Bélarus – Attaque https://attaque.noblogs.org Chronique de la guerre sociale en France Sat, 08 Aug 2026 11:27:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Bremgarten (Suisse) : L’ABC Bélarus a été refusée au Salon du livre anarchiste https://attaque.noblogs.org/post/2026/08/08/bremgarten-suisse-labc-belarus-a-ete-refusee-au-salon-du-livre-anarchiste/ Sat, 08 Aug 2026 11:21:26 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63544 Continuer la lecture ]]> Anarchist Black Cross Belarus / dimanche 2 août 2026

L’ABC Bélarus a été refusée au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, en Suisse.
Voici comment vous pouvez nous soutenir.

Cette année, nous avons demandé de participer au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, avec une présentation sur la répression au Bélarus et notre table de presse. Nous avons été refusé.es « à cause du sujet de la guerre ». Comme nous n’avons reçu aucune autre justification du refus de notre demande, nous ne pouvons que supposer que cela est lié à notre position sur la guerre en Ukraine et à la participation d’anti-autoritaires à celle-ci.

Nous reconnaissons et comprenons le fait que les organisateur.trices du Salon du livre puissent avoir une position différente de la nôtre, mais nous trouvons cette décision décevante. Non seulement parce que nous la voyons comme un choix d’isolement plutôt que de dialogue. Plus important encore, cela interfère directement avec notre capacité à prendre soin des compas emprisonné.es au Bélarus.

À l’heure actuelle, il y a quinze personnes en prison que nous soutenons. La durée restante de leurs peines varie de plusieurs mois à plus de dix-huit ans.

Beaucoup de nos compas font face à des pressions et à du harcèlement de plus en plus forts, en prison, à cause de leurs liens avec le mouvement anarchiste. Ils/elles subissent régulièrement le confinement dans des cellules d’isolement, la pression psychologique, l’isolement social, le refus délibéré de soins médicaux et des prolongations de leurs peines, avec des raisons fallacieuses.

En plus du soutien à celles/ceux qui sont en prison, nous continuons à soutenir les compas qui ont été récemment libéré.es et déporté.es de force, sans possibilité de revenir. Ils/elles se retrouvent dans une situation où elles/ils doivent reconstruire leur vie à partir de zéro, tout en essayant de subvenir à leurs besoins de base, comme se nourrir et avoir un logement.

Pour le dire de manière directe, tout ce travail nécessite beaucoup d’argent.

Les événements en présentiel sont pour nous plus que des occasions de parler de l’anarchisme biélorusse et de rencontrer de nouveaux compas. Ils sont aussi un moyen de collecter des fonds pour les prisonnier.es – et un moyen très efficace.

Les salons du livre à l’international nous rapportent généralement environ 2 000 ou 3 000 euros chaque année, avec des dons et de ventes de notre distro. Au Bélarus, cette somme peut couvrir quinze visites d’avocats, ou sept colis avec de la nourriture, des vêtements et de médicaments pour un.e prisonnier.es, ou quelques mois de frais de subsistance pour un.e compa déporté.e.

Les dons mensuels que nous recevons s’élèvent à environ 400 ou 500 euros, ce qui ne permet pas de couvrir les besoins de tou.tes les compas que nous soutenons.

Tout cela pour dire que nous voulons transformer ce refus en un appel à la solidarité internationale, un appel adressé surtout aux compas de Suisse.

Voici comment vous pouvez nous soutenir :

– Faites des dons ici (chaque petit don nous aide) : https://abc-belarus.org/en/about-us/donate/
– faites des achats auprès de notre distro : https://www.sabotage.ninja/category/collectives/abc-belarus-collectives/
– partagez cet appel avec vos compas
– si vous allez au Salon du livre, appelez à soutenir l’ABC Bélarus et parlez de notre travail et des prisonnier.es dont nous nous occupons
– organisez un événement au bénéfice de l’ABC Bélarus
– si vous voyez un événement auquel nous devrions participer, faites-le nous savoir.

Ce n’est pas la première fois que l’ABC Bélarus est bannie de tels événements et nous croyons que cette tendance ne fera que s’accélérer. La possibilité que nous ne soyons plus en mesure de soutenir nos compas en prison nous inquiète beaucoup.

Cependant, nous ne sommes pas seulement une « caisse », qui évitera les sujets inconfortables, afin de garantir l’arrivée de fonds. Nous sommes un collectif politique et notre analyse de la façon dont les dictatures fonctionnent et se renforcent mutuellement fait partie de notre anarchisme tout autant que notre travail anticarcéral.

Par conséquent, nous continuerons à garder la guerre en Ukraine dans notre ordre du jour, plutôt que regarder ailleurs.

Chaque jour, dans notre lutte, nous voyons la solidarité internationale en action, même nos compas derrière les murs épais des prisons biélorusses peuvent le ressentir.

Cette solidarité nous donne un espoir révolutionnaire, l’espoir que, peu importe la force de l’État, de l’impérialisme et du patriarcat, nous l’emporterons.

Merci pour votre solidarité et pour cet espoir.

Anarchist Black Cross Bélarus

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Le Bélarus libère plusieurs prisonnier.es anarchistes et antifascistes https://attaque.noblogs.org/post/2026/05/12/le-belarus-libere-plusieurs-prisonnier-es-anarchistes-et-antifascistes/ Tue, 12 May 2026 16:52:18 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=62837 Continuer la lecture ]]> Freedom / jeudi 7 mai 2026

Le régime biélorusse a récemment libéré le prisonnier anarchiste Nikita Emelyanov, arrêté en octobre 2019, car soupçonné d’avoir essayé de mettre le feu au Centre de détention provisoire n° 1, à Minsk, et condamné à quatre ans de prison. Sa condamnation, en vertu de l’article 411, a ensuite été prolongée deux fois, portant sa durée totale à sept ans [voir ici ; NdAtt.]. En prison, Nikita a souvent été placé en cellule disciplinaire, puis enfin transféré dans un régime carcéral normal.

Au cours des derniers mois, plusieurs autres prisonnier.es politiques soutenu.es par l’Anarchist Black Cross Belarus ont été libéré.es et déporté.es en Lituanie, tandis que d’autres personnes appartenant au milieu antifasciste ont été libérées sans être déportées. Il y a encore au moins dix-huit anarchistes et antifascistes qui sont en train de purger de longues peines de prison, au Bélarus, pour les manifestations de 2020 et la résistance contre l’invasion russe de l’Ukraine.

Leur libération fait partie des tentatives du dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko d’améliorer ses relations avec les pays occidentaux, en échangeant des prisonnier.es politiques contre la levée des sanctions. Loukachenko a déjà utilisé cette stratégie en 2014-15, ce qui avait conduit à plusieurs années de coopération entre la dictature biélorusse et l’UE. Mais, même à cette époque-là, la répression dans le pays continuait d’être forte.

Ces dernières années, le régime a arrêté à nouveau des anarchistes et des antifascistes qui avaient déjà été condamné.es pour les manifestations de 2020. Après que des centaines de personnes aient été libérées car « achetées » par des politiciens américains, Loukachenko a maintenant réussi à « remplir à nouveau » ses prisons. Par exemple, récemment, une personne qui avait protesté contre l’invasion à grande échelle de l’Ukraine a été condamnée à trois ans.

Le département « anti-extrémisme » du régime a promis dans ses déclarations publiques que les anarchistes « pourriront en prison » et ne figureront sur aucune liste d’échange, sans parler de leur libération. Il est pourtant possible que la libération d’Emelyanov et d’autres personnes marque un déclin de l’influence de la police politique sur les décisions de l’État.

Quoi qu’il en soit, le régime biélorusse ne fait aucun pas vers une confrontation politique raisonnable avec ses opposant.es et continue de persécuter les anarchistes ainsi que toute autre opposition.

Nikita Ivansky

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Déclaration d’anarchistes russophones : écoutez les compas ukrainien.nes ! https://attaque.noblogs.org/post/2025/12/11/declaration-danarchistes-russophones-ecoutez-les-compas-ukrainien-nes/ Thu, 11 Dec 2025 17:21:41 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61564 Continuer la lecture ]]> Avtonom / vendredi 28 novembre 2025

Déclaration danarchistes russophones aux initiatives anarchistes occidentales : écoutez les compas ukrainien.nes !

Ce texte est une déclaration commune de différents collectifs anarchistes russophones (voir la liste des signataires ci-dessous). Il aurait dû être publié encore plus tôt, mais maintenant c’est vraiment le moment pour une déclaration unifiée sur la guerre en Ukraine. Nous ne prétendons pas représenter la position de chaque anarchiste de Russie, mais la nécessité d’une position claire et les contradictions liées à la guerre en Ukraine nous obligent à agir comme un mouvement uni.

 

Au cours des onze années de guerre, et surtout au cours des trois dernières années, nous avons vu différentes réactions à la lutte de la société ukrainienne contre l’agression russe. Des compas du mouvement anarchiste ukrainien ont rejoint les forces d’auto-défense, tant sur la ligne de front qu’à l’arrière. La propagande russe, le manque de connaissance de ce qui se passe, le dogmatisme et les contradictions apportées par la guerre ont provoqué des troubles dans tous les mouvements politiques.

Le mouvement anarchiste aussi a été divisé en deux camps : le soutien ou la condamnation. Pendant la guerre, des événements organisés en soutien à l’Ukraine par les Solidarity Collectives et d’autres initiatives anti-autoritaires ont rencontré de grands problèmes. Dans certains lieux anarchistes européens, des discussions avec de compas d’Ukraine et de Bélarus ont été attaquées et sabotées.

Il est important de noter que, tout au long de ces années de guerre, il n’y a pas eu de discussion constructive, au niveau du mouvement, pour développer des positions et des actions coordonnées et cohérentes. Cela a conduit à un manque de solidarité pratique et à une analyse superficielle. Cela a aussi conduit au fait que certaines personnes essaient de dicter aux anarchistes ukrainien.nes ce qu’elles/ils devraient faire, bien que, souvent, ces personnes elles-mêmes ne connaissent pas la réalité pratique de cette guerre. Cela révèle un terrible manque de compréhension et de camaraderie au sein du mouvement. En plus des perturbations d’événements, le problème est arrivé au point de rire délibérément pendant la minute de silence en mémoire des compas décédé.es. De tels cas soulignent le fait qu’on ne se souvient pas toujours de qui est notre ennemi. Les autorités prospèrent grâce à nos divisions, à notre manque de respect pour les compas décédé.es et à notre attitude hostile les un.es envers les autres. Les divergences de tactiques et d’opinions sont inévitables, pour un mouvement révolutionnaire, mais on ne devrait pas permettre à nos ennemis d’en profiter.

La guerre de l’information façonne le discours, en modifiant la pensée. Il est difficile d’y résister, car cette guerre n’est pas manifeste. Elle n’agit pas de manière brutale et parfois elle est habilement tissée au sein des positions existantes, les confirmant, au lieu de permettre à notre analyse de s’adapter à une réalité changeante. En même temps, la guerre de l’information poursuit les mêmes objectifs que le vrai combat. Il est facile d’oublier que la guerre est combattue aussi sur le terrain de l’information. Mais, comme dans les combats réels, il est nécessaire d’adopter une position fondée sur les idées et les principes.

La complexité de la situation dans laquelle se sont retrouvé.es les compas ukrainien.nes et la réaction des collectifs étrangers à leurs actions montrent la réalité des problèmes au sein du mouvement anarchiste. De plus, la guerre en Ukraine elle-même est un autre signal d’alarme, montrant ce à quoi nous devrons faire face à l’avenir. Nous observons déjà la montée des forces de droite en Europe, tant en politique que dans l’état d’esprit de la société en général. Compte tenu de cela, nous voudrions appeler les compas des pays occidentaux à tenir compte des opinions de ceux/celles qui ont déjà dû faire face à la réalité laide et cruelle de la guerre et de la dictature. Les systèmes étatiques évoluent précisément dans cette direction et, à un moment donné, vous pourriez vous réveiller dans un pays avec un régime fasciste ou avec des bombes qui volent au-dessus de vos têtes.

 

La Russie est un pilier de l’autoritarisme et du fascisme

Dans son programme idéologique actuel, l’État russe utilise les événements du passé pour se présenter en tant qu’imaginaire force « antifasciste ». Mais, exactement comme il y a un siècle, la Russie reste aujourd’hui un empire. La réécriture de l’histoire, les mensonges et les manipulations conceptuelles suivent la logique du patriotisme de type impérialiste, qui a été imposé à la société russe depuis l’époque des tsars. Ce lavage de cerveau idéologique de la population est nécessaire pour renforcer le pouvoir de l’État, rallier les élites et les différentes classes du pays et transformer l’économie en fonction des besoins militaires.

À leur tour, les mouvements d’extrême droite prospèrent, dans cette nouvelle phase de l’autoritarisme russe. La guerre a donné carte blanche à l’extrême droite russe, lui donnant aussi l’opportunité de fusionner avec l’État, dans leur programme d’ultra-violence. Beaucoup d’importants participants russes à la guerre, en particulier les propagandistes militaires, sont associés à des groupes fascistes ou néo-nazis locaux. Le groupe d’extrême droite « Communauté russe » (Русская община) fonctionne sous le patronage de Bastrykine, le chef du Comité d’enquête de la Fédération de Russie. Les comptes-rendus des violences d’extrême droite ont augmenté , depuis le début de la guerre. Pour les groupes et les blogueurs soutenant la guerre, toutes les déclarations et actions sont autorisées, tant qu’elles ne contredisent pas la ligne politique du Kremlin.

La Russie de Poutine soutient activement des mouvements d’extrême droite et conservateurs à travers l’Europe, du Front national* en France à l’AfD en Allemagne. Ceux-ci remercient le Kremlin avec leurs demandes de levée des sanctions contre la Russie et d’arrêt de l’aide militaire à l’Ukraine. Les groupes anarchistes occidentaux devraient tenir compte de cela, lorsqu’ils formulent leurs positions sur la fourniture d’armes à l’Ukraine.

Les déclaration de l’État russe sur sa « lutte contre le fascisme en Ukraine » sont des tentatives hypocrites de justifier son agression militaire, motivée par des intérêts capitalistes et impériaux. Nous ne nions pas que des groupes d’extrême droite opèrent en Ukraine (comme dans beaucoup d’autres pays). Mais il est aussi important de rappeler que la politique coloniale russe a largement contribué à leur émergence.

 

Il ne s’agit pas d’une simple confrontation capitaliste et impérialiste entre les deux blocs

Cette guerre est une agression impérialiste de la Russie et une punition infligée à l’Ukraine pour son manque de loyauté envers Poutine. Le fait que cette guerre s’insère aussi au sein de la confrontation mondiale entre de nombreuses forces géopolitiques ne change rien à cette réalité. L’impérialisme des pays occidentaux ne diminue pas ni ne justifie l’impérialisme russe, qui attaque les villes d’Ukraine en ce moment même. De plus, cette guerre doit être comprise dans le contexte global de celle que les Zapatistes appellent « la quatrième guerre mondiale ». Les conséquences du néolibéralisme et du fascisme deviennent de plus en plus prononcées. La destruction de la dignité humaine et de notre environnement se produit à une échelle massive. C’est la réalité, ainsi que le défi auquel le mouvement anarchiste et tous les mouvements visant la liberté doivent faire face. La guerre en Ukraine montre à quel point chaque société a besoin d’une autodéfense contre l’État. C’est une partie de la guerre qui frappe depuis longtemps à votre porte. Les compas d’Ukraine peuvent être les meilleur.es allié.es dans cette guerre, car elles/ils ont déjà subi ce terrible coup et ont une expérience unique de survie et de résistance dans une telle situation. Si les compas d’Europe veulent vraiment résister à cette guerre et aux guerres futures, il est alors extrêmement important d’établir des contacts et d’échanger des expériences, afin de comprendre comment s’organiser dans leurs pays et leurs sociétés.

De nombreuses forces géopolitiques sont en train de participer à la guerre en Ukraine et chacune d’entre elles poursuit ses propres intérêts. Il n’y a rien de nouveau à cela et il en sera de même dans toutes les guerres futures. Quelle est la position du mouvement anarchiste, dans cette situation ? Une simple prise de position « contre la guerre » ne suffit pas. Notre mouvement doit être du côté de la société. Concrètement, en Russie et en Ukraine, cela signifiera des choses différentes. Dans la situation actuelle, en Ukraine, les intérêts de la société et du mouvement anarchiste (le besoin de survivre et d’autodéfense) se superposent en partie, au niveau tactique, aux intérêts de l’État. En Russie, la situation est différente : les intérêts de l’État agresseur sont opposés aux intérêts de la société. C’est pourquoi il peut sembler facile de lutter contre l’empire de l’intérieur, du côté de la société. Cependant, le mouvement anarchiste russe rencontre beaucoup de problèmes, quand il interagit avec la société, souvent soumise par la propagande à un lavage de cerveau. En réalité, il n’y a pas de contradictions entre les intérêts des sociétés de Russie et d’Ukraine, c’est seulement l’État qui barre la route à la coopération.

À cet égard, il est important d’avoir une base idéologique solide et une ligne stratégique qui nous permettra d’endurer la lutte révolutionnaire à long terme, pendant et après la guerre. Dès maintenant, les mouvements et collectifs européens pourraient dialoguer avec les compas en Ukraine et discuter d’une résistance commune contre l’invasion, ainsi que des luttes futures, après la fin de la guerre, quand la politique intérieure de l’État ukrainien deviendra l’objet de graves conflits sociaux. Pour le moment, il n’y a pas de ligne stratégique de ce type, ni de mouvement fort. Il n’y a donc pas de perspective à long terme, qui permettrait aux compas en Europe de voir au-delà des contradictions et des compromis actuels.

Beaucoup de lecteur.trices de ce texte connaissent bien la notion de « monde russe ». Dans la conception de l’État russe, le « monde russe » est une sphère d’influence politique, économique, militaire ou idéologique de la Russie. En d’autres termes, c’est du bon vieil impérialisme. Mais il y a encore des personnes, dans le mouvement anarchiste mondial, qui entretiennent de la sympathie pour « la Russie en tant qu’idée ». Le résultat est que parfois, en essayant de prendre position contre l’impérialisme occidental, les compas font l’impasse sur le problème du « monde russe », ainsi que sur les problèmes d’un bloc flou d’États historiquement opposés à l’Occident et alliés avec la Russie : le Bélarus, la Chine, l’Iran, la Corée du Nord, etc.

Le « monde russe » n’est pas une solution au problème de l’impérialisme occidental. Toute nostalgie de l’ancien État « socialiste » doit être laissée au passé. La Russie moderne est une version mutée du néolibéralisme de droite. Elle est beaucoup plus agressive que la version européenne et, en cas de victoire, elle ne flirtera pas avec la liberté d’association, de réunion ou de la presse. Vous n’avez pas besoin d’aimer l’État ukrainien, pour résister au régime russe. Nos compas ukrainien.nes, dont beaucoup ont été en Russie, savent très bien ce que la défaite de l’Ukraine entraînera. Il en va de même pour les compas biélorusses et russes, qui, bien avant 2022, ont fui vers l’Ukraine à cause de la répression politique dans leurs pays.

Les moyens et les fins sont liés et les fins ne justifient pas les moyens. L’un des fins principaux du mouvement anarchiste est de résister à l’État, non seulement sur le plan idéologique, mais aussi dans la pratique. Tactiquement, cela peut signifier la résistance à l’ascension d’États autoritaires, dont la Russie est un parfait exemple.

 

Réfléchissez de manière critique à vos sources

Le mouvement anarchiste n’est homogène dans aucun pays ou région. Si vous avez une position qui vous tient à cœur, vous pouvez trouver partout au moins un groupe (même très marginal) qui partage cette position. Souvent, nous voyons que c’est exactement ce qui se produit : des compas européen.nes tombent sur un groupe russe ou ukrainien avec une position du type « tous les bords de cette guerre sont pourris, il n’y a rien à y faire » et elles/ils commencent à répandre cette position.

En effet, en Ukraine il y a un groupe qui se focalise principalement sur la critique de l’État ukrainien : Assembly, de Kharkiv. En Russie, le projet KRAS-MAT (Confédération des anarcho-syndicalistes révolutionnaires – Association internationale des travailleurs) adopte une position similaire. Ils/elles bombardent de déclarations les organisations anarcho-syndicalistes occidentales. Avec la logique « les deux bords sont pourris », ces déclarations permettent d’éviter facilement de creuser plus profondément le problème de la guerre.

Nous croyons que les déclarations du KRAS-MAT doivent être prises avec un gros grain de sel. Par inertie, ce groupe est encore présent dans de nombreuses mailing lists et fédérations internationales, mais en réalité il s’agit d’un petit groupe qui ne représente pas la position de la majorité des anarchistes russes. À notre connaissance, le projet Assembly ne représente pas non plus la position de la majorité des anarchistes ukrainien.nes.

Nous ne sommes pas en train d’essayer de présenter les groupes mentionnés ci-dessus comme une sorte de mal absolu. Ils peuvent avoir des projets et des réalisations utiles, dans le passé ou dans d’autres domaines, non liés à la guerre. Mais nous croyons que leur position « anti-militariste » sur la guerre en Ukraine est profondément erronée ; elle n’est certainement pas la plus courante parmi les anarchistes russes et ukrainien.nes. Regardons plus en détail cet « anti-militarisme ».

 

L’antimilitarisme passif n’est pas une solution, il fait partie du problème

Les critiques envers nos compas ukrainien.nes découlent généralement d’un antimilitarisme dogmatique. Ce dogme déclare que les guerres peuvent être arrêtées seulement par la solidarité des classes ouvrières de tous les bords. En conséquence, cela conduit à un purisme idéologique – les compas deviennent incapables de faire face aux contradictions des guerres (par exemple, la coopération avec les armées d’État), ils/elles ne prennent pas en compte les spécificités géopolitiques des différents contextes et elles/ils ne peuvent pas continuer la lutte dans la pratique, parce que les idéaux ne correspondent pas à la triste réalité.

Le mantra « nous devons mettre fin à la guerre » assimile les belligérants à des enfants turbulents, à réconcilier. Mais dans cette guerre les deux camps sont fondamentalement inégaux et « la paix tout de suite » signifierait la victoire de la Russie, l’occupation d’une partie de l’Ukraine et, dans l’avenir, le renforcement du régime de Poutine.

Résister à l’agression russe a conduit à un conflit avec les dogmes de notre mouvement et à réévaluer ce qui semblait auparavant inacceptable. Dans cette guerre, les intérêts de l’État ukrainien et ceux des anarchistes ukrainien.nes se recoupent en partie. La raison pour laquelle les compas préfèrent combattre dans les rangs de l’armée ukrainienne et avoir accès à des armes et à d’autres ressources nous semble évidente. La raison pour laquelle elles/ils n’ont pas essayé de ressusciter une quelque version grotesque de la Makhnovchtchina, avec trois fusils par escouade, juste pour combattre vaillamment « contre tous » et être complètement détruit.es une semaine plus tard, nous semble également claire. Cela dit, nous reconnaissons que la construction d’une quelque sorte de « troisième force » est un objectif stratégique correct. Cependant, dans les conditions dans lesquelles la guerre a surpris le mouvement anarchiste ukrainien, une action directe et efficace contre l’expansion de ce régime autoritaire est une réaction anarchiste raisonnable face à la guerre. Les milieux anarchistes du Bélarus, d’Ukraine et de Russie ont agi de nombreuses manières différentes : l’organisation de manifestations dans la rue, l’entraide et le bénévolat, l’aide aux réfugié.es en Ukraine, le sabotage des infrastructures militaires en Russie, etc. Cela a inclus le fait de rejoindre l’armée ukrainienne. Toutes ces actions doivent être considérées comme un continuum de résistance contre l’invasion – une résistance menée à travers les frontières, avec des approches, des tactiques et des contradictions différentes.

Par conséquent, nous sommes préoccupé.es par la tendance, présente parmi les anarchistes occidentaux.ales, à critiquer l’aide à l’Ukraine. Il n’est pas surprenant que les luttes locales soient souvent plus proches et plus claires. Par exemple, pour les anarchistes grec.ques, l’un des sujets les plus importants est la résistance au colonialisme américain et aux bases militaires de l’OTAN. Bien sûr, en général l’OTAN n’est pas mieux que la Russie. Cependant, dans ce cas, le soutien à la résistance de l’Ukraine est bénéfique non seulement pour les élites occidentales et ukrainiennes, mais aussi pour le mouvement anarchiste en Russie, au Bélarus, en Ukraine et dans d’autres pays voisins, soumis à l’influence et aux menaces de l’État russe. Cela est encore plus vrai si nous nous rappelons que, dans cette partie du monde, le mouvement anarchiste a été complètement détruit déjà une fois, par l’Union soviétique. Cela se reproduira certainement, si la Russie conserve son influence dans la région par des moyens militaires. Le même avenir attend tous les pays qui tomberont sous la sphère d’influence russe.

 

Contre le boycott des anarchistes ukrainien.nes et biélorusses

Un certain nombre d’initiatives anarchistes ont décidé d’exclure les anarchistes ukrainien.nes et biélorusses de leurs sites web et de leurs événements. En particulier, le Balkan Anarchist Bookfair [Salon du livre anarchiste des Balkans] a refusé d’accepter la participation du projet ukrainien Solidarity Collectives, en justifiant ce refus comme suit :

« Nous sommes très préoccupé.es qu’une telle proposition soit soumise pendant que l’État ukrainien est en train d’enlever des gens dans la rue et de les envoyer de force à l’abattoir de la guerre. Par conséquent, notre réponse à la demande d’accueillir la présentation que vous avez proposée est négative. »

Bien sûr, les anarchistes ukrainien.nes n’ont jamais appelé à enlever des gens pour les envoyer au front. Cette justification de leur exclusion n’a rien à voir avec la réalité.

De même, le site anarchiste Athens Indymedia a refusé de publier des messages de Solidarity Collectives, pour les raisons suivantes :

« Ceci est un appel à prendre parti dans une guerre, avec une nation qui se trouve actuellement en première ligne de l’OTAN dans la guerre entre l’Ouest et la Russie. Cela n’a rien à voir avec les opinions politiques d’Athens Indymedia, qui sont fondamentalement anti-guerre et anti-impérialistes. »

En même temps, Athens Indymedia est plein de matériel contre l’invasion israélienne en Palestine, un endroit qui est aussi la ligne de front d’une guerre entre l’OTAN et l’Iran avec ses alliés. La lutte contre l’impérialisme n’est pas toujours exempte de violence et nécessite souvent des armes fournies par des États. La position antimilitariste d’Athens Indymedia ne semble ni logique ni cohérente. Notez que aussi le Berlin Anarchist Bookfair [Salon du livre anarchiste de Berlin] a refusé des anarchistes biélorusses, en 2024 et 2025 [on pourra lire les deux communiqués des compas ici et ici ; NdAtt.].

Et le problème principal ici n’est pas la position des salons du livre anarchiste des Balkans et de Berlin ou d’Athens Indymedia. Le mouvement anarchiste devrait être ouvert à la discussion et tout le monde n’est pas obligé d’adhérer à une seule et unique définition de l’impérialisme ou à des tactiques antimilitaristes spécifiques. Le problème réside dans les tentatives d’exclure complètement les anarchistes de régions entières – précisément au moment où ces régions font l’objet d’une agression impérialiste visant à leur assimilation fasciste violente et à la destruction de leur identité nationale. Alors que Poutine prétend que les peuples biélorusse et ukrainien n’existent pas, les salons du livre anarchiste des Balkans et de Berlin ainsi qu’Athens Indymedia excluent les compas d’Europe de l’Est du mouvement anarchiste : par manque de compréhension des différentes positions, par refus de voir le contexte, par incapacité à accepter les contradictions auxquelles ces compas sont confronté.es en ce moment.

 

Ce que nous suggérons

– Remettez en question les informations qui vous parviennent. Essayez de connaître les opinions de tous les groupes concernés, en particulier ceux impliqués dans des initiatives locales et moins visibles au niveau international.
– Quand vous faites des déclarations sur l’Ukraine, demandez un retour aux compas locaux.les, pour clarifier et actualiser votre compréhension de la situation.
– Nous appelons tout le monde à se souvenir des bases de l’éthique anarchiste : ce qui est important, c’est l’unité et non l’éloignement, la solidarité et non l’opposition. Cela peut paraître évident, mais pourtant, quand nous sommes confronté.es à des contradictions, nous oublions souvent comment nous comporter avec nos compas de lutte.
– Opposez-vous ouvertement aux tentatives d’exclure les anarchistes biélorusses et ukrainien.nes du mouvement anarchiste.
– Apprenez des guerres en Ukraine, en Syrie et dans d’autres pays, afin de créer les conditions pour l’émergence d’une « troisième force » révolutionnaire, capable de défendre la société à tous les niveaux, en cas de guerre.

 

Pour signer cette déclaration ou pour toute autre question, veuillez écrire à : anarchiststatement [at] riseup.net

 

Autonomous Action
Antijob
DIAna (Irkutsk Anarchist Movement)
Combat Organization of Anarcho-Communists (BOAK)
• Anarchist group in emigration “Peripheria”
Anarchist Black Cross – Irkutsk
Ivan Astashin
Khubiskhal
AKRATEIA
Black Square
Black Loudspeaker
Solidarity Zone
Feminist Anarchist Solution (Hamburg)
Lolja Nordic, co-fondatrice de Feminist Antiwar Resistance, coordinatrice du FAR Vienne

[La liste à jour des signataires se trouve ici]

 

Note d’Attaque : en septembre 2014, le parti, à l’époque déjà dirigé par Marine Le Pen, avait obtenu un prêt de neuf millions d’euro d’une banque russe (la First Czech Russian Bank), sans soute avec l’accord du Kremlin.

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Bélarus : Les partisan.es du renseignement https://attaque.noblogs.org/post/2025/10/22/belarus-les-partisan-es-du-renseignement/ Wed, 22 Oct 2025 16:09:38 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60869 Continuer la lecture ]]> Freedom / mardi 7 octobre 2025

En septembre 2025, les médias d’opposition du Bélarus ont estimé qu’un millier de civils – dont beaucoup inconnu.es des défenseur.euses des droits humains – ont été poursuivis pour avoir diffusé via Telegram des renseignements sur les mouvements des troupes russes, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en 2022.

Des préparatifs pour l’invasion ont été effectués au Bélarus, sous couvert d’un entraînement militaire. Quand les Biélorusses se sont retrouvé.es du côté du Kremlin de la guerre, il existait un mouvement de partisan.es qui sabotait le système ferroviaire, pour paralyser le transport des troupes, tandis qu’une grande partie de la société rejoignait la résistance silencieuse, en prenant des photos et des vidéos du personnel militaire russe dans des bases ou en transit. Elles/ils ont envoyé ces images et vidéos à différents canaux Telegram, pour fournir à la résistance ukrainienne des informations cruciales sur le mouvement de l’aviation ou les lancements de roquettes/drones, qui ciblaient souvent des infrastructures civiles.

L’un des plus grands projets de collecte d’informations issu de cela s’appelait Belarusian Hajun, un canal Telegram avec un bot, auquel les gens pouvaient envoyer des photos directement. En quelques semaines, le projet a eu un très grand succès, avec plus de 30 000 notes d’information envoyées au cours des 45 premiers jours de l’invasion.

Alors que le projet était un énorme succès du renseignement ouvert pour contrer la guerre russe, l’État biélorusse a commencé dès le début à traquer ceux/celles qui fournissaient de telles informations. Parmi elles/eux, il y avait l’antifasciste Anna Pyshnik, qui a été condamnée à trois ans de prison pour avoir envoyé sur Telegram des photos de matériel militaire. Elle a purgé toute sa peine et a été libérée en 2024, elle a dû quitter le Bélarus par crainte de nouvelles persécutions politiques.

« Quand la guerre a commencé, c’était difficile à comprendre », a dit Pyshnik après sa libération. « Juste le lendemain, j’ai entendu quelque chose comme une explosion ; même notre immeuble a tremblé. J’ai couru dehors et j’ai vu la traînée d’une roquette. J’ai décidé de la filmer. Tu restes simplement là et tu réalises à quel point la guerre est proche, tu réalises à quel point les autorités mentent quand elles disent que rien n’arrivera jamais à l’Ukraine depuis le territoire biélorusse. J’ai compris que les gens avaient besoin de savoir ce qui se passait. J’ai donc envoyé la vidéo que j’avais filmée à des médias indépendants. Deux jours plus tard, j’ai filmé des hélicoptères militaires au-dessus de la ville et j’ai également envoyé cela aux médias. »

Au début de 2025, la police secrète biélorusse a infiltré un important chat Telegram de Belarusian Hajun, en obtenant des informations sur des milliers de comptes travaillant pour le projet. Beaucoup de ces comptes appartenaient à des personnes qui se trouvaient à l’intérieur du pays. Depuis, une vague répressive massive a commencé, contre toute personne ayant participé au projet en envoyant des rapports. Au moins 54 personnes ont été poursuivies pour avoir aidé ce projet, sous le chef d’inculpation d’« aide à une organisation extrémiste ».

L’attaque contre le projet Belarusian Hajun a été rendue possible par un ancien lien, trouvé sur le téléphone de quelqu’un.e qui a été arrêté.e avant février 2025. Ce lien, créé en 2022, leur a permis de rejoindre une chat privée contenant des informations critiques. Ce n’est pas la première fois que le KGB arrive à accéder à des chat privées et à recueillir des informations qui provoquent d’autres poursuites encore.

Nikita Ivansky

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Bélarus : L’anarchiste biélorusse Mikalai Dziadok a été libéré https://attaque.noblogs.org/post/2025/09/27/belarus-lanarchiste-bielorusse-mikalai-dziadok-a-ete-libere/ Sat, 27 Sep 2025 16:50:04 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60771 Continuer la lecture ]]> Partage Noir / vendredi 12 septembre 2025

Le 11 septembre 2025, l’anarchiste Mikalai Dziadok a été libéré et expulsé de Biélorussie vers la Lituanie. À sa libération, les agents du KGB ont déchiré son passeport.

Avec Dziadok, 51 autres prisonniers politiques ont été libérés à la suite de négociations entre Loukachenka et les envoyés de Trump.

Mikalai devait sortir le 4 avril de cette année*, mais une nouvelle affaire a été ouverte contre lui pour avoir prétendument dirigé l’organisation Action autonome [1], préalablement définie comme étant une organisation criminelle. Il risquait jusqu’à 13 ans de prison.

Mikalai avait déjà purgé une peine de cinq ans, de 2010 à 2015, et figurait parmi les derniers prisonniers politiques graciés à cette époque.

N’oublions pas qu’il y a encore environ 1 300 autres prisonniers politiques dans les prisons biélorusses, dont des anarchistes et des antifascistes.

Source : Anarchist Black Cross Belarus

 

1. Action autonome (en russe : Автономное Действие), est une fédération anarchiste révolutionnaire présente en Russie, en Biélorussie et en Ukraine, fondée en janvier 2002. Cette organisation est composée d’anarcho-communistes, d’anarcho-syndicalistes, d’autonomes et d’écologistes radicaux**.

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Des prisonnier.es pour des sanctions

Pramen / vendredi 12 septembre 2025

La « libération », aujourd’hui, de prisonnier.es politiques en échange de la levée des sanctions contre Belavia [la compagnie aérienne d’État ; NdAtt.] a suscité beaucoup de sentiments mitigés. Oui, nous sommes heureux.ses que notre compagnon Mikalai Dziadok et de nombreux.ses autres hommes et femmes politiques de l’opposition ne soient plus soumis.ses à la torture constante dans l’ainsi-dit système correctionnel du Bélarus. Mais, en même temps, nous nous souvenons des plus de 1 300 prisonnier.es qui restent en prison pour des motifs politiques. Nous nous souvenons des milliers de vies brisées qui, avec de tels accords, ne recevront jamais justice. Nous nous souvenons de ceux/celles qui ont été tué.es dans les prisons et lors des manifestations, dont les morts ne seront pas vengées tant que le régime de Loukachenko ne tombera pas.

En réalité, la peine des ancien.nes prisonnier.es a seulement été modifiée : d’une peine de prison à l’exil à temps indéfini dans des pays de l’UE. Le régime de Loukachenko essaye de se débarrasser non seulement des prisonnier.es elles/eux-mêmes, mais aussi de leurs familles, de leurs enfants et de leurs proches, qui, après cinq ans de lutte contre la prison, seront obligé.es de quitter le Bélarus.

Aujourd’hui, nous avons entendu parler du succès de l’échange et du fait que la levée des sanctions contre Belavia est dans l’intérêt de la société biélorusse, mais on oublie que la poursuite dans l’impunité de la répression contre l’ensemble de la société ne sera jamais dans l’intérêt de la libération de la dictature et de l’esclavage. Beaucoup d’entre nous ignorent que la lutte pour la liberté se poursuit en prison et beaucoup de ceux/celles qui sont actuellement emprisonné.es et refusent de signer une demande de grâce veulent rester au Bélarus et poursuivre la lutte. L’histoire de Statkevitch***, qui, au moment de la rédaction de ce texte, reste à la frontière entre le Bélarus et la Lituanie et refuse catégoriquement de se rendre à Vilnius, devrait nous servir de leçon – notre liberté en exil peut être pire, pour certaines personnes, que de poursuivre la lutte contre le régime de Loukachenko depuis les cachots des prisons.

À l’avenir, nous pourrions effectivement voir la libération de centaines de prisonnier.es, en échange de la levée des sanctions contre d’autres entreprises publiques, mais n’oublions pas que notre objectif principal est le renversement du régime et la chute de l’empire russe et, même si tous les prisonnier.es politiques étaient libéré.es, la lutte se poursuivra jusqu’à ce que Loukachenko et Poutine partagent le sort de Mussolini et Kadhafi.

 

Notes d’Attaque :
* Mikalai a été arrêté le 11 novembre 2020 (pendant la révolte contre l’énième « élection » de Loukachenko) et accusé de troubles à l’ordre public, de possession de cocktails Molotov et de propagande antigouvernementale.
** L’organisation est disparue ou en sommeil, mais le site internet homonyme est toujours actif et source de précieuses informations, notamment grâce aux nombreuses traductions anglaises de ses articles.
*** Membre du Parti social-démocrate biélorusse (illégal) et opposant historique de la dictature de Loukashenko. Depuis 1999, il a passé plus de douze ans en prison. Libéré lui aussi le 12 septembre dernier et destiné comme les autres à l’expulsion, il a enfin réussi à rester au Bélarus.

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L’antimilitarisme des imbéciles https://attaque.noblogs.org/post/2025/09/07/lantimilitarisme-des-imbeciles/ Sun, 07 Sep 2025 16:43:01 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60489 Continuer la lecture ]]> Freedom / mardi 2 septembre 2025

Comment les gauchistes et les anarchistes occidentaux.ales ont trouvé des voix « convenables » en Europe de l’Est

Les débats sur l’antimilitarisme continuent de secouer le mouvement anarchiste dans la partie occidentale du monde. Souvent, dans ces débats, on peut voir des organisations d’Ukraine ou de Russie afficher leur soutien à la position « pas de guerre, mais guerre des classes ». Trois ans et demi après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, le mouvement anarchiste est extrêmement divisé. Les stratégies précédentes d’« écouter les voix locales » ont pour la plupart échoué, pour ceux/celles qui n’étaient pas intéressé.es du départ. Avec d’autres scandales qui viendront sûrement à l’avenir, il est important de comprendre comment nous en sommes arrivé.es là.

Il y a plus de 10 ans, la Russie a annexé la Crimée et occupé une partie de l’est de l’Ukraine. Déjà à l’époque, le Kremlin invoquait différentes raisons pour cette occupation, en fonction des opinions politiques du public ciblé. Pour le mouvement de gauche/antifasciste, les propagandistes russes ont préparé un récit selon lequel un régime fasciste avait pris illégalement le pouvoir à Kyiv. L’invasion de 2014 a été présentée comme une action antifasciste. Au cours de nombreuses années de propagande, la plupart des anarchistes et des antifascistes de la région avaient développé une immunité à ces mensonges. Mais pour certain.es antifascistes et gauchistes occidentaux.les, la présence de drapeaux fascistes pendant les manifestations de Maïdan était si choquante qu’elles/ils ont cru à l’histoire d’un coup d’État d’extrême droite, sans demander plus de preuves factuelles.

En Ukraine, à l’époque, beaucoup d’anarchistes croyaient que pour lutter contre l’Empire russe, il suffisait de se familiariser avec la situation, afin de comprendre ce qui avait lieu dans le pays, et de fournir des preuves factuelles de ce qui s’y passait. Au Bélarus, nous avions une idée similaire sur la manière de travailler avec des compas en Occident, dans la lutte contre la propagande russe. C’était : la vérité parle d’elle-même et ceux/celles qui insistent avec la position de Poutine sont simplement des gens qui, pour une quelconque raison, n’ont pas eu accès aux faits. Mais, même dans ce cas, nous avons rencontré des gens qui savaient mieux que toi ce qui se passait dans ta propre maison.

Je me souviens encore de la manière dont, lors d’une présentation, un.e militant.e anti-autoritaire d’Ukraine a parlé de Maïdan et de la situation après les manifestations et un.e expert.e allemand.e a répondu en disant que Kyiv avait simplement été occupée par des fascistes. Les tentatives de lui prouver le contraire ont été vaines, à ce moment-là. La propagande russe avait déjà fait son travail. À cette époque-là, alors que j’assistais à une présentation sur l’Ukraine, il ne m’était même pas venu à l’esprit que nous étions incroyablement naïf.ves de croire en la pensée critique au sein du milieu anarchiste et gauchiste…

Après l’invasion à grande échelle, j’ai été l’un de ceux/celles qui ont insisté sur la nécessité d’entendre les voix des anarchistes d’Ukraine, afin de comprendre la guerre et ce que nous pouvions faire dans cette situation, selon nos capacités. Dans mon esprit, ces appels auraient conduit à l’établissement de contacts permanents entre des groupes occidentaux et des militant.es d’Ukraine/Bélarus/Russie. Et, pendant un certain temps, c’est ce qui s’est passé, car les gens se sont intéressé.es, ont fait des recherches et ont écouté. Mais cela n’a pas duré longtemps. Peu après, des autoproclamés combattant.es contre le militarisme au sein du mouvement anarchiste sont apparu.es à l’horizon. Pour elles/eux, les messages des anarchistes ukrainien.nes et russes étaient inacceptables. Au lieu de s’organiser en leur solidarité, certains gauchistes et anarchistes occidentaux.les ont décidé de chercher des groupes, en Bélarus/Ukraine/Russie, qui correspondraient pleinement à leurs perspectives dogmatiques sur la guerre et le rôle des pays occidentaux dans celle-ci.

En Russie, de tels alliés ont été trouvés de manière relativement rapide. Pour les antimilitaristes, les positions de l’organisation russe KRAS-MAT s’intégraient facilement dans l’analyse occidentale, éculée, des guerres. Ils/elles ont transformé l’attaque du Kremlin contre l’Ukraine en un affrontement entre les élites dirigeantes des deux pays. Des textes appelant la société ukrainienne à déposer les armes et à commencer à combattre son propre gouvernement ont commencé à se répandre à travers différents sites web anarchistes et gauchistes. Les gauchistes et les anarchistes n’étaient pas particulièrement intéressé.es aux critiques portée au KRAS-MAT par d’autres groupes de la région concernée. La proximité idéologique de la gauche occidentale avec le KRAS-MAT était plus importante que tout problème politique avec ce syndicat d’universitaires, qui, depuis longtemps, avait cessé d’essayer de participer au mouvement des travailleur.ses en Russie.

Cependant, la position du KRAS-MAT était relativement faible, même aux yeux des anarchistes occidentaux.les. Après tout, cette organisation subsiste à l’intérieur de l’État agresseur, où la résistance à la guerre est presque complètement absente. Dans cette situation, certain.es pacifistes et antimilitaristes de gauche ont commencé à chercher, de manière chaotique, en Ukraine et au Bélarus, des allié.es qui pourraient confirmer leur analyse politique de la région.

En 2022-2023, des pacifistes et des antimilitaristes ont fondé l’Ukrainian Pacifist Movement [Mouvement Pacifiste Ukrainien] (UPM). L’UPM n’a jamais déclaré d’engagement en faveur d’aucune idée de gauche et sur les plateformes d’information de cette organisation on peut souvent trouver une combinaison d’idées de droite et de gauche. De plus, les gauchistes occidentaux.les n’étaient pas particulièrement dérangé.es par le fait que l’un des dirigeants de l’organisation était le blogueur pro-russe Ruslan Kotsaba, qui a été expulsé de l’organisation en 2023. Neuf mois plus tard, il est devenu membre de l’organisation de droite, pro-russe, Another Ukraine [Une autre Ukraine].

Pendant la même période, les anarchistes et les gauchistes européen.nes ont aussi découvert Assembly [Assemblée], une autre organisation ukrainienne. Cependant, ce ne sont pas les gauchistes qui ont afflué vers Assembly, mais plutôt les auteurs d’Assembly qui, avec l’aide de traductions automatiques, ont fait irruption dans des plateformes gauchistes comme Libcom, en remplissant complètement le champ d’information sur l’Ukraine.

Les textes de ce collectif, souvent écrits dans un style sensationnaliste, s’accordent bien avec les vieilles analyses politiques des gauchistes et de certaines organisations anarchistes occidentales. Pour la plupart des militant.es, Assembly peut être compris à partir de cet extrait, qui commence l’histoire de la résistance à la mobilisation en Ukraine :

« À travers tout le territoire de l’obscurité du Goulag, au milieu de l’Europe, se répand une guerre populaire contre la guerre. Les héritiers des Cosaques zaporogues, des Makhnovistes et des rebelles de Karmaliouk et de Dovbouch, épris de liberté, répondent par leur propre violence à la violence des héritiers du NKVD, de la Gestapo et des escadrons de la mort de Pinochet. Et nous sommes seulement au seuil d’une mobilisation à grande échelle des conscrits, qui est attendue après le 16 juillet. »

En substance, Assemby n’écrit rien de spécial. Ils/elles recueillent plutôt le mécontentement présent au sein de la société ukrainienne, tel que la lutte contre la corruption, la résistance à la mobilisation, l’arbitraire des fonctionnaires locaux. On écrit à propos de tout cela dans les médias ukrainiens et sur les réseaux sociaux. L’absence de critique du régime russe et leurs tentatives de mettre la Russie et l’Ukraine sur un pied d’égalité d’un point de vue politique montrent la réticence, au moins, d’Assemby à comprendre le monde russe. La relative popularité d’Assemby dans les milieux occidentaux n’a fait que renforcer le dogmatisme du groupe, qui est complètement éloigné de toute organisation anarchiste de la région. La seule exception étant leur coopération active avec le susmentionné KRAS-MAT.

Des militant.es d’Ukraine et du Bélarus ont essayé sans succès d’attirer l’attention sur l’insuffisance d’Assembly. Assembly, comme d’autres organisations, s’est révélée bien plus convenable, pour les antimilitaristes occidentaux.ales, que la vérité objective, qui nécessite un effort plus important, avec une recherche constante, des discussions et même de voyages dans des pays ravagés par la guerre.

La situation au Bélarus était encore plus compliquée, pour la gauche occidentale, que celle en Ukraine. Après la répression de 2020 contre la dissidence et les manifestations, il ne restaient au Bélarus que quelques organisations anarchistes et le mouvement gauchiste était largement absent et inintéressant. Les organisations anarchistes biélorusses ont immédiatement condamné la guerre et appelé à la résistance contre l’agression russe. Dans ce pays, il n’y avait pas d’équivalent d’Assemby ou du KRAS-MAT. Cependant, quelque part dans l’immensité d’Internet et du secteur économique des ONG, la gauche allemande a déterré Olga Karatch et son projet Our Home [Notre maison], qui, depuis 2022, essaye de vendre à l’Occident des histoires sur la résistance de masse au service militaire obligatoire, au Bélarus.

La jeunesse biélorusse résiste effectivement au militarisme, mais cela n’a pas commencé en 2022. Il existe depuis plusieurs décennies. Des sites web et des forums avec des informations sur la manière d’éviter le service militaire sont apparus au début des années 2000. Mais pour les militant.es occidentaux.les, l’histoire d’Olga Karatch semblait très plausible. Pourtant, l’idéologie d’Our Home peut être décrite comme… l’argent. Ce projet existe depuis longtemps et, au cours de son existence, a réussi à obtenir des fonds suffisants, auprès de fondations européennes et américaines pour le développement de la démocratie et des droits humains. Mais les problèmes d’Olga Karatch ont commencé après 2020, quand Svetlana Tikhanovskaïa est apparue sur la scène et des dizaines de nouvelles organisations libérales ont émergé, faisant de la concurrencer aux projets d’Our Home. Pendant un certain temps, Karatch a essayé de lutter contre Tikhanovskaïa pour la leadership de l’opposition, mais elle avait relativement peu de chances, étant donné que tout le monde au sein de l’opposition savait qui était Karatch. En novembre 2022, le groupe Pramen a publié un article sur Karatch, avec des informations indiquant que des pacifistes occidentaux.les avaient commencé à collecter des fonds pour ses projets. J’ai dû échanger personnellement avec certain.es militant.es gauchistes allemand.es à ce sujet, mais les informations sur Our Home ont été largement ignorées. Au fil des nombreuses années passées dans le monde des ONG, Olga est devenue très habile à vendre les bons messages aux différents groupes politiques et elle semble être devenue une collaboratrice régulière du journal anarcho-pacifiste allemand Graswurzel Revolution (Révolution d’en bas).

Je doute que, pour l’instant, des discussions ou des présentations puissent conduire à une meilleure compréhension de ce qui se passe, de la part de ceux/celles qui sont « sceptiques » quant à la lutte contre le « monde russe ». De plus, à bien des égards, trois années de discussions sur la guerre en Ukraine ont une fois de plus montré ma propre naïveté, quant à ma confiance dans les anarchistes. Par exemple, quelque part dans le passé, on a perdu la trace de l’organisation ukrainienne Borotba, stalinienne et pro-russe, qui a renforcé pendant de nombreuses années les mythes sur le régime fasciste ukrainien, sans qu’aucune quantité de textes ou de discours publics n’ait pu éradiquer ce mythe. Les liens de Borotba avec le Kremlin sont passés largement inaperçus aux structures gauchistes occidentales et les dégâts causés par cette organisation au mouvement antifasciste, en Ukraine et au-delà, restent significatifs.

Pour moi, la situation au sein du mouvement anarchiste rappelle beaucoup quelque chose qui m’est arrivé en Grèce. Pendant l’un de mes voyages à travers ce pays, j’ai eu la chance de me retrouver dans la même voiture que des antifascistes grec.ques. C’était un long voyage et je me suis endormi assez rapidement. Une demi-heure plus tard, j’ai été réveillé par du rap nazi russe. Quand j’ai demandé aux antifascistes grec.ques où elles/ils avaient trouvé cette musique, ils/elles ont répondu que c’était un cadeau de leurs ami.es antifascistes du Donbass. Quand je leur ai dit que c’était du rap nazi, ils/elles ont simplement ignoré ma remarque. Par chance, les antifascistes grec.ques n’ont pas insisté pour que nous continuions à écouter la musique de leurs ami.es du Donbass.

Des exemples venant des trois pays, avec différents groupes politiques, montrent que le concept selon lequel « il faut écouter les voix venant de cette région » ne fonctionne pas dans les cas de dogmatisme idéologique. Les gauchistes occidentaux.les et certain.es anarchistes sont prêt.es à travailler avec des organisations ouvertement malhonnêtes, juste pour préserver de vieux principes idéologiques. Avec cette approche, et dans une atmosphère de guerre de l’information, il devient relativement facile de trouver une personne ou un groupe qui répétera des slogans qui sont convenables et d’ignorer complètement une partie importante du mouvement anarchiste organisé.

Nikita Ivansky

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En souvenir du soulèvement du peuple biélorusse https://attaque.noblogs.org/post/2025/08/09/en-souvenir-du-soulevement-du-peuple-bielorusse/ Sat, 09 Aug 2025 16:13:52 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=60210 Continuer la lecture ]]> Pramen / samedi 9 août 2025

Les premières affrontements avec la police, à l’été 2020, ont ravivé l’espoir, au sein de la société biélorusse, qu’un monde sans Loukachenko et sans dictature est possible. Nous, qui avons été élevé.es dans l’idée de masses pacifiques et obéissantes, avons finalement participé à un soulèvement contre l’oppression, qui a commencé à monter sans aucune aide extérieure. Nous ne savions pas encore que le sang versé dans différentes villes, dès les premiers jours après l’élection [qui s’est ténue le 9 août 2020 ; NdAtt.], continuerait de couler dans les rues de nos quartiers, venant des prisons et des commissariats. À l’époque, nous n’aurions pas pu imaginer les chars du « monde russe » déferler dans les rues, apportant la mort et la destruction dans les villes d’autres peuples qui avaient, eux aussi, osé rêver de liberté et se battre pour celle-ci.

Cinq ans plus tard, beaucoup de ceux/celles qui ont combattu sont maintenant torturé.es dans les prisons du régime. Ils/elles espèrent encore que nous – celles/ceux qui sont parti.es avant d’être attrapé.es – reviendrons briser les serrures des cellules et les libérer, eux/elles, nous-mêmes et notre maison, du poids insupportable de la dictature. Cinq ans plus tard, nous nous souvenons encore de ceux/celles qui nous ont été enlevé.es par la violence des régimes biélorusse et russe. Nous nous souvenons de celles/ceux qui ont donné leur vie pour arrêter la machine de guerre qui tente de déferler sur les villages et les villes d’Ukraine, dans l’espoir de restaurer l’Empire. Cet Empire que nous avons appris à haïr tout en buvant le lait de nos mères.

Dans des moments comme ceux-ci, il est facile de succomber au désespoir et au découragement. Mais nous nous battons et nous nous battons ensemble ! Nous effrayons le régime biélorusse et l’empire russe avec les gens des villages et des villes d’un pays qu’ils pensaient obéissant. Et ne nous y trompons pas : nous, celles/ ceux qui avons vu le tyran quitter la scène quand les travailleur.euses l’ont hué, nous n’oublierons jamais que les dictatures et les empires tombent, peu importe combien de sang ils sont prêts à verser avant de devenir de l’histoire ancienne. Et aujourd’hui, nous faisons une promesse, à nous-mêmes et aux générations à venir, et nous vous encourageons à vous joindre à nous dans cette promesse : nous n’aurons pas de repos tant que la dictature biélorusse et le « monde russe » n’auront pas été détruits.

Jusqu’à ce que tout le monde soit libre.

Collectif anarchiste « Pramen »

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Bélarus/partout : Appel à action, entre le 9 et le 11 août https://attaque.noblogs.org/post/2025/07/14/belarus-partout-appel-a-action-entre-le-9-et-le-11-aout/ Mon, 14 Jul 2025 17:03:59 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59991 Continuer la lecture ]]> Pramen / jeudi 3 juillet 2025

Appel à des actions solidaires du 9 à l’11 août, pour l’anniversaire du soulèvement de 2020 au Bélarus

Le cinquième anniversaire du soulèvement contre la dictature de Loukachenko approche. La répression à grande échelle a temporairement étouffé la résistance de masse au régime et une série d’événements tragiques sur la scène mondiale a éclipsé l’agenda biélorusse. Avec quelles émotions marquons-nous cet anniversaire ? Certain.es avec nostalgie, certain.es avec espoir, certain.es seulement avec fatigue et déception. Pour beaucoup, l’enthousiasme et l’unité de ces jours-là ont été remplacés par l’apathie et la désunion.

Cependant, les événements de 2020 ne sont pas seulement de l’histoire. Ils sont une expérience de lutte commune, de réussites et d’erreurs. Cette expérience est devenue une partie de la formation à la vie politique dans ce pays et inspire déjà les nouvelles générations, au Bélarus et au-delà. À travers la révolte de 2020 et l’organisation politique qui s’en est suivie, nous nous sommes trouvé.es les un.es les autres et avons trouvé notre place dans une société présentée par le régime et par le monde russe comme un troupeau obéissant.

En cet été chaud, nous avons ressenti le pouvoir de l’action collective et vu la force d’un soulèvement populaire auto-organisé. Cela a été rendu possible par le fait que chacun.e d’entre nous a décidé d’y participer. Prendre un risque, y croire, ne pas rester à l’écart.

C’est pourquoi nous appelons nos compas des différentes villes à rejoindre les actions de la diaspora ou à organiser leurs propres événements. Rappelons à tout le monde, autour de nous, qu’il n’y a pas seulement l’État et sa répression, mais aussi le désir inébranlable des gens pour la justice, la liberté et l’égalité.

Jusqu’à ce que tout le monde soit libre !

Pramen

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Un entretien avec les compas d’Anarchy Today https://attaque.noblogs.org/post/2025/06/03/un-entretien-avec-les-compas-danarchy-today/ Tue, 03 Jun 2025 16:46:48 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59523 Continuer la lecture ]]> A2day / mars 2025

[…]
Si vous voulez vous présenter – sinon pas de problème.

Quelques mots à propos de nous. A2day est un collectif très petit. Nous faisons ce site ensemble, mais en même temps chacun.e d’entre nous est impliqué.e dans la lutte anarchiste dans le lieu où elle/il se trouve actuellement. Il y a un accord qui dit que nous travaillons sur ce site de manière anonyme, personne ne peut affirmer qu’il ou elle en est un.e rédacteur.trice.

 

Tout d’abord, que pouvez-vous nous dire sur la situation sociale et politique des trois pays anciennement soviétiques parfois connus sous le nom « BUR » [Bélarus, Ukraine, Russie ; NdAtt.] ? Si vous vous sentez à l’aise pour parler des trois […] D’ailleurs, pensez-vous qu’il est utile de parler de BUR comme de quelque chose qui a une sorte d’unité ?

Chacun.e d’entre nous a été actif.ve dans les trois pays et nous pouvons dire que le territoire de la région BUR, malgré toutes les différences, a beaucoup en commun. Il est très important de dire qu’il a été possible de voyager entre nos pays sans visa, les anarchistes des pays de la BUR étaient en contact étroit les un.es avec les autres (depuis la fin des années 1980), elles/ils voyageaient chez les un.es et les autres pour des actions, ainsi que pour des rassemblements et des tournois sportifs. Pour que vous compreniez bien, la définition de notre région en tant que BUR est une sorte de jeu de mots, parce que dans les colonies pénitentiaires un « bur » est un quartier de haute sécurité, en d’autres termes, une prison dans une prison. Notre BUR est une prison en Europe. L’héritage soviétique, y compris les traditions politiques du régime totalitaire, a laissé une forte empreinte sur les sociétés de ces pays.

En même temps, le Bélarus est resté le pays le plus « soviétique », tandis qu’en Ukraine il était plus facile de se cacher et de mener des activités illégales. Le capitalisme sauvage y régnait, la police acceptait volontiers des pots-de-vin, il était facile d’acheter des armes et pas un.e seul.e anarchiste n’y a été emprisonné.e pour des raisons politiques depuis le début des années 2000 et aucun.e n’y est emprisonné.e en ce moment. Pour être exact, il faut ajouter qu’en 2018 le célèbre anarchiste biélorusse Aleksandr Frantskevich a été expulsé d’Ukraine et il est en ce moment en train de purger une lourde peine au Bélarus. En 2021, les autorités ont tenté d’expulser d’Ukraine l’anarchiste Aleksei Bolenkov, mais il a gagné son procès, avec l’aide de groupes de défense des droits humains et du battage médiatique.

 

Quels sont les liens qui persistent entre ces trois pays, plus de trente ans après la fin de ce cauchemar qu’était l’URSS ? En fait, les chemins pris par ces trois pays semblent, depuis l’Europe occidentale, assez différents. Même avant 2022, la Russie était un très grand pays, mais avec une économie en rapide désindustrialisation, se réédifiant sur l’exploitation des ressources naturelles, avec un gouvernement de plus en plus autoritaire. L’Ukraine était une sorte de « nouveau » pays, avec une démocratie vacillante, qui semblait, après Maïdan, avoir choisi la voie de l’Occident. Le Bélarus semble être une dictature inébranlable, du type des républiques populaires, même si les protestations de 2020-2021 ont essayé de contester cela.

La plupart des familles ont des parents dans d’autres pays de la région BUR, la langue russe est bien connue dans les trois pays et il n’est pas difficile pour une personne dont la langue maternelle est le russe d’apprendre à comprendre le biélorusse et l’ukrainien. Jusqu’au début de la guerre, de nombreux.ses Ukrainien.nes et Biélorusses allaient en Russie pour travailler, les Biélorusses le font encore. Les capitaux (que ce soit ceux des États ou des oligarques) circulaient librement aussi. Et même maintenant, le commerce entre ces pays continue ! Nous écoutions les mêmes groupes de musique, nous regardions les mêmes films. Le Président de l’Ukraine, un comédien professionnel, a joué dans des films et des spectacles russes. En fait, il y a bien plus de connexions et de fils imperceptibles que ce que l’on pourrait croire à première vue. Les racines remontent à l’URSS ; après son effondrement, les gens se sont retrouvé.es de différents côtés des frontières. Par exemple, de nombreux politiciens et agents des forces de l’ordre du Bélarus et d’Ukraine ont obtenu leurs diplômes dans des universités russes et ont des liens avec Moscou. Comme c’est le cas pour Loukachenko, Poutine ou Ianoukovytch*, qui sont porteurs de valeurs soviétiques. C’est l’une des raisons des protestations dans ces pays : le désir de se libérer des chaînes de Moscou et de l’héritage soviétique. La nouvelle génération, bien qu’elle ait grandi dans un environnement différent, avait toujours des codes culturels similaires, dans toute la région BUR.

Oui, l’Ukraine a essayé de se détacher du « monde russe » et de se rapprocher de l’Europe, mais elle n’a pas tenu compte du fait que 1) il y avait beaucoup de partisans de la Fédération de Russie à l’intérieur du pays, ce qui a aidé la Russie à déclencher une guerre et à s’emparer d’une partie des territoires ukrainiens (même maintenant, il y a un segment pro-russe dans la société ukrainienne) et 2) la Russie est un empire et elle ne cédera jamais ce qu’elle considère comme lui appartenant.
Le Bélarus est, depuis trente ans, sur la voie de la russification et du rapprochement avec le Kremlin. Beaucoup de Biélorusses se sont longtemps vu.es, eux/elles-mêmes et leur pays, comme une partie de la Russie, avec laquelle, d’ailleurs, il n’y a toujours pas de frontières étatiques (comme au sein de l’UE) ; avant la guerre, il n’y en avait pas non plus avec l’Ukraine. Le récit post-soviétique d’une « triple nation », « Russie-Ukraine-Bélarus », qui est activement soutenu par les autorités et les historiens pro-gouvernementaux de la République du Bélarus et de la Fédération de Russie, ainsi que par certains partis ukrainiens, était aussi important pour les générations plus âgées. Les éventements de 2013-2014, de 2020 et de 202[2] ont accéléré les changements dans ce paradigme.

 

Après 2022 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la situation semble encore plus polarisée – mais elle pourrait aussi être plus claire. Comment la guerre a-t-elle changé la situation des populations dans les trois pays ?

C’est une question assez complexe, à laquelle il est difficile de répondre brièvement. On peut dire que la date du 24 février2022 a complètement changé la vie dans la région.

Ukraine. Des millions d’Ukrainien.nes ont été obligé.es de quitter le pays, des centaines de milliers ont été tué.es, mutilé.es, privé.es de leurs maisons, des milliers sont prisonnier.es de la Russie ou sous occupation. Celles/ceux qui restent vivent avec le sentiment constant que, à tout moment, il peut y avoir une alerte aérienne et ils/elles pourraient être tué.es par des missiles russes. Les hommes ne sont pas seulement enrôlés dans l’armée, les agents de recrutement de l’armée attrapent des gens dans les rues et les lieux de travail et les envoient à l’abattoir. L’économie est dans un état déplorable, les prix augmentent constamment, il y a des réformes antisociales, avec la corruption à un niveau sans précédent – l’armée en est saturée (et cela en temps de guerre !). Ce qui est intéressant, c’est qu’officiellement l’Ukraine n’est pas en état de guerre, mais seulement sous la loi martiale, même si de tous les côtés les politiciens et les médias crient à propos de la guerre. C’est une politique de deux poids deux mesures ou, plus simplement, de l’hypocrisie. Le pouvoir est pratiquement usurpé par Volodymyr Zelensky et son entourage, qui ne comptent sur personne d’autre. L’État ukrainien fait tout pour que le public le déteste encore plus. Et les gens en ont vraiment assez de la guerre et de la corruption incurable, surtout en regardant les enfants des oligarques et des détenteurs du pouvoir passer leurs vacances dans des hôtel suisses ou circuler à Kiev dans des Lexus. Et cela à un moment où le monde entier collecte de l’argent pour les forces armées ukrainiennes. De plus, la question du nationalisme est devenue tendue. La guerre alimente toujours des sentiments chauvins et l’Ukraine n’est pas une exception.

La haine de tout ce qui est russe/soviétique (souvent aussi de tout ce qui est biélorusse), non seulement au niveau quotidien, des personnes ordinaires (soulignons le fait que des nombreux.ses Ukrainien.nes sont brusquement passé.es à la langue ukrainienne), mais aussi au niveau de la politique d’État, y compris la politique historique, ne fait qu’ancrer le nationalisme. Au lieu de réaliser des réformes sociales, l’État détourne l’attention des Ukrainien.nes vers un patriotisme emphatique et d’autres choses secondaires. Dans cette époque, les garanties économiques et sociales sont bien plus importantes que l’usage forcé de la langue ukrainienne et la démolition des monuments en hommage à Pouchkine. Il vaut la peine de rappeler que de nombreux.ses combattant.es ukrainien.nes, au front, n’ont aucun problème avec la langue russe, contrairement à ceux/celles qui se trouvent à l’arrière, relativement au calme, et surtout à l’étranger. La montée des idées radicales de droite, des millions de destins mutilés, le traumatisme mental de la guerre, la dépendance économique croissante face à l’Occident, la catastrophe écologique du pays – cela prendra des décennies à l’Ukraine, après la guerre, pour se remettre de sa crise démographique, économique et politique. La guerre a effectivement élargi le fossé entre les peuples russe (et biélorusse) et ukrainien. Ce traumatisme ne sera pas facile à guérir pour les générations futures.

Russie. L’économie et la propagande sont orientées vers la guerre. « Tout pour le front ! Tout pour la victoire ! » (comme à l’époque soviétique). Mais, économiquement, la Russie est encore forte, malgré les sanctions. Des dizaines de milliers d’émigrant.es, des milliers d’affaires pénales pour des manifestations contre la guerre (qu’elles soient radicales ou pacifiques). Une société fracturée. Beaucoup de criminels, dans la guerre, qui commettent régulièrement des meurtres, des vols et des violences après leur retour. L’État les pardonne. Ceux qui ont été à la guerre sont autorisés à tout faire – leurs péchés sont expiés par le sang. Ce ne sont pas des cas isolés, mais un processus constant. La même croissance du chauvinisme et de la haine de tout ce qui est « occidental » et ukrainien, jusqu’aux couleurs jaune et bleu. La guerre a conduit à une renaissance de la violence d’extrême droite dans les rues. Les dénonciations d’autrui, comme à l’époque stalinienne, sont devenues une pratique courante. On instille chez les gens le sentiment qu’il y a une guerre constante entre le bon « monde russe » et l’Occident pourri. Malheureusement, une grande partie de la société professe l’impérialisme et croit dans la mission, propre à la la Russie, de garantir la stabilité dans le monde. Pour être clair.es : nous nous rendons compte du caractère pernicieux de l’impérialisme occidental et ne le nions pas, mais il faut comprendre que la région BUR a été dans les chaînes de l’impérialisme russe pendant des siècles. Ce n’est pas seulement à cause de Poutine, et même pas tellement à cause de Poutine. C’est un problème de toute la société, plus profond et enraciné non seulement dans la politique, mais aussi dans l’histoire, la culture et la religion.

Bélarus. Pays allié et vassal de la Russie. Les vagues de répression violente y ont commencé en 2020, pendant la révolution biélorusse avortée. Jusqu’à un million de personnes ont été obligées de quitter le pays. Depuis soixante ans, la diaspora biélorusse s’est engagée avec succès dans le développement culturel et le commerce. Dans un pays d’environ neuf millions d’habitant.es – dont environ 1 500 prisonnier.es politiques – on assiste à la plus grande crise démographique des soixante dernières années.

Il y a une absence totale de liberté d’expression et de réunion, aucun média indépendant, aucune ONG, pas de syndicats. Les vagues de répression continuent, tant pour des déclarations politiques que pour des déclarations ordinaires, en opposition à la guerre ou en soutien à l’Ukraine, pour des commentaires et des publications sur Internet. Alexandre Loukachenko, qui est au pouvoir depuis près de 31 ans, s’est fait une réputation, dans la région BUR, de dirigeant qui s’est attaqué à la corruption et au crime organisé et qui a fait du Bélarus un pays propre et prospère, avec des soins médicaux et une éducation gratuits. Beaucoup de personnes, dans l’espace post-soviétique, ont cru à cette image, qui ne correspond pas à la réalité. Jusqu’en février 2022, les Ukrainien.nes, qui, soit dit en passant, s’intéressaient peu à la situation politique intérieure du Bélarus, y croyaient aussi. Heureusement, la guerre leur a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Dans ce pays, le pouvoir des forces de l’ordre est pratiquement illimité. Il y a partout (même dans les écoles et les crèches) de la propagande sur le « Bélarus pacifique » et des critiques envers l’Ukraine et l’Occident, qui auraient déclenché la guerre. Les Biélorusses ne sont pas contre l’Ukraine et ne veulent pas participer à la guerre, mais la société est divisée aussi. La guerre a aggravé la situation économique, mais la Russie nourrit [le Bélarus] avec des prêts et des marchés pour ses produits. Le vieux dictateur essaye de remuer et de faire de l’humour, mais, très probablement, il comprend qu’après sa mort le pays subira peut-être de grands changements. Nous voyons deux scénarios : sous la pression du Kremlin, Minsk deviendra encore plus subordonné à la Russie, en perdant ce qui lui reste d’indépendance, ou alors il y aura des manifestations, un changement de pouvoir, un nettoyage et un rapprochement avec l’Occident. La seconde option est plus souhaitable, pour nous, car il y aura sans doute des opportunités pour les anarchistes : reprendre des territoires autonomes, promouvoir les idées d’auto-organisation, de démocratie directe et en général l’agenda libertaire.

 

Et à propos du (des) mouvement(s) anarchistes(s) ? Comment décririez-vous les mouvements anarchistes dans les trois pays, avant l’invasion à grande échelle ? Quels étaient les liens entre les compas des trois pays ? Si vous deviez trouver des aspects qui différencient le(s) mouvement(s) anarchiste(s) dans la région BUR de ceux de l’Occident, sur quoi mettriez-vous l’accent ?

Une autre question sur laquelle on pourrait écrire un livre. Dans aucun des États de la région BUR, au XXIe siècle, l’anarchisme n’a joué un rôle socio-politique important, comme il avait pu le faire à plusieurs reprises au XXe siècle. Le développement du mouvement anarchiste dans la BUR a été entravé, entre autres, par l’héritage soviétique. La gauche était associée aux partis communistes, perçus comme idéologiquement en faillite par les sociétés de ces pays. À ce jour, les anarchistes sont étiqueté.es (surtout par la droite) comme des « gauchistes », des « rouges » et des « communistes », c’est-à-dire les héritier.es du totalitarisme. En outre, nous soulignerons les points suivants :
1. L’absence de mouvements de masse, de contacts forts et permanents, non liés à une situation donnée, avec la société (mouvements de protestation, travailleur.euses, étudiant.es, etc.). S’il y a un conflit social quelque part, les anarchistes viennent soutenir les manifestant.es, mais ils/elles arrivent très rarement à être proactif.ves et à proposer leur agenda aux gens.
2. La rupture des traditions et l’absence de continuité entre les néophytes du mouvement et les vétéran.es plus expérimenté.es. Chaque nouvelle génération répète les erreurs du passé.
3. Bien qu’un système politique plus rigide engendre une résistance plus radicale, l’insurrection dans la BUR a, jusqu’à présent, été sociale (soutien aux mouvements de protestation plutôt que des actes individuels de terrorisme néo-nihiliste) et de nature relativement « humanitaire ». Il n’y a eu aucune atteinte, de la part d’anarchistes, à la vie de politiciens, d’oligarques, de radicaux de droite ou de membres des forces de sécurité. La vie est une valeur énorme pour nous. Cela ne signifie pas que ça va continuer comme ça – les choses peuvent changer radicalement, dans des situations critiques.
4. La région BUR n’a pas une tradition de mouvement syndical fort, comme en Occident ou même dans la Pologne voisine.
5. Le seuil de la contre-culture (sous-cultures, lifestyle anarchism, etc.) a été franchi relativement récemment (à la fin des années 2000), pas complètement et pas par tout le monde.
6. Toujours à la traîne de l’anarchisme occidental. Le fait d’emprunter des idées à la mode et « modernes », l’absence de bases théoriques, un accès restreint aux travaux des théoriciens occidentaux.
7. Des conflits internes (personnels et idéologiques), au sein du mouvement, dans chaque pays.

Les liens et les contacts entre les anarchistes de la BUR étaient insuffisants pour présenter un front uni contre l’impérialisme russe et l’agression militaire contre l’Ukraine. Une partie des anarchistes russes n’a pas compris les agendas biélorusse et ukrainien, en étant soit droguée par des idées impérialistes (l’OTAN est mauvaise, l’Ukraine veut rejoindre l’OTAN, par conséquent elle est mauvaise aussi) et rouges (l’Occident est mauvais, les républiques populaires de Lougansk et de Donetsk contre les oligarques ukrainiens et pour les travailleur.euses, l’antifascisme russe contre les partisans de Stepan Bandera [fasciste ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie ; NdAtt.], etc.) soit par des « idées révolutionnaires pures » (Russie=Ukraine, dans les deux pays le capitalisme et les oligarques oppriment le prolétariat, donc nous ne soutenons personne). Le résultat est une scission dans le mouvement et sa marginalisation. Il faut souligner que la « révolution de la dignité » [plus connue en France comme révolution de Maïdan ; NdAtt.] en Ukraine a déjà marqué une scission dans le mouvement et exposé les contradictions liées à la vision et à la compréhension de la théorie, de la pratique et des tactiques de l’anarchisme. La guerre à grande échelle a continué cette tendance.

Si nous parlons des quinze dernières années, nous devons noter quelques points. Il y avait des contacts assez étroits parmi les personnes proches de l’anarchisme insurrectionnel dans la BUR. Un coup dur a été porté au mouvement avec l’affaire « Réseau »** et après les événements au Bélarus en 2020. Pour des raisons évidentes, nous ne pouvons pas donner plus de détails.

Bélarus. Dans la Fédération de Russie, il y avait des projets anarchistes conjoints menés par des compas, auxquels des personnes du Bélarus participaient, par exemple la coopérative éditoriale Radical Theory and Practice. Il y avait de nombreux liens et contacts personnels. Par exemple, les partisans anarchistes biélorusses Igor Olinevich et Dzmitry Dubouski, qui sont en train de purger des peines de vingt ans au Bélarus, se sont cachés en Russie en 2010, pour échapper aux persécutions des autorités biélorusses. Revolutionary Action (appelé jusqu’en avril 2010 Autonomous Action – Belarus) avait ses structures autonomes en Ukraine. Des camps d’entraînement organisés par le RKAS*** ont attiré des anarchistes de toute la région BUR. Des anarchistes de toute la BUR ont participé à l’Euromaïdan. Des anarchistes russes ont participé aux manifestations contre le décret sur les « parasites sociaux » [les personnes travaillant moins de six mois par an, soumises à une taxe spéciale ; NdAtt.], en 2017, et à l’insurrection biélorusse de 2020. Une curiosité : on peut noter qu’en Ukraine, il existait un parti politique (!) appelé Union des anarchistes d’Ukraine. Mais soulignons que cette organisation très particulière s’est toujours tenue à l’écart du mouvement anarchiste ukrainien. Des amitiés et des agendas politiques similaires influençaient des actions de solidarité régulières dans chacun de ces pays. Il vaut aussi la peine de mentionner les liens étroits entre les antifascistes et les sous-cultures proches de l’anarchisme. Tout cela est dit rapidement.

 

À mon avis, les deux épisodes spéciaux qui pourraient marquer cette génération de compas anarchistes sont le soulèvement biélorusse de 2020-2021 et, bien sûr, la résistance contre l’invasion de l’Ukraine par Poutine. Êtes-vous d’accord ? Comment décririez-vous l’implication anarchiste dans le soulèvement biélorusse de 2020-2021 ?

Déjà, il nous semble que le premier événement marquant a été l’Euromaïdan (sans compter les révoltes en Grèce en 2008 ou les actions à Khimki en 2010). C’est à cette occasion que les anarchistes de la région BUR ont eu la possibilité de participer directement à la révolution. Et les libertaires ont fait cette tentative. Même s’il n’a pas été possible de créer une centurie noire anarchiste militante, à Kiev, le fait que les anarchistes aient participé à la révolution aux côtés de la société ukrainienne reste un fait. Cela a été une expérience grandiose, qui a non seulement influencé le développement de l’insurrection dans la BUR, mais a aussi soulevé de sérieuses questions théoriques et tactiques pour le mouvement.

En ce qui concerne le soulèvement au Bélarus en 2020, celui-ci a certainement été un événement important, avant tout pour le mouvement anarchiste biélorusse. Une sorte de répétition en a été la participation remarquable des anarchistes biélorusses aux manifestations de masse des « non-parasites », en 2017. Il s’agissait de manifestations contre l’introduction de taxes pour les chômeur.euses (la loi dite « contre les parasites sociaux »). Surtout à Brest et à Minsk.

À la veille des élections, les anarchistes n’avaient aucune illusion sur le fait que Loukachenko ne renoncerait jamais au pouvoir et réprimerait durement les manifestations. Par conséquent, ils/elles n’ont pas non plus fait confiance à l’opposition politique, avec son programme de changement pacifique du pouvoir et de manifestations non violentes. Si tout avait été si simple, il n’y aurait pas eu besoin d’un soulèvement, que les gens ont décidé de faire par eux/elles-mêmes, sans aucune influence de la part des anarchistes. Des barricades ont été dressées et des affrontements violents avec la police anti-émeute ont été menés spontanément dans plusieurs villes. Et c’est bien. Même s’il faut noter que c’est grâce aux suggestions des anarchistes que les gens ont commencé à pratiquer activement la technique de former des chaînes en manifestation. Notons aussi que les anarchistes ont écrit à propos de la décentralisation et de la diffusion des manifestations dans la période précédant les élections, en critiquant le concept de « Ploshchy » (un rassemblement massif de manifestant.es dans le centre de Minsk, dirigé par les dirigeants de l’opposition).

Cela va sans dire que les libertaires ont participé ouvertement aux manifestations et aux défilés ; il serait insensé de rester à l’écart quand la société descend dans la rue et affirme sa subjectivité. Les anarchistes ont essayé de rejoindre le mouvement étudiant, un petit nombre d’anarcha-féministes ont exprimé un agenda libertaire et les anarchistes ont été particulièrement visibles dans leur participation au « mouvement des cours d’immeuble » [voir ici ; NdAtt.]. Cette initiative venant d’en bas, sous le slogan « Tout le pouvoir aux cours d’immeubles ! », était un exemple d’auto-organisation unique de la société biélorusse, basée sur la démocratie directe. Il y a eu des tentatives d’imprimer des tracts adressés aux travailleur.euses, pour organiser des initiatives. En un mot, les anarchistes sont devenu.es une force notable lors des protestations, mais n’ont pas pu influencer le cours des événements. Leur petit nombre en était la raison, ainsi que le déclin progressif de l’enthousiasme protestataire dans la société et la répression croissante.

Insurrection. Avant 2020, des actions directes avaient déjà eu lieu au Bélarus ; des cocktails Molotov avaient été lancés contre l’ambassade de Russie, des banques, des casinos et des institutions étatiques, comme une maison d’arrêt ou un bureau des impôts. Mais l’épisode le plus frappant a été l’incursion des partisans anarchistes (Dzmitry Dubovski, Dzmitry Rezanovich, Igor Olinevich et Sergey Romanov), qui, après avoir vécu pendant environ un mois dans les forêts de Polésie, ont mené plusieurs attaques contre des bâtiments et des voitures appartenant aux forces de sécurité [voir ici ; NdAtt.].

Nous voudrions mettre en avant les activités anti-répression (comme Black Book, Punishers of Belarus, la chaîne Telegram Karatelibelarusi), une répression qui, après 2020, est devenue monnaie courante pour le segment démocratique biélorusse. Déjà en 2017, le groupe Revolutionary Action a créé le site web Luka’s Gang, où ils/elles collectaient des informations et des données personnelles sur les membres des forces de l’ordre, les juges et les propagandistes d’État. Cette pratique a été développée dans son blog par le journaliste Nikolai Dedok. D’ailleurs, sur la vague des protestations, le nombre de ses abonné.es a augmenté à environ 15 000, ce qui est un nombre assez significatif pour le Bélarus. Nikolai est un anarchiste biélorusse bien connu, un ancien prisonnier politique (de 2010 à 2015) et auteur de mémoires de prison. En particulier, il a durement critiqué le système oppressif et les forces de l’ordre, la vidéosurveillance… Ironiquement, c’est à cause des caméras et de la reconnaissance faciale qu’il a été attrapé. Nikolai a commis un erreur dans sa clandestinité, en rencontrant une connaissance. Il a été brutalement arrêté et torturé. Maintenant, il est en prison à Hrodna.

L’assistance aux prisonnier.es politiques. Avant tout, l’Anarchist Black Cross, qui est en activité depuis plus de dix ans. Suite aux arrestations de compas, commencées en 2020 et jusqu’à aujourd’hui, ils/elles ont beaucoup de travail à faire. Avec la vague de protestations et de répression, l’organisation anonyme, créée à l’époque de l’Union soviétique, a étendu ses activités. L’initiative Dissident.by, créée en 2019 par des anarchistes, et qui, contrairement à l’ABC, s’occupe de tou.tes les prisonnier.es politiques, a étendu ses activités.
On peut penser ce qu’on veut des organisations légales de défense des droits humains, mais certaines d’entre elles, en particulier dans le régime autoritaire du Bélarus, font un travail remarquable et nécessaire. Leur expérience et leur aide sont inestimables. Certains anarchistes, maintenant en prison (Marfa Rabkova, Andrei Chepyuk), ont collaboré avec le principal centre biélorusse de défense des droits humains, Viasna. Le leader de Viasna, Alès Bialiatski, lauréat du prix Nobel de la paix, est emprisonné lui aussi.

Les anarchistes n’avaient aucun lien avec les travailleur.euses, dont la plupart manquaient de conscience révolutionnaire ou, du moins, politique et avaient un état d’esprit passif.

Pour la première fois dans l’histoire moderne du Bélarus, les anarchistes ont présenté deux programmes politiques pour la période de la révolution (l’un du groupe Pramen et l’autre d’Ihar Olinevich et de ses compagnons). Bien sûr, ce n’étaient que des propositions pour le moment du soulèvement, qui auraient dû être finalisées dans les détails, mais, quand même, nous pensons que cela a été une étape importante pour le mouvement.

À cause de l’absence de ressources humaines et matérielles suffisantes, les anarchistes n’ont pas réussi à créer un mouvement révolutionnaire de masse dans le pays.

 

Pourriez-vous nous donner un aperçu détaillé de la présence anarchiste actuelle, dans les trois pays ? Après la dure répression qui a suivi le soulèvement de 2020-2021, le mouvement anarchiste biélorusse est-il toujours vivant à l’intérieur du pays ? Il y a quelques semaines [le 26 janvier 2025 ; NdAtt.], Loukachenko a été réélu une fois de plus… apparemment sans protestations. La résistance, à l’intérieur du Bélarus, est-elle encore possible ? En Russie : l’opposition à cette guerre et à la dictature de Poutine mène beaucoup de gens en prison. Mais on peut aussi lire d’actes de résistance. Pourriez-vous en parler ?

Avant d’attaquer l’Ukraine, le régime de Poutine a essayé de s’occuper de l’opposition et des anarchistes à l’intérieur du pays. À cette époque-là, beaucoup d’anarchistes avaient pris le chemin de l’illégalité et se préparaient à une confrontation armée. La dite « affaire Réseau » et, plus tard, l’affaire de Tioumen**** ont été des coups durs pour le mouvement anarchiste. Dans les deux cas, plusieurs compas ont été arrêté.es, torturé.es et ils/elles ont fait des aveux sous la torture. Il y a beaucoup d’aspects sombres dans l’affaire « Réseau » et de nombreuses questions sont encore sans réponse, mais une des rares bonnes nouvelles à propos du mouvement est que l’un des accusés dans cette affaire, Viktor Filinkov, a été libéré récemment. Il a été immédiatement déporté au Kazakhstan (parce qu’il n’a pas la nationalité russe).

Un moment tragique pour le mouvement a été la mort du jeune Mikhail Zhlobitsky, qui a tenté de faire sauter l’entrée du FSB, à Arkhangelsk, en 2018.

On peut dire qu’il n’y a pas de mouvement anarchiste fort, ni même organisé, dans la Fédération de Russie. Il y a des individus et des collectifs anarchistes, mais leur travail est principalement légal ou semi-légal. Par exemple, on publie des livres, il y a des médias d’informations, il y a du soutien pour les compas emprisonné.es, quelques fois des soirées de solidarité et des concerts sont organisés. Certain.es des anarchistes qui sont resté.es dans le pays sont impliqué.es dans des activités environnementalistes. Mais beaucoup ont dû quitter le pays. Certain.es sont en prison.

Le mathématicien anarchiste Azat Miftakhov est en prison depuis de nombreuses années. Cependant, une jeune génération d’antifascistes est en train de grandir, mais ils/elles tombent régulièrement sous le coups de la répression. Au début de la guerre à grande échelle, il y a eu des actions radicales de sabotage des chemins de fer, menées par le groupe BOAK (Organisation de combat des anarcho-communistes), mais maintenant, apparemment, ils/elles manquent elles/eux aussi de ressources humaines. La répression ne s’arrête pas, de nouvelles affaires pénales sont ouvertes. L’une des affaires les plus retentissantes est celle de Ruslan Sidiki, un partisan anarchiste qui risque la prison à vie pour un sabotage de chemin de fer [fin mai, il a été condamné à dix-neuf ans de prison ; NdAtt.].

Le mouvement biélorusse est brisé et paralysé. Environ trente compas sont en prison – tou.tes reconnu.es comme des prisonnier.es politiques. Non seulement ils/elles ont été arrêté.es brutalement (par exemple, Aliaksandr Frantskevich et Akihiro Gajewski-Hanada ont été arrêtés par environ vingt policiers) et torturé.es, mais il y a aussi eu des procès-spectacles, complétés par des reportages de propagande dans la presse et à la télévision. Il y a une pression constante sur les parents et les ami.es des prisonnier.es politiques. Le procès contre la mère d’Aliaksandr Frantskevich a commencé récemment. Malheureusement, ces dernières années, au Bélarus, plusieurs personnes qui étaient liées à des degrés différents au mouvement sont décédées. L’immense majorité des anarchistes biélorusses est en exil forcé, où elles/ils continuent à être actif.ves. Principalement en Pologne et dans d’autres pays de l’UE. Bien sûr, il y a encore dans le pays des personnes qui sympathisent avec le mouvement. Des personnes qui n’ont jamais été arrêtées et qui sont inconnues des forces de l’ordre. Nous pensons qu’ils/elles sont prêt.es à passer à l’action, non pas immédiatement, mais pendant un possible renouveau.

Que la mort d’un dictateur ou quelque chose d’autre puisse être le déclencheur de tels bouleversements, il est difficile pour nous de faire des spéculations. Pour l’instant, elles/ils essaient de rester dans l’ombre. Ce qu’ils/elles peuvent faire aujourd’hui, c’est aider les prisonnier.es politiques, matériellement et en faisant circuler des informations, se développer physiquement et spirituellement, en se préparant progressivement à la prochaine étape de la lutte, qui arrivera sans doute. Il y a aussi un peu d’espoir sur la nouvelle génération, plus jeune. Par exemple, le dernier épisode d’activisme anarchiste a été l’affaire des jeunes (16 à 19 ans) anarchistes, inconnu.es auparavant, du groupe Rossignols Noirs [voir ici ; NdAtt.]. Ils/elles ont été arrêté.es en mars 2024 et accusé.es de « collaboration avec les services secrets ukrainiens », de « préparation d’actes terroristes » et de « fabrication d’explosifs ». À en juger par le film de propagande [réalisé par la télévision d’État ; NdAtt.], au moins deux membres du groupe semblent être des anarchistes convaincu.es. Depuis deux ou trois ans, il y a aussi eu des actes de sabotage radicaux, au Bélarus (l’anarchiste Nikita Emelyanov est encore en train de purger une longue peine suite à l’incendie de la Maison d’arrêt n°1, à Minsk), mais en ce moment toute résistance est très dangereuse et porte à de longues peines d’emprisonnement, car la répression et les procès ne s’arrêtent jamais et pour mener une action on doit s’y préparer longuement et en secret. Les trois années de guerre à grande échelle ont été marquées par de nombreuses actions de guérilla contre la guerre, effectuées par des personnes qui ne sont pas anarchistes. La plupart d’entre eux/elles ont été arrêté.es et condamné.es à de très longues peines. En ce qui concerne les manifestations de masse, c’est une perspective future.

 

Et à propos de l’Ukraine ? Le débat international sur ce que les compas ukrainien.nes devraient faire – si elles/ils doivent défendre le pays contre l’invasion ou pas – secoue les gauchistes occidentaux.ales (et les anarchistes aussi)… Qu’en est-il des opinions des compas d’Ukraine (et de Russie, et du Bélarus) ? Bon, blagues à part, je (V.) suis complètement d’accord avec les compas qui ont choisi de résister à l’invasion, que ce soit en combattant dans l’armée de l’État ou avec des activités civiles de volontariat. Pourriez-vous en parler ? Et à propos du « mouvement contre la guerre » en Ukraine ? On parle beaucoup, parmi les gauchistes occidentaux.ales, de la désertion de l’armée ukrainienne. Que pouvez-vous dire à ce propos ? Les « Z-anarchistes » occidentaux.les parlent aussi beaucoup de deux groupes anarcho-syndicalistes, Assembly de Kharkiv et le KRAS de Vadim Damier, quelque part en Russie. Bien entendu, parce que ces deux groupes prônent une position « classique » du type « pas de guerre mais guerre de classe » – que pensez-vous d’eux/elles ?

Vadim Damier est un historien universitaire, auteur d’excellents livres sur l’histoire de l’anarchisme ; le KRAS est un groupe de plusieurs intellectuel.les réuni.es autour de lui, comme Dmitry Rublev, lui aussi bon historien de l’anarchisme, mais ils/elles n’ont aucun lien avec les syndicats, le mouvement des travailleur.euses ou tout autre mouvement, elles/ils vivent mentalement dans une époque révolue. Notez qu’ils/elles ont un vaste réseau de liens avec des syndicats et des activistes en Europe, qu’elles/ils parlent des langues étrangères et sont habiles à diffuser leur agenda parmi des groupes sympathisants au sein de l’UE. Anatoliy Dubovik, un vétéran du mouvement anarchiste en Ukraine et historien anarchiste, a appelé cette position « anarcho-poutinisme ». Peut-être qu’il y a quelque chose que nous ne savons pas, mais il est peu probable que les membres du KRAS se tiennent jour après jour devant les casernes des soldats russes à faire de l’agitation en distribuant des tracts. Nous ne pensons pas non plus que les membres du KRAS aillent quotidiennement à l’entrée des usines pour échanger avec le prolétariat dont ils/elles font les louanges dans leurs déclarations. Ce n’est qu’un jeu de bureau et de l’imposture sur Internet. Nous serions très heureux.ses d’avoir tort et de découvrir qu’ils/elles aident clandestinement des dizaines ou des centaines de soldats russes à déserter. Mais nous n’avons jamais entendu parler de quelque chose de ce genre. Pendant qu’ils/elles se trouvent à l’intérieur de la Fédération de Russie, avec leurs emplois légaux de fonctionnaires de l’État, en écrivant des textes scientifiques et en luttant pour la « pureté du vrai anarchisme », la guerre continue. Non seulement ils/elles nous traitent d’« anarchistes des tranchées », d’« anciens [anarchistes] », de « traîtres », d’« anarcho-militaristes », etc., mais, malheureusement, elles/ils font aussi du chantage à celles/ceux qui sont en faveur de la résistance armée contre l’agression de Poutine et de l’assistance à nos compas ukrainien.nes. Pour être justes, on peut noter que, de l’autre côté, il y a aussi des cas fréquents de comportement indigne et d’agression envers les adversaires.

Et il n’est pas surprenant que parfois les émotions des compas ukrainien.nes prennent le dessus – ils/elles sont pris.es dans des tirs croisés : l’agression militaire de part de la Fédération de Russie et la mobilisation forcée imposée par les autorités ukrainiennes sont complétées par l’étroitesse d’esprit et l’incompréhension des compas du mouvement.

En tant qu’anarchistes, nous ne pouvons pas accepter que l’État décide pour toi, te privant de ta liberté et de ta vie. Par conséquent, nous soutenons pleinement le droit des gens à déserter. D’un autre côté, il est souhaitable que la désertion se développe parmi l’armée russe. Nous savons que, depuis février 2022, le nombre de déserteurs en Ukraine augmente de manière constante, que plus de 100 000 affaires pénales pour désertion ont été ouvertes et que plus d’un demi-million d’Ukrainiens sont sur la liste des personnes recherchées par la police pour avoir échappé à la mobilisation. Mais si cette tendance continue seulement en Ukraine, l’occupation totale du pays ne sera qu’une question de temps.

Aucun.e théoricien.ne n’a le droit d’imposer une quelconque pureté idéologique mythique aux anarchistes. Un.e anarchiste a tous les droits à l’auto-défense et à la résistance. Par conséquent, nous soutenons pleinement, en paroles et en actes, les anarchistes qui ont décidé de rejoindre les Forces armées de l’Ukraine. Nous considérons inacceptable de se tenir à l’écart, sous prétexte d’« antimilitarisme ». Pour peser en tant que force socio-politique, les anarchistes doivent être avec le peuple.

Assembly, de Kharkhiv, est un groupe actif dans la réalité, même si à notre connaissance il n’est constitué que de quelques personnes ; elles participent au mouvement de volontariat, aident les civils en Ukraine, participent aux conflits sociaux. Contrairement au KRAS, elles ont un plus grand droit de parler de la guerre. Nous ne partageons pas leur point de vue sur la guerre, mais nous les traitons avec respect.

 

Beaucoup de compas de la région BUR vivent à l’étranger. Comment c’est, de vivre en exil ? Comment sont les liens avec les anarchistes locaux.ales ? […]

Les anarchistes de la région BUR sont éparpillé.es dans le monde entier. La plupart des anarchistes de la BUR vivent en Pologne et en Allemagne. À notre connaissance, c’est en Pologne que les anarchistes biélorusses coopèrent le plus étroitement avec le mouvement local. Comme tou.tes les émigrant.es, elles/ils ont des problèmes de papiers, pour apprendre la langue locale et pour trouver un travail. Et certain.es compas ont des troubles de stress post-traumatique. […]

 

Comment voyez-vous l’avenir? Pensez-vous que la nouvelle administration états-unienne, dirigée par Trump, pourrait mener à une paix viable ? Des partis d’extrême droite, pro-Poutine (comme le FpÖ en Autriche, l’AfD en Allemagne, la Lega en Italie et le RN ici en France, pour ne pas parler du régime d’Orban en Hongrie et de celui de Fico en Slovaquie) gagnent de plus en plus de pouvoir dans les pays de l’UE. Alors, quelle sorte de cessez-le-feu pourrait être possible ? Une vraie paix ou une situation comme auparavant, ce genre de « guerre tiède » qui rampe dans le Donbass depuis 2014, mais dans une plus grande partie de l’Ukraine ?

Nous aimerions vraiment que cette guerre se termine rapidement. Il est tout à fait possible que Trump arrive à obtenir un accord de paix ou qu’un cessez-le-feu soit signé et nous croyons à cette dernière option plus qu’à la première. Une vraie paix nécessite une révolution, en Russie et au Bélarus, qui détruise l’empire. Une révolution, non pas dans les termes d’un coup d’État armé et d’un changement de pouvoir, mais un processus de masse de changement profond du système des valeurs humaines et des relations socio-économiques. Un cessez-le-feu temporaire et une trêve imposée n’arrêteront pas la Russie dans ses plans de reprendre au moins les territoires qu’elle a possédé pendant 300 ans et au mieux d’en saisir de nouveaux. Quant aux États-Unis, Trump est l’archétype du capitaliste et de l’homme d’affaires ; le genre d’oligarque occidental qui fera tout pour l’Amérique (en tant que machine d’État et empire, non en tant que peuple). Il est dans son intérêt de soumettre l’Ukraine économiquement, autant que possible (tout comme les pays de l’UE, de l’Amérique latine ou du Moyen-Orient), il est dans l’intérêt de la Russie de faire des Ukrainien.nes des esclaves, non seulement économiquement, mais aussi spirituellement et mentalement. C’est là l’une des différences entre les deux empires, dans cette guerre. Nous aimerions voir la victoire de l’Ukraine et la défaite finale du Kremlin, mais en regardant les faits de manière réaliste, nous craignons que les prévisions pour les prochaines années ne soient pas très réjouissantes. Même si les Ukrainien.nes le souhaitent, nous doutons que le retour des territoires occupés après 2022, de Lougansk et de Donetsk et encore plus de la Crimée, soit réalisable dans les prochaines années. Pour le dire gentiment, l’Occident a eu un temps de retard dans la compréhension de ce que préparait le Kremlin et dans la fourniture d’aide militaire, qui aurait dû être livrée tout de suite. Maintenant, après trois ans, alors que la situation est dans une impasse, il est peu probable que quelque chose change. Bon, peut-être que Poutine va crever en s’étouffant avec un sandwich au caviar, et ensuite… :)))

 

Que pourraient faire les anarchistes d’Europe occidentale pour aider les anarchistes de la région BUR ? Auriez-vous quelque chose à leur dire ?

Les anarchistes en Europe occidentale traversent une période difficile, les gouvernements utilisent la guerre pour attaquer les droits et les libertés et tout manque de loyauté est présenté comme une activité dans l’intérêt de la Russie. Les opportunités d’activités illégales sont réduites et les mesures de sécurité sont renforcées. Dans ces conditions, il est très difficile pour les anarchistes qui sont obligé.es de fuir la Russie et le Bélarus d’obtenir un statut légal, on leur refuse souvent l’asile. Malheureusement, dans la plupart des cas nous ne pouvons pas nous passer des contacts avec l’État et l’administration, notamment pour les régularisations, c’est un processus long et compliqué, le soutien des compas est très important. Aidez vos compas non seulement à s’installer dans un nouvel endroit, mais à trouver leur place dans les luttes que vous menez. Ce serait génial que les compas occidentaux.les ne regardent pas la propagande du Kremlin, comme RT, mais saisissent et attaquent les yachts, les manoirs et les bureaux appartenant à des oligarques russes, en Europe. Nous savons que de tels cas se sont produits, mais ce n’est pas encore suffisant.

De plus, il y a besoin d’aide pour les anarchistes ukrainien.nes au front, ainsi que pour les volontaires à l’arrière ; ils/elles écrivent à propos de leur travail de combat et de l’aide qui est nécessaire sur plusieurs chaînes Telegram, comme Solidarity Collectives (@SolidarityCollectives) et GNIP (t.me/gnimperialpride). Malheureusement, nous devons encore expliquer à beaucoup de compas occidentaux.les, qui ne connaissent pas le contexte politique ou historique de la région BUR, à quel point l’héritage impérial de la Russie est fort ici. Il y a toujours la possibilité de le découvrir, de demander aux compas originaires de la BUR pourquoi elles/ils font cela et comment ils/elles le font. C’est seulement dans le dialogue et le respect mutuel que la compréhension fraternelle peut être atteinte. À cet égard, il est important de traiter la notion d’« impérialisme » de manière plus approfondie et plus polyvalente, sans se fixer sur le scintillement occidental. Nous avons aussi besoin d’un soutien matériel constant pour les anarchistes biélorusses en prison et leurs familles. Vous pouvez aider en faisant un don à l’ABC biélorusse.

 

 

Notes d’Attaque :
* Viktor Ianoukovytch, président de l’Ukraine de 2010 à 2014, quand il s’est enfuit en Russie suite à la révolution de Maïdan.
** Entre l’automne 2017 et le début de l’année 2018, une douzaine de personnes ont été arrêtées à Penza et Saint-Petersbourg) , tandis que d’autres ont réussi s’enfuir. Les flics les accusaient d’avoir constitué une organisation terroriste. Tous les interpellés ont été durement torturés, pour leur faire signer des aveux (seulement deux ont tenu bon et refusé de coopérer). Des journalistes et activistes des droits de l’homme qui documentaient ou dénonçaient ces abus ont également été pris pour cible. Les personnes arrêtées à Penza ont été condamnées à des peines allant de six à dix-huit ans de prison, celles de Saint-Petersbourg à des peines légèrement plus courtes. Des compas russes ont par la suite dénoncé le fait que la plupart des inculpés de Penza étaient impliqués dans un important trafic de drogue, ce qui a fait que l’un d’entre eux a assassiné deux personnes qui voulaient s’en éloigner.
*** La Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes [Революційна Конфедерація Анархістів-Синдикалістів, RKAS] fondée à Donetsk en 1994 et par la suite active dans toute l’Ukraine. Elle s’est auto-dissoute en 2014, suite à la prise du pouvoir, dans le Donbass, par les séparatistes pro-russes. On pourra trouver ici (en italien) un entretien avec deux anciens membres, qui parlent de cette organisation (et de leur actuel engagement dans la résistance ukrainienne).
**** En août 2022, la police a interpellé deux anarchistes, dans la ville sibérienne de Tioumen. Lors des perquisitions, les flics auraient trouvé des explosifs. Quatre autre compagnons ont été interpellés et, sous la torture, certains des six ont fait des aveux (comme leur volonté d’effectuer des sabotages de lignes ferroviaires et des attaques contre des bureaux de recrutement de l’armée et des postes de police), qu’ils ont retirés par la suite. Un seul a maintenu ses déclarations, en passant un marché avec les flics. Les cinq autres, accusés de « création et participation à une organisation terrorisme », de « préparation d’un acte de terrorisme », de « fabrication et de possession d’explosif », se trouvent actuellement en prison, dans l’attente de leur procès.

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Russie, Bélarus et Ukraine : BOAK – Quelques résultats de l’année 2024 https://attaque.noblogs.org/post/2025/02/21/russie-belarus-et-ukraine-boak-quelques-resultats-de-lannee-2024/ Fri, 21 Feb 2025 18:13:39 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58458 Continuer la lecture ]]> BOAK / lundi 30 décembre 2024

L’année 2024, dure et sanglante, est arrivée à sa fin. Il est temps de la résumer. Pendant cette dernière année, comme durant la quasi-totalité de la guerre à grande échelle en Ukraine, nous avons travaillé dans deux directions : la formation d’une lutte de guérilla anarchiste organisée, en Russie et au Bélarus, et des tentatives de combattre les occupants russes en Ukraine par des formes plus organisées.

Par rapport au premier point, nous pouvons dire que le régime de Loukachenko, dans le film de propagande « Des enfants dans le viseur : recrutés par l’ennemi », a accusé un groupe de jeunes anarchistes et révolutionnaires arrêté.es, les « Rossignols noirs »*, d’avoir reçu de l’argent de notre part. Nous ne commenterons pas ces accusations.

Nous avons déjà écrit à propos de notre attitude vis-à-vis des « Rossignols noirs » et de l’héroïque révolutionnaire Maryia Misiuk, dévouée à notre cause commune. Disons-le encore : nous sommes fier.es de la force morale de Maryia, nous lui souhaitons, à elle et à tou.tes les autres compas, de rester fort.es. Nous considérons qu’il est nécessaire de leur apporter du soutien, par l’intermédiaire de l’Anarchist Black Cross Belarus, d’exprimer notre solidarité par d’autres moyens et de lutter pour leur liberté.

La lutte de guérilla anarchiste au Bélarus et en Russie, bien qu’en ce moment elle n’ait pas l’ampleur voulue, ne s’est pas éteinte. Nous invitons tou.tes les compas qui sont prêt.es à l’action à nous contacter. Dans le souci de votre sécurité, dans un dialogue entre égaux.les, à travers une formation aux méthodes nécessaires à la conspiration, si vous n’y êtes pas familier.es, nous trouverons des moyens et des méthodes pour être actif.ves. Les dictatures de Poutine et de Loukachenko ne sont pas éternelles, leur effondrement pourrait être beaucoup plus rapide qu’il ne semblerait au premier abord, comme la chute soudaine du régime d’Assad, en Syrie, l’a montré. L’avenir n’est pas prédéterminé, les révolutionnaires le façonnent elles/eux-mêmes, par leurs actions. Alors rejoignez la lutte ! N’oubliez pas le Revolutionary Anarchist Fund, créé pour aider les guérillas.

Nous remarquons aussi une tendance négative à discréditer la résistance partisane par l’utilisation de fraudes téléphoniques dans le but de tromper des personnes âgées et de les inciter à commettre des actes « illégaux ». Ces dernières semaines, en Russie, nous avons pu observer une vague de tels incendies et d’autres actions radicales du même type. Il est très probable qu’ils aient été orchestrés par les services secrets ukrainiens. D’un point de vue anti-régime, il n’est pas du tout clair quels sont les objectifs que ces actions veulent atteindre. Les actions de personnes trompées et désespérées ne mèneront à aucune déstabilisation critique. Mais, de toute évidence, elles effacent aux yeux du grand public la ligne entre les partisan.es idéologiquement motivé.es et des victimes d’escrocs. En conséquence, l’idée d’une résistance militante perd de sa crédibilité aux yeux de la société. Comme nous l’avons mentionné par le passé, l’utilisation de fraudes téléphoniques a été fièrement reconnue par le projet Rospartizan, pour entraîner des personnes âgées dans la « lutte partisane ». Par conséquent, nous pensons que les compas avec des convictions anarchistes, de gauche, social-démocrates, ne devraient pas coopérer avec eux/elles. Nous recommandons aussi d’éviter d’interagir avec toute sorte de « curateur » et de ne pas mener des actes de lutte en contrepartie de paiements monétaires. La coordination de la lutte de guérilla révolutionnaire devrait être mise en place par l’interaction avec d’autres révolutionnaires et non pas par des contacts avec des projets louches et des individus dont les objectifs peuvent être très loin de ceux des révolutionnaires. Vous pouvez nous contacter par mail : bo-ak [at] riseup.net

Un autre domaine de notre travail a été celui des tentatives d’organisation en Ukraine, pour augmenter la reconnaissance des anarchistes dans la Résistance ukrainienne. La ligne révolutionnaire dans ce domaine de travail a été formulée par notre compagnon tombé en martyr**, l’un des fondateurs de l’Organisation de combat des anarcho-communistes (BOAK), Dmitry Petrov, dans son article « Être une force indépendante » :

« Des anarchistes, qui se sont reconnu.es comme créateur.trices de la politique révolutionnaire ici et maintenant, peuvent se permettre le luxe d’interagir avec des forces idéologiquement étrangères (par exemple, différentes fractions de l’opposition russe et biélorusse) et des institutions étatiques (par exemple, les Forces armées de l’Ukraine). Puisque, au lieu de « brader ses principes » et de s’assimiler à des figures et des structures hostiles, l’opportunité et les formes d’une telle coopération seront maintenant déterminées par un sain pragmatisme politique – conformément aux intérêts du mouvement révolutionnaire libertaire. Ce qui aide à développer nos structures, à augmenter notre reconnaissance, notre expérience et nos compétences, à augmenter le nombre de contacts, cela sert à la concrétisation finale de nos idées ».

Au tout début de l’invasion à grande échelle, le Peloton anti-autoritaire a été créé, avec la participation active de Dmitry Petrov, au sein des Forces de défense territoriale de la région de Kyïv***. Dans l’été 2022, cette unité a cessé d’exister. Mais les tentatives d’organiser les anarchistes en une seule unité collective ne se sont pas arrêtées. Les longs efforts de Dmitry Petrov dans ce domaine ont donné un résultat. Au printemps 2023, lui et un groupe de compagnons ont reçu le feu vert du commandement militaire ukrainien pour créer une telle structure, à la condition qu’ils exécutent avec succès les missions de combat assignées. Le 19 avril 2023, Dmitry Petrov et deux autres camarades internationalistes, Finbar Cafferkey et Cooper Andrews, sont tombés martyrs lors des combats près de Bakhmout. Aujourd’hui, à notre connaissance, il n’y a pas d’unités anarchistes en Ukraine.

Au cours de l’année 2024, le travail des compas lié.es à la BOAK a été concentré, entre autres, autour du « bataillon Sibir » [ou « bataillon sibérien » ; NdAtt.], une unité des Forces armées de l’Ukraine composée principalement de citoyen.nes russes opposant.es de Poutines. En janvier de l’année dernière, un entretien de notre compagnon Alexeï Makarov, qui a combattu dans cette unité, a largement circulé. À l’heure actuelle le compagnon suit une rééducation après une blessure****. En février de l’année dernière, un autre de nos compas est arrivé en Ukraine par le biais du « bataillon Sibir » – un partisan dévoué de la BOAK, Vladislav Iurchenko (« Pirate »). Malgré l’occasion offerte de transmettre leurs idées à travers les médias (même les grands médias d’opposition russes et les médias grand public ukrainiens), jusqu’ à atteindre un public relativement large, au sein de cette unité les compas n’avaient aucune sorte d’autonomie. Le 9 août 2024, Vladislav Iurchenko est tombé en martyr lorsque des groupes de sabotage ukrainiens ont tenté d’atterrir sur la Flèche de Kinbourn. « Pirate » n’a pas été le seul à être été tué. Le « bataillon Sibir » a subi de très lourdes pertes dans cette bataille. Vladislav est tombé en martyr un peu plus d’un mois avant ses 23 ans, au tout début de son parcours révolutionnaire. Le compagnon vivra toujours dans notre mémoire et dans notre lutte. Les martyrs sont immortel.les ! Şehid namirin!

Il vaut la peine de noter que les médias à la solde du régime russe, en commentant la mort de Vladislav Iourchenko, l’ont « enregistré » auprès du « Corps des volontaires russes » (RDK). Il s’agit d’un mensonge et ce mensonge est très facile à démasquer. Les dirigeants du RDK soignent avec une très grande attention leurs propres ressources médias, mais ils n’ont jamais mentionné la participation du « Corps » au raid aéroporté sur la flèche de Kinburn. Le « bataillon Sibir » et le RDK sont subordonnés à la Direction générale du renseignement (GUR) et le service de presse de la GUR a énuméré le « bataillon Sibir » parmi les unités impliquées dans ce raid, mais n’a rien dit sur le RDK. Pourquoi la propagande russe a-t-elle menti d’une manière si primitive ? Peut-être parce qu’il est plus difficile pour le régime de Poutine de confronter sur le plan idéologique un projet militaire ayant l’éclat des idées de gauche et anti-colonialistes plutôt que les néo-nazis de la direction politique du RDK. Alors, pourquoi un tel projet politico-militaire [de gauche ; NdAtt.] n’a pas été établi pendant cette guerre ? Est-ce parce que l’État néolibéral ukrainien, qui est très éloigné des idées anarchistes, de gauche et, en général, des idées de justice sociale, n’a pas l’intention de contribuer à la diffusion d’une idéologie subversive et à l’avancement du niveau organisationnel de ses opposant.es ? À cause de l’incapacité des anarchistes à s’organiser, de notre faiblesse et de notre nombre réduit ? À cause de l’incompétence des membres de la bureaucratie militaire ukrainienne ? Répondre à cette question nécessite une analyse plus approfondie et il se peut que cette réponse (et même, très probablement, plus d’une réponse) sera présentée un jour.

Cependant, l’idée de créer une unité anti-autoritaire est toujours vivante. En septembre 2024, il a été annoncé que plusieurs compas du Resistance Committee s’étaient rassemblé.es dans un peloton de mortiers et avaient invité les gens à les rejoindre. Malheureusement, il n’y a pas de nouvelles récentes du développement ultérieur de ce projet.

Voici quelques-uns des résultats de l’année passée. En gardant la mémoire de Dmitry Petrov, de Vladislav Iurchenko et d’autres martyrs, nous continuerons la lutte dans la nouvelle année, 2025. La façon dont celle-ci sera, cela dépend de nous !

Боевая организация анархо-коммунистов
[Organisation de combat des anarcho-communistes]
Anarchist Militant
Cudi

 

 

Le mirror du site principal en anglais.

 

Notes d’Attaque :
* voir ici.
** Se souvenir des compas qui nous ont quitté.es est fondamentale, mais on pourrait laisser le langage propre aux religions, qui sont des fondements de l’autorité, à nos ennemis !
*** Les compas utilisent ici le nom ukrainien, qu’on reproduit, bien qu’il ne soit pas encore entré dans l’utilisation courante en français.
**** Il évoque sa rééducation en Suède, et ses perspectives pour l’avenir, dans cet entretien.

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L’étrange rituel des réélections au Bélarus https://attaque.noblogs.org/post/2025/01/26/letrange-rituel-des-reelections-au-belarus/ Sun, 26 Jan 2025 17:45:44 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=58119 Continuer la lecture ]]> Freedom / samedi 25 janvier 2025

Alors qu’une dure répression préviendra toute manifestation de masse, la résistance d’en bas continue

Ce dimanche 26 janvier, Alexandre Loukachenko sera réélu pour son septième mandat de président ; contrairement aux élections de 2020, qui ont été le point culminant de la mobilisation politique de centaines de milliers de Biélorusses, on ne s’attend pas à ce que cette réélections donne lieu à des manifestations dans les rues. Cela est principalement lié à la terreur politique contre quiconque s’oppose à Loukachenko et à son régime.

Jusqu’en 2020, le Bélarus avait un mouvement anarchiste assez dynamique, qui a émergé après l’effondrement de l’Union soviétique. Cependant, les anarchistes étaient parmi les principales cibles de la police politique et du KGB. Actuellement, il y a plus de vingt-cinq anarchistes et antifascistes dans les prisons biélorusses, où ils/elles purgent des peines allant jusqu’à vingt ans, pour différents actes de résistance. Le soutien aux compas emprisonné.es, à leurs familles et à leur lutte à l’intérieur des prisons est l’une des tâches du mouvement anarchiste international.

Ces dernières années, des milliers de personnes ont été poursuivies avec différents chefs d’inculpation, de l’outrage au président ou de l’appartenance à une organisation extrémiste, jusqu’à des actes de terrorisme. Ce temps-ci, les personnes qui mènent n’importe quelle forme de sabotage ou d’action directe contre le régime peuvent facilement être poursuivies pour terrorisme.

Néanmoins, Loukachenko ne se sent toujours pas en sûreté avec ces élections et différentes branches de l’appareil répressif se préparent depuis des mois. Des arrestations de courte durée de militant.es d’opposition connu.es, à l’entraînement semi-militaire de la police anti-émeute, annoncé dans tous les médias d’État, il y une tentative d’effrayer les gens et d’empêcher toute action pendant et immédiatement après les élections. Le gouvernement est en train de faire tout ce qu’il peut pour démontrer à ses sponsors du Kremlin la « stabilité politique » du pays. Toute instabilité grave au Bélarus pourrait conduire à des tentatives, de la part de Poutine, de remplacer Loukachenko, avec lequel il a des relations très froides.

Le Bélarus n’a pas toujours fait partie de l’ainsi-dit « monde russe ». Pendant des années, Loukachenko a essayé de naviguer entre Moscou et Bruxelles, afin de maintenir son pouvoir et de ne pas devenir complètement dépendant de l’un ou l’autre. Cependant, des actes de répression brutaux, y compris les meurtres de manifestant.es en 2020, ainsi que de graves scandales internationaux, tout cela a conduit à l’isolement du dictateur et à son engagement total envers Poutine, qui a sauvé à plusieurs reprises l’économie biélorusse de l’effondrement. Malgré les tentatives de Loukachenko d’amener des intérêts chinois dans la région, l’État biélorusse reste la marionnette de Moscou.

L’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en 2022, a aussi contribué à stabiliser la dictature de Loukachenko. Le Bélarus est devenu une partie importante de la machine de guerre russe, même sans envoyer directement des troupes (contrairement à la Corée du Nord). Poutine et ses alliés voient plus d’avantages dans un Bélarus « indépendant », qui peut être utilisé, entre autres, pour contourner les sanctions occidentales contre la Russie. Alors que Loukachenko a continué, ces dernières années, à menacer les pays voisins d’éventuelles opérations militaires, « si nécessaire », seule la Russie décidera où, quand et dans quel but l’armée biélorusse sera déployée.

Malgré la répression écrasante de toute opposition au régime, le peuple biélorusse continue de résister, de différentes manières. Les gens ne s’attendent pas à ce que Loukachenko parte soudainement. Les arrestations et les poursuites constantes pour des actions directes montrent que, malgré l’absence de manifestations de masse organisées, les gens sont toujours prêts à riposter contre Loukachenko et ses maîtres de Moscou, même en temps de guerre et de terreur d’État.

Nikita Ivansky

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Une photo très connue de la répression des manifestations de 2020*

* Note d’Attaque : la jeune fille de la photo, Maria Zaytseva, originaire de Homiel, a été blessée par les flics le 9 août 2020, à Minsk, comme des centaines d’autres manifestant.es. Elle a gardé des séquelles, dont la perte de l’ouïe à l’oreille droite.
Après l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, elle a commencé par aider des réfugié.es Ukrainien.nes en Tchéquie, où elle s’était établie, puis, au printemps 2023, elle a rejoint une unité médicale de la Légion étrangère de la Défense territoriale ukrainienne. Blessée, elle a été rapatriée en République Tchèque et est ensuite retournée au front en janvier 2024. Elle est morte près de Bakhmout le 17 janvier 2025, le lendemain de son 24ème anniversaire. Athée, elle avait dit ne pas vouloir être enterrée sous une crois.

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Un entretien avec des anarchistes d’Europe orientale https://attaque.noblogs.org/post/2024/11/07/un-entretien-avec-des-anarchistes-deurope-orientale/ Thu, 07 Nov 2024 17:46:16 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=57144 Continuer la lecture ]]> a2day / jeudi 6 juillet 2023

Sur la situation actuelle. Nous continuons la discussion avec des marxistes

Note d’Anarchy Today : nous avons récemment publié un entretien avec des membres de la Fraction internationale trotskyste-léniniste qui combattent actuellement en Syrie. Maintenant, les membres de l’équipe d’Anarchy Today répondent à leurs questions sur la situation actuelle dans la région BUR [Bélarus, Ukraine, Russie ; NdAtt.].

 

1. Avant l’invasion poutinienne, nous avons vu de dures luttes de la classe ouvrière, au Bélarus. Nous voulions vous demander comment le mouvement ouvrier affronte-t-il le gouvernement de Loukachenko et son partenaire Poutine?

Les plus grandes manifestations du Bélarus moderne, de milliers de travailleur.ses, ont eu lieu en 1991, officiellement c’était encore l’URSS. En 1993, une grève a éclaté dans le métro de Minsk, qui a été réprimée par les Streichbrechter (les flics). La même année, le Congrès des syndicats démocratiques du Bélarus, qui réunit des syndicats indépendants, a été fondé. Après que Loukachenko est arrivé au pouvoir, en 1994, tous les syndicats (à l’exception du Congrès des syndicats démocratiques du Bélarus, mais il n’avait pas beaucoup de pouvoir) ont été subordonnés à l’État et transformés en syndicats jaunes. Malheureusement, le Bélarus n’a pas et n’a jamais eu de tradition de lutte syndicale radicale. En 2020, lors des manifestations, dans la plupart des usines les travailleur.ses n’avaient aucune idée de comment se battre, il n’y avait aucune expérience de lutte radicale. Bien qu’ils/elles aient commencé à former des comités de grève, elles/ils n’ont pas réussi à organiser une grève générale. La majorité des travailleur.ses manquait non seulement d’une conscience révolutionnaire, mais même d’une conscience protestataire, il n’y avait aucun sentiment de solidarité incluant tout le Bélarus.

Le mouvement contre Loukachenko a uni des gens de différentes couches sociales. Il y avait des intellectuel.les, des étudiant.es, des ouvrier.es, des agriculteur.trices, même des riches hommes d’affaires et quelques policiers. Tout le monde avait ses raisons de protester. Un nouveau mouvement ouvrier est apparu, ils/elles ont appelé à une grève générale. Certains collectifs ont effectivement cessé de travailler. Cela s’accompagnait d’un blocage des routes. L’un des objectifs était de désorganiser le travail et d’empêcher les gens d’arriver au travail à l’heure. Pourtant, ce mouvement n’était pas assez fort. Même à son apogée, la plupart des industries fonctionnaient. Les dirigeant.es ouvrier.es ont été arrêté.es ou ont dû quitter le pays.

En 2022, les autorités ont finalement dissous le Congrès des syndicats démocratiques du Bélarus. Les dirigeants ont été emprisonné.es. Aujourd’hui, il y a des travailleur.ses mécontent.es sur le terrain, mais aucune ressource pour lutter. Toute tentative d’organisation de la base fait face non seulement à des licenciements, mais aussi à des peines de prison.

 

2. Le Bélarus n’a pas été le premier ni le dernier pays envahi par Poutine pour écraser un soulèvement massif. Que pouvez-vous nous dire sur le soulèvement au Kazakhstan et, avant, sur celui en Géorgie et dans le Caucase, ainsi que sur les invasions contre-révolutionnaires de Poutine ?
Comment luttez-vous pour obtenir l’unité des opprimé.es contre le régime meurtrier de Moscou et l’impérialisme qui pille ces nations ?

Au Kazakhstan, il y a eu plusieurs soulèvements, ces dernières années. Le dernier remonte à janvier 2022. Cela a commencé dans le district ouvrier de Janaozen, où, il y a une dizaine d’années, en 2011, il y a eu d’importantes manifestations ouvrières et la troupe a commencé à tirer et tué vingt ouvriers. En 2022, l’émeute s’est étendue à tout le pays ; elle a commencé avec des revendications économiques, en tant que protestation contre la hausse des prix du gaz, mais d’autres personnes ont essayé de renverser le régime. Elles ont pris d’assaut la résidence présidentielle et attaqué la police. Les autorités ont coupé Internet et les téléphones portables dans tout le pays et imposé la loi martiale. Beaucoup de gens ont été blessés, nous n’avons pas d’informations sur des manifestant.es qui auraient été tué.es. Selon les rapports officiels, environ 500 véhicules de police ont été détruits. Poutine (officiellement l’OTSC – Organisation du Traité de Sécurité Collective) a envoyé des troupes, qui ont aidé à rétablir l’ordre public et se sont rapidement retirées. Tout s’est passé si vite que les forces anti-totalitaires en Russie, même si elles en avaient eu les moyens, n’auraient tout simplement pas eu le temps d’offrir leur aide à la révolte au Kazakhstan.

Avant cela, en 1994, la Russie a commencé une guerre contre la république de Tchétchénie, qui faisait de jure partie de la Russie (de facto elle avait proclamé son indépendance). La guerre a fait de nombreuses victimes parmi la population civile tchétchène et elle a été menée dans le seul but de ramener le territoire rebelle au sein de l’empire. L’armée russe a gagné la guerre, mais son issue a été l’instauration du régime totalitaire de Kadyrov, qui est loyal à Moscou en échange d’énormes investissements et du droit de faire ce qu’il veut en Tchétchénie.

Plus tard, en se basant sur des conflits ethniques pré-existants, la Russie a envahi l’Ossétie du Sud (qui fait partie de la Géorgie) et l’a annexée à son empire.

En fait, en Russie toute l’idéologie officielle est basée sur l’idée d’un grand empire, d’une superpuissance qui peut dominer les autres et c’est ce à quoi les anarchistes de la région BUR se sont toujours opposé.es.

 

3. De loin, on peut voir que Poutine essaie de maintenir son rôle de gendarme, de défenseur du système capitaliste dans toute l’Eurasie, mais l’OTAN le permet de moins en moins…
Nous avons vu des grèves énormes, en France comme en Espagne, en Belgique, en Angleterre et même en Allemagne. Comment pensez-vous que les travailleur.ses de l’Europe de Maastricht peuvent s’unir dans leur lutte avec les travailleur.ses des pays de l’Europe de l’Est ?

C’est une question difficile. Tout d’abord, nous ne pensons pas que le monde des affaires, en Europe, se soucie vraiment des souffrances du peuple ukrainien (ou russe). Pour eux, la guerre porte du profit. D’autre part, pour ce que nous pouvons voir, de loin, la plupart des actions industrielles sont dues aux problèmes économiques. Les prix ont augmenté et les salaires restent bas. Les gens veulent plus de justice sociale, mais prendre plus de contrôle sur la production n’est pas une priorité. Malheureusement, la mauvaise situation économique est due aux sanctions [occidentales ; NdAtt.] et au refus d’acheter des matières premières bon marché venant de Russie et beaucoup de gens de la classe ouvrière accepteraient de rétablir des relations économiques avec la Russie, même si, sur le plan personnel, ils n’aiment pas le régime de Poutine. Cela est particulièrement vrai pour l’Europe centrale et orientale, qui souffre le plus à cause des problèmes causés par la guerre. Les personnes défavorisées sont insatisfaites des politiques gouvernementales et quand le gouvernement dit : « Nous devons faire des sacrifices pour la victoire de la démocratie en Ukraine », ils disent (ou pensent) le contraire. L’autre aspect du problème est qu’une autre partie de la société croit de manière acritique à la propagande du gouvernement et est prise au piège du militarisme et du nationalisme. Dans la tentative de résister à la menace venant de l’Est, les gouvernements d’Europe centrale et orientale ressemblent de plus en plus aux régimes russe et biélorusse.

Il nous semble que la classe ouvrière de l’UE vit beaucoup mieux que celle de la région BUR et qu’elle ne pense guère aux travailleur.ses de l’Europe de l’Est. En tout cas, une fois la guerre terminée, les travailleur.ses d’Europe de l’Est auront besoin du soutien et de l’expertise des syndicats d’Europe occidentale, pour résister au capital occidental, qui va sans doute affluer en Ukraine. La question des valeurs des travailleur.ses est importante aussi. Nous ne pensons pas qu’aujourd’hui le prolétariat soit un élément homogène et il n’est certainement pas révolutionnaire. Certainement pas dans notre région. Nous n’idéalisons pas les travailleur.ses, parce que nous voyons que non seulement ils/elles manquent du courage de se battre, mais que leurs buts ne vont pas plus loin que des augmentations des salaires. Nous tou.tes avons encore beaucoup de travail à faire pour promouvoir l’idée de l’auto-organisation des travailleur.ses, la lutte pour un changement des valeurs et pas seulement pour des concessions temporaires. Mais ce sont les travailleur.ses eux/elles-mêmes, et non les élites intellectuelles, qui devraient s’y intéresser.

 

4. Pour la majorité de la gauche social-impérialiste, surtout les Partis communistes, qui dirigent des centaines de syndicats à travers le monde, Poutine devrait être soutenu contre l’Ukraine, car, selon eux, l’Ukraine « lutte au nom de l’OTAN ». Que diriez-vous à ceux qui soutiennent le chacal de toutes les Russies ?

Avant d’attaquer l’Ukraine, les autorités russes ont éliminé toute opposition dans leur pays. Les syndicats indépendants n’existent pas, aucun parti d’opposition n’émerge. Le mouvement anarchiste a été écrasé, les anarchistes ont été torturé.es et emprisonné.es pendant 20 ans (pourtant, pas un seul être humain n’a été tué par des anarchistes). Récemment, un manifestant libéral (Anatoly Berezikov, 35 ans) est mort sous la torture dans une cellule de garde à vue (il a été arrêté pour avoir distribué des tracts).

Le soulèvement biélorusse a été vaincu, les anarchistes, ainsi que les révolutionnaires libéraux, sont en prison ou ont quitté le pays. Pas de syndicats indépendants, pas de partis d’opposition.

Les livres « indésirables » sont retirés des bibliothèques, les sites Internet sont bloqués, il n’y a aucune limite à l’utilisation des technologies de reconnaissance faciale. Les personnes qui osent avoir leur propre opinion ne sont pas autorisées à enseigner dans les écoles ou les universités.

En plus, la population russe (en dehors de Moscou et de Saint-Pétersbourg) est très pauvre. Les histoires de soldats russes qui pillent des télés et des sièges de toilettes comme trophées de guerre ne sont pas une exagération. Le régime augmente sa pression sur les pays dépendants, comme le Kirghizstan et le Kazakhstan, les forçant à livrer les personnes qui y ont trouvé refuge. Maintenant, ils apportent la répression, le contrôle totalitaire, la torture et la mort au peuple ukrainien. Poutine n’est donc en aucun cas un remède aux problèmes des travailleur.ses de l’Ouest. Les partis communistes sont peut-être d’accord avec la répression, mais pas nous. Soutenir Poutine, sous quelque forme que ce soit, est à la fois immoral et insensé dans la pratique.

 

5. Nous avons vu un reportage sur les combattants en Ukraine, fait par un journaliste français, qui était sur le front à partir de mai 2022. Ce reportage montre qu’il y a de vrais révolutionnaires, des anarchistes, certains se disant trotskistes, d’autres se disant communistes libertaires, qui sont en première ligne contre l’invasion de Poutine. Que pensez-vous de ce mouvement de partisans qui sont sur la ligne de front ? Quelles devraient être leurs relations militaires avec l’armée de Kiev ?

Oui, il y a des anarchistes et des libertaires au front. Mais ce n’est pas un mouvement de partisans : ils font partie de l’armée régulière ukrainienne. Dans un premier temps, il y eut une tentative de former une unité anti-autoritaire, organisée sur des principes anarchistes, au sein des Forces de défense territoriale ukrainiennes, mais cela n’a pas duré longtemps. Tout d’abord, ils n’ont pas été autorisés à inviter de nouveaux.elles compas venant de l’étranger et ils ont été tenus à l’écart de la ligne de front ; ensuite la Défense territoriale a été complètement incorporée dans les structures de l’armée. L’organisateur de l’unité anarchiste, Yuri Samoïlenko, a été tué au combat. Maintenant, les anarchistes, Ukrainiens et d’autres pays (y compris Russes), combattent dans différentes unités, où ils essaient de maintenir les principes anarchistes et parlent de leurs idées à leurs camarades d’armes.

Si vous nous demandez notre avis : cela devrait être différent, les anarchistes devraient avoir leurs propres formations militaires et se battre pour leur propre programme. Mais dans la situation actuelle, cela n’est pas réaliste.

 

6. Certains révolutionnaires ont perdu la vie sur le front, en Ukraine, comme votre compagnon Dmitry Petrov. Dans le reportage susmentionné, il affirme qu’une victoire de Poutine serait une lourde défaite pour les travailleur.euses et pour les peuples que la Grande Russie opprime. Il affirme que, au contraire, avec une victoire en Ukraine et des armes dans leurs mains, les travailleur.euses seraient dans une situation imbattable, pour affronter l’impérialisme et le gouvernement de Zelensky. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Nous sommes, dans l’ensemble, d’accord avec Dmitry. À cela, nous voudrions ajouter que tou.tes les anarchistes ukrainien.nes ne combattent pas dans la guerre. Beaucoup d’entre eux/elles préfèrent participer à des structures auto-organisées pour soutenir la population civile et organiser les évacuations et l’approvisionnement. En Ukraine, les mouvements de solidarité et d’entraide organisés par la base sont très forts. Les volontaires jouent un rôle énorme en approvisionnant le front et les civils, en fournissant aux gens de la nourriture et des vêtements, en évacuant les personnes sous le feu, en fournissant une aide médicale. La guerre enseigne aux gens à s’organiser sans le gouvernement et cela aussi donne de l’espoir pour l’avenir.

Nous ne savons pas comment sera l’avenir, mais si l’Ukraine gagne, il y aura un espoir de changements positifs dans tous les domaines de la vie, y compris l’économie. Beaucoup d’efforts iront dans la reconstruction du pays en ruine, il y aura beaucoup de nouveaux emplois et il y aura des capitalistes qui essaieront de s’enrichir avec tout cela. Très probablement, l’Occident commencera à faire tout ce qui est possible pour soumettre autant que possible le pays. Il n’y a pas de doutes que différentes forces politiques s’opposeront à l’émergence du culte de Zelensky et au renforcement du pouvoir du président et de son parti « Serviteur du peuple », parce que, en termes socio-économiques (et non militaires), la politique des élites dirigeantes laisse beaucoup à désirer. Nous espérons vivement qu’il y a aura une purge (y compris par des méthodes radicales) de tous ces parasites. Nous aimerions croire que les gens ordinaires trouveront le soutien des anciens militaires qui ne toléreront pas l’humiliation et l’exploitation. Ils auront de l’expérience de combat, des armes et rien à perdre. C’est-à-dire qu’ils peuvent facilement tourner leurs baïonnettes vers les corrompus et les exploiteurs : les politiciens, les bureaucrates et les hommes d’affaires.

 

7. Quel appel pouvons-nous adresser, même en commun, aux jeunes russe qui, comme on le sait, souvent s’enfuient pour ne pas être enrôlés dans l’armée ou même désertent, une fois au front, et se retrouvent en prison par milliers, pour avoir refusé de combattre ?
Pour notre combat, en Syrie, cette question est une affaire de vie ou de mort, puisqu’il s’agit aujourd’hui de faire de l’agitation à l’arrière-garde d’el-Assad et de Poutine qui le soutient.

Les idées de libre marché, de fascisme, de socialisme de style soviétique ont été complètement compromises. La position de ne rien faire et de laisser aller a conduit à une guerre gigantesque pour les intérêts de la classe dirigeante, dans laquelle on n’est que de la chair à canon. Pourtant, la dignité humaine, l’organisation de la société par le bas, la coopération et en général la reprise du contrôle de sa vie – c’est ce que nous appelons anarchie – ces idées restent fortes. Quoi que vous choisissiez de faire, où que vous soyez – dans l’immigration, en prison, dans un groupe clandestin ou tout simplement en soutenant secrètement la lutte qui se déroule, sous pression – il y a toujours de la place pour de l’anarchie autour de vous.

 

8. Nous sommes très intéressé.es de connaître les conclusions que vous voudriez partager avec nous, après 12 ans de révolution et de contre-révolution en Syrie.

Personne d’entre nous n’a été en Syrie, nous préférons donc laisser cette analyse à celles/ceux qui vivent et luttent là-bas. Par ex. : t.me/azatyutun, www.facebook.com/RewolucjaRojavy/.

 

9. Comme nous l’avons dit auparavant, des camarades anarchistes, comme Giannis Michailidis, Georgia Voulgaris et Thanos Chatziangelou sont en grève de la faim en Grèce. Qu’est-ce que nous pouvons faire ensemble pour lutter pour la libération immédiate et inconditionnelle d’eux/elles tou.tes ?

Il y a de nombreux.ses prisonnier.es anarchistes dans le monde. Voici la liste de l’Anarchist Black Cross pour l’année 2022. En dehors de la Grèce, il y a beaucoup de prisonnier.es anarchistes en Biélorussie et en Russie, certain.es d’entre eux/elles devant purger jusqu’à 20 ans de prison. La libération immédiate et inconditionnelle d’eux/elles tou.tes ne peut être obtenue que par la révolution. Même dans un tel cas, les nouveaux gouvernements peuvent être réticents à libérer des prisonnier.es accusés de crimes « violents ». Ce que nous pouvons faire maintenant, c’est poursuivre leur lutte et populariser leurs actions, pour que les gens connaissent leurs noms et les soutiennent et insistent pour qu’elles/ils soient tou.tes libéré.es quand l’occasion se présentera. Il est aussi très important de rester en contact avec les prisonnier.es pour qu’ils/elles sentent notre soutien et que tous les cas de torture soient connus. Et, bien sûr, s’il y a une occasion de libérer quelqu’un.e par la force, il faut la saisir.

 

10. Aujourd’hui, il y a des luttes en France. En Amérique latine, le réformisme cherche à transformer l’énorme flambée révolutionnaire anti-impérialiste en pièges électoraux. Au Moyen-Orient, le feu de la révolution n’a pas été éteint. Nous avons des relations fraternelles avec les étudiant.es du Zengakuren, au Japon, qui ont marché par milliers contre le G7. Quel message voudriez-vous envoyer à elles/eux tou.tes ?

Nous ne pouvons que souhaiter le succès à tou.tes ceux/celles qui luttent contre l’oppression.

 

11. Nous avons publié de dizaines d’articles, ainsi qu’un livre, sur la question de l’Ukraine, qui est liée aussi àla lutte de la classe ouvrière en Russie. Mais nous savons ce que c’est de se trouver soi-même au milieu d’une guerre, où les mots ne suffisent pas. Que proposez-vous aux courants révolutionnaires du monde, pour lutter ensemble et mener un combat commun dans ces sommets de la lutte des classes, comme en Ukraine ?

Tout d’abord, en Syrie et en Ukraine, les mouvements révolutionnaires doivent acquérir une expérience de combat et essayer de construire leurs propres structures : des milices populaires, des groupes de milices, etc. Créer des réseaux de solidarité avec des gens ordinaires, en leur transmettant les idées de justice sociale, d’auto-organisation d’en bas et d’autogestion des travailleur.euses (comme le font les Solidarity Collectives). Poser maintenant les bases de la démocratie directe, ce qui contribuera à la construction d’une nouvelle société après la guerre. Dans la situation d’aujourd’hui, il nous semble que toutes les forces doivent aller dans la lutte contre l’occupant et seulement après la victoire nous devrons être complètement engagé.es dans un travail créatif actif.

Quant à l’Ukraine, vous devez comprendre que les travailleur.euses ukrainien.nes et la société dans son ensemble ont un traumatisme post-soviétique et que tout ce qui est en quelque sorte associé au « communisme » a été discrédité. Dans une vague d’euphorie anti-russe, non seulement les monuments à Lénine, mais aussi ceux à d’autres personnalités soviétiques, aux soldats, etc., sont démolis et les idées de gauche sont facilement éclipsées par celles néolibérales. De plus, une partie des mouvements communistes, trotskystes et même anarchistes du monde soutient la Russie et ne considère pas le peuple ukrainien comme une entité politique ou alors prend une position dangereusement neutre. Par conséquent, il sera difficile dans l’avenir de redonner du crédit aux valeurs progressistes de liberté, d’égalité, de démocratie directe et d’entraide. Mais nous ferons de notre mieux !

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Bélarus : Quand l’idéologie fait obstacle à la solidarité https://attaque.noblogs.org/post/2024/05/13/belarus-quand-lideologie-fait-obstacle-a-la-solidarite/ Mon, 13 May 2024 12:27:54 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=55530 Continuer la lecture ]]> Anarchist Black Cross Belarus / mardi 16 avril 2024

Au cours des quinze ans d’existence de notre collectif, nous avons traversé plusieurs crises politiques majeures. Pendant les élections, les protestations et la répression politique, le mouvement anarchiste biélorusse n’a pas été confronté à l’isolement, de la part de ses compas. De Los Angeles à Hong Kong, des gens du monde entier ont montré leur solidarité dans la lutte contre la dictature biélorusse et pour une société juste et libre.

Pendant cette période, nous n’avons que rarement rencontré des gens qui essayaient de nous expliquer que le régime biélorusse n’est pas si mauvais et que toutes ses horreurs ne seraient que de la propagande libérale. Depuis 2014, nous avons rencontré, à l’étranger, des antifascistes ou des anarchistes qui, d’une manière ou d’une autre, croyaient à la propagande russe à propos des Républiques populaires de Lougansk et de Donetsk. Mais, avant 2022, nous avons rarement rencontré des « expert.es en l’Europe de l’Est » qui nous auraient parlé avec assurance d’une réalité qui n’existe que dans le domaine de la propagande politique.

Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, la situation a changé de façon vraiment spectaculaire. Soudain, au sein des mouvements anarchistes et antifascistes, ont fait leur apparition des « spécialistes » des réalités de l’Europe de l’Est, qui nient complètement les faits, en faveur d’un modèle simpliste du monde. De nombreuses discussions sur la guerre en tant que conflit entre l’OTAN et la Russie ou sur le régime fasciste de Kiev ignorent foncièrement les faits objectifs. Dans ce texte, nous voudrions discuter de la manière dont cette attitude affecte le développement de la solidarité internationale et dont certain.es anarchistes choisissent de déformer la réalité dans la lutte pour la suprématie idéologique.

L’Internationale des fédérations anarchistes (IFA)

En Europe de l’Est, peu de gens ont entendu parler de l’IFA, une organisation anarchiste internationale fondée en Italie en 1968. Au moment de la rédaction de ce texte, la Fédération est composée de groupes d’Europe, d’Asie, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. À un moment donné, elle comprenait aussi des organisations de l’ancienne Union soviétique, y compris du Bélarus.

Avec le déclin de la Fédération des anarchistes du Bélarus (FAB), notre groupe est devenu l’organisation de contact de l’IFA dans ce pays. Pendant de nombreuses années, nous avons travaillé en étroite collaboration : nous avons rendu visite à des compas dans différentes régions et, avec d’autres organisations, nous avons fait des tours d’information dans différents pays. Jusqu’en 2022, nous n’avons pratiquement pas eu de conflits politiques graves avec les organisations membres de l’IFA. L’invasion de l’Ukraine a profondément changé l’attitude de nombreux.ses membres de l’Internationale à l’encontre de notre groupe.

L’une des raisons réside dans notre initiative de tenir des réunions informelles en ligne avec des membres de l’Internationale sur la guerre en Ukraine : l’objectif principal à ce stade-là était de transmettre des informations objectives sur ce qui se passait et de lutter activement contre la désinformation russe. Ces réunions devaient avoir lieu toutes les deux semaines. Dès la deuxième réunion, nous avons rencontré de graves problèmes, lorsque certain.es participant.es, membres de l’Internationale, ont commencé à répéter presque mot pour mot la propagande russe sur l’OTAN, le fascisme en Ukraine, etc.

La série de réunions en ligne s’est terminée assez rapidement. D’une part, la réticence de nombreux.ses anarchistes à accepter des faits objectifs les a entravées. D’autre part, certain.es membres de l’Internationale ont insisté pour officialiser de telles réunions, ce que nous avons considéré comme une tentative flagrante de « bureaucratiser » des informations gênantes.

Nous avons rencontré le problème de la « bureaucratie sélective » un an plus tard, quand, lors d’une des réunions formelles de l’Internationale, nous avons proposé d’inviter des compas d’Ukraine et de Russie, pour expliquer la situation dans ces régions et la possibilité d’interagir directement avec les militant.es locaux.ales, plutôt qu’avec des informations provenant des réseaux sociaux et de groupes douteux.

La participation d’anarchistes d’Ukraine et de Russie a été bloquée et après plusieurs mois de tentatives constantes pour exclure les gens de Bélarus, d’Ukraine et de Russie des discussions sur la guerre en Ukraine, nous avons décidé de nous retirer de l’Internationale [1].

Cette situation a été la première d’une longue série de barrières érigées autour du thème de la guerre en Ukraine par certains groupes d’« expert.es », qui préfèrent la même vision simpliste du monde. Malheureusement, dans certains pays, nos anciens.ne compas de l’Internationale jouent un rôle actif dans le maintien du mythe de « l’OTAN contre la Russie ».

Le conflit au sein de l’IFA nous a montré à quel point les liens internationaux sont fragiles face aux programmes gouvernementaux de désinformation, au dogmatisme idéologique et à la réticence de nombreux.ses anarchistes à comprendre des conflits internationaux complexes.

Foire du livre et congrès

À l’été 2023, nous avons demandé de participer à la Foire du Livre anarchiste de Ljubljana, où nous avons fait une présentation sur la répression au Bélarus, avec une session séparée pour discuter de la façon dont la guerre en Ukraine affecte les luttes politiques des anarchistes. Quand nous avons vu les panneaux « pas de propagande de guerre », les membres de notre collectif ont été quelque peu confus.es, sachant que la position sur la guerre des organisateur.trices de la foire du livre est ambiguë. Nous n’avons jamais compris à qui s’adressaient ces affiches, même si, à un moment donné, nous avons eu peur qu’on nous dise de retirer des brochures avec des entretiens sur la guerre de différent.es anarchistes d’Ukraine et de Russie.

Lors de cet événement, nous avons rencontré, entre autres, des compas qui par le passé avaient organisé des événements de soutien financier et des présentations de l’ABC [Bélarus]. Certain.es d’entre elles/eux ont complètement refusé de nous parler, tandis que d’autres ont préféré communiquer sous la forme de déclarations politiques plutôt que de dialogue.

Au congrès anarchiste de Saint-Imier, nous avons commencé à parler ouvertement de nos craintes que notre position politique sur la guerre en Ukraine n’affecte la solidarité avec les compas réprimé.es au Bélarus : plus nous essayons de remettre en question les positions qui ne tiennent pas compte de la situation dans la région, plus nous devenons des « parias » dans certaines branches du mouvement anarchiste, qui étaient prêtes, auparavant, à apporter un soutien varié aux compas de la région BUR (Bélarus, Ukraine, Russie).

En Suisse, nous avons également pris conscience du fait que nous commencions à être considéré.es comme des militaristes et des partisan.es de la guerre en Ukraine, bien que personne ne nous l’ait dit directement. Nous avons été informé.es de cette perception presque un an après notre voyage en Suisse.

Les organisations partenaires

Avant d’aborder notre « engagement en faveur du militarisme », nous voudrions discuter brièvement de la manière dont les anarchistes et les gauchistes occidentaux.les trouvent des partenaires « alternatif.ves » dans cette région, pour confirmer leurs opinions politiques.

Par rapport à la situation en Ukraine, le principal partenaire des antimilitaristes était l’odieux groupe de média Assembly [Assembleia], de Kharkiv, qui préfère se dissocier du reste du mouvement anarchiste et qui coopère activement avec le groupe de Vadim Damier, un historien russe [et membre de la Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes – KRAS ; NdAtt.] qui, depuis 2014, propage le mythe d’une Ukraine fasciste. Si vous voulez en savoir plus sur Assembly, demandez aux anarchistes ukrainien.nes.

Dans le cas du Bélarus, la situation est devenue assez bizarre, car les antimilitaristes et les pacifistes ont tout à coup commencé à travailler avec la controversée Olga Karach, une « professionnelle » de l’activisme des ONG, au passé douteux, ce qui était déjà bien attesté avant les événements de 2020. Les personnes qui sont familières avec la scène politique du Bélarus ont entendu parler de Karach et comprennent le danger d’une interaction politique avec cette personne : pour Olga, la désinformation est l’un des outils pour construire du pouvoir politique et pour collecter de l’argent.

Il s’avère que l’organisation Our House, dirigée par Olga, participe activement à la création d’un mythe sur un mouvement de masse de déserteurs, à l’intérieur Bélarus, qui veulent quitter le pays pour tenter d’éviter la mobilisation. En novembre 2022, il y aurait déjà eu des dizaines de milliers de ces fugitifs [2]. Combien de ces fantasmes Karach a vendu à la gauche occidentale reste à ce jour un mystère.

En prenant l’exemple de l’organisation mentionnée ci-dessus, il devient évident que, dans leur recherche de nouveaux « partenaires » en Europe de l’Est, les gauchistes et les anti-autoritaires [occidentaux.les] sont prêt.es à travailler avec des figures douteuses, pour autant qu’elles confirment les faits nécessaires à leur vision du monde. Le critère de la confiance devient non pas la tentative de comprendre la situation réelle dans la région et la volonté de soutenir la lutte, mais plutôt l’interaction avec celles/ceux qui confirment des idées préexistantes, fausses.

Avec cette approche, certains groupes d’activistes risquent de tomber dans le piège d’escrocs qui s’intéressent avant tout à l’aspect financier des choses. L’incapacité ou la réticence à creuser certaines questions font des anarchistes des proies faciles pour ceux/celles qui, traditionnellement, « parasitent » les forces politiques progressistes et de centre-gauche.

Est-ce que l’ABC Bélarus soutient la guerre en Ukraine ?

Il y a quelques mois, l’ABC Bélarus a demandé à participer, avec une table de presse et/ou une présentation, à une foire du livre à Berlin [3]. Les organisateur.trices de la foire ont déclaré qu’elles/ils prévoyaient d’accorder une grande attention à la question de la guerre en Ukraine. La réponse à notre demande a été catégoriquement négative et contenait la formulation suivante :

« …Vous êtes en faveur de la guerre en Ukraine, alors nous n’avons plus rien à dire… »

Et il est évident que cette perception des anarchistes de la BUR qui résistent à l’impérialisme russe continue à se renforcer dans l’esprit d’une partie du mouvement anarchiste. Au lieu d’une analyse critique et de tentatives de dialogue, nous nous heurtons encore et toujours à un mur d’ignorance politique flagrante. En conséquence, l’ABC Bélarus ne se rendra pas à la foire de Berlin (notre dernière intervention dans cette ville, qui a traité de la situation de la répression dans notre pays, a eu lieu avant le début de l’invasion à grande échelle [de l’Ukraine]), et les organisateur.trices de cet événement pourront mener des débats dans une atmosphère de « consentement » général, s’étant assuré.es de l’absence d’opposition de la part de personnes qui mènent leurs activités directement dans la région de la BUR.

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les militant.es occidentaux.ales « se lassent » de ce sujet, nous nous attendons à ce que cette approche envers notre collectif ne fasse que croître et que les « mauvaises herbes » de la désinformation et des mensonges purs et simples se développent à la place de la solidarité.

Nous ne frapperons pas aux portes fermées des centres sociaux de l’Ouest, pour essayer de raconter l’histoire de notre lutte ou de la répression contre nos compas. Nous avons beaucoup d’espace où diriger nos énergies telles qu’elles sont. Mais est-ce que les personne qui censurent des groupes de solidarité se rendent compte que, si elles sont vraiment attachées aux idées de l’internationalisme et de l’anarchisme, elles devraient alors se charger de soutenir avec leurs propres forces les compas réprimé.es ? Il est donc également de la responsabilité de ces groupes d’informer de la répression le mouvement anarchiste au sens large et de collecter des fonds pour apporter un soutien de base à celles/ceux qui poursuivent la lutte en prison.

Pour notre part, nous voulons exprimer notre gratitude à ceux/celles qui continuent à soutenir notre collectif et nos compas au Bélarus, en Ukraine et dans d’autres pays d’Europe de l’Est. Malgré tous les défis et les obstacles, c’est vous qui montrez l’exemple de la solidarité internationale et de la disponibilité à se tenir côte à côte dans les moments les plus difficiles de notre lutte, peu importe le nombre de kilomètres et de murs qui nous séparent !

 

Notes :
1. Au cas où quelqu’un.e douterait de notre participation à l’Internationale, la prouve en est au lien : https://web.archive.org/web/20220616161216/http://i-f-a.org/members/ (archive du site web, à partir de 2021)
2. https://pramen.io/ru/2022/11/trusost-evropejskogo-patsifizma/
3. https://anarchistischebuechermesse.noblogs.org/

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Bélarus : Six membres du groupe anarchiste « Rossignols noirs » arrêté.es https://attaque.noblogs.org/post/2024/05/01/belarus-six-membres-du-groupe-anarchiste-rossignols-noirs-arrete-es/ Wed, 01 May 2024 19:21:49 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=55383 Continuer la lecture ]]> Pramen.io / mardi 30 avril 2024

Comme on a pu le voir dans une vidéo de propagande, publiée par les médias d’État sur YouTube, des anarchistes du groupe « Rossignols noirs » (Черные соловьи) ont été arrêté.es il y a plusieurs mois, au Bélarus. Selon la version du régime, ils/elles prévoyaient d’attaquer l’infrastructure de l’État et de saboter le soutien à l’armée russe en Biélorussie. La liste des membres du groupe comprend Maria Misyuk, Trofim Barysau, Sergey Zhigalyou, Dmitry Zahoroshko, Anastasia Klimenka et Aleksandra Pulinovich. En connaissant le comportement du régime biélorusse envers les anarchistes, nous croyons, jusqu’à preuve du contraire, que tout témoignage enregistré a été obtenu sous la torture.

Le régime de Loukachenko publie souvent des récits épiques sur ses opposant.es politiques, dans lesquels il raconte sa propre version de la réalité. Et peu importe la quantité de vérité qu’il y a dans ces histoires – ce qui est important est de transmette la sensation d’une menace constante, portée par l’Ukraine et en général par l’« Occident ». Ce n’est pas pour rien que le film lui-même insiste tellement sur le fait que Maria Misyuk a la nationalité ukrainienne. Comme pendant les 30 dernières années, nous entendons le même refrain sur « des ennemis, des ennemis partout ». D’un côté, on peut dire que plus personne au Bélarus ne croit à cette absurdité, mais la réalité est plus compliquée et une partie de la société continue à consommer la propagande de l’État biélorusse, mélangée à la folie diffusée par le « monde russe ».

D’autre côté, nous pouvons dire avec certitude que malgré toutes les tentatives, de la part du GUBOP [la section de la police biélorusse qui s’occupe de crime organisée et qui se distingue notamment dans la répression des opposant.es politiques au régime de Loukachenko ; NdAtt.], du KGB [le service de renseignement intérieur biélorusse, héritier local de celui soviétique ; NdAtt.] et d’autres structures répressives, depuis 2020, d’écraser le mouvement anarchiste, les anarchistes existent toujours au Bélarus. Les idées d’une libération de l’autoritarisme et de la création d’une société fondée sur la solidarité et la coopération continuent d’exciter les esprits des Biélorusses qui sont prêt.es à résister à la dictature de Loukachenko. Les tentatives de présenter les membres du groupe « Rossignols noirs » comme des simples « enfants » qui ne savaient pas ce qu’elles/ils faisaient est ridicule. Dans ce pays où, au 30 avril 2024, au moins 153 personnes âgées de 22 ans ou moins sont incarcérées pour des raisons politiques, nous voyons que les jeunes ne sont pas simplement des « recrues de la révolution », mais des participant.es à part entière à la lutte contre la dictature. Et l’appareil répressif le comprend parfaitement. Sinon, ce film sur la nécessité de combattre la radicalisation des jeunes n’aurait pas du tout paru dans les médias d’État.

Aujourd’hui, il est difficile de se faire une idée complète de ce qui s’est passé et de la répression contre ce groupe, mais nous pouvons déjà dire que, pour leur courage de résister politiquement au régime de Loukachenko, dans une société constamment terrorisée par l’État, ces militant.es méritent un profond respect et de la solidarité non seulement de la part du mouvement anarchiste, mais aussi de l’ensemble de la diaspora biélorusse. Par leur lutte, elles/ils ouvrent la voie à un avenir libre de dictateurs, de fascisme et de guerre.

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