays ? Après la dure répression qui a suivi le soulèvement de 2020-2021, le mouvement anarchiste biélorusse est-il toujours vivant à l’intérieur du pays ? Il y a quelques semaines [le 26 janvier 2025 ; NdAtt.], Loukachenko a été réélu une fois de plus… apparemment sans protestations. La résistance, à l’intérieur du Bélarus, est-elle encore possible ? En Russie : l’opposition à cette guerre et à la dictature de Poutine mène beaucoup de gens en prison. Mais on peut aussi lire d’actes de résistance. Pourriez-vous en parler ?

Avant d’attaquer l’Ukraine, le régime de Poutine a essayé de s’occuper de l’opposition et des anarchistes à l’intérieur du pays. À cette époque-là, beaucoup d’anarchistes avaient pris le chemin de l’illégalité et se préparaient à une confrontation armée. La dite « affaire Réseau » et, plus tard, l’affaire de Tioumen**** ont été des coups durs pour le mouvement anarchiste. Dans les deux cas, plusieurs compas ont été arrêté.es, torturé.es et ils/elles ont fait des aveux sous la torture. Il y a beaucoup d’aspects sombres dans l’affaire « Réseau » et de nombreuses questions sont encore sans réponse, mais une des rares bonnes nouvelles à propos du mouvement est que l’un des accusés dans cette affaire, Viktor Filinkov, a été libéré récemment. Il a été immédiatement déporté au Kazakhstan (parce qu’il n’a pas la nationalité russe).

Un moment tragique pour le mouvement a été la mort du jeune Mikhail Zhlobitsky, qui a tenté de faire sauter l’entrée du FSB, à Arkhangelsk, en 2018.

On peut dire qu’il n’y a pas de mouvement anarchiste fort, ni même organisé, dans la Fédération de Russie. Il y a des individus et des collectifs anarchistes, mais leur travail est principalement légal ou semi-légal. Par exemple, on publie des livres, il y a des médias d’informations, il y a du soutien pour les compas emprisonné.es, quelques fois des soirées de solidarité et des concerts sont organisés. Certain.es des anarchistes qui sont resté.es dans le pays sont impliqué.es dans des activités environnementalistes. Mais beaucoup ont dû quitter le pays. Certain.es sont en prison.

Le mathématicien anarchiste Azat Miftakhov est en prison depuis de nombreuses années. Cependant, une jeune génération d’antifascistes est en train de grandir, mais ils/elles tombent régulièrement sous le coups de la répression. Au début de la guerre à grande échelle, il y a eu des actions radicales de sabotage des chemins de fer, menées par le groupe BOAK (Organisation de combat des anarcho-communistes), mais maintenant, apparemment, ils/elles manquent elles/eux aussi de ressources humaines. La répression ne s’arrête pas, de nouvelles affaires pénales sont ouvertes. L’une des affaires les plus retentissantes est celle de Ruslan Sidiki, un partisan anarchiste qui risque la prison à vie pour un sabotage de chemin de fer [fin mai, il a été condamné à dix-neuf ans de prison ; NdAtt.].

Le mouvement biélorusse est brisé et paralysé. Environ trente compas sont en prison – tou.tes reconnu.es comme des prisonnier.es politiques. Non seulement ils/elles ont été arrêté.es brutalement (par exemple, Aliaksandr Frantskevich et Akihiro Gajewski-Hanada ont été arrêtés par environ vingt policiers) et torturé.es, mais il y a aussi eu des procès-spectacles, complétés par des reportages de propagande dans la presse et à la télévision. Il y a une pression constante sur les parents et les ami.es des prisonnier.es politiques. Le procès contre la mère d’Aliaksandr Frantskevich a commencé récemment. Malheureusement, ces dernières années, au Bélarus, plusieurs personnes qui étaient liées à des degrés différents au mouvement sont décédées. L’immense majorité des anarchistes biélorusses est en exil forcé, où elles/ils continuent à être actif.ves. Principalement en Pologne et dans d’autres pays de l’UE. Bien sûr, il y a encore dans le pays des personnes qui sympathisent avec le mouvement. Des personnes qui n’ont jamais été arrêtées et qui sont inconnues des forces de l’ordre. Nous pensons qu’ils/elles sont prêt.es à passer à l’action, non pas immédiatement, mais pendant un possible renouveau.

Que la mort d’un dictateur ou quelque chose d’autre puisse être le déclencheur de tels bouleversements, il est difficile pour nous de faire des spéculations. Pour l’instant, elles/ils essaient de rester dans l’ombre. Ce qu’ils/elles peuvent faire aujourd’hui, c’est aider les prisonnier.es politiques, matériellement et en faisant circuler des informations, se développer physiquement et spirituellement, en se préparant progressivement à la prochaine étape de la lutte, qui arrivera sans doute. Il y a aussi un peu d’espoir sur la nouvelle génération, plus jeune. Par exemple, le dernier épisode d’activisme anarchiste a été l’affaire des jeunes (16 à 19 ans) anarchistes, inconnu.es auparavant, du groupe Rossignols Noirs [voir ici ; NdAtt.]. Ils/elles ont été arrêté.es en mars 2024 et accusé.es de « collaboration avec les services secrets ukrainiens », de « préparation d’actes terroristes » et de « fabrication d’explosifs ». À en juger par le film de propagande [réalisé par la télévision d’État ; NdAtt.], au moins deux membres du groupe semblent être des anarchistes convaincu.es. Depuis deux ou trois ans, il y a aussi eu des actes de sabotage radicaux, au Bélarus (l’anarchiste Nikita Emelyanov est encore en train de purger une longue peine suite à l’incendie de la Maison d’arrêt n°1, à Minsk), mais en ce moment toute résistance est très dangereuse et porte à de longues peines d’emprisonnement, car la répression et les procès ne s’arrêtent jamais et pour mener une action on doit s’y préparer longuement et en secret. Les trois années de guerre à grande échelle ont été marquées par de nombreuses actions de guérilla contre la guerre, effectuées par des personnes qui ne sont pas anarchistes. La plupart d’entre eux/elles ont été arrêté.es et condamné.es à de très longues peines. En ce qui concerne les manifestations de masse, c’est une perspective future.

 

Et à propos de l’Ukraine ? Le débat international sur ce que les compas ukrainien.nes devraient faire – si elles/ils doivent défendre le pays contre l’invasion ou pas – secoue les gauchistes occidentaux.ales (et les anarchistes aussi)… Qu’en est-il des opinions des compas d’Ukraine (et de Russie, et du Bélarus) ? Bon, blagues à part, je (V.) suis complètement d’accord avec les compas qui ont choisi de résister à l’invasion, que ce soit en combattant dans l’armée de l’État ou avec des activités civiles de volontariat. Pourriez-vous en parler ? Et à propos du « mouvement contre la guerre » en Ukraine ? On parle beaucoup, parmi les gauchistes occidentaux.ales, de la désertion de l’armée ukrainienne. Que pouvez-vous dire à ce propos ? Les « Z-anarchistes » occidentaux.les parlent aussi beaucoup de deux groupes anarcho-syndicalistes, Assembly de Kharkiv et le KRAS de Vadim Damier, quelque part en Russie. Bien entendu, parce que ces deux groupes prônent une position « classique » du type « pas de guerre mais guerre de classe » – que pensez-vous d’eux/elles ?

Vadim Damier est un historien universitaire, auteur d’excellents livres sur l’histoire de l’anarchisme ; le KRAS est un groupe de plusieurs intellectuel.les réuni.es autour de lui, comme Dmitry Rublev, lui aussi bon historien de l’anarchisme, mais ils/elles n’ont aucun lien avec les syndicats, le mouvement des travailleur.euses ou tout autre mouvement, elles/ils vivent mentalement dans une époque révolue. Notez qu’ils/elles ont un vaste réseau de liens avec des syndicats et des activistes en Europe, qu’elles/ils parlent des langues étrangères et sont habiles à diffuser leur agenda parmi des groupes sympathisants au sein de l’UE. Anatoliy Dubovik, un vétéran du mouvement anarchiste en Ukraine et historien anarchiste, a appelé cette position « anarcho-poutinisme ». Peut-être qu’il y a quelque chose que nous ne savons pas, mais il est peu probable que les membres du KRAS se tiennent jour après jour devant les casernes des soldats russes à faire de l’agitation en distribuant des tracts. Nous ne pensons pas non plus que les membres du KRAS aillent quotidiennement à l’entrée des usines pour échanger avec le prolétariat dont ils/elles font les louanges dans leurs déclarations. Ce n’est qu’un jeu de bureau et de l’imposture sur Internet. Nous serions très heureux.ses d’avoir tort et de découvrir qu’ils/elles aident clandestinement des dizaines ou des centaines de soldats russes à déserter. Mais nous n’avons jamais entendu parler de quelque chose de ce genre. Pendant qu’ils/elles se trouvent à l’intérieur de la Fédération de Russie, avec leurs emplois légaux de fonctionnaires de l’État, en écrivant des textes scientifiques et en luttant pour la « pureté du vrai anarchisme », la guerre continue. Non seulement ils/elles nous traitent d’« anarchistes des tranchées », d’« anciens [anarchistes] », de « traîtres », d’« anarcho-militaristes », etc., mais, malheureusement, elles/ils font aussi du chantage à celles/ceux qui sont en faveur de la résistance armée contre l’agression de Poutine et de l’assistance à nos compas ukrainien.nes. Pour être justes, on peut noter que, de l’autre côté, il y a aussi des cas fréquents de comportement indigne et d’agression envers les adversaires.

Et il n’est pas surprenant que parfois les émotions des compas ukrainien.nes prennent le dessus – ils/elles sont pris.es dans des tirs croisés : l’agression militaire de part de la Fédération de Russie et la mobilisation forcée imposée par les autorités ukrainiennes sont complétées par l’étroitesse d’esprit et l’incompréhension des compas du mouvement.

En tant qu’anarchistes, nous ne pouvons pas accepter que l’État décide pour toi, te privant de ta liberté et de ta vie. Par conséquent, nous soutenons pleinement le droit des gens à déserter. D’un autre côté, il est souhaitable que la désertion se développe parmi l’armée russe. Nous savons que, depuis février 2022, le nombre de déserteurs en Ukraine augmente de manière constante, que plus de 100 000 affaires pénales pour désertion ont été ouvertes et que plus d’un demi-million d’Ukrainiens sont sur la liste des personnes recherchées par la police pour avoir échappé à la mobilisation. Mais si cette tendance continue seulement en Ukraine, l’occupation totale du pays ne sera qu’une question de temps.

Aucun.e théoricien.ne n’a le droit d’imposer une quelconque pureté idéologique mythique aux anarchistes. Un.e anarchiste a tous les droits à l’auto-défense et à la résistance. Par conséquent, nous soutenons pleinement, en paroles et en actes, les anarchistes qui ont décidé de rejoindre les Forces armées de l’Ukraine. Nous considérons inacceptable de se tenir à l’écart, sous prétexte d’« antimilitarisme ». Pour peser en tant que force socio-politique, les anarchistes doivent être avec le peuple.

Assembly, de Kharkhiv, est un groupe actif dans la réalité, même si à notre connaissance il n’est constitué que de quelques personnes ; elles participent au mouvement de volontariat, aident les civils en Ukraine, participent aux conflits sociaux. Contrairement au KRAS, elles ont un plus grand droit de parler de la guerre. Nous ne partageons pas leur point de vue sur la guerre, mais nous les traitons avec respect.

 

Beaucoup de compas de la région BUR vivent à l’étranger. Comment c’est, de vivre en exil ? Comment sont les liens avec les anarchistes locaux.ales ? […]

Les anarchistes de la région BUR sont éparpillé.es dans le monde entier. La plupart des anarchistes de la BUR vivent en Pologne et en Allemagne. À notre connaissance, c’est en Pologne que les anarchistes biélorusses coopèrent le plus étroitement avec le mouvement local. Comme tou.tes les émigrant.es, elles/ils ont des problèmes de papiers, pour apprendre la langue locale et pour trouver un travail. Et certain.es compas ont des troubles de stress post-traumatique. […]

 

Comment voyez-vous l’avenir? Pensez-vous que la nouvelle administration états-unienne, dirigée par Trump, pourrait mener à une paix viable ? Des partis d’extrême droite, pro-Poutine (comme le FpÖ en Autriche, l’AfD en Allemagne, la Lega en Italie et le RN ici en France, pour ne pas parler du régime d’Orban en Hongrie et de celui de Fico en Slovaquie) gagnent de plus en plus de pouvoir dans les pays de l’UE. Alors, quelle sorte de cessez-le-feu pourrait être possible ? Une vraie paix ou une situation comme auparavant, ce genre de « guerre tiède » qui rampe dans le Donbass depuis 2014, mais dans une plus grande partie de l’Ukraine ?

Nous aimerions vraiment que cette guerre se termine rapidement. Il est tout à fait possible que Trump arrive à obtenir un accord de paix ou qu’un cessez-le-feu soit signé et nous croyons à cette dernière option plus qu’à la première. Une vraie paix nécessite une révolution, en Russie et au Bélarus, qui détruise l’empire. Une révolution, non pas dans les termes d’un coup d’État armé et d’un changement de pouvoir, mais un processus de masse de changement profond du système des valeurs humaines et des relations socio-économiques. Un cessez-le-feu temporaire et une trêve imposée n’arrêteront pas la Russie dans ses plans de reprendre au moins les territoires qu’elle a possédé pendant 300 ans et au mieux d’en saisir de nouveaux. Quant aux États-Unis, Trump est l’archétype du capitaliste et de l’homme d’affaires ; le genre d’oligarque occidental qui fera tout pour l’Amérique (en tant que machine d’État et empire, non en tant que peuple). Il est dans son intérêt de soumettre l’Ukraine économiquement, autant que possible (tout comme les pays de l’UE, de l’Amérique latine ou du Moyen-Orient), il est dans l’intérêt de la Russie de faire des Ukrainien.nes des esclaves, non seulement économiquement, mais aussi spirituellement et mentalement. C’est là l’une des différences entre les deux empires, dans cette guerre. Nous aimerions voir la victoire de l’Ukraine et la défaite finale du Kremlin, mais en regardant les faits de manière réaliste, nous craignons que les prévisions pour les prochaines années ne soient pas très réjouissantes. Même si les Ukrainien.nes le souhaitent, nous doutons que le retour des territoires occupés après 2022, de Lougansk et de Donetsk et encore plus de la Crimée, soit réalisable dans les prochaines années. Pour le dire gentiment, l’Occident a eu un temps de retard dans la compréhension de ce que préparait le Kremlin et dans la fourniture d’aide militaire, qui aurait dû être livrée tout de suite. Maintenant, après trois ans, alors que la situation est dans une impasse, il est peu probable que quelque chose change. Bon, peut-être que Poutine va crever en s’étouffant avec un sandwich au caviar, et ensuite… :)))

 

Que pourraient faire les anarchistes d’Europe occidentale pour aider les anarchistes de la région BUR ? Auriez-vous quelque chose à leur dire ?

Les anarchistes en Europe occidentale traversent une période difficile, les gouvernements utilisent la guerre pour attaquer les droits et les libertés et tout manque de loyauté est présenté comme une activité dans l’intérêt de la Russie. Les opportunités d’activités illégales sont réduites et les mesures de sécurité sont renforcées. Dans ces conditions, il est très difficile pour les anarchistes qui sont obligé.es de fuir la Russie et le Bélarus d’obtenir un statut légal, on leur refuse souvent l’asile. Malheureusement, dans la plupart des cas nous ne pouvons pas nous passer des contacts avec l’État et l’administration, notamment pour les régularisations, c’est un processus long et compliqué, le soutien des compas est très important. Aidez vos compas non seulement à s’installer dans un nouvel endroit, mais à trouver leur place dans les luttes que vous menez. Ce serait génial que les compas occidentaux.les ne regardent pas la propagande du Kremlin, comme RT, mais saisissent et attaquent les yachts, les manoirs et les bureaux appartenant à des oligarques russes, en Europe. Nous savons que de tels cas se sont produits, mais ce n’est pas encore suffisant.

De plus, il y a besoin d’aide pour les anarchistes ukrainien.nes au front, ainsi que pour les volontaires à l’arrière ; ils/elles écrivent à propos de leur travail de combat et de l’aide qui est nécessaire sur plusieurs chaînes Telegram, comme Solidarity Collectives (@SolidarityCollectives) et GNIP (t.me/gnimperialpride). Malheureusement, nous devons encore expliquer à beaucoup de compas occidentaux.les, qui ne connaissent pas le contexte politique ou historique de la région BUR, à quel point l’héritage impérial de la Russie est fort ici. Il y a toujours la possibilité de le découvrir, de demander aux compas originaires de la BUR pourquoi elles/ils font cela et comment ils/elles le font. C’est seulement dans le dialogue et le respect mutuel que la compréhension fraternelle peut être atteinte. À cet égard, il est important de traiter la notion d’« impérialisme » de manière plus approfondie et plus polyvalente, sans se fixer sur le scintillement occidental. Nous avons aussi besoin d’un soutien matériel constant pour les anarchistes biélorusses en prison et leurs familles. Vous pouvez aider en faisant un don à l’ABC biélorusse.

 

 

Notes d’Attaque :
* Viktor Ianoukovytch, président de l’Ukraine de 2010 à 2014, quand il s’est enfuit en Russie suite à la révolution de Maïdan.
** Entre l’automne 2017 et le début de l’année 2018, une douzaine de personnes ont été arrêtées à Penza et Saint-Petersbourg) , tandis que d’autres ont réussi s’enfuir. Les flics les accusaient d’avoir constitué une organisation terroriste. Tous les interpellés ont été durement torturés, pour leur faire signer des aveux (seulement deux ont tenu bon et refusé de coopérer). Des journalistes et activistes des droits de l’homme qui documentaient ou dénonçaient ces abus ont également été pris pour cible. Les personnes arrêtées à Penza ont été condamnées à des peines allant de six à dix-huit ans de prison, celles de Saint-Petersbourg à des peines légèrement plus courtes. Des compas russes ont par la suite dénoncé le fait que la plupart des inculpés de Penza étaient impliqués dans un important trafic de drogue, ce qui a fait que l’un d’entre eux a assassiné deux personnes qui voulaient s’en éloigner.
*** La Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes [Революційна Конфедерація Анархістів-Синдикалістів, RKAS] fondée à Donetsk en 1994 et par la suite active dans toute l’Ukraine. Elle s’est auto-dissoute en 2014, suite à la prise du pouvoir, dans le Donbass, par les séparatistes pro-russes. On pourra trouver ici (en italien) un entretien avec deux anciens membres, qui parlent de cette organisation (et de leur actuel engagement dans la résistance ukrainienne).
**** En août 2022, la police a interpellé deux anarchistes, dans la ville sibérienne de Tioumen. Lors des perquisitions, les flics auraient trouvé des explosifs. Quatre autre compagnons ont été interpellés et, sous la torture, certains des six ont fait des aveux (comme leur volonté d’effectuer des sabotages de lignes ferroviaires et des attaques contre des bureaux de recrutement de l’armée et des postes de police), qu’ils ont retirés par la suite. Un seul a maintenu ses déclarations, en passant un marché avec les flics. Les cinq autres, accusés de « création et participation à une organisation terrorisme », de « préparation d’un acte de terrorisme », de « fabrication et de possession d’explosif », se trouvent actuellement en prison, dans l’attente de leur procès.

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Russie : Résistance radicale (mai 2025) https://attaque.noblogs.org/post/2025/05/31/russie-resistance-radicale-mai-2025/ Sat, 31 May 2025 16:19:57 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59490 Continuer la lecture ]]> A2day / jeudi 29 mai 2025

Belgorod

Le 23 mai, les Partisans du kraï de Severskaïa (KUNR), en collaboration avec Atesh [un mouvement de guérilla criméen ; NdAtt.], ont mené une attaque incendiaire contre une voiture appartenant à un opérateur de drones des Forces armées de la fédération de Russie. Information issue des chaînes Telegram severia_gov et atesh_ua.

 

Oblast de Belgorod

Le 26 mai, des personnes non identifiées ont placé au moins sept engins explosifs artisanaux, d’une capacité de 2 kg de TNT chacun, sur une voie ferrée du district de Novooskolsky, dans la région de Belgorod.

L’un d’entre eux a explosé, vraisemblablement pendant qu’un train passait sur le tronçon miné. Un wagon du train de marchandises a été endommagé.

Depuis le début de l’année 2022, les Chemins de fer russes utilisent la ligne de la région de Belgorod au service du ministère russe de la Défense, y compris pour le transfert rapide de cargaisons militaires entre les districts militaires.

 

Oblast de Léningrad

Le 24 mai, vers 22 heures, il y a eu un incendie dans l’entrepôt de produits militaires de l’organisation « de bénévolat » appelée « Nous sommes ensemble », dans le bâtiment de l’ancienne gare routière de la ville de Podporojié, dans l’oblast [région administrative] de Léningrad. Les dégâts causés par l’incendie s’élèvent à au moins 400 000 roubles [environ 4 500 euros, au change d’aujourd’hui ; NdAtt.].

L’identité de l’incendiaire a été établie par les caméras de vidéosurveillance externes, à proximité de l’installation.

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Riazan (Russie) : L’anarchiste Ruslan Sidiki condamné à 29 ans https://attaque.noblogs.org/post/2025/05/25/riazan-russie-lanarchiste-ruslan-sidiki-condamne-a-29-ans/ Sun, 25 May 2025 17:15:29 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59403 Continuer la lecture ]]> Avtonom / samedi 24 mai 2025

L’anarchiste Ruslan Sidiki condamné à 29 ans de détention dans une colonie pénitentiaire de sécurité maximale

Comme rapporté par un correspondant de Mediazona depuis la salle de tribunal, hier, le 23 mai, le juge Oleg Shishov du Deuxième tribunal militaire du District ouest, lors d’une audience hors site au tribunal militaire de la garnison de Riazan, a condamné Ruslan Sidiki, de 37 ans, à 29 ans de détention dans une colonie pénitentiaire de haute sécurité.

Sidiki purgera les neuf premières années en prison, ensuite il sera transféré dans une colonie à régime strict. La peine totale est le résultat du cumul des accusations en vertu de cinq articles du Code pénal. Sidiki a aussi été condamné à une amende de 2 millions de roubles (21 500 euros).

La cour a aussi validé les poursuites civiles intentées par les victimes :
– Alexander Bogatyrev, un chauffeur de camion qui est passé sur l’un des drones abandonnés par Sidiki, recevra 250 000 roubles (2 690 euros).
– Dmitry Unshakov, un technicien des chemins de fer dont le train a déraillé après une explosion, recevra 300 000 roubles (3 230 euros).
– Sergey Tarabukin, l’assistant technicien, recevra 350 000 roubles (3 760 euros).

Les compensations supplémentaires ordonnées :
– aux chemins de fer russes (RZhD) : 3,6 millions de roubles (38 700 euros).
– À Rosagrotrans : 13,2 millions de roubles (141 900 euros).
– À une entreprise d’engrais dont la cargaison se trouvait sur le train déraillé : 38,1 millions de roubles (410 000 euros).

Dans sa déclaration finale, Sidiki a une fois de plus affirmé qu’il avait été torturé après son arrestation et il a précisé que son but était de mettre hors d’usage l’infrastructure militaire russe.
Le procureur Boris Matorin a requis une condamnation à trente ans, dans une colonie à régime strict.
Le procureur a accusé Sidiki d’avoir orchestré une explosion contre un train et une attaque contre un aérodrome militaire [voir ici ; NdAtt.] près de Riazan, supposément pour le compte des services de renseignement ukrainiens – des accusations que Sidiki n’a pas niées. Néanmoins, le procureur a aussi prétendu qu’il était allé en Turquie et en Lettonie pour un entraînement terroriste et qu’il préparait une troisième attaque. Sidiki a nié cela, en disant qu’il n’avait rien appris de nouveau lors de ses rencontres en Turquie et en Lettonie et qu’il n’avait pas pas programmé d’autres explosions, à cause de la dépression provoquée par le décès de sa grand-mère.

 

Les arguments de la défense

L’avocat, Igor Popovsky, a demandé à la cour :
– l’abandon de l’accusation d’entraînement au terrorisme.
– La reclassification des faits de l’aérodrome et du train, du niveau terroriste à celui de sabotage.
– Le rejet de l’accusation relative à la préparation d’une nouvelle explosion, à cause du manque de preuves.

La défense a aussi argumenté que Sidiki devrait être reconnu comme prisonnier de guerre, en vertu de la Convention de Genève de 1949, qui accorde ce statut aux membres des organisations de résistance opérant en territoire ennemi.

 

La déclaration finale de Sidiki devant la cour

« Je regrette que mes actions aient mis en danger [Alexander] Bogatyrev, [Sergey] Tarabukin et [Dmitry] Unshakov. Ils n’étaient pas mes cibles et je suis heureux qu’aucun préjudice grave ne leur soit arrivé.

Mon objectif était le matériel militaire russe, ainsi que les chaînes logistiques utilisées pour transporter celui-ci et le carburant. Je voulais compliquer les opérations de combat contre l’Ukraine.
Bien sûr, toute explosion ou nouvelle sur des sabotages peut effrayer des gens. Mais c’est le cas aussi pour les survols de missiles et de début d’opérations militaires – ils sont destinés eux aussi à terroriser les populations civiles.

J’ai déclaré à plusieurs reprises que je n’avais pas l’intention d’intimider délibérément qui que ce soit. J’ai moi-même choisi mes cibles. J’ai attaqué la zone de stationnement des avions militaires pour détruire des avions de combat. J’ai fait sauter la ligne ferroviaire pour la mettre hors d’usage, après avoir confirmé que des transports militaires l’utilisaient.
Je me suis assuré qu’aucun train de voyageur.euses ne circulait sur la voie que j’ai sabotée et j’ai maintenu un contact visuel pour confirmer cela. Si je ne me souciais pas de la vie humaine, j’aurais pu faire dérailler un train sans être physiquement présent.

Je n’ai rien à voir avec la tentative supposée de fabriquer un nouvel engin explosif ou de faire sauter un autre train. Après l’explosion du 11 novembre 2023, j’ai su que la sécurité allait être resserrée. De plus, j’avais de nombreux problèmes personnels.
Je n’ai aucune rancune à l’encontre du peuple de Russie. Depuis [20]14, j’ai des désaccords sur ce qui se passe, mais ce n’est pas une raison pour haïr qui que ce soit.
Quand les moyens pacifiques d’influencer les décisions du gouvernement ne sont pas disponibles et la dissidence est criminalisée, certaines personnes émigrent, tandis que d’autres agissent.

Peu importe la gravité du crime, la torture pendant un interrogatoire est inacceptable dans un État de droit. Électrocuter et frapper une personne arrêtée est quelque chose d’abject. La responsabilité incombe non seulement à ceux qui commettent de tels actes, mais aussi à ceux qui savent et ne font rien.

Et, pour finir, je lirai une strophe de Nestor Makhno :
« Même si, maintenant, ils nous enterrent,
Notre vérité ne sera pas balayée.
Elle surgira quand le moment viendra,
Et elle gagnera – je crois en ce jour ! »

 

L’adresse pour lui écrire :
Sidiki Ruslan Kasemovich (né en 1988) [Сидики Руслан Касемович (1988 г. р.)]
SIZO-1 [СИЗО-1]
Pervomaiskii pr-t, 27 [Первомайский пр.-т, 27]
390013, Riazan [г. Рязань] (Russie)

Les lettres peuvent être envoyée via les services F-pismo et PrisonMail.Online (ce deuxième site accepté les cartes de crédit internationales).
Veuillez noter que les lettres doivent être écrites en russe – vous pouvez utiliser des outils de traduction en ligne.

Solidarity Zone collecte des fonds pour Ruslan Sidiki.

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Iekaterinbourg (Russie) : L’anarchiste Alexey Rozhkov condamné à seize ans de prison https://attaque.noblogs.org/post/2025/05/23/iekaterinbourg-russie-lanarchiste-alexey-rozhkov-condamne-a-seize-ans-de-prison/ Fri, 23 May 2025 16:46:09 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59386 Continuer la lecture ]]> Avtonom / vendredi 23 mai 2025

L’anarchiste Alexey Rozhkov condamné à seize ans de prison pour avoir mis le feu à un bureau de recrutement de l’armée

Rozhkov a mené la troisième attaque incendiaire connue contre un bureau de recrutement de l’armée, après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par l’armée russe. Il a réalisé ce geste le 11 mars 2022, comme une forme de protestation et un moyen d’attirer l’attention sur cette situation. Dans un entretien qu’Ivan Atashin a réalisée avec Alexey, en décembre 2022 – quand il avait réussi à s’enfuir au Kirghizistan – l’anarchiste a expliqué ses motivations :

« J’ai juste compris que je ne pouvais pas rester indifférent. (…) Chaque guerre signifie la mort, pour les gens ordinaires et simples. La guerre, au 21e siècle, me semble quelque chose de complètement étranger. Surtout avec des raisons si absurdes [que celles qu’ils ont données]. Nous avons annexé la Crimée en 2014 et déjà à l’époque j’ai dit que tout cela avait était fait pour rien. La Crimée n’est pas à nous et elle ne le sera jamais. Il y aura des conséquences. Et c’est exactement ce qui s’est passé.

Je me sent profondément bouleversé par le fait que des gens meurent – des civil.es meurent, ainsi que ceux qui ne veulent pas combattre mais qui ont été enrôlés et meurent quand-même. Je voulais faire une déclaration, pour que les gens luttent contre cette guerre. Je voulais influencer la situation, faire quelque chose pour arrêter ou au moins affaiblir [l’armée russe]. C’est pourquoi j’ai mis le feu au bureau de recrutement de l’armée. »

Jusqu’à l’automne 2022, de tels incendies n’étaient pas toujours classés comme du terrorisme. C’est pourquoi, après six mois dans un centre de détention préventive (SIZO), Rozhkov a été libéré, avec une interdiction de sortir du pays, car au début il avait été accusé d’un délit de gravité moyenne, une dégradation de la propriété d’autrui. Alexey a réussi à s’échapper au Kirghizistan, en attendant les documents pour aller dans un pays de l’Union européenne. Mais le processus bureaucratique a été péniblement lent. Après six mois, le FSB [le service de renseignement de la Fédération de Russie, digne héritier du KGB ; NdAtt.] et les autorités kirghizes (le GKNB [leurs cousins du cru ; NdAtt.]) ont organisé une opération secrète pour enlever Rozhkov, le ramener en Russie, le torturer et le renvoyer en détention préventive.

Ensuite, le chef d’accusation a été re-classifié comme « terrorisme ». Rozhkov a été accusé aussi d’« apologie de terrorisme » et de diffuser des « fausses informations » sur l’armée russe, en raison d’une interview qu’il a donnée à la chaîne [de médias sociaux de l’opposition libérale ; NdAtt.] Khodorkovsky Live.

La sentence : seize ans. Une sentence similaire a été donnée à l’anarchiste Roman Shvedov, originaire de la région de Rostov, qui a mis le feu à un bâtiment du gouvernement utilisé pour enrôler des gens pour la guerre. Après avoir reçu sa sentence, il s’est suicidé [voir ici ; NdAtt.].

Comme chose minimale, vous pouvez écrire une lettre à Alexey Rozhkov. Rien ne soutient un.e prisonnier.e plus que des liens humaines. Il n’y a pas besoin de pitié ou de faux espoirs – ce qui compte est de montrer qu’on se rappelle de lui et de lui donner de l’espace pour s’exprimer. Vous pouvez partager avec lui des histoires d’autres prisonnier.es politiques qui ont enduré de nombreuses années en prison mais qui sont resté.es fort.es et qui ont eu un impact, après leur libération – de telles histoires ont toujours été une source d’inspiration pour lui. Ou vous pouvez simplement parler de quelque chose qui n’a rien à voir – un rappel qu’il y a une vie au-delà des murs de la prison.

L’adresse pour lui écrire :

Rozhkov Alexey Igorevich (né en 1997) [Рожков Алексей Игоревич, 1997 г.р.]
SIZO-1 [СИЗО-1]
ul. Repina, 4 [ул. Репина, 4]
620019 Iekaterinbourg [г. Екатеринбург] (Russie)

Les lettres doivent être écrites en russe, vous pouvez utiliser des outils de traduction automatique en ligne.
Si vous êtes en dehors de Russie et vous ne pouvez pas utiliser le service Zonatelecom, écrivez à ABC-Moscou, à l’adresse : abc-msk [at] riseup.net

[…]

Aucun.e d’entre nous n’est libre, tant que nous ne sommes pas tou.tes libres.

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Riazan (Russie) : Le procès de Ruslan Sidiki a commencé https://attaque.noblogs.org/post/2025/05/23/riazan-russie-le-proces-de-ruslan-sidiki-a-commence/ Fri, 23 May 2025 16:41:56 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59388 Continuer la lecture ]]> Avtonom / jeudi 22 mai 2025

Le procès de Ruslan Sidiki a commencé, à Riazan – il y aura des audiences tous les jours

Mardi 13 mai, à Riazan, une kyrielle de juges du Deuxième tribunal militaire du District ouest a commencé les audiences sur le fond dans l’affaire de l’anarchiste Ruslan Sidiki, qui est accusé en vertu d’articles du code pénal portant sur le « terrorisme », pour deux attaques contre des infrastructures militaires.

Ruslan Sidiki a été conduit dans la salle d’audience attaché avec des chaînes, qui n’ont pas été retirées même quand il était à l’intérieur de la cage des accusés. Il y a avait dix flics dans la salle, dont certains armés de fusils. Comme l’a noté un participant : « Le niveau de sécurité était comme celui du Kremlin ». Le procureur Boris Motorin a demandé que le procès se tienne à huis clos, en affirmant qu’il sera question de « méthodes pour mener à bien des activités terroristes » et de détails sur l’aérodrome militaire de Diaguilevo, que Sidiki a essayé d’attaquer. Il a aussi affirmé que des techniques d’investigation pourraient être révélées. Cependant, l’avocat de la défense, Igor Popovsky, et Sidiki lui-même ont soulevé une objection, en déclarant que les dossiers de cette affaire ne contiennent aucun secret d’État. Le juge Oleg Shishov a rejeté la demande du procureur, mais il a interdit les enregistrements photo, vidéo et audio.

Lors de la première audience :
– le procureur a lu les chefs d’inculpation.
– Quatre représentants des victimes ont été interrogés.
– Une partie des documents du dossier a été lue.

 

Le procès de Ruslan Sidiki, deuxième jour – 14 mai

L’audience s’est déroulée de 11h à 19h, avec une pause pour le déjeuner. Le procureur a lu les documents du dossier et trois témoins ont été interrogés. Deux d’entre sont des habitants du secteur, qui n’ont pas pu fournir aucun témoignage significatif.

Le troisième témoin était O.V. Melnikov, un représentant de l’unité militaire de l’aérodrome de Diaguilevo. Il a déclaré qu’il n’y a pas eu de dégâts à cause à l’explosion du quadrirotor que Sidiki a lancé. Le drone est tombé sur une aire de stationnement pour avions, mais, à ce moment-là, aucun avion ne s’y trouvait. L’avion le plus proche était situé à plusieurs centaines de mètres du lieu de l’explosion.

Nous rappelons que Ruslan Sidiki reconnaît avoir essayé d’endommager des avions de bombardement utilisés pour attaquer l’Ukraine, mais il ne considère pas ses actions comme un acte de terrorisme. Dans une lettre publiée par Mediazona, il a écrit, sur ses motivations :

« Le bourdonnement des Tu-22 et des Tu-95 [des bombardiers historiques de l’Union soviétique, note de la traductrice] que j’entendais à travers ma fenêtre correspondaient aux frappes sur l’Ukraine, ce qui m’a déterminé quant au choix de la cible : l’aéroport militaire Diaguilevo, situé à seulement 10 kilomètres de chez moi. J’habitais avec ma grand-mère âgée de 80 ans et je comprenais à quel point il est difficile pour les personnes âgées et malades de vivre sans chauffage ni éclairage l’hiver. En remplissant mon bain d’eau chaude, je pensais à celleux qui, à un millier de kilomètres de moi, étaient privé-es des conditions de vie basiques par les ambitions géopolitiques de certains. Ceux qui continuent à parler, comme si de rien n’était, des « peuples fraternels » et à raconter que « la Russie ne fait pas la guerre aux civil-es ». »

 

Le procès de Ruslan Sidiki, troisième jour – 15 mai

Cette audience du tribunal a inclus des témoignages d’amis d’enfance de Ruslan et de trois habitants du secteur. De plus, le procureur Boris Motorin a terminé la lecture des documents de l’affaire. La prochaine audience est prévue pour le 20 mai, à 11h. Il est prévu que, lors de cette séance, Ruslan lui-même soit interrogé.

Ruslan Sidiki a été arrêté fin novembre 2023, suspecté d’avoir saboté des voies ferrées, ce qui a provoqué le déraillement de 19 wagons de fret. Plus tard, les accusations ont été étendues, pour inclure une attaque par drone contre l’aérodrome de Diaguilevo, dans l’été 2023, et la préparation d’une autre action de sabotage du chemin de fer.

Sidiki reconnaît le sabotage du chemin de fer et l’envoi de drones avec des explosifs contre l’aérodrome militaire, mais il ne considère pas ces actes comme du terrorisme. Il souligne qu’il a planifié les actions de manière à éviter de blesser des personnes, dans le seul but d’endommager l’infrastructure militaire.
Fin août 2024, Sidiki a raconté publiquement qu’il avait été torturé pendant son arrestation et il a déposé une plainte auprès du Comité d’enquête. Jusqu’à présent, aucune mesure n’a été prise par les autorités, malgré leurs obligations légales.

 

L’adresse pour lui écrire :

Sidiki Ruslan Kasemovich (né en 1988) [Сидики Руслан Касемович (1988 г. р.)]
SIZO-1 [СИЗО-1]
Pervomaiskii pr-t, 27 [Первомайский пр.-т, 27]
390013, Riazan [г. Рязань] (Russie)

Veuillez noter que les lettres doivent être écrites en russe. Vous pouvez utiliser des outils de traduction automatique en ligne.

Solidarity Zone fournit du soutien à Ruslan Sidik. Participez à leur collecte de fonds pour soutenir les frais de justice de Ruslan.

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Des choix – l’histoire d’un antifasciste ukrainien https://attaque.noblogs.org/post/2025/05/11/des-choix-lhistoire-dun-antifasciste-ukrainien/ Sun, 11 May 2025 15:45:16 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59242 Continuer la lecture ]]> Takku / jeudi 20 mars 2025

Salut, je suis Oleksandr Kolchenko, un anarchiste, antifasciste et ancien prisonnier politique, originaire de Crimée.

En tant qu’activiste politique, j’ai été largement façonné par le mouvement antifasciste et le milieu punk hardcore. Ma vie comprenait des fréquentes bagarres de rue avec des nazis, la sécurité lors de concerts hardcore et des événements de solidarité pour des anarchistes et des antifascistes russes. Mes compas et moi avons également participé à des luttes environnementales, dont la plus importante a été le camp international de protestation contre le terminal à charbon de Sébastopol, en 2009.

Cependant, en 2014 nous nous sommes retrouvé.es dans une nouvelle situation, où nos anciennes doctrines ne s’appliquaient plus.

Par exemple, une fois, nous avions organisé un rassemblement en mémoire des personnes tuées par la police sur Maïdan. Nous avons déposé des fleurs devant le bâtiment du Conseil des ministres et allumé des bougies sur la place centrale de Simferopol [capitale de la république autonome de Crimée, créée en 1995 au sein de l’Ukraine et occupée par la Russie en 2014 ; NdAtt.]. De nombreux provocateurs sont venus à cet événement. L’un d’eux, un homme agressif, a commencé à nous suivre après la fin de l’évènement. Il nous a provoqué.es, nous et les passant.es, en criant que nous étions des partisans de Bandera [Stepan Bandera, fasciste ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie ; NdAtt.].

Ce n’était pas clair si ce type était sobre ou bourré. Il nous a suivi.es jusqu’à un supermarché où, à cause de ses cris, nous avons été encerclé.es par un groupe de personnes âgées suspicieuses. Nous leur avons expliqué que nous étions antifascistes.

Par hasard, dans le supermarché il y avait aussi de jeunes hooligans de foot, âgés de 15 à 18 ans. Quand ils ont entendu que nous étions des antifascistes, ils ont commencé à se mettre des protège-dents en bouche et des masques sur le visage, malgré le fait qu’ils étaient tout le temps sous la surveillance des caméras. Pour notre part, nous avons commencé à sortir de nos poches des marteaux en caoutchouc, montrant que, malgré leur supériorité numérique, nous ne nous laisserions pas faire. En même temps, nous avons essayé d’éviter une bagarre dans le magasin, en discutant. Un de mes compagnons a appelé un ami, un hooligan apolitique, lui a expliqué la situation et a demandé que des mesures éducatives soient prises à l’encontre de ces jeunes.

Une fois que la situation a été résolue, nous sommes allé.es dans un bar, à un arrêt de bus de distance du supermarché en question. Nous y avons passé un peu de temps. Une des compagnonnes du groupe était déjà partie, mais elle nous a vite appelés pour nous dire que tout le groupe de jeunes hooligans de foot venait dans notre direction. Nous n’étions plus que deux. Mon compagnon est allé passer un coup de fil et vérifier la situation à l’extérieur. Il est revenu et m’a dit que nous allions nous battre. J’ai dit « nous sommes deux ». « Non, trois » m’a-t-il répondu.

Je me demandais qui était le troisième. Qui se porterait volontaire pour se faire tabasser par un groupe de jeunes ? Le compagnon m’a donné le pseudo d’un vieil adversaire appartenant à l’extrême droite, bien connu. Il nous avait attaqués par derrière à plusieurs reprises – et nous l’avions attaqué. Maintenant, il allait se battre à nos côtés, prêt à contrer une force supérieure.

Nous sommes allés dehors, où ce type a ensuite parlé à un représentant des hooligans du club de football de Simferopol, le Tavria[1], les accusant de ne pas faire correctement leur travail auprès des la jeunesse et que leurs jeunes se rendaient par bus entiers aux protestations anti-Maïdan, pour gagner de l’argent[2]. Le type d’extrême droite qui était venu à nos côtés a ajouté que son groupe avait réussi à arrêter l’un des bus, sur le chemin du retour, à s’emparer de l’argent sale et à dire aux jeunes que la prochaine fois ils seraient expulsés du milieu des hooligans. Le gars de Tavria écoutait la tête baissée et n’a pu rien dire pour répondre à ces accusations.

Les jours suivants, nous nous sommes rencontré.es dans un bar, nous avons regardé les événements de Maïdan, nous avons discuté de ce que nous pouvions faire à Simferopol et en général en Crimée. Nous avons fait remarquer au type d’extrême droite que, par le passé, dans les combats, il s’était comporté sans aucun honneur, même selon le code de la rue. Il s’est aussi plaint de notre comportement passé.

Plus tard, quand il y a eu une marche de protestation à Simferopol, en mémoire de toutes les personnes qui étaient mortes à Maïdan le 23 février [2014 ; NdAtt.], nous sommes arrivé.es avec notre bande antifasciste pour participer à l’événement et assurer la sécurité. Quand nous nous sommes approché.es du groupe d’extrémistes de droite, nous avons salué les plus dignes d’entre eux. Nous avons ignoré le reste, en signe de protestation. Vous auriez dû voir leurs expressions !

Ils nous regardaient, nous et leurs camarades, avec incrédulité, incapables de comprendre ce qui se passait. À peu près à la même époque, début 2014, à Simferopol, nous avons commencé à communiquer avec un autre bonehead, contre lequel nous nous étions battu.es à de nombreuses reprises au cours des années 2000.

Depuis lors, il a révisé ses opinions et adopté une position antifasciste. Nous sommes encore en bons termes avec lui. Ainsi, en 2014, tout est passé à un autre niveau. Tu devais faire un choix : soit tu était du côté du peuple ukrainien, soit du côté de la police et de l’État.

En février-mars 2014, des soldats russes sans insignes ont occupé la péninsule de Crimée. Plus tard, le 16 mars, un prétendu référendum a été organisé, pour légaliser l’occupation. Les observateurs du référendum venaient de Russie et des partis européens d’extrême droite, pro-russes. Dans l’ensemble, beaucoup de gens avaient été amenés de Russie. Pour moi, déjà à cette époque, la situation politique en Russie était très claire. Nous avions organisé des événements en mémoire de Stanislav Markelov et Anastasia Baburova[3] et en soutien des prisonniers de l’affaire Bolotnaïa[4]. Je n’avais aucun doute sur le fait que, en 2014, la Russie était un État policier qui devait être combattu par tous les moyens possibles.

Au début, nous avons participé à des manifestations contre la guerre, avec des ami.es et des compas. Ensuite, des provocateurs mandatés et payés par le gouvernement ont commencé à se rendre sur les lieux de rassemblement, en plus grand nombre que les manifestant.es elles/eux-mêmes, et leur tâche principale était d’utiliser la violence contre les participant.es. À cette époque, des travailleur.es d’une compagnie locale de trolleybus manifestaient aussi, demandant le paiement des arriérés de salaires. Ils/elles ont immédiatement été approché.es par un groupe d’hommes en uniforme sans insignes, qui ont pointé leurs armes sur les manifestant.es et leur ont poliment demandé de se disperser. Ensuite, des signalements sur les premier.es activistes disparu.es et kidnappé.es ont commencé à arriver.

À la lumière de tout ce qui précède, j’ai compris que les moyens légaux de résistance avaient été épuisés et j’ai accepté la proposition de participer à l’incendie de l’ancien bureau du Parti des régions. Le bureau était utilisé comme lieu de torture et d’interrogatoire pour toute personne soupçonnée d’activité anti-russe.

Le 16 mai, j’ai été arrêté par le FSB [le service de renseignement de la Fédération de Russie ; NdAtt.] et ensuite j’ai été emmené à Moscou. Des compas en Ukraine, mais aussi en Russie et dans d’autres pays, ont organisé une campagne pour nous soutenir, moi et Oleh Sentsov[5]. La campagne impliquait aussi des institutions officielles ukrainiennes, comme le Ministère des Affaires étrangères, et des militant.es du monde entier. Parmi ceux/celles-ci, il y avait des anarchistes et des antifascistes, ainsi que d’autres personnes qui étaient en faveur de l’Ukraine. Le soutien était tangible. J’ai reçu beaucoup de lettres et cartes postales de différents pays, tant de l’ex-Union soviétique – Ukraine, Bélarus et Russie – que de pays occidentaux, dont la Finlande, la Suède, le Canada, les États-Unis et l’Australie.

J’ai passé cinq ans et quatre mois dans une prison russe. Grâce à mes compas et plus généralement à des personnes pleines de bonnes intentions, mon séjour en prison a été relativement confortable, enfin, pour une prison. Grâce à leur soutien, j’ai pu, dans une certaine mesure, contourner les restrictions sur les lectures, commander des livres et des journaux relativement récents, qui étaient relativement acceptables dans une prison russe et, de temps en temps, acheter de la bonne nourriture. Il vaut aussi la peine de noter que le fait de recevoir des lettres et des cartes postales n’est pas seulement agréable en soi et rafraîchissant au milieu de la routine carcérale, mais montre aussi à l’administration pénitentiaire que le prisonnier a de son côté le soutien de la société. Cela pourrait réduire l’enthousiasme de l’administration pénitentiaire et des matons à augmenter l’inconfort quotidien du/de la prisonnier.e.

Le 7 septembre 2019, nous avons été libérés, dans le cadre d’un grand échange de prisonnier.es, et amenés à Kiev. Cela n’aurait pas été possible sans une campagne de soutien et d’information. À cette époque, la Russie réagissait encore, d’une certaine manière, aux pressions extérieures et maintenait au moins un quelque semblant de démocratie et de légalité. Maintenant, tous ces masques ont été enlevés. Mes impressions dans une prison russe et les conditions actuelles là-bas semblent venir de deux mondes différents. Si tu regardes les photos des prisonnier.es de guerre des dernières années, avant et après la prison russe, tu comprends à quel point les conditions ont changé. Sur les photos, les prisonnier.es de guerre libéré.es ressemblent aux prisonnier.es des camps de concentration.

Avant mon emprisonnement, j’avais vécu pratiquement toute ma vie en Crimée. Quand elle a été annexée, j’ai perdu ma maison. Peu après ma sortie de prison, le groupe anarcho-communiste BOAK[6] a publié un texte intitulé Anarchist Solution to Crimea[7]. J’étais furieux parce qu’on y faisait référence au référendum, bien que cela ait été un mensonge, une couverture pour l’occupation. Il semblait que les opinions de ceux/celles qui, ouvertement ou silencieusement, avaient accepté l’annexion de la Crimée avaient été entendues. Les opinions des opprimé.es et des réfugié.es avaient été mises de côté. Le texte était anonyme, je ne connaissais donc pas son auteur. Après la mort de Dmitry Petrov[8], en 2023, il s’est avéré que la plupart des textes de ce groupe avaient été écrits par lui. En 2019, il avait donc un certain point de vue, mais la suite des événements et la réalité de 2022 l’ont amené à conclure que l’on peut choisir le moindre de deux maux. En tant que personne honnête, il a fait son choix, il a rejoint la défense de l’Ukraine dès le premier jour de la guerre et a beaucoup fait pour créer une unité anarchiste ou une compagnie anti-autoritaire au sein de l’armée. Je peux ne pas être d’accord avec lui sur tout, mais Dmitry Petrov est un compagnon avec lequel j’aurais été heureux de discuter, s’il n’était pas mort.
Fin 2023, j’ai donné une interview à la publication anarchiste Contradictions/Kontradikce [voir ici ; NdAtt.]. Le même recueil, publié début 2024, comprenait aussi des entretiens avec une petite secte anarchiste appelée KRAS[9]. Cette secte n’a aucune influence en Russie, mais elle est très populaire dans certains pays d’Europe du Sud. La secte écrit sur la lutte de classe sans compromis, la révolution sociale et elle appelle les anarchistes ukrainien.nes « anarcho-patriotes » et « anarcho-nationalistes ». Par curiosité, j’ai regardé un streaming d’un représentant de cette secte, dans lequel il parle de la situation actuelle en Russie, de comment c’est difficile d’y organiser des protestations, sans parler d’une activité syndicale significative. Il se plaint que les gens y vivent sous la menace constante de la répression et de l’oppression. Le streaming est tellement en contraste avec la rhétorique générale du groupe qu’il sonne drôle et pathétique.

Le deuxième jour de l’invasion russe à grande échelle, j’ai décidé de rejoindre les forces armées ukrainiennes. Je suis allé au bureau de recrutement le plus proche, mais il y avait une file d’attente d’un kilomètre. Je n’ai pas attendu, mais j’ai appelé une personne que j’avais rencontrée quelques jours plus tôt, à la première du film Rhinocéros, d’Oleh Sentsov[10]. Il avait appartenu à des milieux nationalistes, mais avait révisé ses opinions et était donc un gars correct. Je lui ai demandé si je pouvais rejoindre son groupe. Moi et quelques-uns de mes anciens compagnons de Crimée sommes allés à sa base, où nous sommes restés quelques jours, parce qu’il y avait un couvre-feu absolu. Pendant ce temps, nous n’avons reçu aucune information sur notre recrutement officiel, quand nous allions recevoir nos armes, etc. Enfin, nous avons rejoint la compagnie Protasiv Yar, formée par des militants écologistes. Nous sommes allés à différentes adresses, pour chercher de potentiels saboteurs et espions qui auraient pu fournir des coordonnées pour les missiles. Seulement la moitié environ du groupe possédait des armes, certaines obtenues de manière officielle, d’autres de manière officieuse. À ce moment-là j’étais malade et je suis resté à la base pour monter la garde.

Ensuite, nous nous sommes organisés en deux groupes, qui devaient, alternativement, combattre dans la région de Kiev[11] ou maintenir une base et s’entraîner dans la ville. Cependant, le plan ne s’est pas concrétisé et tout le groupe est resté dans la ville pour garder les checkpoints et s’entraîner à des tactiques de guerre urbaine, sous la direction de notre nouvelle connaissance.

Bien que nous nous connaissions à peine, je n’ai jamais regretté cette rencontre, ni le fait d’avoir rejoint cette unité sous son commandement. Il est un bon exemple de leader anarchiste qui, au lieu de commander, organise les choses et inspire les autres à prendre des initiatives. Presque tous les jours, au début ou en fin de journée, on tenait une réunion – parfois une réunion générale, le plus souvent entre des « anciens », sélectionnés dans chaque salle – où on discutait des événements actuels, des plans pour l’avenir proche, des horaires d’entraînement, des problèmes et ainsi de suite.

Après la libération de la région de Kiev, nous sommes allés dans un village local, pour un camp d’entraînement, où nous nous sommes entraînés à des tactiques de combat et à des compétences médicales. À la fin de 2022, nous avons été transférés dans l’unité d’artillerie d’une brigade qui venait d’être formée, où je sers toujours.

Je veux dire quelques mots sur la raison pour laquelle je n’ai pas rejoint une unité anarchiste. Je craignais que toute l’opération ne s’enlise dans des discussions interminables sur la façon d’aborder telle ou telle question d’un point de vue idéologique. J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de commandants différents, les gens dans mes unités venaient de parcours politiques différents et personne n’a essayé d’imposer son opinion, mais chacun a été assez compréhensif avec les autres. C’est une sorte de pluralisme politique.

Maintenant, nous sommes dans une situation où nous devons faire face à des personnes avec des opinions politiques différentes, par exemple des racistes. Un soldat de notre unité a fait ressortir à plusieurs reprises ses opinions racistes. J’ai dit que, dans les années 2020, cela est extrêmement stupide. « Parmi les troupes ukrainiennes, se battent des gens de nombreuses origines ethniques et de l’autre côté, parmi les troupes russes, il y a tes frères blancs. » Après quelques discussions, il a admis que j’avais raison. Il convient toujours de noter qu’il est difficile de changer, pour des adultes, qui ont une vision du monde et un système de valeurs établis.

En conclusion, je voudrais dire que, depuis 2014, nous avons rencontré à plusieurs reprises des situations que nous n’aurions pas pu imaginer auparavant. En 2014, nous avons commencé à coopérer avec des personnes que nous avons combattu pendant des années et, en 2022, nous avons rejoint sans hésiter l’armée, envers laquelle nous avions toujours eu une attitude négative. À cette époque, ceux/celles que nous avons considéré.es comme nos compas peuvent soudainement rester silencieux.euses ou refuser de prendre parti dans cette guerre. Les adversaires d’hier peuvent se tendre la main. La guerre et l’occupation ont montré que nous, antifascistes et anarchistes, devons abandonner notre puritanisme isolé et sortir de nos vieilles ornières. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons véritablement lutter contre l’oppression.

Je voudrais remercier tou.tes celles/ceux qui n’ont eu aucune difficulté à choisir leur camp. Un grand merci à tous les collectifs, les organisations, les initiatives et les personnes de bonne volonté qui nous ont soutenu.es au fil des années.

 

Notes :
[1] SC Tavriya Simferopol.
[2] Le parti au pouvoir à l’époque, le « Parti des régions », pro-russe, payait des gens pour participer aux contre-manifestations opposées aux protestations de Maïdan, c’est-à-dire à l’anti-Maïdan mobilisé par le régime.
[3] Une organisation néonazie pro-Kremlin a assassiné l’avocat Stanislav Markelov et la journaliste Anastasia Baburova à Moscou, en 2009.
[4] L’« affaire de la place Bolotnaïa » fait référence à un procès au cours duquel près de quarante personnes ont été inculpées suite a une prétendue émeute sur la place Bolotnaïa, pendant une grande manifestation, à Moscou, en 2012. Dans ce procès, plusieurs anarchistes et antifascistes ont été condamnés à de longues peines de prison.
[5] Oleh Sentsov est un réalisateur, écrivain et activiste ukrainien qui, comme Kolchenko, a été arrêté en Crimée en 2014, condamné en Russie et relâché lors d’un échange de prisonnier.es en 2019.
[6] Боец Анархист, Боевая организация анархо-коммунистов, BOAK, Organisation de combat des anarcho-communistes.
[7] Анархистское решение для Крыма https://avtonom.org/freenews/anarhistskoe-reshenie-dlya-kryma
[8] Dmitry Petrov était un militant anarchiste russe, dont les activités allaient de la recherche académique et de l’écriture de livres à l’action directe militante et à la lutte armée. Il a été tué en combattant contre la Russie au sein des forces ukrainiennes, en avril 2023 [voir ici ; NdAtt.].
[9] KRAS-MAT, Confédération des anarcho-syndicalistes révolutionnaires.
[10] https://en.wikipedia.org/wiki/Rhino_(film)
[11] L’oblast de Kiev, ou région de Kiev, est la subdivision administrative entourant la capitale, mais qui ne comprend pas la ville de Kiev elle-même.

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Russie : Résistance radicale (du 15 mars au 30 avril 2025) https://attaque.noblogs.org/post/2025/05/03/russie-resistance-radicale-du-15-mars-au-30-avril-2025/ Sat, 03 May 2025 09:39:25 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59186 Continuer la lecture ]]> a2day / mercredi 30 avril 2025

[…]
Région de Samara

Dans la nuit du 18 au 19 avril, des personnes non identifiées ont mis le feu à l’immeuble administratif du district de Koshkinskiy, dans la région région de Samara.

L’incendie a commencé dans le bureau des services du logement, des services communaux et du bâtiment – du mobilier, de l’équipement et des documents ont été brûlés. L’incendie qui en a résulté a été éteint après une heure et demie. Des gants et un couvercle en plastique ont été retrouvés sur les lieux. Malgré la présence de caméras de surveillance sur le bâtiment de l’administration du district, il n’a pas été possible d’établir l’identité de l’incendiaire, car il/elle connaissait à l’avance leurs « angles morts ».

 

Krasnodar

Le 23 avril 2025, un militaire impliqué dans des crimes contre le peuple ukrainien a été attaqué à Krasnodar, dans le quartier de Gidrostroiteley.

Selon les données officielles :
– deux personnes non identifiées ont ouvert le feu, devant le fils de la cible.
– Au moins sept coups de feu ont été tirés.
– La victime, un homme né en 1978, a été hospitalisée avec des blessures par balle.
– La police a trouvé sur les lieux des douilles et une cartouche.
– Des barrages routiers ont été renforcés à toutes les sorties de Krasnodar, neuf points d’embouteillages ont été enregistrés dans la ville.

L’opération a été menée par des combattants de l’armée partisane « Vengeance » [ЧВК « Месть »], agissant en coordination avec le Mouvement partisans du Kouban, membre de la Coalition des nations libres (Coalition_of_Nations)

La déclaration a été confirmée à l’avance par un code de hachage chiffré : https://t.me/kpdchnik/3486

Élimination d’un militaire de l’armé de la Fédération de Russie impliqué dans des crimes de guerre en Ukraine.
L’objectif de l’opération était :
– Mikhail Ivanovich Danilyuk, un marin ayant participé à des crimes contre des citoyen.nes de l’Ukraine.
Un commentaire de la coalition :
« Nous vous avions mis en garde. Aucun des organisateurs, des auteurs et des complices de crimes contre la liberté et l’humanité ne sera en sécurité. Aucun barrage routier, aucune caméra ne protégera les auteurs des mains la justice. »

Un compte-rendu de la guérilla :

– le Réseau de guérilla continue à travailler sur des cibles à placer sur la DeXthNote.
– Ceci est un avertissement à tous les criminels de guerre. Tout le monde finira sur la liste.
– Auparavant, le 11 avril, l’armée partisane « Vengeance » avait revendiqué l’attentat contre l’ancien commandant militaire de Tchouvachie, Kholikov.

[…]

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Moscou (Russie) : Ruslan Sidiki transféré à la prison de Matrosskaïa Tichina https://attaque.noblogs.org/post/2025/04/12/moscou-russie-ruslan-sidiki-transfere-a-la-prison-de-matrosskaia-tichina/ Sat, 12 Apr 2025 17:27:07 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59026 Continuer la lecture ]]> Avtonom / vendredi 11 avril 2025

Cela a été révélé pendant la session du 9 avril du 2ème Tribunal militaire du district occidental, à Moscou, quand la détention préventive de Ruslan a été prolongée encore de six mois. La cour a également annoncé la date de la première audience sur le fond : elle aura lieu le 15 avril à 11h, dans le même tribunal.

Écrivez une lettre à Ruslan à sa nouvelle adresse : notre compagnon doit savoir qu’il ne fait pas face au système tout seul, surtout avant un procès qui pourrait porter à une peine d’emprisonnement à perpétuité.

Vous pouvez lire plus à propos de Ruslan Sidiki, dans son entretien.

L’adresse pour les lettres et les colis :
Sidiki Ruslan Kasemovich (né en 1988)
SIZO-1
ul. Matrosskaya Tishina, 18
107076 – Moscou (Russie)

Notez que toutes les lettres doivent être écrites en russe – pour ce faire, vous pouvez utiliser des outils de traduction automatique en ligne.

Les lettres peuvent également être envoyées par le biais des services F-pismo et PrisonMail.online (ce dernier accepte les cartes de crédit internationales).

Si vous prévoyez de lui envoyer un colis, notez s’il vous plaît que Ruslan essaie d’éviter de consommer de la viande.

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Russie : « On peut m’appeler partisan » https://attaque.noblogs.org/post/2025/03/25/russie-on-peut-mappeler-partisan/ Tue, 25 Mar 2025 17:31:14 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58746 Continuer la lecture ]]> Dans la brume / mardi 11 mars 2025

Le 11 novembre 2023, une explosion retentit sur le chemin de fer près de la ville de Riazan, en Russie, faisant chuter 19 wagons d’un train de marchandises. L’entreprise de logistique à laquelle appartenait le train et l’Etat estiment la somme totale des dégâts à près d’un demi-million d’euros.

Le 29 novembre, les flics arrêtent l’anarchiste Rouslan Sidiki qui finit par avouer sous la torture le sabotage du train, ainsi qu’une autre attaque visant un aéroport militaire. [cf. ici ; NdAtt.] Aujourd’hui, Rouslan est en détention provisoire en attente de jugement final qui pourrait aller jusqu’à une peine à perpétuité.

Dans des lettres envoyés à Ivan Astachine, publiés récemment par le média russe Mediazona, Rouslan raconte sa vie bouleversée par l’invasion russe de l’Ukraine, la préparation méticuleuse des actions de sabotage, ainsi que la torture et sa vie en détention.

 

« On peut m’appeler partisan. » L’anarchiste Rouslan Sidiki raconte comment il a fait déraillér un train et attaqué un aéroport militaire

 

Citoyen italien et russe, électricien de la ville de Riazan, explorateur des sites industriels, cycliste itinérant, anarchiste et partisan : tous ces mots peuvent servir à décrire Rouslan Sidiki, âgé de 36 ans. En été 2023, il a équipé quatre drones d’explosifs afin d’attaquer l’aéroport militaire de Diaguilevo près de Riazan. Puis, en automne, ayant décidé d’agir depuis le sol, il a abîmé un chemin de fer avec deux bombes, en faisant dérailler les 19 wagons d’un train commercial. Désormais en détention provisoire à Moscou, Sidiki attend l’audience qui pourrait le condamner à perpétuité. Dans ses lettres adressées à Mediazona, il raconte pourquoi il a décidé de se consacrer aux explosifs, comment sa première action de sabotage a été interrompue par un renard, ainsi que la différence entre la torture avec le téléphone soviétique « tapik » et celle avec un Taser (il a subi les deux).

 

L’attaque d’un aéroport militaire. « En vélo, j’ai amené quatre drones munis d’explosifs au milieu d’un champ. »

Le bourdonnement des Tu-22 et des Tu-95 [des bombardiers historiques de l’Union soviétique, note de la traductrice] que j’entendais à travers ma fenêtre correspondaient aux frappes sur l’Ukraine, ce qui m’a déterminé quant au choix de la cible : l’aéroport militaire Diaguilevo, situé à seulement 10 kilomètres de chez moi. J’habitais avec ma grand-mère âgée de 80 ans et je comprenais à quel point il est difficile pour les personnes âgées et malades de vivre sans chauffage ni éclairage l’hiver. En remplissant mon bain d’eau chaude, je pensais à celleux qui, à un millier de kilomètres de moi, étaient privé-es des conditions de vie basiques par les ambitions géopolitiques de certains. Ceux qui continuent à parler, comme si de rien n’était, des « peuples fraternels » et à raconter que « la Russie ne fait pas la guerre aux civil-es ».

Mon intérêt pour les explosifs remonte à une époque lointaine. Lorsque j’habitais en Italie, je suis tombé sur un article de journal annonçant une explosion censée empêcher la tenue de je ne sais plus quel festival. Cet article s’accompagnait d’un schéma approximatif de la bombe, dessinée de façon très détaillée. La simplicité et l’accessibilité de cet appareil m’ont séduit et c’est ce schéma précis que j’ai utilisé afin d’improviser mes propres engins explosifs, qui m’ont finalement servi pour mes actions de sabotage.

J’ai appris à remplir les bombes d’une matière explosive puissante quand j’avais autour de 18 ans, en téléchargeant simplement des recettes en ligne. Mais, sans compter quelques expérimentations à la campagne, je n’ai pas continué à m’y intéresser avant le début de l’année 2023. En plus de ça, j’avais moi-même construit un quadricoptère muni d’une caméra, car j’ai aussi une passion pour les aéronefs.

J’ai partagé mes plans concernant l’aéroport avec un camarade ukrainien, qui m’a mis en lien avec une personne expérimentée dans le domaine. Nous avons rapidement trouvé un langage commun et j’ai été invité en Lettonie pour tester mes compétences. En cas de succès, on a promis de m’aider à acheter un drone. Puis, je n’étais pas contre le fait de voyager pour une bonne cause. On a vérifié mon absence de liens avec les services de sécurité russes, ainsi que le bien-fondé de mes intentions. Il n’y a eu aucun accord concernant une rémunération éventuelle, les relations se nouaient d’égal à égal, de façon amicale, personne ne m’a donné d’ordre. En ayant acheté les composants du drone, j’ai mené des expériences concernant sa capacité à transporter du poids sur une longue distance.

Enfin, pour des raisons de sécurité, j’ai choisi le mode auto-pilote orienté via GPS avec un décollage à retardement. En vélo, j’ai amené quatre drones munis d’explosifs au milieu d’un champ, en faisant très attention sur le trajet, les substances explosives étant sensibles aux tremblements. Je me rassurais en me disant qu’en cas de détonation accidentelle, je n’aurais pas le temps de comprendre quoi que ce soit et mon corps ne pourrait sans doute pas être identifié.

Une fois que j’ai installé les drones en programmant leur décollage à trois heures plus tard et rentré les coordonnées GPS de l’endroit où se garaient les avions, je suis parti. Juste avant, j’avais remarqué un renard qui fouillait aux alentours, mais sans y prêter une attention particulière. Plus tard, j’ai appris par les médias que seulement l’un des quatre drones est arrivé à destination : sans doute le renard a renversé les trois autres.

Honnêtement, j’avais peur qu’on puisse me traquer jusqu’à chez moi, mais j’avais bien choisi le trajet, alternant entre des endroits sous vidéosurveillance et d’autres sans. En plus, le décalage entre le moment où j’ai quitté l’endroit et celui du décollage des drones était de trois heures. S’il n’y avait pas eu d’incident avec les aéronefs restés sur le champ, même cet endroit-là n’aurait pas pu être déterminé. Malgré tout, j’ai passé un mois à angoisser en écoutant le bruit des pas devant ma porte. Un mois plus tard, le stress est retombé : si on avait pu me retrouver, on l’aurait fait dans les semaines suivant l’action.

J’étais déçu que le sabotage ne s’était pas déroulé comme prévu. Je faisais régulièrement voler un drone de ma propre fabrication et, autour du mois d’août, j’ai ainsi pu découvrir qu’à la hauteur d’environ 30 mètres, l’aéronef perdait le signal GPS. J’en ai conclu que quelque part devait se trouver une centrale de guerre électronique et j’ai donc décidé d’abandonner des futurs projets d’envoi de drone.

Est-ce que je me considérais comme un partisan ? Je pense que cette désignation pourrait s’appliquer à moi. Si, pendant la Seconde guerre mondiale, on appelait « partisans » les gens qui s’opposaient au Troisième Reich sur son propre territoire, je pourrais être assimilé à ces personnes-là.

 

L’enfance italienne avec des cocktails Molotov. « Je leur ai appris à faire des bêtises, comme on avait l’habitude d’en faire en Russie. »

Je suis né dans la ville de Riazan où j’ai grandi avec ma mère et ma grand-mère. J’ai eu une enfance typique de la jeunesse des zones industrielles des années 90. J’ai passé beaucoup de temps dans la rue, car il n’y avait rien à faire à la maison. C’était beaucoup plus marrant de fuir le vigile du chantier, lancer des bonbonnes de gaz dans le feu en attendant l’explosion, fouiller dans les sous-sols, construire des cabanes dans le bois. Dès mon plus jeune âge, j’étais fasciné par différents appareils électroniques. En voyant ça, mes parents m’offraient des bouquins scientifiques et des jeux de construction pédagogiques. Je pense que ça a participé à développer ces centres d’intérêt.

Quand j’avais 11-12 ans, j’ai passé mes vacances d’été en Italie avec ma mère. Elle y vivait depuis près de deux ans déjà. A l’approche de l’année scolaire, elle m’a mis devant le fait accompli, en me disant que désormais j’allais habiter et étudier en Italie. Depuis ce moment-là, je ne revenais à Riazan que l’été. Ma grand-mère et mes ami-es me manquaient fort. Les premiers temps étaient compliqués, étudier dans une langue étrangère n’était pas facile. Vers la fin de cette année scolaire, j’ai commencé à avoir plus de facilité à parler et à étudier en italien, grâce à mes camarades de classe notamment.

Je leur ai appris à faire des bêtises, comme on avait l’habitude d’en faire en Russie. A plusieurs reprises, on se retrouvait à devoir s’échapper de la police. Parfois, on nous attrapait, il y a même eu une fois où on nous a choppé-es avec des cocktails Molotov qu’on jetait contre les murs d’une école abandonnée, mais ils nous ont directement relâché-es sur ces mots : « Ne jouez pas avec l’essence, les gars. »

Quand j’ai fini mes études, j’ai cherché à rejoindre l’armée italienne, en particulier le corps des Alpins : il fallait bien que je canalise mon énergie quelque part. Malheureusement, je n’ai pas été pris.

Je ne vois pas de contradictions importantes entre l’anarchisme et le fait de rejoindre l’armée d’un pays qui n’est pas en guerre pendant un an sans aucune obligation ultérieure. Rejoindre l’armée d’un État envahisseur, ça je ne l’aurais pas fait, en revanche. Au sein de l’armée italienne, j’espérais acquérir des compétences techniques, apprendre à manier les armes, l’équipement et les appareils technologiques. Dans tous les cas, lors de l’apparition d’un territoire auto-gouverné, il nous faudra apprendre à nous protéger des incursions extérieures qui mettraient en péril nos communautés et leurs modes de vie.

Je vivais et je travaillais en Italie, mais suite à un énième voyage en Russie, j’ai décidé d’y rester, lorsque l’on m’a proposé un poste d’électricien. Jusqu’en 2008, mes conditions de vie n’étaient plutôt pas mauvaises. Le fait que ma grand-mère et mes potes m’avaient beaucoup manqué a aussi joué dans cette décision et, puis, la vie européenne me paraissait trop ennuyeuse. Malgré tout, je me rappelle de la Sicile avec beaucoup de tendresse : tu es à cinq minutes de la mer, la nature est belle, la vie est douce pour les gens qui aiment bien la chaleur.

Jusqu’aux événements de 2014, je me rendais en Ukraine une fois par an pour faire des randonnées dans la zone de Tchernobyl. Mon intérêt pour cet endroit était apparu dans ma jeunesse, bien avant la sortie du jeu vidéo « STALKER » [un jeu de tir à la première personne situé dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, ndlt]. Le simple fait d’interdire de s’aventurer librement dans cette zone d’exclusion la rendait plus attrayante à mes yeux. J’adore me faufiler à travers des terrains compliqués d’accès, me cacher des patrouilles, me servir d’équipement militaire. Je me suis ainsi fait des potes, y compris en Ukraine, dont certain-es ne sont malheureusement plus là pour partir en randonnée…

 

Le chemin vers l’anarchisme. « Mon rejet du totalitarisme et du fascisme reste inébranlable. »

Je ne suis pas devenu anarchiste d’un seul coup. A l’époque où je ne connaissais pas encore ce mot-là, j’avais déjà une conception d’un monde juste : sans Etat, avec des communes auto-gouvernées. L’un de mes ami-es m’a dit qu’il s’agissait là de l’idéal anarchiste.

Mais je n’aime pas me limiter à une seule idéologie, des idées issues de divers courants de pensée peuvent m’être proches. Le monde change et ce qui était pertinent et actuel il y a un siècle peut ne plus l’être aujourd’hui. Je n’aime pas la rigidité idéologique de certain-es anarchistes et communistes qui me rappellent parfois des fanatiques religieux. Je peux dire une seule chose : mon rejet du totalitarisme et du fascisme reste inébranlable. (…)

En Russie, pas mal de personnes rêvent encore de « la main de fer de Staline » ou bien [celle] du tsar : « pour que règne l’ordre et que chacun-e sache sa place ». Je peux imaginer la possibilité d’une transition, potentiellement violente, de l’État totalitaire vers d’autres formes de gouvernance avec plus de libertés et, éventuellement, une évolution plus tardive de la société vers l’auto-gestion. Mais ça nécessiterait un changement du côté des gens, et ces-derniers m’ont beaucoup déçu ces dix dernières années, ce qui me fait me dire qu’on se dirige plutôt vers un État du type nord-coréen ou iranien. (…)

Autour de l’âge de 16 ans, je me suis intéressé aux communes agricoles autonomes et je me suis renseigné sur ce genre de communautés en Occident. En Russie, je ne trouvais rien de similaire, à part des communes religieuses, aucun projet ambitieux ne survivait au-delà de quelques années.

En 2010, j’ai entendu parler de « La Nouvelle voie » [une « commune » rurale appartenant à un communiste à la retraite qui accueillait des gens gratuitement en échange de la participation à des travaux collectifs, ndlt] à travers le samizdat [la presse auto-éditée, ndlt], qui évoquait les besoins en main-d’œuvre pour le développement du projet. Malgré la dissemblance entre ce que j’avais lu dessus et la réalité sur place, je continuais à y passer six mois par an. Je travaillais à Riazan en dédiant le reste de mon temps à « La Nouvelle voie », où je m’occupais du jardinage et du bricolage. Tous les ans, j’espérais qu’on puisse créer une forme de production auto-suffisante qui permettrait à la commune d’exister sans dépendre de l’extérieur.

Néanmoins, cela fait plusieurs années que pratiquement rien ne change là-bas. Des nouvelles personnes arrivent et repartent déçues. Je suis quand-même resté par amour pour la nature et parce que je cherchais à acquérir des nouveaux savoir-faire. Je pense que le projet est mort à cause de l’entêtement du fondateur en ce qui concerne les questions financières : il nous était impossible d’organiser la production en refusant de vendre quoi que ce soit de ce qu’on produisait. Malgré nos désaccords, je valorise l’expérience que j’y ai reçu et j’espère que la maison que j’ai construite servira un jour à quelqu’un-e d’autre.

 

Le 24 février 2022. « J’avais envie de mordre les canons par désespoir. »

Je suivais la situation en Ukraine depuis fin 2013. A cette époque, je pensais prendre part aux manifestations [de l’Euro-maïdan], mais finalement je n’ai pas réussi à économiser assez pour prendre des congés à mes frais. Je ne m’attendais pas à ce que la Russie fasse un pas aussi minable, profitant de la période de transition politique dans le pays. Je pense qu’aujourd’hui, personne n’est dupe quant à ceux qui ont occupé la Crimée, abattu l’avion des Malaysian Airlines, ou encore ceux qui se sont battus autour de Donetsk et Louhansk en prétendant être « des mineurs du Donbass en colère ». [Rouslan fait référence à la propagande du Kremlin prétendant que les bataillons séparatistes dans le Donbass étaient nés de la colère populaire des habitant-es de la région, dont beaucoup sont ouvriers dans les mines. En réalité, la guerre de 2014 débute avec l’invasion de Sloviansk par Igor Guirkine, officier des renseignements de l’armée russe, aussi responsable de l’annexion de la Crimée, même si un nombre non-négligeable de mineurs a effectivement pu rejoindre des formations armées qui se sont montées par la suite. Ndlt.]

En 2021 et 2022, c’était déjà évident que tout menait à l’invasion. La propagande étatique diffusait des sujets de plus en plus agressifs. Peu avant le 24 février, j’ai eu un rêve identique à répétition : plein d’appareils militaires d’un vert sombre se trouvent au milieu d’un champ, sous le ciel gris, les arbres sont tout noirs et n’ont pas de feuilles, je suis à côté avec un lanceur de grenades dans les mains, mais une force extérieure m’empêche de viser et de tirer.

Tôt le matin du 24 février, j’étais dans le train Riazan-Moscou. J’ai somnolé et entendu à travers le rêve des bouts de phrases : « Ce soir, on sera à Kyïv », « On vise seulement les bases de l’OTAN », « C’est eux qui voulaient nous attaquer en premier », « Les khokhli [insulte ethnique visant les ukrainien-nes, ndlt] ne demandent qu’à être passé-es à tabac ». En me réveillant, je me suis mis à regarder les actualités et j’ai vu que l’invasion avait commencé. Tout le mois précédent, mon fil d’actualité était rempli de fausses annonces à propos de tirs et d’autres provocations soi-disant de la part de l’armée ukrainienne. On pourrait dresser des parallèles avec les fausses provocations ayant précédé l’invasion de la Pologne par Hitler ou encore celle de la Finlande par l’URSS.

J’avais le sentiment très désagréable d’éprouver mon impuissance. Je voyais des trains transporter l’équipement militaire, de désespoir, j’avais envie de mordre les canons.

Au début du mois de mars, j’ai pris contact avec un camarade ukrainien, mort depuis, en lui demandant s’il participait à la résistance armée. Il m’a dit : « On brûle leurs véhicules par centaines, pendant qu’ils rasent nos villes toutes entières. » Il est décédé lors de la tentative de chasser l’armée russe des alentours de Kharkiv en été 2022.

L’État russe nous a coupé tous les moyens d’agir sur la situation de manière pacifique : la personne qui manifeste contre la guerre devient traître à la patrie et subit des répressions. Dans cette situation, il n’est pas étonnant que certain-es préfèrent quitter le pays, pendant que d’autres prennent des explosifs.

Dès que j’ai réalisé que la guerre allait durer, à la fin de 2022, j’ai décidé d’agir de façon militaire. L’armée russe s’en prenait délibérément aux infrastructures énergétiques de l’Ukraine, visant à priver ses civil-es d’eau, de chauffage et d’éclairage pour qu’iels fassent pression sur leur gouvernement. D’après le Code pénal de la Fédération russe, « le fait d’organiser une explosion ou d’autres actions inspirant la peur au sein de la population civile afin de faire changer la politique du gouvernement » tombe sous la qualification de terrorisme. Ainsi, les actions du belligérant russe correspondent à cette définition. De plus, il a souvent recours aux « frappes doubles » : suite à une première frappe visant une cible, au moment de l’arrivée des secours, ceux-là deviennent cibles d’une deuxième frappe. Pendant ce temps-là, du côté russe, on ne faisait que jubiler en réaction aux reportages sur la souffrance des civil-es.

 

Le décès de la grand-mère. « Mon état a eu un mauvais impact sur ma sobriété d’esprit et ma prudence. »

A la fin du mois de septembre 2023, [deux mois après l’attaque échouée sur l’aéroport de Diaguilevo,] j’ai entamé une énième randonnée en vélo entre Riazan et Saint-Pétersbourg. Le deuxième jour de la rando, lorsque je m’approchais de la ville de Vladimir, ma grand-mère m’appelle en disant : « Rouslan, rentre, je ne sens plus mes jambes. » Sa voix était très différente d’habitude. J’ai fait demi-tour pour rentrer chez moi. Peu de temps après, j’ai reçu un appel du médecin cette fois-ci, me disant qu’il y avait une suspicion d’AVC et qu’elle était déjà hospitalisée.

Ce jour-là, j’ai parcouru un nombre record de kilomètres et je me suis retrouvé près de Riazan complètement essoufflé. Là-bas, j’ai un peu dormi sous un arbre pour finir le trajet le matin suivant. La première chose que j’ai faite était de rendre visite à ma mamie à l’hôpital. Elle m’a reconnue, mais sans pouvoir parler. Malheureusement, c’était la dernière fois où j’ai pu la voir. Dans la nuit du 1er octobre, un appel a résonné de nouveau : « Rouslan, venez à la morgue demain. »

Je suis très sensible à la mort, même quand mon cochon d’inde est décédé, je l’ai très mal vécu… Je me rendais compte que ça finirait par arriver tôt ou tard, mais j’ai quand-même beaucoup souffert, assommé par des pensées sombres, j’étais comme dans la brume. Même à l’heure actuelle où j’écris ces lignes, j’ai les larmes aux yeux… Je pense que mon état a eu un mauvais impact sur ma sobriété d’esprit et ma prudence. Idéalement, j’aurais dû attendre quelques mois afin de m’en remettre un peu, mais je n’ai pas fait ça.

 

La deuxième explosion. « L’infrastructure ferroviaire est le système sanguin d’un pays en guerre. »

La guerre suivait son cours, et j’ai alors décidé que si je n’y arrivais pas depuis le ciel, il fallait agir au sol. L’infrastructure ferroviaire, c’est le système sanguin d’un pays belligérant. J’ai partagé mes réflexions avec mon camarade ukrainien et je lui ai demandé de faire sauter des rails quelque part pour pouvoir calculer la puissance nécessaire à l’explosion, car mener ce genre d’expériences en Russie en temps de guerre n’était pas la meilleure idée.

Suite à des repérages, j’ai découvert l’une des voies empruntées par des trains transportant des appareils militaires, celle-ci contournait Riazan et partait vers le sud de la Russie. En l’observant un peu, j’ai pu déterminer la fréquence des convois et j’ai compris que ce chemin de fer servait uniquement au transport de marchandises. J’en suis arrivé à la conclusion qu’il s’agissait d’une cible adaptée, car le seul fait de saboter cette voie perturbait la logistique [de la guerre].

Ce sabotage m’a coûté moins de 10,000 roubles [autour d’une centaine d’euros, ndlt]. En quelques jours, j’ai confectionné deux puissants engins explosifs et un vidéo-émetteur muni d’un mécanisme d’auto-destruction. J’ai préparé le trajet de retour. Je m’étais équipé de lunettes de vision nocturne et de sachets de poivre dans mes poches pour embrouiller les chiens. Je suis arrivé à l’endroit de l’action, fixé les explosifs sous les rails et la caméra sur l’arbre en face de façon à ce qu’elle puisse enregistrer l’explosion, dispersé du poivre dans les endroits où j’étais resté à attendre. En ayant trouvé un endroit où le signal était suffisant pour une connexion vidéo, je me suis couché en attendant l’aube. Quand le jour s’est levé et que j’ai commencé à distinguer l’image transmise par la caméra, j’ai attendu le bon moment, vérifié qu’il ne s’agissait pas d’un train passager et déclenché l’explosion.

Je me suis échappé de l’endroit de l’action et caché mon vélo, mes chaussures et mes vêtements à une dizaine de kilomètres de là. Je me suis servi d’un autre chemin pour rentrer chez moi, sans vélo et habillé différemment.

Dans les actualités, j’ai pu voir le résultat du sabotage du train. J’ai envoyé cette nouvelle au camarade ukrainien. Quelques jours plus tard, il m’a dit que sa direction avait décidé de me confier 15,000 dollars. J’étais étonné, car de toute ma vie je n’avais jamais eu entre mes mains plus de mille euros. Je lui ai dit qu’à ce moment-là, je n’avais pas de problèmes d’argent et lui ai demandé de garder cette question pour plus tard. Il a d’abord protesté, puis s’est rendu à l’évidence que ce n’était pas du tout le meilleur moment pour ça.

L’été précédent, il m’avait déjà proposé de payer les soins de ma grand-mère quand elle était à l’hôpital. Je lui ai dit que je ne manquais pas d’argent et que j’avais la somme nécessaire pour ça. Malgré tout, je suis sincèrement reconnaissant du fait qu’il avait décidé d’aider une personne âgée dans un pays qui avait envahi le sien. J’espère qu’il pourra lire ces mots un jour.

 

Des caméras et des vacanciers suspicieux. « Même lorsqu’on m’a arrêté, ils n’étaient pas sûrs de mon implication. »

Lorsque je repérais le terrain autour du chemin de fer, je me suis retrouvé nez à nez avec des « datchniki » [des citadin-es venu-es profiter de leur maison de campagne, ou « datcha », ndlt] à seulement quelques kilomètres de l’endroit du futur sabotage. Les datchniki voient avec suspicion les personnes ne faisant pas partie de leur coopérative et ils auraient pu se rappeler de moi. S’ils ont été interrogés, les flics auraient pu chopper toutes les personnes correspondant au profil décrit.

Peut-être qu’on m’a cherché à l’aide d’enregistrements des caméras situées dans un rayon de plusieurs kilomètres à des horaires précis. Ils auraient aussi bien pu traquer toutes les personnes qui quittaient la zone située dans l’angle mort des caméras dans laquelle je me suis réfugié.

J’aurais dû changer de lieu du sabotage après avoir croisé les datchniki une semaine avant le jour J. J’aurais aussi dû attendre la tombée de la nuit dans la forêt avant de rentrer en ville, plutôt que d’y revenir directement après. Et utiliser les petits chemins que je connais très bien. Au lieu de ça, à cause de la fatigue, j’ai fait le dernier kilomètre à pied sur une route bétonnée, en croyant m’être échappé au danger.

La caméra, dont l’enregistrement a servi aux flics pour me traquer, m’a aperçu aux alentours de 11h-midi, donc cinq heures après l’explosion. J’aurais dû choisir des vêtements qui m’aurait caché davantage pour ce chemin de retour.

Les tchékistes [la police politique ; ce terme du jargon fait référence à la police spéciale apparue suite à la révolution d’octobre, surtout connue pour son recours systématique à la torture lors des interrogatoires, ndlt] m’ont dit qu’ils n’avaient pas réussi à déterminer comment je suis arrivé sur le lieu du sabotage. L’explosion a eu lieu le 11 novembre et j’ai été arrêté le 29. Ils ont dû galérer et se trouvaient dans une impasse, comme dans le cas des drones. Même quand ils m’ont fait rentrer au commissariat, ils n’étaient pas sûrs du fait que j’avais été impliqué de quelconque manière.

En confisquant mon portable, les flics ont vu mes abonnements sur Telegram et ont pu conclure qu’a minima, je ne soutenais pas « l’opération militaire spéciale » comme ils l’appellent [la manière dont le régime désigne l’invasion de l’Ukraine pour éviter le terme de guerre, ndlt]. Il s’agit là d’une autre de mes erreurs : sur les réseaux, il faut faire semblant d’être un turbo-patriote ordinaire. Le fait de connaître ses droits en cas d’arrestation aussi bien que leur manière de travailler ne ferait pas de mal non plus. Quand ils m’ont arraché mes aveux à force de me battre, l’un des tchékistes a fini par me balancer : « Je m’apprêtais déjà à me taper tou-te-s les cyclistes de Riazan. »

 


Quels sont les chefs d’inculpation utilisés contre Rouslan Sidiki ?

Les deux attaques sont qualifiées d’attentats terroristes (article 205.2 du Code pénal). En plus de cela, Sidiki est accusé d’avoir préparé un troisième attentat : un sabotage de la voie ferrée devant être effectué en janvier 2024. De plus, l’ensemble des préparatifs est qualifié par l’enquête comme une « formation dans le but d’effectuer une action terroriste » (article 205.3 du Code pénal).

Il est aussi accusé de préparation et d’usage de substances explosives en faisant partie d’une bande organisée (les articles 222.4 et 223.3 du Code pénal).

Rouslan Sidiki refuse de considérer ses actes comme des attentats terroristes. Il nie la préparation d’une troisième action de sabotage. Il souligne aussi avoir préparé les explosifs et mené ces actions tout seul.

Tous ces chefs d’inculpation cumulés, Sidiki, risque entre 15 et 30 ans d’enfermement ou bien une peine à perpétuité. L’enquête est déjà terminée, désormais l’accusé et sa défense se familiarisent avec les pièces du dossier.


 

L’arrestation et la torture. « Grâce au « tapik », ils auraient pu me faire avouer l’explosion du pont de Crimée. »

Une vingtaine de jours s’était écoulée depuis l’explosion. J’ai commencé à me détendre et je n’ai pas fait attention au policier qui m’attendait devant chez moi. Il m’a comparé aux images de vidéosurveillance de la fameuse caméra et a insisté pour que je vienne l’accompagner au commissariat numéro 4 à Riazan. Là-bas, ils ont prélevé ma salive pour faire un test ADN. Ensuite, des hommes en civil sont venus chez moi pour me ramener au commissariat une nouvelle fois. Ils ont commencé à m’interroger sur ce que je faisais le 11 novembre 2024. Plusieurs fois, j’ai hésité dans ma réponse et celui qui menait l’interrogatoire s’est rendu compte que je cachais quelque chose.

Il m’a menacé d’obtenir des aveux de toute façon : je serais emmené dans la nature, torturé et fusillé dans une mise en scène d’une fuite. Après ça, ils m’ont demandé si j’avais des maladies chroniques. Dès que j’ai répondu non, un coup à la tête m’a projeté au sol et ils ont enchaîné avec des coups de pied. Ils ont attaché des câbles électriques à mes jambes et quand l’un d’eux ordonnait de lancer l’appel, ils commençaient la torture à l’électricité.

Lorsque j’étais torturé comme ça, ils me criaient de chanter l’hymne ukrainien, sauf que j’étais confus et je n’ai pas réussi à m’en rappeler. Je n’ai même pas réussi à débloquer mon deuxième portable en faisant le bon dessin avec mes doigts.

Le téléphone de campagne Tu-57 leur a servis d’appareil de torture, ou bien un modèle analogue, un appareil que je connais bien. J’aimais bien explorer différents endroits sous la terre et des lieux abandonnés, et je collectionnais toute sorte d’objets ayant servi à la défense civile. Peu de temps avant qu’ils ne me choppent, j’avais décidé de revendre une partie de ma collection dont faisaient partie deux téléphones Tu-57 (qu’on appelle communément « tapik » à cause de l’abréviation « TP »).

Pendant la perquisition de mon appartement, l’un des tchékistes m’a demandé : « J’ai vu que tu revendais des « tapiks » sur internet, il t’en reste pas ? » Heureusement qu’à ce moment-là, je les avais déjà vendus, sinon mes appareils auraient pu servir à ces monstres pour infliger une douleur atroce à d’autres gens. Je n’ai aucun doute sur la motivation de leur demande : ils ne ressemblaient pas trop à des collectionneurs d’antiques.

Après avoir déroulé le « tapik », l’un des tchékistes a ordonné au deuxième : « Fous-lui un torchon dans la bouche pour qu’il ne s’arrache pas la langue et ne gueule pas. » Quand ils me posaient des questions, ils enlevaient le torchon et tournaient la poignée de l’appareil plus lentement, mais dire quoi que ce soit pendant qu’ils tournaient était impossible. L’un des hommes à côté de moi s’est mis à me filmer.

Quand ils ont fini de me torturer comme ça, quelqu’un a demandé à ce qu’on m’amène en voiture. Un homme masqué a demandé à un deuxième à quel point il pouvait me tabasser fort, ce à quoi on lui a répondu : « Tant que ça ne se voit pas sur lui. » Quand on me portait, mes jambes ne m’obéissaient plus et ne faisaient que traîner, à cause de ça, les menottes qui me retenaient me sont rentrées dans ma peau, laissant des coupures, et j’ai perdu la sensation dans quelques doigts. Toute la nuit, on m’a baladé en voiture, ma tête dans un sac en plastique, et on m’a frappé, en me coinçant entre deux sièges.

Lors de la perquisition, l’un des tchékistes avait aperçu les médailles de mes grand-parents et a insisté en demandant s’il y en avait parmi elles qui avaient de la valeur et qui auraient pu être revendues. Je ne serais pas étonné s’ils ont volé des choses…

A l’endroit où je leur ai dit m’être débarrassé des réactifs chimiques, ils m’ont encore frappé et traîné sur la route en me tenant par les menottes, ce qui a abîmé mes épaules. A ce moment-là, ils m’ont aussi volé ma montre qui m’est tombée du poignet.

Le matin, je suis arrivé au commissariat près de la gare, où j’ai passé beaucoup de temps couché par terre, attaché. Plus tard, ils ont tourné une fausse vidéo de mon arrestation et mes aveux. Le soir même, j’étais en cellule.

Le lendemain matin, des gens masqués m’ont repris et ont commencé à me frapper dans la foulée et à me torturer à l’aide des Taser. En comparaison avec le « tapik », le Taser n’a rien de flippant, mais il crame les tissus des fringues en laissant des traces de brûlure sur le corps. Ils ont même brûlé une partie de mon tatouage sur l’épaule. Je garde toujours en souvenir un caleçon devenu une passoire après le passage du Taser…

Le soir, en me retournant à ma cellule, l’homme qui me torturait a appelé un autre pour qu’on lui amène un Taser chargé sur le chemin pour organiser, en reprenant ses termes, un « grillage d’adieu ». Mais cet autre homme ne l’a pas pris avec lui, je ne sais pas pourquoi.

Le matin suivant, je pensais qu’on allait me torturer de nouveau, mais ils m’ont simplement couché par terre, en m’attachant au pied du siège de la voiture, et m’ont conduit à Moscou. La médecin que j’ai vue en arrivant dans le centre de détention était sous le choc. Elle a demandé à mes accompagnateurs pourquoi mon corps était recouvert de traces de coups, ils ont gardé le silence. Je lui ai simplement répondu que j’étais tombé… (…)

 

Derrière les barreaux. « C’était difficile d’être réveillé par l’hymne national. »

J’ai passé mes deux premières semaines de détention dans le Centre de détention numéro 7 de la capitale, dans la cellule des « extrémistes » et des « terroristes ». C’était difficile d’être réveillé par l’hymne national et par la chanson « Où commence la patrie ? » [une chanson patriotique de l’ère soviétique, ndlt] et de réaliser où je me trouvais. Surtout lorsque j’avais rêvé des balades en liberté…

Au début, je souffrais fort à cause des reins abîmés, j’avais du mal à m’allonger sur le dos, mes coupures se remplissaient de pus, mon bras droit ne bougeait plus correctement, et j’avais du mal à lever mes jambes en marchant. Dans ces conditions-là, j’arrivais à peine à monter sur le lit le plus haut, le seul à être disponible. Les six premiers mois, dès je m’endormais, les souvenirs de la torture à l’électricité me tournaient en boucle dans la tête, si vivement que j’avais l’impression de ressentir à nouveau le passage du courant. Je suis allé consulter la psychiatre de la prison qui m’a prescrit des cachets pour ça.

Une semaine suivant l’arrestation, j’ai reçu des visites de la part des gens qui avaient assisté aux tortures et qui cherchaient à m’écraser psychologiquement, en décrivant mes perspectives futures. C’est évident que dans ces conditions il est difficile de garder un état d’esprit optimiste. Je n’arrêtais pas de penser au fait que pour éviter ce genre de situations, j’aurais pu garder sous la peau une ampoule remplie de poison que j’aurais écrasé en cas d’arrestation… Bon, ça sort tout droit d’un film d’espionnage.

Lorsque j’ai été transféré dans le centre de détention numéro 1, il m’est arrivé un incident curieux. Après que je commence à voir un avocat, l’enquêteur est venu me voir en ricanant : « Penses-tu pour de vrai qu’il va te sortir d’ici ? » Le flic était très intéressé de savoir qui était l’avocat et d’où il venait. Ce jour-là, j’ai eu un conflit avec des codétenus et on m’a fait changer de cellule. Celui avec qui je me suis embrouillé avait été appelé quelque part quelques heures auparavant.

Plus tard, il m’arrivait que mes codétenus s’intéressent très fort à certains détails qui ne pouvaient susciter la curiosité que de mon enquêteur.

J’ai pu aussi vivre des moments positifs derrière les barreaux : j’ai fait connaissance avec des bonnes personnes, celles avec qui je serais ravi de continuer à discuter, si jamais un jour je suis libre. Même si je reste athée, parfois, une pensée me traverse l’esprit : et si tout ce qui m’arrive depuis qu’on m’a retrouvé, c’était la punition pour avoir traité ma propre vie avec légèreté et ne pas l’avoir assez tenue en valeur ? C’est une leçon pour apprendre à l’aimer de nouveau et à profiter de chaque nouveau jour.

 

A propos du soutien reçu et de l’espoir. « En détention, les lettres ont une valeur particulière. »

Une fois placé au centre de détention numéro 5, les tchékistes venaient me voir en insistant pour que je refuse l’aide d’un avocat. Peut-être qu’il leur était inconvénient : s’il ne pouvait rien changer, ils en auraient sans doute rien à foutre. Ils s’inquiétaient de qui finançait ce-dernier, de quoi on parlait ensemble et pourquoi il venait me voir trop souvent, à leur avis. Les visites de l’avocat ne me laissent pas en proie à l’isolement total et son activité a pu m’offrir une lueur d’espoir.

Je me rends compte qu’une lourde peine m’attend et je ne nourris pas vraiment d’espoir sur une issue favorable. Je suppose qu’il existe une possibilité d’échange [de prisonnier-es entre la Russie et l’Ukraine]. Les prisons ukrainiennes contiennent un bon nombre de citoyen-nes pro-russes. La plupart souhaiteraient être échangé-es, mais le camp russe ne fait aucune démarche pour ça.

J’ai commencé à recevoir les premières lettres de la part d’inconnu-es en janvier [2024], un peu plus d’un mois après mon arrestation. L’enquêteur et les tchékistes m’affirmaient que tout le monde m’abandonnerait et que celleux qui me viendraient en aide seraient inculpé-es de « financement du terrorisme ». Evidemment, ça me fait très plaisir de recevoir des lettres de soutien provenant des personnes que je ne connais pas. En détention, les lettres ont une valeur toute particulière, car tu es totalement coupé du monde extérieur.

Si vous souhaitez améliorer la vie des prisonnier-es, écrivez leur, envoyez leur des cartes postales, ça les poussera à sourire malgré toutes leurs galères. Malheureusement, les enveloppes mettent beaucoup de temps à arriver et, parfois même, « se perdent ». Pour cette raison-là, je n’ai pas réussi à bien établir le contact avec certaines personnes. Je suspecte que quelqu’un-e l’empêche de façon délibérée. Je réponds à chacun-e sans exception et je garde toutes les lettres et les cartes postales que je reçois dans un sac spécial.

Il n’y a pas mille manières de se divertir en prison. De ce que j’ai pu observer, en général, on regarde la télé, certains jouent à des jeux de société et d’autres lisent.

Certain-es de mes correspondant-es me fournissent en livres sur des sujets qui m’intéressent : la programmation, les manuels pour apprendre des langues étrangères et certains livres de fiction. En ce moment, je rafraîchis mes souvenirs de l’italien, je voudrais aussi apprendre l’ukrainien. Une femme sympa m’a abonné à des magasines scientifiques, où je peux découvrir les actualités de l’exploration de l’espace, des animaux, de la physique, etc. – tout ce que j’aime. Parfois, je joue aux échecs. J’ai de plus en plus de livres et d’interlocuteur-ices, ce qui fait que je dédie moins de temps aux jeux. Ma priorité est de répondre aux lettres. Je ne regarde pas souvent la télé, sauf les chaînes scientifiques ou celles sur les voyages ou les animaux, surtout s’il s’agit de cochons d’inde ou de rats.

Je pense pouvoir être considéré comme un prisonnier de guerre, car mes actions rentraient dans le cadre de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. J’aurais été prisonnier politique si on m’avait arrêté pour une action pacifique contre la guerre ou encore un collage « discréditant » les forces armées russes.

Mes actions correspondent à la définition du sabotage, mais en aucun cas à celle du terrorisme, car je n’avais pas pour objectif de terroriser la population civile. Mon objectif était la destruction des avions pour qu’ils ne puissent plus bombarder ainsi que celle des voies ferrées, pour les rendre inutilisables. Malgré le fait que, pour moi, la guerre soit terminée et que j’aie été attrapé, je suis sincèrement reconnaissant aux copain-es ukrainien-nes pour leur confiance en moi. Je suis le seul à blâmer pour mon emprisonnement. J’espère que les ukrainien-nes traverseront toutes les épreuves dignement. Je souhaite à tou-te-s un ciel paisible.

 


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Russie et Ukraine : Trois ans de résistance à l’impérialisme et de lutte pour l’autonomie https://attaque.noblogs.org/post/2025/03/22/russie-et-ukraine-trois-ans-de-resistance-a-limperialisme-et-de-lutte-pour-lautonomie/ Sat, 22 Mar 2025 17:17:05 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58757 Continuer la lecture ]]> BOAK / mardi 25 février 2025

Trois ans de résistance à l’impérialisme et de lutte pour l’autonomie : l’opinion d’un.e militant.e de la BOAK

Il y a trois ans, commençait l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par l’État fasciste russe. Pour l’ensemble de l’actuel mouvement anarchiste et révolutionnaire de gauche de la région post-soviétique, y compris l’Organisation de combat des anarcho-communistes (BOAK), cela est devenu, probablement, le test le plus sérieux de notre existence. Nous avons accepté le défi de l’histoire et nous avons rejoint le combat.

Malheureusement, il est déjà possible de voir la façon dont la lutte des anarchistes dans cette région, pendant de ces trois années difficiles, commence à être oubliée. Cela ne doit pas arriver. Nous devons nous souvenir des martyrs* et analyser de façon critique les expériences acquises dans la lutte – seulement de cette manière nous pourrons atteindre nos objectifs révolutionnaires.

 

Situation socio-politique

À quoi avons-nous dû faire face le 24 février 2022 et quelle était la situation socio-politique ? Au cours des années précédentes, l’État russe a presque complètement écrasé, par la répression, tous les germes d’auto-organisation sociale indépendante, dans les territoires qu’il contrôlait. Dans le cadre de cette politique de terreur étatique, un coup sérieux a été porté au mouvement anarchiste. Nous nous souvenons de l’« affaire Réseau »** et d’autres persécutions de compas. Nous nous souvenons aussi du jeune héros et martyr Mikhail Zhlobitsky***, qui s’est lancé sur le chemin de la lutte désintéressée contre la machine répressive de l’État. Malgré l’acte héroïque de Misha et d’autres tentatives de résister, le contrôle de l’État sur la société était extrêmement fort et ne faisait que s’intensifier, chaque jour qui passait.

Nous avons aussi vu la façon dont Poutine, après une période de refroidissement des relations entre les deux dictateurs, a finalement fourni son soutien politique au régime de Loukachenko, à un moment critique. Cela a joué un rôle important dans la répression du soulèvement populaire qui a commencé au Bélarus en août 2020. La défaite de l’Ukraine, son occupation ou l’établissement d’un gouvernement fantoche pro-russe à Kyïv conduirait inévitablement à un régime de terreur d’État dans ce pays aussi.

Nous n’avions aucune illusion sur l’État néolibéral ukrainien et nous avons vu la répression qu’il exerçait – cette répression était dirigée, entre autres, spécifiquement contre nous. Néanmoins, le niveau d’indépendance de la société par rapport à l’État et les possibilités d’auto-organisation sociale étaient significativement plus élevés en Ukraine au début de l’année 2022 qu’en Russie et au Bélarus. Par conséquent, pour nous, en tant qu’anarchistes et révolutionnaires, il était évident que nous devions défendre la société qui faisait face à l’agression impériale fasciste.

Il est aussi clair que la guerre de la Russie contre l’Ukraine a un caractère génocidaire. Cela se manifeste non seulement par le massacre de civils, bien qu’à Marioupol et à d’autres endroits l’armée russe ait eu beaucoup de « succès » dans de telles atrocités.

La politique génocidaire s’exprime aussi par le désir de subordonner la société ukrainienne, qui, dans l’histoire, a déjà subi la colonisation russe, à un récit impérial et à une hégémonie (y compris culturelle) impériale, de paralyser par la terreur d’État toute action collective et d’éradiquer la mémoire collective elle-même de la résistance. Le régime russe vise non seulement à conquérir de nouvelles territoires, mais aussi à priver les Ukrainien.nes survivant.es de leur volonté, de leur dignité et de tout sentiment de communauté, en imposant dans leurs esprits le rôle d’esclaves impuissant.es de la métropole impériale. Cela aligne l’invasion russe de l’Ukraine aux politiques génocidaires de l’État turc au Kurdistan et au génocide perpétré par l’État d’Israël en Palestine.

 

Lutte de partisan.es en Russie

Dans les six premiers mois de la guerre, les actions partisanes de la B.O.A.K. ont eu un énorme retentissement en Russie et en Ukraine, ainsi qu’au-delà de la région post-soviétique. Nos attaques ont résonné si fort parce qu’elles ont été menées par une organisation de révolutionnaires. À la place des actions de combat d’individus courageux ou de petits groupes formés spontanément, qui ont caractérisé les tout premiers mois de l’invasion à grande échelle, une lutte révolutionnaire organisée est apparue.

Il est aussi important de noter que la résistance partisane de la B.O.A.K. s’est accompagnée d’une analyse idéologique approfondie de nos actions et d’un travail de propagande. Cela a permis d’atteindre des objectifs révolutionnaires et d’empêcher l’instrumentalisation de notre lutte par toute force orientée vers un État. Notre résistance partisane n’a pas seulement été efficace et bruyante, elle était et reste autonome, indépendante de tout acteur étatique.

Des tentatives ont aussi été faites pour étendre la résistance partisane et y impliquer de nouveaux.lles ami.es. Une des méthodes que nous avons utilisées dans ce but a été la création du Revolutionary Anarchist Fund. L’interaction avec les nouveaux.lles compas a lieu selon les principes d’une transparence maximale, dans des conditions de répression étatique brutale, et, si nécessaire, il y a une formation aux compétences essentielles à l’activité conspirative. Nous considérons que la supercherie et une attitude consumériste envers les ami.es sont inacceptables. Sur cette base, nous continuerons à travailler à la création d’un mouvement partisan anarchiste organisé sur le territoire de la Fédération de Russie.

 

Lutte pour l’autonomie dans des conditions de guerre

Dès le début de la guerre à grande échelle, l’un des fondateurs de notre organisation, Dmitri Petrov, et d’autres compas ont travaillé à la création d’une unité de combat anti-autoritaire distincte, en Ukraine. Une telle unité pouvait devenir une plate-forme pour l’activité révolutionnaire organisée dans l’espace post-soviétique et une entité militaire-politique autonome, une alternative aux forces étatiques, réactionnaires et capitalistes. Le leitmotiv de notre lutte n’était pas la préservation de l’« intégrité territoriale » de l’État ukrainien ou la défense de la « démocratie » néolibérale post-soviétique contre l’empire fasciste post-soviétique. Comme indiqué précédemment, nous avons reconnu la relative indépendance de la société ukrainienne et son potentiel d’auto-organisation sociale – quelque chose qui a été réprimé en Russie et au Bélarus par les régimes dictatoriaux. Nous nous sommes dressé.es en défense de la société contre la force étatique qui est venue en Ukraine avec le feu et l’épée pour éradiquer toute manifestation d’indépendance.

Nous sommes anarchistes et révolutionnaires et participer à la guerre à côté de l’État, dans les rangs des forces armées contrôlées par l’État, est évidemment une contradiction significative. La discussion de cette contradiction est quelque peu abordée dans l’article de notre compagnon tombé héroïquement, Dmitri Petrov, « Quatre mois dans le peloton antiautoritaire en Ukraine ». Dima écrivait :

« Évidemment, prendre place dans une hiérarchie verticale est problématique, d’un point de vue anti-autoritaire. Cependant, nous avons consciemment franchi ce pas. Je pense que tout le monde dans le peloton serait d’accord pour dire que la participation à la résistance est précieuse, même si cela signifie une inclusion temporaire dans le cadre de l’armée.

Pourrions-nous résister à l’invasion, avec des armes, indépendamment de l’armée d’État, dans les conditions actuelles ? La réponse est certainement non. La plupart des idées de ce genre sont proposées loin du pays, par des personnes coupées du contexte local. Tout d’abord, pour le moment il n’y a pas assez de structure ou de ressources, de notre côté, pour proposer sérieusement de former une force armée indépendante. En même temps, l’État ukrainien a suffisamment de force et de volonté pour supprimer toute force complètement autonome. Dans cette situation, la lutte de guérilla non-étatique est possible seulement dans les territoires occupés par l’armée russe.

Toutefois, la raison la plus importante est que les intérêts de la société ukrainienne et de l’État ukrainien se recoupent actuellement sur un point : repousser l’invasion brutale, mais pas sur une myriade d’autres points. Pour cette raison, toute tentative d’organiser la résistance de manière séparée ne semble pas trouver, à l’heure actuelle, de compréhension de la part des gens. Mais nous voyons que la situation actuelle, au sein des Forces armées ukrainiennes, offre encore beaucoup d’espace aux différents groupes politiques désireux de combattre les occupants. »

Il est important de souligner encore une fois que notre participation sous cette forme à la défense de la société n’était pas une décision spontanée et encore moins une assimilation à des structures qui nous sont étrangères, mais plutôt une partie d’une stratégie révolutionnaire mûrement réfléchie.

Tous les mouvements révolutionnaires ont dû affronter des contradictions, dans leur lutte, et les surmonter. La présence de contradictions ne pas peut être une raison pour l’inaction et le dogmatisme. En même temps, il est essentiel d’analyser constamment nos actions et la mesure dans quelle celles-ci s’alignent à nos objectifs révolutionnaires. C’est ce que le martyr Dmitry Petrov nous a enseigné et nous avons retenu la leçon.

Mises à part les contradictions idéologiques fondamentales, l’interaction avec les structures armées de l’État entraîne un certain nombre d’autres difficultés. Cela inclut la nécessité d’obéir à des supérieurs qui sont loin des idées anarchistes, d’interagir avec un commandement qui a parfois un niveau de compétence douteux et n’est responsable devant aucune structure démocratique, et bien plus encore.

Pourtant, pendant la guerre à grande échelle, plusieurs tentatives ont été faites pour organiser des entités militaires avec un certain niveau d’autonomie. Le plus connu et le plus réussi de ces projets a été le Peloton anti-autoritaire, qui a opéré dans la défense territoriale de la région de Kyïv pendant les premiers mois de l’invasion à grande échelle. Il a cessé d’exister à l’été 2022, mais la lutte pour l’autonomie en temps de guerre n’est pas finie. Au printemps 2023, Dmitry Petrov et plusieurs autres compagnons ont reçu l’autorisation de créer leur unité anarchiste. Le projet a pris fin avec la mort héroïque de Dima, ainsi que des internationalistes Finbar Cafferky et Cooper Andrews, près de Bakhmout, le 19 avril 2023.

En 2023-2024, les compas associé.es à la B.O.A.K. ont combattu au sein du « bataillon Sibir » [ou « bataillon sibérien » ; NdAtt.] des Forces armées de l’Ukraine, qui était composé principalement de citoyen.nes de la Fédération de Russie issu.es de l’opposition. Les compas n’avaient aucune autonomie, au sein de cette structure. Néanmoins, ils ont réussi à transmettre leur point de vue à un public relativement large, grâce à des contacts avec les principaux médias d’opposition russes et des médias grand public ukrainiens. Cette interaction avec les médias a servi à augmenter la visibilité du mouvement anarchiste et a également servi comme une forme d’autodéfense idéologique, en empêchant l’assimilation idéologique. Notre compagnon, sympathisant de la BOAK et combattant du « bataillon Sibir », Vladislav Iurchenko est tombé héroïquement le 9 août 2024, lors de l’atterrissage des groupes ukrainiens de sabotage-reconnaissance sur le Flèche de Kinbourn, dans la région de Mykolaïv.

 

Que faire maintenant ?

Les forces capitalistes, qui sont de plus en plus dirigées par des fascistes déclarés, comme Donald Trump, se joignent au partage coloniale de l’Ukraine, commencée par Poutine. Par conséquent, nous continuerons la lutte contre l’État et le capitalisme – tant au niveau local que mondial. Cela inclut l’organisation d’une résistance de guérilla sur le territoire de la Fédération de Russie.

Il est tout aussi important d’analyser de manière critique et de partager avec les compas de l’espace post-soviétique et d’autres pays les expériences acquises au cours des trois dernières années. Nous voyons que la résistance révolutionnaire en Ukraine, au Bélarus et en Russie est encore très peu connue, même s’il y a un intérêt international à ce sujet. Il est nécessaire d’engager une discussion idéologique et de construire des ponts avec les révolutionnaires du monde entier.

 

En gardant la mémoire des martyrs dans nos cœurs, nous continuerons la lutte !

 

Боевая организация анархо-коммунистов
[Organisation de combat des anarcho-communistes]
Anarchist Militant
Le mirror du site principal en anglais.

 

 

Notes d’Attaque :
* Encore une fois, tout en nous souvenant de nos compas décédé.es, on pourrait laisser le langage propre aux religions, qui sont des fondements de l’autorité, à nos ennemis !
** Voir par exemple ici.
*** On pourra lire ce que les compas de la BOAK ont écrit à l’époque sur l’action de Mikhail.

Pour un bilan de l’année 2024 de la BOAK, qui rejoint les arguments exposée ci-dessus, voir ici.

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Russie : Résistance radicale (du 1er au 14 mars 2025) https://attaque.noblogs.org/post/2025/03/19/russie-resistance-radicale-du-1er-au-14-mars-2025/ Wed, 19 Mar 2025 17:11:27 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58675 Continuer la lecture ]]> A2day / samedi 15 mars 2025

Moscou

Les médias russes pro-gouvernement ont rapporté que, le soir du 6 mars, Nikita P., un étudiant de 17 ans, s’est rapproché du bâtiment du FSB [le service de renseignement intérieur de la Fédération de Russie, héritier du KGB soviétique ; NdAtt.], sur la rue Loubianka, à Moscou ; il a versé un liquide inflammable, d’une bouteille en plastique, sur la porte du bureau et il a mis le feu à la porte trempée. Le jeune a été interpellé. Pendant l’interrogatoire, il a admis qu’il avait « perpétré l’incendie selon les instructions qu’il avait reçues auparavant par des arnaqueurs ». Si tout cela est vrai, la tâche de ces « arnaqueurs » est évidemment de discréditer les véritables actions de guérilla, qui, malgré tout, continuent. Après tout, même en cas de cessation des hostilités en Ukraine, la tâche de démanteler le régime totalitaire russe reste pertinente.

 

Kazan

Le 7 mars, la voiture d’un employé du commissariat militaire a été incendiée, à Kazan. Un partisan a mis le feu à la voiture, immatriculée sous les identifiants du commissariat militaire de la République du Tatarstan. Selon la version préliminaire des forces de l’ordre, la voiture a été aspergée avec un mélange incendiaire, par un homme non identifié. Elle a pris feu vers quatre heures du matin, près des maisons près des rues Rotornaya et Botanicheskaya.

 

Toula

Le 8 mars, à Toula, des partisan.es ont incendié des voitures appartenant à des employés du groupement de recherche et de production Splav.
NPO Splav est une entreprise industrielle militaire, qui fabrique les lance-roquettes multiples Grad, Smerch et Uragan.

 

Région de Tver

Le 12 mars, le mouvement de guérilla Osvoboditel a annoncé la destruction d’un système de défense antiaérienne S-300, dans la région de Tver. Selon une vidéo tournée par les guérillero.as, on peut déterminer que le poste de contrôle, avec le radar, dont le coût est estimé à 160 millions de dollars, a été endommagé. Le système S-300 se compose de trois éléments principaux : un radar pour détecter les cibles à basse altitude, un poste de contrôle avec radar de conduite de tir et des lanceurs. Le poste de contrôle éliminé est un élément clef, sans lequel le système perd sa capacité de combat, jusqu’à l’arrivée de nouveau matériel. Selon les guérillero.as, la destruction a eu lieu à un coût minime : l’opération n’a nécessité que cinq litres d’essence, d’une valeur de quelques centaines de roubles [quelques euros, sachant qu’un rouble équivaut à environ un centime d’euro et qu’en mars 2025, en Russie un litre d’essence coûte en moyenne 60 centimes d’euro ; NdAtt.]. En même temps, le prix de l’équipement mis hors service est estimé à 160 millions de dollars.

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L’ami de Poutine fait du chantage à l’Ukraine https://attaque.noblogs.org/post/2025/03/06/lami-de-poutine-fait-du-chantage-a-lukraine/ Thu, 06 Mar 2025 17:36:52 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58567 Continuer la lecture ]]> Freedom / lundi 24 février 2025

La Russie a commencé son invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, croyant à son propre mythe impérial de puissance militaire. Elle espérait s’emparer rapidement de Kyïv et du reste du pays et y établir un régime fantoche. Mais l’armée russe s’est étranglée avec les forces dispersées de l’armée ukrainienne, les bataillons de volontaires et les petits groupes qui sont passés à l’action contre les envahisseurs. Le peuple ukrainien est devenu la boue dans laquelle la machine de guerre russe a commencé à s’enfoncer.

Maintenant, nous faisons face à un nouveau ordre mondial, où l’ami de Poutine à Washington a commencé à faire du chantage au gouvernement ukrainien, pour arriver à un accord de type colonial, destiné à extraire autant de ressources que possible de la région. Pendant ce temps, les pays européens luttent pour obtenir un peu de place dans de futures discussions sur ce que Trump et Poutine ont convenu à huis clos.

Avec tout cela, les intérêts des gens ordinaires en Ukraine et en Europe de l’Est sont laissés de côté. Nous sommes encore une fois à l’époque des empires mondiaux, qui utilisent la force brute pour contraindre les gens à la soumission. Cela correspond parfaitement au récit MAGA que Trump pousse si fort auprès des électeurs américains, depuis près d’une décennie. Et alors que le monde « libre » a été inspiré par la résistance du peuple ukrainien dans les premiers mois de l’invasion, de plus en plus de gens en Europe et aux États-Unis en ont assez de la guerre, car elle menace leur confort de premier monde.

Les Ukrainien.nes sont maintenant en danger d’être abandonné.es à eux/elles-mêmes, avec des possibilités très limitées de résister à l’invasion russe. La solidarité d’en bas ne sera pas en mesure de fournir assez de ressources nécessaires pour riposter. Trump le comprend parfaitement. Le nouveau « roi » des États-Unis, comme il s’est lui-même appelé, comprend le pouvoir qu’il a sur l’État ukrainien, en ce moment de l’histoire, et, par ce pouvoir, il essaye de profiter de cette guerre, sans tous les bavardages sur la protection du monde libre, démocratique, contre l’autoritarisme. Trump veut avoir lui aussi la même dynamique de pouvoir entre l’État et le peuple qu’il y a actuellement en Russie ou en Chine.

C’est pourquoi, ceux qui crient « paix » dans des rassemblements de droite, dans le monde entier, répètent de facto la propagande du Kremlin. Ils ne sont pas en faveur de la paix, mais contre une guerre dont ils ne profitent pas. Le fascisme n’est pas une idéologie de paix. C’est une idéologie de conflit et il tire profit de la création de chaos et de confusion, pour établir et maintenir sa domination. À l’exception de très peu de groupes et d’organisations, les anarchistes et les personnes venant de la gauche anti-autoritaire n’ont pas réussi, jusqu’ici, à développer une plate-forme commune pour aborder cette crise.

Nous sommes dans une période sombre, pour cette planète. Le nouvel ordre mondial est en train d’être bâti par des forces qui ont peu de considération pour la vie humaine ou la liberté. Il est facile, dans de tels moments, de se noyer dans l’apitoiement sur soi-même et la tristesse, d’abandonner l’engagement politique ou de trouver la sécurité dans les bulles des réseaux sociaux. Mais c’est maintenant que la lutte est la plus importante. Ce n’est pas le moment du désespoir, mais plutôt de la colère et de l’espoir, parce que l’histoire a montré que les ténèbres peuvent être dissipées par des esprits courageux qui se consacrent à la lutte pour un monde meilleur. C’est à notre tour de reprendre ce flambeau.

Nikita Ivansky

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Marseille : Des engins explosifs lancés contre le consulat russe https://attaque.noblogs.org/post/2025/02/24/marseille-des-engins-explosifs-lances-contre-le-consulat-russe/ Mon, 24 Feb 2025 17:21:03 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58482 Continuer la lecture ]]> Le Monde / lundi 24 février 2025

Trois engins explosifs de fabrication artisanale ont été lancés, lundi 24 février, vers 8 heures sur la façade du consulat général de Russie à Marseille [au 3, avenue Ambroise Paré, VIIIème ; NdAtt.] sans faire de blessés, a appris l’Agence France-Presse (AFP) de source policière. Les faits se sont produits au troisième anniversaire du début de la guerre en Ukraine. […]

Franceinfo / lundi 24 février 2025

Trois engins explosifs ont été lancés dans les jardins du consulat général de Russie à Marseille, lundi 24 février, a appris franceinfo auprès de la préfecture de police de Marseille. Il s’agissait de bouteilles de soda en plastique, d’une contenance de 50 cl. « Deux d’entre elles ont éclaté et généré des détonations », a précisé cette source. Les résidus de produits contenus dans ces récipients sont en cours d’analyse. Les faits se sont produits vers 8 heures du matin et un homme a été vu prenant la fuite, avait appris franceinfo un peu plus tôt, de source policière. Il n’y a pas eu de blessé ni même de dégât.
Le périmètre entourant le consulat, situé dans le 8e arrondissement de Marseille, avait été entièrement bouclé par les forces de l’ordre. Une équipe de démineurs, dépêchée sur place, a terminé son intervention. Contacté par franceinfo, le parquet de Marseille a annoncé l’ouverture d’une enquête en flagrance pour dégradation par substances explosives ou incendiaires. Celle-ci a été confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée, anciennement police judiciaire. […]

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Mise à jour du 25 février : deux interpellations

extrait de Franceinfo / mardi 25 février 2025

Les deux hommes interpellés lundi 24 février dans le cadre de l’enquête sur le jet de projectiles dans les jardins du consulat de Russie à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, ont été placés en garde à vue du chef de « dégradations par substance incendiaire ou explosive », a appris franceinfo auprès du parquet de Marseille.

Les deux suspects sont âgés de 48 ans et 60 ans, et ont interpellés lundi soir, lors d’un rassemblement en soutien à l’Ukraine devant l’Hôtel de ville de Marseille, a appris de source policière, la journaliste de Radio France à Marseille […]

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Mise à jour du 26 février : jugement en comparution immédiate le jeudi 27

Libération / mercredi 26 février 2025

Un chimiste et un ingénieur du plus grand organisme de recherche français vont être jugés jeudi en comparution immédiate. Les deux membres du CNRS, interpellés lundi soir dans le cadre de l’enquête sur les jets d’engins explosifs contre le consulat général de Russie à Marseille sont renvoyés des chefs de «dégradation ou détérioration du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes» et «fabrication non autorisée d’engin explosif ou incendiaire ou de produit explosif», a précisé dans un communiqué ce mercredi 26 février Nicolas Bessone, le procureur de la République de Marseille.
Ils sont déférés ce jour devant le juge des libertés et de la détention, «en vue d’une comparution immédiate» jeudi, a ajouté le procureur, soulignant qu’ils «reconnaissent les faits et motivent leur action dans le cadre du conflit entre la Russie et l’Ukraine».

Selon le quotidien régional La Provence, les deux chercheurs, âgés d’une quarantaine et d’une cinquantaine d’années, avaient été «repérés par les policiers alors qu’ils participaient à une manifestation de soutien à l’Ukraine» devant l’hôtel de ville lundi soir. Ils ont indiqué en garde à vue que le mélange contenu dans les bouteilles en plastique lancées dans le jardin du consulat étaient un cocktail d’azote et de substances chimiques, rapporte le procureur. […]

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Mise à jour du 27 février : condamnés à huit mois fermes 

Franceinfo / jeudi 27 février 2025

G. S. et V. H. dormiront ce soir dans une cellule à la prison des Baumettes. Les deux physiciens du CNRS ont été condamnés ce jeudi 27 février à huit mois de prison ferme, avec mandat de dépôt. Ils pourront cependant effectuer leur peine à leur domicile sous bracelet électronique. Le juge des libertés a cinq jours pour mettre en place l’aménagement de la peine.

Les deux prévenus étaient jugés en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel de Marseille pour « tentative de dégradation ou détérioration du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes » et de « fabrication non autorisée d’engin explosif ou incendiaire ou de produit explosif ».

« Le côté terroriste du dossier a fait « Pschiit » comme la bouteille. Ce n’est pas du terrorisme, ni dans la volonté, ni dans la personnalité. Il y a des périodes où on ne fait pas ça. C’est très contrariant et c’est l’aspect moche du dossier. Vous avez des opinions respectables, mais vous ne le faites pas comme ça ! », a expliqué l’avocat général, qui a requis un an de prison ferme sous bracelet électronique. Le tribunal s’est retiré pour délibérer.

Vers 7h 30, le lundi 24 février, marquant le troisième anniversaire de l’invasion russe en Ukraine, G. S., 60 ans, Français d’origine espagnole et V. H., 48 ans, Français d’origine roumaine, ont jété trois projectiles par-dessus les grilles du consulat de Russie à Marseille (8ᵉ arrondissement), dont deux ont provoqué des détonations. Ils avaient expliqué aux enquêteurs lors de leur garde à vue, mardi, que le liquide contenu dans les bouteilles en plastique était un mélange d’azote et de substances chimiques. Les engins n’ont fait ni dégâts, ni victime.

Les deux prévenus ont reconnu les faits. Ils ont expliqué leurs motivations devant la cour. G. S. est marié à une femme d’origine ukrainienne. V. H. s’est dit quant à lui concerné par la situation en Ukraine. Ils affirment avoir mal apprécié l’impact diplomatique de leur action, et avoir d’abord prévu de se rendre à la police avant de finalement se rendre à la manifestation de soutien à l’Ukraine organisée en fin d’après-midi devant l’Hôtel de Ville.

Partie civile, le consulat de Russie estime qu' »ils ont commis des actes graves qui présentent tous les signes d’un acte terroriste. Il y a eu une tentative d’attaque d’une représentation diplomatique. Nous demandons une enquête criminelle complète ». Le 25 février, la chaîne télévisée russe Zvezdanews avait posté sur Télégram les images de la vidéosurveillance montrant un homme, un masque sur le visage et portant des gants jetables bleus, lancer des projectiles par-dessus les grilles des jardins du consulat de Russie.

Le ministère des Affaires étrangères français avait condamné une « atteinte à la sécurité des emprises diplomatiques ». De son côté, le ministère des Affaires étrangères russes avait dénoncé une « attaque terroriste ». Le Comité d’enquête de la Fédération de Russie, organe chargé des principales investigations criminelles en Russie, a ouvert une enquête pour « attaque contre des personnes ou des institutions bénéficiant d’une protection internationale », des faits passibles en Russie d’une peine allant jusqu’à douze ans de prison.

La direction du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a condamné avec la plus grande fermeté l’acte perpétré contre le Consulat de Russie à Marseille. Elle a appris avec consternation que les auteurs étaient des agents CNRS et s’est constitué partie civile. Créé en 1939, le CNRS est le plus grand organisme public de recherche en France. Il compte plus de 1100 laboratoires répartis sur l’ensemble du territoire, employant quelque 33 000 personnes, et 80 laboratoires de recherche internationaux, peut-on lire sur son site.

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Mise à jour du 27 mais : l’appel transforme la peine en sursis

Le Monde / lundi 26 mai 2025

Condamné à huit mois de prison ferme en première instance, un des deux chercheurs marseillais du CNRS qui avaient lancé des bouteilles d’azote liquide contre le consulat de Russie à Marseille, fin février, a vu sa peine assortie du sursis, lundi 26 mai, par la cour d’appel.

Le 27 février, le tribunal correctionnel de Marseille avait condamné V. H., 48 ans, et son collègue G. S., 59 ans, à huit mois de prison ferme à purger sous bracelet électronique. Les deux physiciens avaient été incarcérés à l’issue de l’audience, le temps de mettre en place cette mesure de détention à domicile sous surveillance électronique. M. H., physicien, était le seul à avoir fait appel. Si la cour d’appel d’Aix-en-Provence a confirmé sa culpabilité pour l’infraction de fabrication non autorisée d’engin explosif, elle l’a relaxé pour celle de tentative de dégradation. La cour a ordonné que cette condamnation ne soit pas inscrite au bulletin numéro deux de son casier judiciaire.

Le consulat de Russie, qui s’était constitué partie civile, a lui été débouté de ses demandes d’indemnisation. « Les faits commis sont graves et présentent pour nous tous les signes d’un acte terroriste », avait estimé en première instance Stanislav Ornaskiy, consul de Russie à Marseille. Après les peines prononcées en première instance, le consulat avait fait part de son « indignation » face aux condamnations « clémentes » à l’encontre des deux chercheurs.

L’avocat du chercheur, Me Jean-Yves Hébert, s’est réjoui d’une « décision plus raisonnée ». « Si la relaxe partielle sur l’infraction de dégradation est à saluer, il est regrettable que les juges d’appel ne soient pas allés au bout du raisonnement en jugeant que l’infraction de fabrication d’engin explosif n’était pas non plus constituée. »

La défense avait expliqué lors de l’audience que l’azote liquide à − 190 °C dont les deux chercheurs avaient rempli trois petites bouteilles en plastique, après l’avoir transporté dans un contenant isotherme, n’entrait pas dans la liste des substances explosives, surtout compte tenu des faibles quantités utilisées. Le passage de l’état liquide à l’état gazeux avait fait éclater les bouteilles, « comme un pneu de vélo qui éclate », avait précisé leur défense. Une des bouteilles avait atterri dans le jardin d’un voisin du consulat, qui ne s’était pas constitué partie civile.

Lors du procès en première instance, M. H., Français d’origine roumaine, avait énuméré le conflit entre la Russie et l’Ukraine, le changement climatique ou « les élections aux Etats-Unis » comme des événements allant dans « une direction qui n’est pas bonne ». Il avait assuré avoir juste voulu faire « du bruit ».

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Aucune paix avec les fascistes ! https://attaque.noblogs.org/post/2025/02/24/aucune-paix-avec-les-fascistes/ Mon, 24 Feb 2025 17:18:38 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58487 Continuer la lecture ]]> Anarchist Black Cross Dresden / samedi 15 février 2025

Note d’Attaque : la politique interne française est certes différente de l’allemande. Cependant, les dynamiques de fond, qu’on pourrait décrire comme une accélération, ces dernières années, du virage réactionnaire des sociétés et des États, en cours depuis quatre décennies (et accompagné par la déroute de la gauche et de l’option révolutionnaire), sont les mêmes au niveau international.
Voici pourquoi on considère intéressant de partager cette analyse lucide des enjeux de l’invasion russe à large échelle de l’Ukraine, en tant que moment majeur de cette accélération réactionnaire.

 

Aucune paix avec les fascistes ! 24 février 2025, Dresde Neumarkt. Solidarité avec les gens en Ukraine.

Le 24 février 2025 commence la quatrième année de l’invasion russe de l’Ukraine. La Russie mène une guerre génocidaire contre la population ukrainienne et tente de conquérir autant de territoires que possible. Après trois ans de guerre, la situation en Ukraine est catastrophique : des milliers de personnes sont mortes ou blessées, des millions ont été déplacées ou doivent vivre sous occupation russe, des centaines de villes ukrainiennes sont détruites, les sols sont contaminés et minés.

Dès le début, avec une campagne de propagande à l’intérieur et à l’extérieur du pays, la Russie a essayé de gagner du soutien et de justifier politiquement la guerre. La Russie mobilise surtout les populations indigènes des parties orientales du pays et recrute des mercenaires de différents pays comme le Népal, l’Inde et le Yémen. Entre-temps, la Corée du Nord est officiellement devenue une partie de la guerre russe en Ukraine.

Nous sommes dans une tristesse profonde, à cause tant de mort.es et de destruction. Nous nous solidarisons avec les gens en Ukraine, avec nos ami.es et compas. Et nous voulons que cette guerre, enfin, s’arrête !

Pacifisme

Depuis le début de la guerre, beaucoup de gens exigent la paix, surtout en période électorale. Mais qui sont ces personnes qui, depuis leur position confortable en Allemagne, appellent à la paix ? Et qu’est-ce que cela signifie, au fait ? Et qui doit payer le prix de cette « paix » ?

Le pacifisme est un système de pensée qui rejette la violence, la guerre et le militarisme. Des gens incitent l’Ukraine à se rendre. Pour ces personnes, le droit à l’autodéfense, le droit de défendre sa propre liberté et son autodétermination, n’existent pas. La plupart de celles/ceux qui portent cette position ne sont pas eux/elles-mêmes touché.es par la guerre. Beaucoup de ceux/celles qui exigent la paix s’intéressent moins au sort des gens en Ukraine qu’à leur propre bien-être.

On trouve le pacifisme chez les anarchistes et chez les fascistes, aussi bien à la gauche qu’à la droite du panorama politique. Dans sa campagne électorale actuelle, l’AfD [le principal parti allemand d’extrême droite, qui a reçu environ 20% des suffrages lors des élections législatives du 23 février 2025 ; NdAtt.] se présente comme pacifiste en ce qui concerne la guerre en Ukraine. Dans le même temps, ce parti exige une politique violente cotre les migrant.es aux frontières et un réarmement militaire de l’Allemagne. L’AfD n’a aucun problème avec Poutine et la Russie, car elle a les mêmes idées conservatrices sur la famille, le genre, la nation et la culture.

D’autres, comme Sahra Wagenknecht [politicienne de gauche aux penchants fortement populistes, notamment anti-immigration ; NdAtt.], exigent la paix alors que, tout en entretenant des relations étroites avec Poutine, ils/elles considèrent l’OTAN, les États-Unis et l’Occident comme les initiateurs de cette guerre. Elles/ils exigent la paix aux conditions de la Russie.

Et il y a des gens qui, même si eux/elles aussi voient l’OTAN, les États-Unis et l’Occident comme responsables de cette guerre, ne peuvent pas souffrir Poutine. Beaucoup de personnes de gauche et d’anarchistes invoquent des arguments à l’appui d’une conception générale, abstraite – et assez naïve – de pacifisme. À nos yeux, cela ne peut pas être une réponse politique sérieuse. Chaque guerre est différente et nécessite sa propre analyse. Nous ne pouvons pas dicter à celles/ceux qui sont attaqué.es la façon dont ils/elles doivent se comporter, sans rien offrir de plus. Dans beaucoup de discussions autour de cette guerre, les gens en Ukraine ne sont même pas considéré.es comme des sujets à part entière.

Le prix de l’indécision

L’autre côté de la réponse politique à la guerre est venu, en Allemagne, des partis de gouvernement. Nous nous rappelons tou.tes des 5000 casques que, de manière ridicule, l’État allemand a mis à disposition de l’Ukraine. Mais la première réaction sérieuse n’a pas été, encore une fois, de soutenir concrètement l’Ukraine dans sa légitime défense. Au lieu de cela, le budget militaire allemand a été massivement augmenté – nous parlons des dépenses militaires les plus élevées, en Allemagne, depuis des décennies ! Cette occasion a été utilisée pour un réarmement de l’ordre de plusieurs milliards, afin de renforcer la position de puissance de l’Allemagne en Europe. Les autres mesures n’étaient pas non plus l’expression d’un soutien à la population ukrainienne, mais une manœuvre politique avec des promesses abstraites, qui mettaient l’Ukraine dans une position de quémandeur. Et, pour finir, le chancelier fédéral Scholz a aussi bloqué le dernier paquet d’aides militaires à l’Ukraine, à cause des élections imminentes.

L’impérialisme russe est largement sous-estimé et ce sont les gens en Ukraine qui paient le prix de cette politique occidentale indécise, tout comme le gens en Syrie, il y a quelques années. Et pendant que les Ukrainien.nes souffrent, la Russie continue de se porter plutôt bien. Elle se prépare aux prochaines opérations militaires et actions impérialistes, pendant que le gaz et le pétrole russes continuent de couler à travers le globe entier.

Montée de l’autoritarisme et du fascisme

Avec la crise climatique et financière croissante et des guerres incessantes, l’adhésion aux idées autoritaires s’accroît dans le monde entier et le fascisme est en progression. En Allemagne, Poutine s’immisce dans les élections ainsi que dans la politique générale, avec des campagnes massives de désinformation. En même temps, Elon Musk fait de la publicité pour l’AfD comme étant la seule solution et il la soutient avec beaucoup d’argent. Des techno-oligarques et des dirigeants autoritaires travaillent main dans la main, pour obtenir de l’influence et du contrôle. Il s’agit d’une immense menace pour les, relatives, libertés personnelles et collectives, ainsi que pour l’État-providence, du moins celui qui existe, dans une certaine mesure, et qui a été gagné avec des décennies de luttes des mouvements ouvrier, antiraciste et féministe, pour n’en nommer que quelques-uns – même si le monde ainsi-dit démocratique prétend volontiers être à l’origine de ces acquis. De tels processus ont actuellement lieu dans de nombreux pays différents.

Avec la diffusion croissante de ces idées pro-russes, impérialistes et fascistes, le soutien à la population ukrainienne est en jeu. Et c’est pourquoi il faut plus de solidarité d’en bas ! Pour que le fascisme ne prenne pas le dessus. Dans des jeux de pouvoir aussi complexes, il n’y a malheureusement pas de solutions simples. Mais nous pouvons tisser des liens avec les gens en Ukraine et les écouter. Nous pouvons nous organiser et leur fournir un soutien direct.

Notre combat contre le militarisme en Europe signifie aussi que nous devons vaincre la Russie. Parce que, dans cette région du monde, le militarisme est alimenté principalement par la Russie.

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Russie, Bélarus et Ukraine : BOAK – Quelques résultats de l’année 2024 https://attaque.noblogs.org/post/2025/02/21/russie-belarus-et-ukraine-boak-quelques-resultats-de-lannee-2024/ Fri, 21 Feb 2025 18:13:39 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58458 Continuer la lecture ]]> BOAK / lundi 30 décembre 2024

L’année 2024, dure et sanglante, est arrivée à sa fin. Il est temps de la résumer. Pendant cette dernière année, comme durant la quasi-totalité de la guerre à grande échelle en Ukraine, nous avons travaillé dans deux directions : la formation d’une lutte de guérilla anarchiste organisée, en Russie et au Bélarus, et des tentatives de combattre les occupants russes en Ukraine par des formes plus organisées.

Par rapport au premier point, nous pouvons dire que le régime de Loukachenko, dans le film de propagande « Des enfants dans le viseur : recrutés par l’ennemi », a accusé un groupe de jeunes anarchistes et révolutionnaires arrêté.es, les « Rossignols noirs »*, d’avoir reçu de l’argent de notre part. Nous ne commenterons pas ces accusations.

Nous avons déjà écrit à propos de notre attitude vis-à-vis des « Rossignols noirs » et de l’héroïque révolutionnaire Maryia Misiuk, dévouée à notre cause commune. Disons-le encore : nous sommes fier.es de la force morale de Maryia, nous lui souhaitons, à elle et à tou.tes les autres compas, de rester fort.es. Nous considérons qu’il est nécessaire de leur apporter du soutien, par l’intermédiaire de l’Anarchist Black Cross Belarus, d’exprimer notre solidarité par d’autres moyens et de lutter pour leur liberté.

La lutte de guérilla anarchiste au Bélarus et en Russie, bien qu’en ce moment elle n’ait pas l’ampleur voulue, ne s’est pas éteinte. Nous invitons tou.tes les compas qui sont prêt.es à l’action à nous contacter. Dans le souci de votre sécurité, dans un dialogue entre égaux.les, à travers une formation aux méthodes nécessaires à la conspiration, si vous n’y êtes pas familier.es, nous trouverons des moyens et des méthodes pour être actif.ves. Les dictatures de Poutine et de Loukachenko ne sont pas éternelles, leur effondrement pourrait être beaucoup plus rapide qu’il ne semblerait au premier abord, comme la chute soudaine du régime d’Assad, en Syrie, l’a montré. L’avenir n’est pas prédéterminé, les révolutionnaires le façonnent elles/eux-mêmes, par leurs actions. Alors rejoignez la lutte ! N’oubliez pas le Revolutionary Anarchist Fund, créé pour aider les guérillas.

Nous remarquons aussi une tendance négative à discréditer la résistance partisane par l’utilisation de fraudes téléphoniques dans le but de tromper des personnes âgées et de les inciter à commettre des actes « illégaux ». Ces dernières semaines, en Russie, nous avons pu observer une vague de tels incendies et d’autres actions radicales du même type. Il est très probable qu’ils aient été orchestrés par les services secrets ukrainiens. D’un point de vue anti-régime, il n’est pas du tout clair quels sont les objectifs que ces actions veulent atteindre. Les actions de personnes trompées et désespérées ne mèneront à aucune déstabilisation critique. Mais, de toute évidence, elles effacent aux yeux du grand public la ligne entre les partisan.es idéologiquement motivé.es et des victimes d’escrocs. En conséquence, l’idée d’une résistance militante perd de sa crédibilité aux yeux de la société. Comme nous l’avons mentionné par le passé, l’utilisation de fraudes téléphoniques a été fièrement reconnue par le projet Rospartizan, pour entraîner des personnes âgées dans la « lutte partisane ». Par conséquent, nous pensons que les compas avec des convictions anarchistes, de gauche, social-démocrates, ne devraient pas coopérer avec eux/elles. Nous recommandons aussi d’éviter d’interagir avec toute sorte de « curateur » et de ne pas mener des actes de lutte en contrepartie de paiements monétaires. La coordination de la lutte de guérilla révolutionnaire devrait être mise en place par l’interaction avec d’autres révolutionnaires et non pas par des contacts avec des projets louches et des individus dont les objectifs peuvent être très loin de ceux des révolutionnaires. Vous pouvez nous contacter par mail : bo-ak [at] riseup.net

Un autre domaine de notre travail a été celui des tentatives d’organisation en Ukraine, pour augmenter la reconnaissance des anarchistes dans la Résistance ukrainienne. La ligne révolutionnaire dans ce domaine de travail a été formulée par notre compagnon tombé en martyr**, l’un des fondateurs de l’Organisation de combat des anarcho-communistes (BOAK), Dmitry Petrov, dans son article « Être une force indépendante » :

« Des anarchistes, qui se sont reconnu.es comme créateur.trices de la politique révolutionnaire ici et maintenant, peuvent se permettre le luxe d’interagir avec des forces idéologiquement étrangères (par exemple, différentes fractions de l’opposition russe et biélorusse) et des institutions étatiques (par exemple, les Forces armées de l’Ukraine). Puisque, au lieu de « brader ses principes » et de s’assimiler à des figures et des structures hostiles, l’opportunité et les formes d’une telle coopération seront maintenant déterminées par un sain pragmatisme politique – conformément aux intérêts du mouvement révolutionnaire libertaire. Ce qui aide à développer nos structures, à augmenter notre reconnaissance, notre expérience et nos compétences, à augmenter le nombre de contacts, cela sert à la concrétisation finale de nos idées ».

Au tout début de l’invasion à grande échelle, le Peloton anti-autoritaire a été créé, avec la participation active de Dmitry Petrov, au sein des Forces de défense territoriale de la région de Kyïv***. Dans l’été 2022, cette unité a cessé d’exister. Mais les tentatives d’organiser les anarchistes en une seule unité collective ne se sont pas arrêtées. Les longs efforts de Dmitry Petrov dans ce domaine ont donné un résultat. Au printemps 2023, lui et un groupe de compagnons ont reçu le feu vert du commandement militaire ukrainien pour créer une telle structure, à la condition qu’ils exécutent avec succès les missions de combat assignées. Le 19 avril 2023, Dmitry Petrov et deux autres camarades internationalistes, Finbar Cafferkey et Cooper Andrews, sont tombés martyrs lors des combats près de Bakhmout. Aujourd’hui, à notre connaissance, il n’y a pas d’unités anarchistes en Ukraine.

Au cours de l’année 2024, le travail des compas lié.es à la BOAK a été concentré, entre autres, autour du « bataillon Sibir » [ou « bataillon sibérien » ; NdAtt.], une unité des Forces armées de l’Ukraine composée principalement de citoyen.nes russes opposant.es de Poutines. En janvier de l’année dernière, un entretien de notre compagnon Alexeï Makarov, qui a combattu dans cette unité, a largement circulé. À l’heure actuelle le compagnon suit une rééducation après une blessure****. En février de l’année dernière, un autre de nos compas est arrivé en Ukraine par le biais du « bataillon Sibir » – un partisan dévoué de la BOAK, Vladislav Iurchenko (« Pirate »). Malgré l’occasion offerte de transmettre leurs idées à travers les médias (même les grands médias d’opposition russes et les médias grand public ukrainiens), jusqu’ à atteindre un public relativement large, au sein de cette unité les compas n’avaient aucune sorte d’autonomie. Le 9 août 2024, Vladislav Iurchenko est tombé en martyr lorsque des groupes de sabotage ukrainiens ont tenté d’atterrir sur la Flèche de Kinbourn. « Pirate » n’a pas été le seul à être été tué. Le « bataillon Sibir » a subi de très lourdes pertes dans cette bataille. Vladislav est tombé en martyr un peu plus d’un mois avant ses 23 ans, au tout début de son parcours révolutionnaire. Le compagnon vivra toujours dans notre mémoire et dans notre lutte. Les martyrs sont immortel.les ! Şehid namirin!

Il vaut la peine de noter que les médias à la solde du régime russe, en commentant la mort de Vladislav Iourchenko, l’ont « enregistré » auprès du « Corps des volontaires russes » (RDK). Il s’agit d’un mensonge et ce mensonge est très facile à démasquer. Les dirigeants du RDK soignent avec une très grande attention leurs propres ressources médias, mais ils n’ont jamais mentionné la participation du « Corps » au raid aéroporté sur la flèche de Kinburn. Le « bataillon Sibir » et le RDK sont subordonnés à la Direction générale du renseignement (GUR) et le service de presse de la GUR a énuméré le « bataillon Sibir » parmi les unités impliquées dans ce raid, mais n’a rien dit sur le RDK. Pourquoi la propagande russe a-t-elle menti d’une manière si primitive ? Peut-être parce qu’il est plus difficile pour le régime de Poutine de confronter sur le plan idéologique un projet militaire ayant l’éclat des idées de gauche et anti-colonialistes plutôt que les néo-nazis de la direction politique du RDK. Alors, pourquoi un tel projet politico-militaire [de gauche ; NdAtt.] n’a pas été établi pendant cette guerre ? Est-ce parce que l’État néolibéral ukrainien, qui est très éloigné des idées anarchistes, de gauche et, en général, des idées de justice sociale, n’a pas l’intention de contribuer à la diffusion d’une idéologie subversive et à l’avancement du niveau organisationnel de ses opposant.es ? À cause de l’incapacité des anarchistes à s’organiser, de notre faiblesse et de notre nombre réduit ? À cause de l’incompétence des membres de la bureaucratie militaire ukrainienne ? Répondre à cette question nécessite une analyse plus approfondie et il se peut que cette réponse (et même, très probablement, plus d’une réponse) sera présentée un jour.

Cependant, l’idée de créer une unité anti-autoritaire est toujours vivante. En septembre 2024, il a été annoncé que plusieurs compas du Resistance Committee s’étaient rassemblé.es dans un peloton de mortiers et avaient invité les gens à les rejoindre. Malheureusement, il n’y a pas de nouvelles récentes du développement ultérieur de ce projet.

Voici quelques-uns des résultats de l’année passée. En gardant la mémoire de Dmitry Petrov, de Vladislav Iurchenko et d’autres martyrs, nous continuerons la lutte dans la nouvelle année, 2025. La façon dont celle-ci sera, cela dépend de nous !

Боевая организация анархо-коммунистов
[Organisation de combat des anarcho-communistes]
Anarchist Militant
Cudi

 

 

Le mirror du site principal en anglais.

 

Notes d’Attaque :
* voir ici.
** Se souvenir des compas qui nous ont quitté.es est fondamentale, mais on pourrait laisser le langage propre aux religions, qui sont des fondements de l’autorité, à nos ennemis !
*** Les compas utilisent ici le nom ukrainien, qu’on reproduit, bien qu’il ne soit pas encore entré dans l’utilisation courante en français.
**** Il évoque sa rééducation en Suède, et ses perspectives pour l’avenir, dans cet entretien.

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Ukraine : Il y a des valeurs que nous plaçons au-dessus des États https://attaque.noblogs.org/post/2025/02/09/ukraine-il-y-a-des-valeurs-que-nous-placons-au-dessus-des-etats/ Sun, 09 Feb 2025 17:57:54 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58292 Continuer la lecture ]]> Good night imperial pride / mardi 14 janvier 2025

Un anarchiste qui se bat pour l’Ukraine : « Il y a des valeurs que nous plaçons au-dessus des États »

Depuis le premier jour de l’invasion à grande échelle, l’anarchiste D. a pris part à la résistance armée ukrainienne contre la Russie. Il a rejoint le peloton anti-autoritaire, en tant que volontaire, et ensuite il a servi comme secouriste. En 2023, quand les drones à pilotage en immersion sont apparus, D. a reconnu leur potentiel, il a suivi une formation d’opérateur et a continué à se battre en tant que pilote de drones de combat.
Nous avons parlé avec lui de la situation au front, des tactiques offensives des Russes et des perspectives du mouvement anarchiste contemporain.

 

Quelle est la situation sur la ligne du front, à l’heure actuelle ?

La Russie avance dans le Donbass. Ils ont récemment pris Kourakhove, l’une des villes clefs pour la défense ukrainienne. En même temps, il y a une une bataille pour Pokrovsk, qui est également un point clef pour la défense.

L’Ukraine se replie partout dans le Donbass, à cause du manque d’infanterie. Il y a plusieurs raisons à cela. La partie la plus motivée de l’armée ukrainienne est déjà fatiguée, beaucoup sont mort.es, et toute la société ne se joint pas au combat. Il nous manquent beaucoup de ressources.

Nous avons aussi pu sentir l’impact du manque d’assistance militaire occidentale, au moment de la contre-offensive dans la région de Zaporijjiaa. À cause de son retard, la contre-offensive a commencé plus tard, ce qui, entre autres, a conduit à l’épuisement des brigades et à des lourdes pertes et, par conséquent, à un manque de personnel de qualité.

Pour l’essentiel, la retraite est ordonnée, nous avons le temps d’occuper de nouvelles lignes défensives. Les drones jouent un rôle énorme, du coup arriver sur des positions, à l’heure actuelle, est beaucoup plus problématique et dangereux qu’en 2022 ou même qu’en 2023. La zone grise (le secteur entre les premières lignes ukrainiennes et russes) est devenue beaucoup plus large.

Les occupants mènent principalement des assaut avec l’infanterie. Par petits groupes, ils atteignent des casemates, des fortifications, des villages et ils se retranchent dans des caves. Sur le chemin, ils sont partiellement détruits, mais ils attendent des renforts sur leurs positions, pour avancer encore. C’est une de leurs tactiques principales, quand ils font face à une forte résistance. Maintenant que le rythme de leur offensive a augmenté, ils ont aussi commencé à employer des assauts motorisées, ce qui était moins le cas en 2023.

L’Ukraine ne peut pas mettre fin à la guerre maintenant, parce que les Russes avancent rapidement et ils ne veulent pas s’arrêter. Au contraire, ils essayent d’imposer des conditions plus sévères à l’Ukraine. En décembre 2024, ils ont eu le nombre de pertes le plus élevé de toute la guerre, ce qui indique leur intention d’avancer, pas d’arrêter, sans tenir compte des pertes.

 

Que fais-tu sur la ligne du front ? Que s’est-il passé dans ta vie et dans ton unité au cours de la dernière année ?

Je suis directement impliqué dans les opérations de combat, au cours de la dernière année j’ai piloté beaucoup de drones de combat. Je suis aussi impliqué dans des processus organisationnels. Je crois qu’il est important de développer des compétences en direction, c’est l’un des maillons faibles de l’armée ukrainienne, qui ne fait que commencer à s’éloigner des bases autoritaires soviétiques post-communistes. Les personnes qui se sont battues dès le début ont pris beaucoup de responsabilités et n’ont pas beaucoup avancé verticalement, plutôt horizontalement : elles ont pris de plus en plus de responsabilités, ont été épuisées ou sont mortes. Malheureusement, cette ressource est maintenant perdue et à la place de personnes motivées et expérimentées venant de l’infanterie, la direction des batailles au quartier général est souvent prise en charge par des opportunistes. L’Ukraine est en train de mettre plus de personnes ayant de l’expérience de combat dans des postes de direction, mais il est un peu tard.

Cela aurait dû être fait dès le tout début, les personnes qui ont combattu pendant un an et demi auraient dû être transférées au quartier général, à la direction, pour évincer la nomenklatura soviétique, les bureaucrates et les autres qui veulent laisser passer la guerre en restant assis dans un endroit confortable.

La question de l’organisation rationnelle des processus, de la gestion des crises, de la gestion sous contrainte de ressources – ce sont toutes des questions cruciales à la fois pour le combat en guerre et pour la croissance du mouvement anarchiste. Dans notre unité, les processus sont organisés de la manière la plus démocratique possible. C’est-à-dire que nous n’avons pas une gestion vraiment verticale et que nous comptons plus sur la médiation que sur l’imposition.

Notre personnel est principalement composé de volontaires et nous avons beaucoup contribué à rendre la victoire plus proche.

 

Quelle est ta motivation principale pour combattre ?

Ma motivation principale est que je vis ici. Je vois ce qui se passe, je sais ce que la Russie a fait dans les territoires occupés, comment ils massacrent tou.tes celles/ceux qui ne sont pas d’accord. Ce régime autoritaire doit être arrêté.

Dans une perspective historique, tout ce que nous faisons maintenant est un grand investissement, qui sera utile dans la lutte future contre la Russie. Même si le conflit est gelé, les progrès réalisés par l’Ukraine sont inestimables pour la future résistance des sociétés démocratiques. Quand il s’agit d’un conflit ouvert, toutes les motivations et les convictions se cristallisent.

En plus, je veux venger mes ami.es du mouvement qui ont été tué.es ou fait.es prisonnier.es par des régimes autoritaires, qui subissent l’emprisonnement pour leur résistance. Les ami.es, si vous lisez ceci, je suis désolé d’avoir arrêté de vous écrire. Je suis toujours avec vous dans mes pensées et dans mes actions.

 

Est-ce que tu considères qu’il est contradictoire pour toi, en tant qu’anarchiste, de combattre dans l’armée ukrainienne ?

Pour ma part, je n’y vois aucune contradiction. Oui, dans toute armée il y a une certaine structure de coercition, mais dans l’armée ukrainienne moins qu’ailleurs. Initiative, motivation, autodiscipline : telles sont les valeurs des personnes qui restent fidèles à l’anarchisme sur le long terme et ces mêmes valeurs sont très précieuses et pertinentes dans les opérations de combat. C’est ce dont nous avons besoin maintenant.

Je connais beaucoup de cas où des anarchistes, ici, avec peu d’efforts, ont créé autour d’elles/eux des structures organisées et efficaces sur lesquelles repose toute la défense. En considérant qu’il s’agit d’une lutte vraiment existentielle, d’une lutte pour la survie, pour des choses fondamentales, alors, pour un anarchiste, combattre pour l’Ukraine est une nécessité. C’est en soi la chose juste et éthique à faire.

C’est comme se demander si les anarchistes auraient dû participer à la résistance française. Parce que c’était probablement pour l’État français, n’est-ce pas ? Il y a des valeurs que nous plaçons au-dessus des États, au-dessus du capital, au-dessus des processus superficiels. Tels sont les types de luttes et de significations auxquelles les anarchistes sont habituellement très sensibles. Il est donc difficile d’imaginer un anarchiste, en Ukraine, qui ne s’impliquerait pas dans cette lutte, directement ou dans un rôle de soutien.

 

À ton avis, quels changements politiques le mouvement anarchiste d’aujourd’hui peut-il atteindre ? Où devrions-nous concentrer nos ressources politiques ?

Je suis en dehors des processus globaux, mon travail de combat me prend 24h/24 et 7j/7. Mais je peux dire avec certitude qu’il vaut la peine d’organiser des structures anarchistes, de soutenir les anarchistes dans l’armée ukrainienne et de concentrer l’attention des anarchistes, en Europe, sur les menaces à venir.

Elles/ils devraient réfléchir aux domaines dans lesquels ils/elles vont affronter des partis comme l’AfD allemande, le Rassemblement national en France ou Vox en Espagne, c’est-à-dire toutes les forces de droite et populistes qui utilisent l’argent russe pour changer l’opinion politique majoritaire, pour prendre le pouvoir et les structures de l’État, alors que la gauche est sur la touche.

Je pense que ce conflit s’intensifiera et que les personnes de gauche et les anarchistes, surtout en Europe, doivent s’impliquer dans l’agenda actuel. Peut-être que ce sera un choc désagréable avec la réalité, peut-être que certaines visions idéalistes seront perdues, mais, dans une lutte active, toutes les convictions sont mises à l’épreuve. Aujourd’hui, alors que le discours politique se déplace si fortement vers la droite, si nous ne nous préparons pas pour l’avenir, je ne sais pas ce que nous pouvons espérer.

 

Penses-tu qu’une communauté anarchiste ou anti-autoritaire internationale pourrait trouver un terrain d’entente avec nous et dépasser les contradictions ?

Les militant.es européen.nes devraient penser à ce qui se passera dans 10-15 ans et construire leurs stratégies à partir de là, parce que, pour l’instant, la société en Europe s’est montrée immature. Quand nous parlons de la société ukrainienne, nous critiquons les personnes qui ne se sont pas impliquées dans le conflit, mais cette critique est plutôt tempérée. Pendant ce temps, en Europe, le choix politique à l’ordre du jour est celui d’ignorer cette guerre.

Les anarchistes qui veulent combattre leurs États en Europe devraient prendre en considération deux choses. Tout d’abord, combattre la flotte fantôme de pétroliers russes, qui aide la Russie et les capitalistes à commercer du pétrole pour contourner les sanctions. Les énormes profits du commerce maritime de produits pétroliers sont canalisés par la Russie dans la guerre. Ici, je voudrais faire un appel en particulier aux anarchistes en Grèce, qui ne montrent aucune initiative dans la lutte contre la flotte commerciale grecque, qui sert les intérêts pétroliers russes et fait des profits gigantesques grâce à cet argent ensanglanté.

Deuxièmement, les anarchistes devraient rechercher qui, à côté d’elles/eux, appuie l’agenda russe : habituellement ce sont des mouvements d’extrême droite et anti-migrant.es, mais parfois les services secrets russes se font passer aussi pour des partis et des médias de gauche. L’État de droit européen est en train de se révéler impuissant à combattre l’influence russe qui le mine. Les anarchistes devraient utiliser toutes les tactiques possibles pour contrer cela. Selon le New York Times, entre 2014 et 2022, la Russie a investi au moins 300 millions de dollars dans des partis politiques européens. Nous pouvons déjà voir les fruits de ces investissements dans la montée de partis d’extrême droite fidèles à la Russie en Allemagne, en Hongrie, en Italie, en Slovaquie et en Autriche.

 

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Russie : Résistance radicale (du 11 au 29 janvier 2025) https://attaque.noblogs.org/post/2025/01/30/russie-resistance-radicale-du-11-au-29-janvier-2025/ Thu, 30 Jan 2025 17:21:26 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58145 Continuer la lecture ]]> extraits d’a2day / mercredi 29 janvier 2025

[…]
Moscou

Un véhicule militaire UAZ Patriot avec des plaques du ministère de la Défense a été brûlé le 17 janvier, dans le quartier de Novaya Moskva. La voiture a été incendiée dans un parking du district de Dessionovskoïe. Le UAZ Patriot avec des numéros militaires en noir et blanc se trouvait dans le parking près de la maison. À un moment donné, la voiture a pris feu. Des témoins ont écrit qu’il n’y avait personne à l’intérieur.

Kazan

Le 23 janvier, vers 16 heure, heure de Moscou, un inconnu a lancé un cocktail Molotov dans le hall de l’entrée principale du bâtiment administratif de l’usine de poudre pour obus de Kazan (FKP « KGKPZ »), situé au 14, rue du 1er mai, à Kazan, au Tatarstan. Cela a provoqué un incendie, qui a été éteint par les employés de l’usine. Le ministère de l’Intérieur a déclaré qu’on n’avait pas trouvé ni identifié l’incendiaire. Les caméras de vidéosurveillance montrent un garçon d’une quinzaine d’années, le visage couvert.

On sait qu’entre 2023 et 2024, cette usine a augmenté sa capacité de production d’explosifs, à destination du complexe militaro-industriel russe.

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L’étrange rituel des réélections au Bélarus https://attaque.noblogs.org/post/2025/01/26/letrange-rituel-des-reelections-au-belarus/ Sun, 26 Jan 2025 17:45:44 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58119 Continuer la lecture ]]> Freedom / samedi 25 janvier 2025

Alors qu’une dure répression préviendra toute manifestation de masse, la résistance d’en bas continue

Ce dimanche 26 janvier, Alexandre Loukachenko sera réélu pour son septième mandat de président ; contrairement aux élections de 2020, qui ont été le point culminant de la mobilisation politique de centaines de milliers de Biélorusses, on ne s’attend pas à ce que cette réélections donne lieu à des manifestations dans les rues. Cela est principalement lié à la terreur politique contre quiconque s’oppose à Loukachenko et à son régime.

Jusqu’en 2020, le Bélarus avait un mouvement anarchiste assez dynamique, qui a émergé après l’effondrement de l’Union soviétique. Cependant, les anarchistes étaient parmi les principales cibles de la police politique et du KGB. Actuellement, il y a plus de vingt-cinq anarchistes et antifascistes dans les prisons biélorusses, où ils/elles purgent des peines allant jusqu’à vingt ans, pour différents actes de résistance. Le soutien aux compas emprisonné.es, à leurs familles et à leur lutte à l’intérieur des prisons est l’une des tâches du mouvement anarchiste international.

Ces dernières années, des milliers de personnes ont été poursuivies avec différents chefs d’inculpation, de l’outrage au président ou de l’appartenance à une organisation extrémiste, jusqu’à des actes de terrorisme. Ce temps-ci, les personnes qui mènent n’importe quelle forme de sabotage ou d’action directe contre le régime peuvent facilement être poursuivies pour terrorisme.

Néanmoins, Loukachenko ne se sent toujours pas en sûreté avec ces élections et différentes branches de l’appareil répressif se préparent depuis des mois. Des arrestations de courte durée de militant.es d’opposition connu.es, à l’entraînement semi-militaire de la police anti-émeute, annoncé dans tous les médias d’État, il y une tentative d’effrayer les gens et d’empêcher toute action pendant et immédiatement après les élections. Le gouvernement est en train de faire tout ce qu’il peut pour démontrer à ses sponsors du Kremlin la « stabilité politique » du pays. Toute instabilité grave au Bélarus pourrait conduire à des tentatives, de la part de Poutine, de remplacer Loukachenko, avec lequel il a des relations très froides.

Le Bélarus n’a pas toujours fait partie de l’ainsi-dit « monde russe ». Pendant des années, Loukachenko a essayé de naviguer entre Moscou et Bruxelles, afin de maintenir son pouvoir et de ne pas devenir complètement dépendant de l’un ou l’autre. Cependant, des actes de répression brutaux, y compris les meurtres de manifestant.es en 2020, ainsi que de graves scandales internationaux, tout cela a conduit à l’isolement du dictateur et à son engagement total envers Poutine, qui a sauvé à plusieurs reprises l’économie biélorusse de l’effondrement. Malgré les tentatives de Loukachenko d’amener des intérêts chinois dans la région, l’État biélorusse reste la marionnette de Moscou.

L’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en 2022, a aussi contribué à stabiliser la dictature de Loukachenko. Le Bélarus est devenu une partie importante de la machine de guerre russe, même sans envoyer directement des troupes (contrairement à la Corée du Nord). Poutine et ses alliés voient plus d’avantages dans un Bélarus « indépendant », qui peut être utilisé, entre autres, pour contourner les sanctions occidentales contre la Russie. Alors que Loukachenko a continué, ces dernières années, à menacer les pays voisins d’éventuelles opérations militaires, « si nécessaire », seule la Russie décidera où, quand et dans quel but l’armée biélorusse sera déployée.

Malgré la répression écrasante de toute opposition au régime, le peuple biélorusse continue de résister, de différentes manières. Les gens ne s’attendent pas à ce que Loukachenko parte soudainement. Les arrestations et les poursuites constantes pour des actions directes montrent que, malgré l’absence de manifestations de masse organisées, les gens sont toujours prêts à riposter contre Loukachenko et ses maîtres de Moscou, même en temps de guerre et de terreur d’État.

Nikita Ivansky

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Une photo très connue de la répression des manifestations de 2020*

* Note d’Attaque : la jeune fille de la photo, Maria Zaytseva, originaire de Homiel, a été blessée par les flics le 9 août 2020, à Minsk, comme des centaines d’autres manifestant.es. Elle a gardé des séquelles, dont la perte de l’ouïe à l’oreille droite.
Après l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, elle a commencé par aider des réfugié.es Ukrainien.nes en Tchéquie, où elle s’était établie, puis, au printemps 2023, elle a rejoint une unité médicale de la Légion étrangère de la Défense territoriale ukrainienne. Blessée, elle a été rapatriée en République Tchèque et est ensuite retournée au front en janvier 2024. Elle est morte près de Bakhmout le 17 janvier 2025, le lendemain de son 24ème anniversaire. Athée, elle avait dit ne pas vouloir être enterrée sous une crois.

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Sur l’organisation des anarchistes en Ukraine https://attaque.noblogs.org/post/2025/01/25/sur-lorganisation-des-anarchistes-en-ukraine/ Sat, 25 Jan 2025 17:21:08 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=57950 Continuer la lecture ]]> Takku / mardi 7 janvier 2025

Sur l’organisation des anarchistes en Ukraine : le point de vue d’une membre d’un collectif d’action locale

(Cet entretien a été publié à l’origine dans le numéro 61 de la revue en langue finnoise Kapinatyöläinen. La traduction anglaise a été faite après, pour le site web Takku)

Dans cet article, une compagnonne qui réside à Kiev parle de l’état actuel de l’activité anarchiste en Ukraine et de ses perspectives futures. Elle souligne aussi ce qui peut être appris en Finlande de l’expérience ukrainienne. L’entretien a été mené à l’oral et, dans ce texte, nous essayons de présenter la narration de la compagnonne telle qu’elle était.

Tout d’abord, je vais vous parler de mon parcours et de moi-même. Je suis Ksusha, une anarchiste d’Ukraine. Je vis actuellement à Kiev et je suis engagée dans les Solidarity Collectives. Des idées proches de l’anarchisme ont commencé à m’intéresser pendant le mouvement de Maïdan, de 2013 et 2014, à Kharkiv, où je suis née et où je vivais à l’époque. Dans la période après Maïdan, lorsque la Russie a attaqué les régions de Louhansk et Donetsk et que la première vague de réfugié.es de ces zones a commencé, les anarchistes de Kharkiv ont commencé à gérer un squat accueillant une partie des réfugié.es. L’objectif était de les aider à se remettre sur pieds et de leur offrir tout de suite un endroit où rester, pour le début. Un.e de mes ami.es, qui était membre d’un collectif anarchiste, m’a invitée à participer à la rénovation d’un bâtiment occupé. J’ai rejoint ainsi des activités anarchistes. À partir de là, j’ai constamment participé à des projets anarchistes, j’ai été impliquée dans différentes actions, par exemple des manifestations contre l’État policier. J’ai aussi rejoint un groupe éco-anarchiste qui travaillait contre des projets de constructions et contre la déforestation, qui a agi pour arrêter la production de fourrures et organisé des marchés libres.

Six ans sont passés comme ça. Ensuite, j’ai déménagé à Kiev et mon activité anarchiste s’est effacée, parce que je n’arrivais pas à trouver un collectif qui me convienne. Quand la guerre à grande échelle a commencé, en 2022, je n’avais toujours pas de liens actifs avec des anarchistes locaux.les. Ce n’est qu’un mois après, environs, que j’ai pris contact avec un pote, par le biais duquel j’ai rejoint la plateforme organisée par des anarchistes, qui à l’époque s’appelait encore Operation Solidarity. Il s’agissait d’une plate-forme d’action civile, dont l’objectif était de soutenir les compas qui étaient parti.es en première ligne. Les personnes soutenues venaient, pour faire simple, de la gauche anti-autoritaire et le spectre était assez large. Nous soutenions des socialistes, des anarchistes, des punks, des gens du milieu hardcore, des antifascistes, des féministes – toute personne assimilée à une quelque vision progressiste de gauche. Cependant, par la suite Operation Solidarity s’est dissout et la plupart des militant.es se sont réorganisé.es entre eux/elles, en formant les Solidarity Collectives.

Je vais maintenant vous parler un peu plus du groupe Solidarity Collectives et de ses activités. Solidarity Collectives est principalement composé d’anarchistes. Son activité se subdivise en trois axes principales. L’axe militaire se concentre sur l’assistance en équipement pour les anti-autoritaires qui sont actuellement au front. Nous fournissons à ces compas des vêtements, du matériel de premiers soins tactiques, de la technologie, comme des talkies-walkies et des appareils de vision nocturne, ainsi que des tablettes, des ordinateurs portables, des voitures et même des drones chers – en d’autres termes, tout ce qui est nécessaire maintenant pour des soldat.es, mais que l’armée ne peut pas fournir. L’armée a encore des carences importantes dans la prise en charge des soldat.es et une très grande partie de l’équipement de base dont ils/elles ont besoin vient de bénévoles civil.es. Des gens qui soutiennent leurs ami.es, parent.es, connaissances et collègues qui sont en guerre ont formé un large réseau d’entraide, dont fait aussi partie Solidarity Collectives, mais avec la différence que nous soutenons exclusivement des anti-autoritaires. En ce moment, nous soutenons 80 à 100 personnes. Parmi elles, il y a des anarchistes, des antifascistes, des punks, des éco-anarchistes, des féministes, des squatters, des personnes LGBT+ et des militant.es syndicaux.ales. De cette façon, le nombre de compas à soutenir a augmenté.

La deuxième axe d’activité des Solidarity Collectives est l’aide humanitaire. Nous soutenons des personnes qui souffrent des conséquences directes de la guerre : qui ont perdu leurs maisons ou qui ne reçoivent pas d’aide de la part de l’État pour leurs besoins de base, comme les médicaments ou les équipements techniques dont elles ont besoin. Nous participons à des projets de réparation de maisons, par exemple dans la région de Kherson, où les inondations ont provoqué d’énormes dégâts, après la destruction, par les forces russes, du barrage de Kahovka. Nous aidons des écoles dans les zones de guerre, entre autres en fournissant des ordinateurs portables pour l’enseignement. Nous visitons chaque mois les zones proches du front, pour aider les habitant.es, d’une manière ou d’une autre.

Le troisième axe d’activité est le travail des médias. L’objectif de notre groupe des médias est de rendre visibles les activités des anti-autoritaires dans la guerre. Plutôt qu’être marginalisé.es, nous voulons faire partie de la société, communiquer nos activités à la société, être en contact avec nos compas en Occident et expliquer nos activités.

Solidarity Collectives n’est pas une unité centralisée. Pour nous, il a toujours été important de fonctionner en réseau. Nous travaillons avec une grande variété de personnes. Certaines ont des capacités politiques, prévoient de créer une organisation ou un projet, d’autres ont des projets politiques en cours. D’autres ont été actives par le passé, par exemple en organisant des manifestations et en ouvrant des centres sociaux, mais ont décidé, dans cette situation de guerre, de se concentrer uniquement sur leurs tâches immédiates. Nous ne nous limitons donc pas à soutenir seulement les compas politiquement actif.ves, qui sont actuellement en train de construire quelque chose de social. Ce qui est important pour nous, c’est l’action décentralisée, le soutien à des projets politiques et une saine volonté d’aider, mais nous n’excluons pas celles/ceux qui ne sont pas actif.ves politiquement à l’heure actuelle ou qui ne planifient pas de l’être à l’avenir. Nous avons reçu des critiques pour cela, mais notre priorité initiale était d’aider nos compas à survivre à cette guerre. Leurs perspectives actuelles d’activité sociale sont quelque chose de secondaire.

Solidarity Collectives s’efforce d’avoir un impact social, en coopérant avec des syndicats de travailleur.euses. Nous insistons sur ce point parce que le syndicalisme n’est pas très populaire, de ces jours. Avec les réformes néolibérales en Ukraine, toute leur activité risque d’être supprimée, mais nous essayons de soutenir les projets restants et leurs participant.es. Nous n’avons pas assez de ressources pour d’autres types d’activités sociales-politiques concrètes. Cependant, toutes nos actions peuvent être considérées comme politiques. Lorsque nous soutenons les militant.es syndicaux.les, ils/elles peuvent influencer les droits des travailleur.ses et perturber les réformes néolibérales qui sont aujourd’hui si populaires en Ukraine. Mais l’entraide avec les compas au front et le soutien aux communautés locales sont également politiques.

Je vais maintenant essayer de répondre à votre question sur l’organisation des anarchistes dans l’armée ukrainienne. Au début de la guerre à grande échelle, certains compagnons se sont efforcés de mettre en place une organisation centralisée, qui aurait réuni tous les combattant.es anti-autoritaires d’Ukraine en une seule escouade, ou peloton ou compagnie – peut importe la taille. Des rêves à ce sujet existent encore. Au moins un compagnon travaille toujours activement à la réalisation de ce rêve et d’autres anarchistes espèrent aussi qu’il se réalise. Cependant, après avoir parlé avec plusieurs compas soldat.es, je suis arrivée à l’opinion qu’il est beaucoup plus viable d’avoir une centaine de compas réparti.es sur une ligne de front d’un millier de kilomètres. Ils/elles ont commencé de petits projets dans différentes unités et sèment les graines de méthodes de coopération anti-autoritaires dans leurs propres endroits. Premièrement, de cette façon c’est beaucoup plus sûr. Si un groupe anarchiste d’une cinquantaine de personnes est envoyé à l’endroit le plus chaud de la bataille, il est fort possible que tout le groupe soit détruit. Dans tous les cas, l’unité des compas ferait partie de l’armée ukrainienne, car des unités indépendantes ne peuvent pas exister dans une telle guerre, où nous nous défendons d’une attaque à grande échelle. Il ne s’agit pas d’une guerre de partisans. Vous ne pouvez pas être une force armée, dans cette guerre, sans être sous le contrôle de l’armée ukrainienne.

Bien sûr, je ne suis pas contre une unité antiautoritaire par principe. Cela semble merveilleux. Mais quand elle a été organisée, dans les premiers mois de l’offensive à grande échelle, la plupart des anti-autoritaires et des anarchistes n’avaient vécu que dans la vie civile et nous n’avions aucune expérience militaire. Presque aucun des fondateurs de l’unité anti-autoritaire n’avait d’expérience en matière d’interaction avec l’armée ukrainienne ou d’organisation d’unités militaires et d’opérations militaires. Il n’y avait aucune relation avec aucune structure. Dans l’ensemble, nous avions en main les mauvaises cartes. Lorsque la guerre a commencé, nous n’étions pas prêt.es. L’unité anti-autoritaire a pu être mise en place grâce à un commandant connu, Yuri Samoylenko. https://avtonom.org/en/news/anti-fascist-yuri-samoylenko-died-battle-kharkiv-region Il avait des liens avec les Forces de défense territoriale, un corps de volontaires des Forces armées de l’Ukrainie. Samoylenko a réussi à organiser une sorte de sous-unité au sein de ce corps. Cependant, à cause de l’attitude de la direction de l’armée, le groupe est resté bloqué. Il ne pouvait pas développer ses compétences ni participer aux batailles, même si la majorité de ses membres le voulait. C’est pourquoi les gens ont commencé à se disperser dans différentes unités.

Maintenant que deux ans et demi sont passés depuis le début de l’attaque à grande échelle, nous avons environ trois projets prometteurs. Je ne vais pas décrire plus en détail où et comment ils sont composés. Les compas anti-autoritaires sont installé.es dans leurs propres unités. Ils/elles ont des gens à différents niveaux de l’armée, des liens, une compréhension des opérations de guerre et de la façon de travailler avec les gens dans l’armée. Elles/ils se ont acquis une connaissance sur ce qui peut être développé et ce qui peut être dangereux. Dans l’ensemble, on a acquis une combinaison de connaissance et d’expérience. Les projets se développent peu à peu et certains d’entre eux seront rejoints par d’autres anti-autoritaires, aussi de l’étranger. Ces projets n’ont pas l’ampleur que les fondateurs de l’unité anti-autoritaire visaient, mais ils sont viables en temps de guerre. Ce type d’organisation progresse lentement mais sûrement. Je pense que la pratique est plus importante qu’un plan politique grand et beau. De petits projets au sein de l’armée sont possibles pour nous et nous pouvons les développer avec les ressources dont nous disposons.

En ce qui concerne les nuances des formations militaires anarchistes en Ukraine, il faut tenir compte du fait qu’au siècle dernier l’Union soviétique a détruit toute la culture politique anarchiste par la répression, la terreur et la faim. De plus, dans l’Ukraine d’aujourd’hui, le mot « gauchiste » est diabolisé. Gauche, rouge, communiste – dans l’esprit des gens, tout est associé au communisme soviétique. Du coup, notre mouvement anarchiste est assez jeune si comparé, disons, au mouvement anarchiste espagnol ou au mouvement de libération du Kurdistan. L’activité anarchiste, ici, est liée au mouvement de la gauche libertaire, qui n’a que 20 ou 30 ans environ. Il a fallu tout recommencer de zéro et il n’était pas possible de s’appuyer sur aucun expérience, sur aucune institution qui auraient été en activité déjà depuis longtemps. Quand nous commençons des projets, dans l’armée ou dans la société civile, nous faisons face à la diabolisation de nos idées. Il y a une méfiance à notre égard. « Les gauchistes, c’est-à-dire les communistes. Les communistes, c’est-à-dire l’Union soviétique. » Et l’Union soviétique est un grand traumatisme. C’est une belle réussite que, malgré ces obstacles, nous ayons aujourd’hui une centaine de personnes dans l’armée. Ce n’est pas beaucoup, mais elles y créent et y développent des projets. Bien sûr, ces projets sont encore beaucoup plus jeunes que le mouvement lui-même, mais j’ai confiance en leur potentiel, parce qu’ils ont rapidement gagné en force. En deux ans, les perspectives de quelques groupes sont devenues prometteuses.

Je vais parler un peu de ce que nous avons appris de la période avant la guerre. Ces expériences ont peut-être des similitudes avec les situations dans des pays qui partagent une frontière avec la Russie ou la Biélorussie, comme la Finlande, les pays baltes et la Pologne. Avant le début de la guerre à grande échelle, la société ne s’attendait pas du tout que nous puissions être attaqué.es avec une telle force. Personne ne pouvait imaginer quelque chose d’aussi grand et sanglant que l’attaque qui a commencé en 2022. À mon avis, le mouvement de gauche était alors divisé en deux camps. L’un prévoyait une sorte d’escalade militaire, mais pas une guerre à grande échelle. On pensait que la guerre dans la région de Louhansk et au Donbass pouvait s’étendre. Cependant, je pense que personne ne s’attendait à des missiles, des destructions d’infrastructures et des attaques de toutes les directions. Ceux/celles qui s’attendaient à un certain degré d’escalade s’entraînaient pour acquérir des compétences tactiques et étaient de l’avis que la société devait investir dans sa préparation à la guerre et que les gens devaient se préparer en acquérant des compétences militaires et de premiers secours.

L’autre camp, par contre, ne considérait pas l’escalade comme probable et avait une attitude extrêmement négative face aux demandes de militarisation. À leur avis, les efforts de préparation et les appels à la militarisation encourageaient des valeurs très antidémocratiques. Ce camp plus pacifiste voyait dans la pratique de compétences militaires des éléments autoritaires. À leur avis, l’Ukraine ne devait pas être militarisée, car cela aurait provoqué de la violence, et le mouvement ne devait pas être orienté vers l’action militaire. Ce camp voulait se concentrer sur la résolution des problèmes internes de l’Ukraine – la lutte contre le néolibéralisme et la lutte contre l’extrême droite. Les deux factions étaient donc dans un état de vague discorde, jusqu’à ce que Poutine annonce sa décision de montrer sa puissance militaire contre l’Ukraine. C’est à ce moment que les deux groupes ont fusionné. La veille du début de l’attaque à grande échelle, ils se sont réunis et ont décidé de discuter de la manière de procéder en cas d’attaque. Je dirais que certaines échéances ont été manquées, dans la préparation du mouvement à une telle guerre.

Ni celles/ceux qui appelaient à être préparé.es ni ceux/celles qui s’y opposaient n’étaient prêt.es. Le groupe qui avait fait des exercices avait peut-être des compétences militaires de base, mais elles/ils n’étaient pas préparé.es aux frappes aériennes et aux tirs d’artillerie. Leur possible savoir-faire était plus adapté à une guerre de guérilla. On peut peut-être en conclure que, dans les pays européens limitrophes de la Russie, qui vivent maintenant une période de paix, il faut tenir compte du fait que la Russie est un État impérialiste, un agresseur qui essaie de tout résoudre par la force et non par la diplomatie. Il ne faut pas exclure la possibilité que le pays dans lequel vous vivez tombe sous le coup de la terreur, comme y est tombée l’Ukraine. S’il y a un quelque intérêt pour la légitime défense, parmi les compas en Finlande, dans les pays baltes ou en Pologne, je dirais qu’une certaine forme de préparation pratique et l’acquisition de connaissances théoriques peuvent avoir des effets positifs. La pratique des premiers secours et la participation à des cours de défense civile, la construction de drones ainsi que de nombreux autres passe-temps civils peuvent créer une bonne base pour être prêt.es à agir en cas d’attaque.

Ces activistes de gauche qui, en Ukraine, pratiquaient des compétences tactiques et suivaient des cours de premiers secours n’étaient certainement pas prêt.es pour l’attaque massive de la Russie, mais elles/ils avaient néanmoins une certaine expérience et une certaine préparation et la possibilité donc de rejoindre des unités militaires spécialisées. Ils avaient une longueur d’avance sur ceux/celles qui rejoignaient la défense militaire sans aucune connaissance ou compétence de base. Il y en avait beaucoup dans ce dernier cas. Cependant, certain.es avaient acquis des compétences tactiques sur le terrain, chaque semaine pendant trois ans. Ces exercices comprenaient le maniement des armes, les mouvements d’avancement, le camouflage et d’autres compétences de base qui donnaient certainement un avantage par rapport au fait de n’avoir aucune connaissance de l’utilisation des armes. Une sorte de préparation mentale peut être utile aussi. Si vous n’excluez pas la possibilité qu’une attaque puisse être dirigée contre vous, vos communautés et votre pays de résidence, vous pouvez vous préparer à l’avance à assumer un rôle qui ne soit pas celui d’une victime, d’un.e réfugié.e ou d’un destinataire passif, mais celui d’une personne qui participe à la résistance.

Certains compas justifient la participation à la guerre en arguant qu’elle nous apporte des « points », socialement, qui nous permettront d’agir à l’avenir. Nous pourrons dire que nous aussi avons participé à la guerre et nous serons apprécié.es. On suppose que la guerre finira un jour et que le moment viendra de promouvoir le changement social et de lancer des projets sociaux. On nous demandera : « Et qu’avez-vous fait pendant la guerre ? Quelle a été votre contribution ? ». Il se peut qu’après la guerre il y ait dans la société une atmosphère si déplaisant que ceux/celles qui ont participé aux activités militaires s’élèvent dans la hiérarchie et soient plus valorisés que les civils et les réfugié.es. L’idée que nous participons à la guerre pour gagner de la visibilité et le droit d’agir dans la société d’après-guerre part de l’hypothèse selon laquelle la société ukrainienne ira dans une direction plus hiérarchique et de plus en plus militarisée. Je ne dis pas que cela n’arrivera pas et je ne nie pas qu’en faisant la guerre, en soutenant les soldats et en aidant les civils qui souffrent de la guerre, vous pouvez, pour ainsi dire, marquer des points politiques pour des actions futures. Cependant, pour moi, personnellement et en tant qu’anarchiste, la motivation pour faire ces choses est la pratique : la pratique des relations horizontales, la pratique de l’ici et maintenant. Je considère l’entraide, même à petite échelle, comme une activité politique, comme une réalisation de la philosophie de l’anarchisme. Je ne voudrais pas rester coincée dans la théorie, à méditer sur ce qui est bon ou mauvais de faire dans cette situation. Quand vous ressentez le besoin d’aide venant de vos compas et des personnes touchées par la guerre, il est très humain de vouloir participer à des activités de soutien et de décider de contrer les valeurs inhumaines représentées par le régime agresseur.

Je dirais que cette petite réalité – Solidarity Collectives – que nous sommes en train de créer et qui a eu ses propres expériences, peut grandir et se développer. Elle peut offrir de nouvelles opportunités à des groupes : des coopératives de drones, la réhabilitation des blessé.es de guerre, des projets culturels, des squats pour les réfugié.es – c’est ce dont je rêve. Ces rêves peuvent devenir réalité parce que nous avons un projet comme celui-ci, dans lequel les gens impliqués mettent beaucoup d’efforts, et qui, je pense, donne de bons résultats. C’est ma perspective essentiel en tant qu’anarchiste. Quand il s’agit de grands slogans politiques, de tendances et de projets, je dirais que pour moi la construction d’un mouvement n’a jamais été une valeur absolue. Un mouvement se construit par lui-même, quand il y a de l’activité. Maintenant, il est construit de manière très décentralisée, mais en coopérant. Pour autant que je sache, il y a six ou sept projets de gauche en Ukraine. Certains sont de petits groupes de trois à quatre personnes, d’autres sont plus grands. L’un de ces groupes veut établir un parti de gauche en Ukraine. Nous avons donc des valeurs assez différentes, mais nous coopérons quand même. Les projets fonctionnent de manière autonome, mais s’aident les uns les autres, d’une manière ou d’une autre. Le processus de construction d’un mouvement ne peut pas être accéléré de force, les nouvelles ressources ne sortent pas de nulle part. Vous pouvez investir dans un projet et le développer uniquement à partir de l’étape où il se trouve à un moment donné.

 

Lire aussi :
Salutations d’Ukraine : « Nous devons réfléchir ensemble à l’autodéfense et à la sécurité »
Une voix depuis l’Ukraine : « Il est temps de s’organiser »

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Russie : Résistance radicale (du 30 décembre 2024 au 15 janvier 2025) https://attaque.noblogs.org/post/2025/01/19/russie-resistance-radicale-du-30-decembre-2024-au-15-janvier-2025/ Sun, 19 Jan 2025 17:57:07 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=57985 Continuer la lecture ]]> extraits d’a2day / mercredi 15 janvier 2025

[…]

Vyborg

Dans la matinée du 9 janvier, vers 5h10, heure de Moscou, un incendie a dévoré le bâtiment principal de la fondation de soutien à l’armée russe Vyborgsky Rubezh, au 39 avenue de la Victoire, à Vyborg. Selon le ministère des Situations d’urgence, le feu s’est propagé sur une superficie de 600 mètres carrés. L’organisation elle-même a déclaré que tous les biens militaires qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment, y compris l’inventaire de Rubezh, ont été complètement détruits par les flammes.

Rostov-sur-le-Don

Dans la nuit du 12 janvier (selon d’autres sources, le 7 janvier), la voiture d’un colonel de l’armée de Poutine a été brûlée, à Rostov-sur-le-Don.

L’incendie de la voiture Peugeot 207, immatriculée c540ok161, par des guérillero.as inconnu.es, a eu lieu dans la cour d’un immeuble résidentiel de la rue Taganrogskaya. Le propriétaire de la voiture, Alexander Shutovsky, est le commandant adjoint du district militaire du Sud pour l’entraînement physique. Les incendiaires n’ont pas été retrouvé.es.

[…]

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Salutations d’Ukraine : « Nous devons réfléchir ensemble à l’autodéfense et à la sécurité » https://attaque.noblogs.org/post/2025/01/11/salutations-dukraine-nous-devons-reflechir-ensemble-a-lautodefense-et-a-la-securite/ Sat, 11 Jan 2025 17:21:33 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=57907 Continuer la lecture ]]> Takku / mercredi 1er janvier 2025

En décembre 2024, un militant des Solidarity Collectives a parlé avec Takku de l’organisation des anarchistes en Ukraine et de leurs points de vue sur les défis du mouvement plus large.

Je m’appelle Sergueï. Actuellement, je me consacre complémentent aux Solidarity Collectives. Avant la guerre, j’étais impliqué dans un large éventail de projets de gauche, dont le plus réussi était peut-être le syndicat étudiant « Action directe ». J’ai aussi été actif dans des médias de gauche, ainsi que dans le suivi des mouvements d’extrême droite en Ukraine. Je le fais encore, mais en ce moment j’emploie presque tout mon temps dans le travail bénévole dans les Solidarity Collectives.

Auparavant, Takku a interviewé un compagnon servant dans l’armée ukrainienne, qui a appelé les anarchistes à s’organiser. Je suis d’accord : il est vraiment temps pour les groupes anti-autoritaires, en Ukraine et ailleurs, d’essayer de créer leurs propres structures. En temps de guerre, nous jetons les bases de l’après-guerre.

Après la fin de la guerre, la vie politique ukrainienne sera très active. Pendant un an et demi, après le début de l’invasion russe à grande échelle, la vie politique était en quelque sorte en pause. Récemment, elle a progressivement repris. Au début de la guerre, il y avait peu de critiques envers le régime. L’essentiel était l’ennemi commun. Maintenant, la situation change. Différents groupes ont commencé à critiquer le régime et à proposer leurs propres alternatives. De nouveaux candidats à la direction politique émergent. Tous les groupes politiques comprennent que l’avenir dépend de la mesure dans laquelle leurs voix sont entendues maintenant.

C’est pourquoi il est important que nous ayons nos soldat.es anti-autoritaires et nos activités de bénévolat. De cette façon, nous pouvons construire un capital social et une visibilité médiatique. Nous avons une réponse quand quelqu’un viendra nous dire : « Qu’avez-vous fait, vous les antifascistes ? Et de toute façon qu’est-ce que votre antifascisme, c’est l’antifascisme de Poutine ? ». Non, notre antifascisme est la lutte contre le poutinisme. En effet, l’un des objectifs de nos collectifs est de montrer aux Ukrainien.nes que les antifascistes sont contre l’invasion de Poutine et que la Russie de Poutine n’a rien à voir avec l’antifascisme. Il vaut la peine de le signaler aussi à des compas partout dans le monde, car, pour une raison inexplicable, certain.es voient la Russie moderne comme le successeur de l’Union soviétique, comme une sorte d’ordre mondial alternatif, antifasciste, qui peut nous conduire vers un monde plus juste, plus multipolaire. Ce n’est pas le cas. Le monde multipolaire que la Russie offre maintenant va certainement vous décevoir.

Au début, je pensais aux Solidarity Collectives comme à un projet pour le temps de guerre et je n’y voyais aucun avenir après. Nous venions de milieux et de groupes différents et personne n’avait prévu de continuer les Solidarity Collectives après la phase active de la guerre. Nous pensions nous séparer à nouveau en différents groupes. Mais, maintenant, je vois la nécessité qu’ils continuent à fonctionner et à développer leur contenu politique même après la guerre. Il y aura une reconstruction de l’Ukraine, dans laquelle nous pouvons jouer un rôle très concret. Par conséquent, il est logique de continuer à s’organiser autour d’activités de bénévolat et de questions pratiques, concrètes, mais de manière à mettre en évidence le côté politique, idéologique et à populariser plus activement l’anarchisme.

Je pense donc qu’il y a un avenir pour les Solidarity Collectives. Je pense qu’il est important que nous ayons des gens actifs et aussi un grand nombre d’autres, autour de nous, qui nous connaissent. Comme je l’ai dit, cela sert pour jeter les bases de l’action politique de l’après-guerre – un activisme qui n’est pas aliéné de la réalité mais qui a les pieds bien posés sur terre.

Quant aux soldat.es anti-autoritaires dans l’armée ukrainienne, comme on le sait, au début il y a eu une tentative de créer une unité toute composés de compagnons. Cette tentative a échoué pour des raisons bureaucratiques et le groupe s’est dissous lorsque les compagnons ont rejoint différentes brigades et se sont dispersés dans toute l’armée. Il reste cependant quelques groupes, avec non seulement un ou deux, mais entre cinq et dix anti-autoritaires réuni.es. Ces groupes comprennent Kaifariki, composé d’anciens hooligans antifascistes de l’équipe de football Arsenal Kiev, et le groupe biélorusse, qui a été rejoint par plusieurs anarchistes biélorusses et, plus récemment, par un compagnon de la République tchèque. Ensuite, il y a le groupe des mortiers, auquel se sont joint.es plus d’une dizaine d’anti-autoritaires, dont le bien connu artiste anarchiste David Chichkan.

Je pense que des groupes comme ceux-ci sont importants, parce que leur voix est beaucoup plus forte que celle des individus. Habituellement, les individus anti-autoritaires ne font pas beaucoup d’efforts pour plaider en faveur de leurs idées, mais se concentrent sur leurs tâches militaires. Les Solidarity Collectives sont bien entendu en contact avec eux/elles et nous pouvons parfois écrire sur leur situation et leur rôle, mais les compas, pris individuellement, n’ont pas un impact médiatique particulièrement important. Leur capacité à représenter de manière significative les anti-autoritaires est limitée. Au contraire, un groupe peut avoir son propre profil, son propre visage, ce qui lui donne de la visibilité et de l’impact. Des inquiétudes ont été soulevées par rapport au fait que, en étant groupé.es, les compas pourraient être tué.es tou.tes d’un seul coup. Mais cela est très improbable et une telle menace n’a pas empêché l’extrême droite de former ses propres unités militaires et d’assembler ses propres forces. Ils se sont regroupés et ont ensuite réussi à faire connaître à l’opinion politique leurs idées politiques, non seulement celles des soldats pris individuellement, mais celles de groupes et d’unités entiers. Ces groupes produisent du contenu sur les médias sociaux et sont activement engagés dans un travail de relations publiques, pour promouvoir une idéologie d’extrême droite. Ils ont été interviewés dans des médias grand public en tant que représentants de leurs unités. C’est une bonne stratégie, malheureusement elle est appliquée par l’extrême droite. En théorie, nous pourrions faire la même chose, mais, dans la pratique, les choses ne se passent pas toujours comme nous l’espérons. Les transferts au sein de l’armée sont difficiles et les compas qui se trouvent dans différentes brigades se sont déjà adapté.es à leur environnement et vont y rester. L’échec initial à former une unité anti-autoritaire de base, que tou.tes les compas auraient ensuite rejoint, rend difficile la création d’une telle unité. Par exemple, on ne peut pas appeler les centaines de compas qui sont dans l’armée à rejoindre le Kaifariki. Ce n’est pas comme ça que l’armée fonctionne. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les compas ne peuvent pas et ne veulent pas être transféré.es dans une seule unité. Que cela nous plaise ou pas, nous devons faire avec plusieurs groupes militaires anti-autoritaires distincts. Les compas d’Ukraine et de l’étranger peuvent rejoindre ces groupes, qui accueillent tou.tes les volontaires anti-autoritaires. La participation de nouveaux.lles volontaires motivé.es est très précieuse. Nous pouvons renforcer les cellules existantes et les rendre plus visibles et influentes. Il n’y aura pas une seule unité anti-autoritaire, mais une série de cellules influentes est encore possible et en fait cette possibilité se renforce continuellement.

Quant à la question plus large de l’organisation, il me semble qu’il y a, à cette époque, une sorte de crise générale des conceptions politiques, aussi parmi les anarchistes. Les grands événements d’aujourd’hui opposent des opinions et créent de la confusion. La guerre en Ukraine et l’un de ces grands événements. Les attitudes à son égard ont déchiré tous les mouvements, même s’il y a sûrement des différences régionales. Bien sûr, il y a eu des divisions avant, mais maintenant le fait que quelqu’un.e soutienne des principes et des objectifs anarchistes ne vous dit rien sur son attitude face à la situation en Ukraine. Des anarchistes ont des points de vue complètement opposés sur cette question. Les principes de l’anarchisme qui autrefois semblaient si clairs ne nous donnent plus de réponses sur la façon d’interpréter les événements globaux. C’est le signe d’une crise idéologique. Cependant, les personnes de droite ont maintenant le même problème : la moitié de l’extrême droite est d’un avis, l’autre moitié de l’autre.

Somme toute, je pense que c’est un moment important. Par le passé, il y avait des dogmes qui étaient d’actualité et probablement corrects, pendant les quelques décennies où les États-Unis étaient en effet dans une position dominante tellement hégémonique qu’on pouvait en parler comme de l’unique ou du plus grand, et de loin, pays impérialiste. Il aurait pu sembler raisonnable de préconiser des alternatives, même problématiques. Aujourd’hui, cependant, il est faux de prétendre que tous ceux qui s’opposent aux États-Unis sont en quelque sorte bons ou que les alternatives qu’ils offrent sont certainement progressistes. Souvent, le contraire peut être vrai. Il est bien de garder un œil sur les nouveaux développements, de constater que de nouveaux pays impérialistes sont apparus dans le monde, des pays impérialistes qui – comme les États-Unis l’ont fait jusqu’à présent – essaient de prendre le contrôle de nouveaux territoires. La gauche doit analyser la situation et chercher de nouvelles réponses. Ces dernières décennies, la pensée pacifiste s’est largement répandue au sein de la gauche. Être contre la guerre est bien sûr logique : pas de guerre mais la guerre des classes. Cependant, dans la situation actuelle, nous devons être capables de prendre position sur ces conflits, de dire qui a raison et qui a tort. Nous ne pouvons pas simplement dire « la guerre, c’ est mal » et avoir l’air malin. Nous devons analyser attentivement les situations et ensuite élaborer notre opinion. Nous aussi, les anarchistes, devons, en fin des comptes, penser à la sécurité et à la légitime défense au niveau local, régional et même mondial. Nous devons penser à la production d’armes : peut-être qu’il ne s’agit pas toujours seulement des profits des grandes entreprises, mais du fait que nous devons être en mesure de nous défendre. Nous devons réfléchir à comment gérer le processus pour nous armer, pour qu’il s’agisse vraiment d’autodéfense et ce ne soient pas quelques grandes entreprises et la guerre qui dictent notre logique. Ce sont des questions difficiles, auxquelles personne n’a de réponses, pour le moment. Le débat sur ces questions est vraiment important.

Il est important aussi de prendre en compte les expériences et les points de vue de celles/ceux qui sont actuellement en guerre. En ce sens, maintenant, le mouvement de gauche, anarchiste d’Ukraine devrait être écouté. Il faudrait essayer de comprendre nos points de vue et aussi de les examiner de manière critique. Je ne dis pas que nous pouvons expliquer aux autres ce qu’ils/elles doivent faire. Nous avons nos propres points faibles. Mais, croyez-moi, vous aussi. Tout cela devrait être considéré et réfléchi ensemble. Nous devons travailler ensemble, tant sur le plan pratique (heureusement, il y a déjà une coopération pratique !) que théorique. Nous avons beaucoup de problèmes, mais aussi des opportunités de trouver des solutions. Même dans toute son horreur, la guerre a aidé les anarchistes ukrainien.nes et européen.nes à se retrouver. Le mouvement anti-autoritaire ukrainien devient partie du mouvement international. Nous ne sommes plus isolé.es. Je crois que c’est dans l’intérêt de tou.tes.

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Russie : Résistance radicale (du 19 au 30 décembre 2024) https://attaque.noblogs.org/post/2024/12/31/russie-resistance-radicale-du-19-au-30-decembre-2024/ Tue, 31 Dec 2024 14:38:15 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=57824 Continuer la lecture ]]> a2day / lundi 30 décembre 2024

Novossibirsk

Le 19 décembre, des partisan.es ont brûlé plusieurs citernes de carburant sur le terrain d’une unité militaire, à Novossibirsk. L’incendie a été signalé par le Service de renseignement militaire de l’Ukraine.

Arkhangelsk

À Arkhangelsk, le bureau du parti Russie unie, où était stockée de l’« aide humanitaire » pour l’armée russe, a été incendié. Le représentant local du parti, Vladimir Zhgilev, a parlé de l’incident qui a eu lieu dans la nuit du 24 décembre. Selon lui, des inconnus ont lancé un cocktail Molotov dans le bureau, ce qui a provoqué l’incendie d’une partie de l’« aide humanitaire », qui était censée être envoyée dans la zone de guerre.
Selon le ministère des Situations d’urgence, le bureau a pris feu à trois heures du matin. En conséquence, le mobilier a été endommagé et les murs, le plafond et le couloir ont été enfumés.

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