ABC Belarus – Attaque https://attaque.noblogs.org Chronique de la guerre sociale en France Sat, 08 Aug 2026 11:27:01 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Bremgarten (Suisse) : L’ABC Bélarus a été refusée au Salon du livre anarchiste https://attaque.noblogs.org/post/2026/08/08/bremgarten-suisse-labc-belarus-a-ete-refusee-au-salon-du-livre-anarchiste/ Sat, 08 Aug 2026 11:21:26 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63544 Continuer la lecture ]]> Anarchist Black Cross Belarus / dimanche 2 août 2026

L’ABC Bélarus a été refusée au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, en Suisse.
Voici comment vous pouvez nous soutenir.

Cette année, nous avons demandé de participer au Salon du livre anarchiste de Bremgarten, avec une présentation sur la répression au Bélarus et notre table de presse. Nous avons été refusé.es « à cause du sujet de la guerre ». Comme nous n’avons reçu aucune autre justification du refus de notre demande, nous ne pouvons que supposer que cela est lié à notre position sur la guerre en Ukraine et à la participation d’anti-autoritaires à celle-ci.

Nous reconnaissons et comprenons le fait que les organisateur.trices du Salon du livre puissent avoir une position différente de la nôtre, mais nous trouvons cette décision décevante. Non seulement parce que nous la voyons comme un choix d’isolement plutôt que de dialogue. Plus important encore, cela interfère directement avec notre capacité à prendre soin des compas emprisonné.es au Bélarus.

À l’heure actuelle, il y a quinze personnes en prison que nous soutenons. La durée restante de leurs peines varie de plusieurs mois à plus de dix-huit ans.

Beaucoup de nos compas font face à des pressions et à du harcèlement de plus en plus forts, en prison, à cause de leurs liens avec le mouvement anarchiste. Ils/elles subissent régulièrement le confinement dans des cellules d’isolement, la pression psychologique, l’isolement social, le refus délibéré de soins médicaux et des prolongations de leurs peines, avec des raisons fallacieuses.

En plus du soutien à celles/ceux qui sont en prison, nous continuons à soutenir les compas qui ont été récemment libéré.es et déporté.es de force, sans possibilité de revenir. Ils/elles se retrouvent dans une situation où elles/ils doivent reconstruire leur vie à partir de zéro, tout en essayant de subvenir à leurs besoins de base, comme se nourrir et avoir un logement.

Pour le dire de manière directe, tout ce travail nécessite beaucoup d’argent.

Les événements en présentiel sont pour nous plus que des occasions de parler de l’anarchisme biélorusse et de rencontrer de nouveaux compas. Ils sont aussi un moyen de collecter des fonds pour les prisonnier.es – et un moyen très efficace.

Les salons du livre à l’international nous rapportent généralement environ 2 000 ou 3 000 euros chaque année, avec des dons et de ventes de notre distro. Au Bélarus, cette somme peut couvrir quinze visites d’avocats, ou sept colis avec de la nourriture, des vêtements et de médicaments pour un.e prisonnier.es, ou quelques mois de frais de subsistance pour un.e compa déporté.e.

Les dons mensuels que nous recevons s’élèvent à environ 400 ou 500 euros, ce qui ne permet pas de couvrir les besoins de tou.tes les compas que nous soutenons.

Tout cela pour dire que nous voulons transformer ce refus en un appel à la solidarité internationale, un appel adressé surtout aux compas de Suisse.

Voici comment vous pouvez nous soutenir :

– Faites des dons ici (chaque petit don nous aide) : https://abc-belarus.org/en/about-us/donate/
– faites des achats auprès de notre distro : https://www.sabotage.ninja/category/collectives/abc-belarus-collectives/
– partagez cet appel avec vos compas
– si vous allez au Salon du livre, appelez à soutenir l’ABC Bélarus et parlez de notre travail et des prisonnier.es dont nous nous occupons
– organisez un événement au bénéfice de l’ABC Bélarus
– si vous voyez un événement auquel nous devrions participer, faites-le nous savoir.

Ce n’est pas la première fois que l’ABC Bélarus est bannie de tels événements et nous croyons que cette tendance ne fera que s’accélérer. La possibilité que nous ne soyons plus en mesure de soutenir nos compas en prison nous inquiète beaucoup.

Cependant, nous ne sommes pas seulement une « caisse », qui évitera les sujets inconfortables, afin de garantir l’arrivée de fonds. Nous sommes un collectif politique et notre analyse de la façon dont les dictatures fonctionnent et se renforcent mutuellement fait partie de notre anarchisme tout autant que notre travail anticarcéral.

Par conséquent, nous continuerons à garder la guerre en Ukraine dans notre ordre du jour, plutôt que regarder ailleurs.

Chaque jour, dans notre lutte, nous voyons la solidarité internationale en action, même nos compas derrière les murs épais des prisons biélorusses peuvent le ressentir.

Cette solidarité nous donne un espoir révolutionnaire, l’espoir que, peu importe la force de l’État, de l’impérialisme et du patriarcat, nous l’emporterons.

Merci pour votre solidarité et pour cet espoir.

Anarchist Black Cross Bélarus

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Allemagne : Quand il n’y pas d’intérêt pour le dialogue https://attaque.noblogs.org/post/2025/11/06/allemagne-quand-il-ny-pas-dinteret-pour-le-dialogue/ Thu, 06 Nov 2025 17:41:40 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=61291 Continuer la lecture ]]> Anarchist Black Cross Belarus / mardi 28 octobre 2025

Quand il n’y pas d’intérêt pour le dialogue – L’ABC Bélarus exclue une fois de plus de la foire du livre de Berlin

Il y a un an et demi, nous avons publié un long texte intitulé « Quand l’idéologie fait obstacle à la solidarité », sur la manière dont certains groupes anarchistes de différents pays d’Europe occidentale manipulent les faits pour exclure les anarchistes d’Europe de l’Est des discussions sur la guerre en Ukraine.

Depuis lors, malheureusement, la situation a empiré et la popularité des vieilles perspectives antimilitaristes et pacifistes n’a fait que croître, au sein du mouvement anarchiste d’Europe occidentale. Ce mois-ci, nous avons reçu un autre refus, de Berlin, concernant notre participation à la foire du livre anarchiste, dont les organisateur.trices ont souligné qu’elles/ils n’avaient aucun lien avec le groupe organisateur de l’édition de l’année dernière.

Par souci de transparence : nous étions bien conscient.es de la forte probabilité d’un refus, avant de soumettre notre candidature pour cette foire du livre. D’un côté, nous avons été agréablement surpris.ses que le refus ne soit pas arrivé sous la forme d’une seule phrase impolie, comme la dernière fois, mais avec des arguments détaillés. Cependant, les arguments présentés dans la lettre nous ont encore plus déconcerté.es que les tentatives de nous accuser de soutenir la guerre, ce qui avaient fait les organisateur.trices de la foire du livre anarchiste de l’année dernière.

« Nous avons terminé ici, nos pouvoirs s’arrêtent ici… »

Les organisateur.trices ont cité « le manque de confiance envers le collectif ABC [Bélarus], en raison de nombreuses, précédentes violations d’accords avec d’autres collectifs » comme étant la raison principale de leur refus, bien qu’ils/elles aient aussi mentionné le fait qu’elles/ils considèrent « inacceptable de donner de la place à des positions appelant à rejoindre l’armée de l’État, lors d’une foire anarchiste ».

En particulier, les organisateur.trices ont mentionné deux cas précédents de violations d’accords :
– lors d’une présentation à Brême, nous aurions violé l’accord avec les organisateur.trices de « ne pas faire l’éloge de la participation à la guerre/faire l’apologie du service militaire » [1]. De plus, nous l’aurions fait non seulement verbalement, mais aussi en apportant une table de presse qui violait ces accords.
– Les mêmes matériaux ont été mis sur notre table pendant une présentation à Berlin, même s’ils ne faisaient pas « partie du sujet de la présentation » [1]. Nous avons aussi été accusé.es d’avoir commencé la présentation avec trois heures de retard et un.e des membres de notre groupe a été tout le temps au téléphone avec quelqu’un.e.

Nous avons pris ces commentaires très au sérieux et avons demandé plus de détails, que le groupe organisateur n’a pas été en mesure de nous fournir. Dans une conversation privée avec l’un.e des organisateur.trices de cet événement, nous n’avons pas non plus été en mesure de clarifier les détails des accusations.

Nous avons aussi contacté les organisateur.trices de l’événement de Brême, qui ont confirmé que nous n’avions absolument aucun accord concernant la censure du contenu de la présentation et qu’elles/ils n’avaient aucune récrimination à notre encontre. Ils/elles n’ont pas non plus interdit de mettre certains documents sur la table. Nous avons contacté une personne qui faisait partie du groupe organisateur [de la présentation] de Berlin et on nous a dit aussi que les organisateur.trices n’avaient aucune récrimination concernant notre table de presse.

Nous avons transmis toutes ces informations aux organisateur.trices de la foire du livre de Berlin. Quelques semaines plus tard, nous avons reçu une réponse dans laquelle leur position avait changé. Maintenant, les anarchistes de Berlin n’insistent plus sur la rupture d’un accord, mais écrivent simplement que la différence de nos points de vue sur la guerre en Ukraine est si profonde qu’elles/ils ne voient pas la possibilité d’un dialogue constructif avec nous, à la foire. De plus, dans leur nouvelle lettre, ils/elles ont écrit que « nous ne voyons aucun avantage, pour nous ou pour vous, dans une présentation ou une table de presse où l’adhésion à l’armée de l’État et le service dans l’armée peuvent être justifiés ».

L’une des caractéristiques importantes du régime biélorusse est l’extrême formalisation de la répression. Il est très rare que des détentions et des arrestations aient lieu en dehors du cadre des lois en vigueur. Même si des personnes sont condamnées à vingt ans pour des affaires complètement montées de toutes pièces, il y aura toujours un procès, une présentation de preuves et des dizaines de jours d’audiences à huis clos. Souvent, la vie politique dans le pays est limitée elle aussi par de telles procédures formelles. Vous n’êtes pas emprisonné.e parce que vous vous opposez au régime, mais pour des « actions qui violent l’ordre public ».

Jusqu’en 2020, toute manifestation publique était interdite avec des motivations fallacieuses et personne signalait dans la lettre de refus les opinions politiques erronées des organisateur.trices d’une manifestation ou d’un rassemblement. À la place, le régime faisait référence à la loi sur les événements de masse, qui interdisait par exemple les rassemblements près des stations de métro. En même temps, le mur de la bureaucratie était impénétrable et toutes les tentatives de remettre en question les formules stupides des fonctionnaires se heurtaient à des portes fermées.

Dans une telle situation, nous nous sommes habitué.es à ce que l’État utilise des raisons formelles et non politiques pour exclure ses opposants politiques. Ce à quoi nous ne nous attendions pas était une répétition de cette approche au sein du mouvement anarchiste. Mais c’est exactement ce sur quoi nous sommes tombé.es lorsque nous avons soumis notre candidature à Berlin.

Pourquoi ce moment nous a-t-il rappelé le Bélarus ? Très probablement à cause du sentiment d’impuissance absolue dans la communication et de l’absence de toute volonté de clarifier la situation de la part de ceux/celles que encore hier nous aurions pu considérer comme des compas. On dirait qu’on travaille avec des bureaucrates qui ne s’intéressent pas aux faits réels.

Le problème de la manipulation des faits pour exclure des groupes/des personnes

Dans notre déclaration d’il il y a un an et demi, nous avons déjà écrit que, dans la situation autour de la guerre en Ukraine, la réalité objective est sacrifiée au nom d’un colosse antimilitariste aux pieds d’argile. La présentation à Berlin nous a une fois de plus convaincu.es que, souvent, les faits sont simplement inventés afin de discréditer les opposant.es.

Nous ne sommes donc pas dans une situation d’égalité, où nous pourrions débattre de différents opinions politiques sur la situation au Bélarus, en Ukraine ou même en Allemagne. À la place, nous sommes contraint.es de nous justifier, en affirmant que nous n’avons jamais violé aucun accord. Nous sommes obligé.es d’écrire un texte expliquant qu’un.e militant.e de l’ABC Bélarus était en retard à une présentation à Berlin à cause de l’infrastructure délabrée des transports, en Allemagne (que les Allemand.es eux/elles-mêmes connaissent très bien). Nous sommes contraint.es de justifier le fait qu’un.e militant.e de notre équipe a appris la mort d’un.e camarade en Ukraine juste avant la présentation et a dû organiser en urgence le transport de la famille de ce.tte camarade depuis l’Allemagne vers son pays.

La situation actuelle nous a rappelé un essai de Dina Naeri, qui a quitté l’Afghanistan lorsqu’elle était enfant et a obtenu l’asile aux États-Unis. Dans son texte, elle décrit comment, pour être accepté.es dans la société occidentale, les réfugié.es doivent être éternellement reconnaissant.es pour le privilège d’être là où elles/ils sont. De plus, les réfugié.es sont obligé.es d’exprimer constamment cette gratitude à ceux/celles qui les entourent et ne doivent en aucun cas entrer en conflit avec les locaux.les. Il n’y a rien de pire qu’un.e réfugié.e ingrat.e. De manière similaire, dans le milieu anarchiste, nous devons être extrêmement reconnaissant.es pour l’opportunité de parler à Berlin et faire tout notre possible pour montrer notre gratitude, d’une manière ou d’une autre, à chacun.e des organisateur.trices de la présentation. Et en aucun cas nous ne devons exprimer des opinions problématiques qui mettraient mal à l’aise les anarchistes occidentaux.ales…

La volonté d’exclure des organisations anarchistes d’événements publics sur la base de tels « faits » montre une partie du mouvement anarchiste de Berlin sous un jour moins que favorable. Pourquoi des incidents fabriqués de toutes pièces suffisent-ils, pour elles/eux, pour exclure une organisation anarchiste d’Europe de l’Est qui est engagée depuis seize ans dans du travail de solidarité ? Il est ironique que les anarchistes et les gauchistes occidentaux.ales prennent souvent la propagande russe pour argent comptant sans essayer de la comprendre en profondeur.

En conséquence, nous sommes contraint.es de passer du temps à essayer de prouver notre innocence, en réponse à des accusations fabriquées de toutes pièces. Notre tâche ne devrait pas être d’essayer de réfuter de telles déclarations basées sur des faits non vérifiés. Le groupe organisateur aurait pu les vérifier lui-même, en écrivant quelques lettres, au lieu de filer ce travail à notre collectif, qui a assez d’autres tâches dans le travail de solidarité anti-répression.

En réalité, nous sommes exclu.es précisément parce que des gens nous considèrent comme des « militaristes », qui soutiennent la machine militaire de l’Ukraine et qui font l’éloge de l’armée de l’État.

Tel est le prix de la solidarité avec le peuple ukrainien dans sa lutte contre l’invasion russe. Peu importe à quel point nous sommes critiques de l’État ukrainien et des Forces armées de l’Ukraine. Peu importe combien d’efforts nous avons déployés par le passé pour lutter contre le militarisme biélorusse. Une fois de plus, rien de tout cela n’a d’importance, parce que quelqu’un.e a dit à quelqu’un.e d’autre que l’ABC Bélarus soutient le gouvernement ukrainien.

Souvent, nous ne pouvons même pas répondre à ces accusations, parce qu’elles sont soulevées à huis clos et ceux/celles qui crient le plus fort pour le boycott de l’ABC [Bélarus] restent silencieux.ses à ce propos en public. Et ici nous pouvons noter la lâcheté d’une certaine partie du mouvement anarchiste allemand, qui utilise des mensonges et des incitations pour essayer d’exclure des personnes qui ne partagent pas des opinions politiques.

Ce n’est pas notre guerre ?

Au cours des dernières années de discussions en Europe occidentale, nous sommes convaincu.es qu’une partie importante du mouvement anarchiste là-bas croit profondément, sur la base d’analyses politiques dépassées, que la guerre en Ukraine n’est pas sa guerre. Nous voyons la manière dont ces personnes ont choisi de s’asseoir confortablement dans les derniers rangs de l’histoire et d’attendre simplement de voir comment la situation en Europe de l’Est va se développer, sans leur participation. Dans le cas d’une montée en puissance politique de l’extrême droite dans nos pays, il leur sera toujours possible de dire : « Eh bien, nous vous l’avions dit » et, en cas de scénarios alternatifs, de prétendre que c’était le plan depuis le début.

Et peut-être que, quelque part, on peut sympathiser avec la position selon laquelle « ce n’est pas notre guerre ». Après tout, pour le/la résident.e moyen.ne des empires occidentaux, cette guerre concerne des personnes qu’elles/ils n’ont jamais vues. Des endroits où ils/elles ne sont jamais allé.es et très probablement n’iront jamais. Contrairement à toutes les déclarations publiques, dans l’esprit de nombreux.ses anarchistes et gauchistes du soi-disant Premier monde, la frontière de la civilisation se trouve encore quelque part en Europe de l’Est et, selon votre degré d’adhésion aux analyses occidentales, elle peut commencer en Pologne, au Bélarus ou en Ukraine. « Ce n’est pas notre guerre » signifie que les Ukrainien.nes ne sont toujours pas vu.es comme une partie de ce mythique « nous » européen. « Ce n’est pas notre guerre » signifie que nous devons essayer chaque jour de prouver que nous sommes dignes d’être égaux.ales aux anarchistes d’Allemagne ou d’autres pays « développés ». C’est précisément pourquoi les mythes sur l’ABC [Bélarus] comme étant une organisation qui viole les accords, propage de la propagande de guerre et est incapable de dialoguer prennent si facilement racine dans l’esprit de nombreux.ses militant.es occidentaux.les. Dans leur esprit, nous sommes toujours les mêmes barbares qui n’ont pas appris la manière civilisée d’interagir politiquement, nous continuons à enfreindre les règles au sein la communauté anarchiste et la seule issue est d’exclure ces barbares et d’assurer le triomphe de la pensée occidentale, lors d’événements tels que la foire du livre anarchiste à Berlin.

Mais, heureusement, il y a assez de personnes dans le monde qui ont surmonté la xénophobie et l’arrogance des empires. Des personnes qui déploient chaque jour un effort énorme pour soutenir le mouvement anarchiste au Bélarus et dans la diaspora. Pendant ce temps, nous avons trouvé un grand nombre de compas, en Occident, qui sont passionné.es et qui sont engagé.es dans le travail de solidarité depuis de nombreuses années. Et oui, nous croyons que souvent ces personnes ne reçoivent pas assez d’attention, à cause d’anarchistes comme les organisateur.trices de la foire du livre de Berlin citée ci-dessus. À la place d’exemples positifs d’organisation, de coopération et de victoires, nous sommes contraint.es, une fois de plus, de parler des échecs de cette même solidarité. De parler de la lutte pour l’égalité au sein de la communauté anarchiste. De mensonges qui deviennent partie du mouvement et qui peuvent même être inscrits dans l’histoire comme des faits.

Malgré cela, nous tenons à remercier les centaines de personnes qui ont organisé nos événements à travers l’Europe. Les milliers qui ont fait des dons pour soutenir les prisonnier.es anarchistes biélorusses. Les dizaines qui soutiennent l’Anarchist Black Cross Bélarus sur une base mensuelle. Vous êtes l’une des raisons pour lesquelles nous croyons que la solidarité fonctionne et que, quelque part devant nous, une société juste nous attend, si nous poussons un peu plus fort.

 

[1] Citations issues d’une lettre qui nous a été envoyée par les organisateur.s

Vous pouvez envoyer une lettre de protestation ou condamner publiquement l’approche de la foire du livre anarchiste de Berlin sur vos propres canaux. Au moment d’écrire ces lignes, nous savons que la foire du livre a aussi refusé que Solidarity Collectives, d’Ukraine [voir ici leur déclaration ; NdAtt.], participe.

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Un entretien avec les compas d’Anarchy Today https://attaque.noblogs.org/post/2025/06/03/un-entretien-avec-les-compas-danarchy-today/ Tue, 03 Jun 2025 16:46:48 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59523 Continuer la lecture ]]> A2day / mars 2025

[…]
Si vous voulez vous présenter – sinon pas de problème.

Quelques mots à propos de nous. A2day est un collectif très petit. Nous faisons ce site ensemble, mais en même temps chacun.e d’entre nous est impliqué.e dans la lutte anarchiste dans le lieu où elle/il se trouve actuellement. Il y a un accord qui dit que nous travaillons sur ce site de manière anonyme, personne ne peut affirmer qu’il ou elle en est un.e rédacteur.trice.

 

Tout d’abord, que pouvez-vous nous dire sur la situation sociale et politique des trois pays anciennement soviétiques parfois connus sous le nom « BUR » [Bélarus, Ukraine, Russie ; NdAtt.] ? Si vous vous sentez à l’aise pour parler des trois […] D’ailleurs, pensez-vous qu’il est utile de parler de BUR comme de quelque chose qui a une sorte d’unité ?

Chacun.e d’entre nous a été actif.ve dans les trois pays et nous pouvons dire que le territoire de la région BUR, malgré toutes les différences, a beaucoup en commun. Il est très important de dire qu’il a été possible de voyager entre nos pays sans visa, les anarchistes des pays de la BUR étaient en contact étroit les un.es avec les autres (depuis la fin des années 1980), elles/ils voyageaient chez les un.es et les autres pour des actions, ainsi que pour des rassemblements et des tournois sportifs. Pour que vous compreniez bien, la définition de notre région en tant que BUR est une sorte de jeu de mots, parce que dans les colonies pénitentiaires un « bur » est un quartier de haute sécurité, en d’autres termes, une prison dans une prison. Notre BUR est une prison en Europe. L’héritage soviétique, y compris les traditions politiques du régime totalitaire, a laissé une forte empreinte sur les sociétés de ces pays.

En même temps, le Bélarus est resté le pays le plus « soviétique », tandis qu’en Ukraine il était plus facile de se cacher et de mener des activités illégales. Le capitalisme sauvage y régnait, la police acceptait volontiers des pots-de-vin, il était facile d’acheter des armes et pas un.e seul.e anarchiste n’y a été emprisonné.e pour des raisons politiques depuis le début des années 2000 et aucun.e n’y est emprisonné.e en ce moment. Pour être exact, il faut ajouter qu’en 2018 le célèbre anarchiste biélorusse Aleksandr Frantskevich a été expulsé d’Ukraine et il est en ce moment en train de purger une lourde peine au Bélarus. En 2021, les autorités ont tenté d’expulser d’Ukraine l’anarchiste Aleksei Bolenkov, mais il a gagné son procès, avec l’aide de groupes de défense des droits humains et du battage médiatique.

 

Quels sont les liens qui persistent entre ces trois pays, plus de trente ans après la fin de ce cauchemar qu’était l’URSS ? En fait, les chemins pris par ces trois pays semblent, depuis l’Europe occidentale, assez différents. Même avant 2022, la Russie était un très grand pays, mais avec une économie en rapide désindustrialisation, se réédifiant sur l’exploitation des ressources naturelles, avec un gouvernement de plus en plus autoritaire. L’Ukraine était une sorte de « nouveau » pays, avec une démocratie vacillante, qui semblait, après Maïdan, avoir choisi la voie de l’Occident. Le Bélarus semble être une dictature inébranlable, du type des républiques populaires, même si les protestations de 2020-2021 ont essayé de contester cela.

La plupart des familles ont des parents dans d’autres pays de la région BUR, la langue russe est bien connue dans les trois pays et il n’est pas difficile pour une personne dont la langue maternelle est le russe d’apprendre à comprendre le biélorusse et l’ukrainien. Jusqu’au début de la guerre, de nombreux.ses Ukrainien.nes et Biélorusses allaient en Russie pour travailler, les Biélorusses le font encore. Les capitaux (que ce soit ceux des États ou des oligarques) circulaient librement aussi. Et même maintenant, le commerce entre ces pays continue ! Nous écoutions les mêmes groupes de musique, nous regardions les mêmes films. Le Président de l’Ukraine, un comédien professionnel, a joué dans des films et des spectacles russes. En fait, il y a bien plus de connexions et de fils imperceptibles que ce que l’on pourrait croire à première vue. Les racines remontent à l’URSS ; après son effondrement, les gens se sont retrouvé.es de différents côtés des frontières. Par exemple, de nombreux politiciens et agents des forces de l’ordre du Bélarus et d’Ukraine ont obtenu leurs diplômes dans des universités russes et ont des liens avec Moscou. Comme c’est le cas pour Loukachenko, Poutine ou Ianoukovytch*, qui sont porteurs de valeurs soviétiques. C’est l’une des raisons des protestations dans ces pays : le désir de se libérer des chaînes de Moscou et de l’héritage soviétique. La nouvelle génération, bien qu’elle ait grandi dans un environnement différent, avait toujours des codes culturels similaires, dans toute la région BUR.

Oui, l’Ukraine a essayé de se détacher du « monde russe » et de se rapprocher de l’Europe, mais elle n’a pas tenu compte du fait que 1) il y avait beaucoup de partisans de la Fédération de Russie à l’intérieur du pays, ce qui a aidé la Russie à déclencher une guerre et à s’emparer d’une partie des territoires ukrainiens (même maintenant, il y a un segment pro-russe dans la société ukrainienne) et 2) la Russie est un empire et elle ne cédera jamais ce qu’elle considère comme lui appartenant.
Le Bélarus est, depuis trente ans, sur la voie de la russification et du rapprochement avec le Kremlin. Beaucoup de Biélorusses se sont longtemps vu.es, eux/elles-mêmes et leur pays, comme une partie de la Russie, avec laquelle, d’ailleurs, il n’y a toujours pas de frontières étatiques (comme au sein de l’UE) ; avant la guerre, il n’y en avait pas non plus avec l’Ukraine. Le récit post-soviétique d’une « triple nation », « Russie-Ukraine-Bélarus », qui est activement soutenu par les autorités et les historiens pro-gouvernementaux de la République du Bélarus et de la Fédération de Russie, ainsi que par certains partis ukrainiens, était aussi important pour les générations plus âgées. Les éventements de 2013-2014, de 2020 et de 202[2] ont accéléré les changements dans ce paradigme.

 

Après 2022 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, la situation semble encore plus polarisée – mais elle pourrait aussi être plus claire. Comment la guerre a-t-elle changé la situation des populations dans les trois pays ?

C’est une question assez complexe, à laquelle il est difficile de répondre brièvement. On peut dire que la date du 24 février2022 a complètement changé la vie dans la région.

Ukraine. Des millions d’Ukrainien.nes ont été obligé.es de quitter le pays, des centaines de milliers ont été tué.es, mutilé.es, privé.es de leurs maisons, des milliers sont prisonnier.es de la Russie ou sous occupation. Celles/ceux qui restent vivent avec le sentiment constant que, à tout moment, il peut y avoir une alerte aérienne et ils/elles pourraient être tué.es par des missiles russes. Les hommes ne sont pas seulement enrôlés dans l’armée, les agents de recrutement de l’armée attrapent des gens dans les rues et les lieux de travail et les envoient à l’abattoir. L’économie est dans un état déplorable, les prix augmentent constamment, il y a des réformes antisociales, avec la corruption à un niveau sans précédent – l’armée en est saturée (et cela en temps de guerre !). Ce qui est intéressant, c’est qu’officiellement l’Ukraine n’est pas en état de guerre, mais seulement sous la loi martiale, même si de tous les côtés les politiciens et les médias crient à propos de la guerre. C’est une politique de deux poids deux mesures ou, plus simplement, de l’hypocrisie. Le pouvoir est pratiquement usurpé par Volodymyr Zelensky et son entourage, qui ne comptent sur personne d’autre. L’État ukrainien fait tout pour que le public le déteste encore plus. Et les gens en ont vraiment assez de la guerre et de la corruption incurable, surtout en regardant les enfants des oligarques et des détenteurs du pouvoir passer leurs vacances dans des hôtel suisses ou circuler à Kiev dans des Lexus. Et cela à un moment où le monde entier collecte de l’argent pour les forces armées ukrainiennes. De plus, la question du nationalisme est devenue tendue. La guerre alimente toujours des sentiments chauvins et l’Ukraine n’est pas une exception.

La haine de tout ce qui est russe/soviétique (souvent aussi de tout ce qui est biélorusse), non seulement au niveau quotidien, des personnes ordinaires (soulignons le fait que des nombreux.ses Ukrainien.nes sont brusquement passé.es à la langue ukrainienne), mais aussi au niveau de la politique d’État, y compris la politique historique, ne fait qu’ancrer le nationalisme. Au lieu de réaliser des réformes sociales, l’État détourne l’attention des Ukrainien.nes vers un patriotisme emphatique et d’autres choses secondaires. Dans cette époque, les garanties économiques et sociales sont bien plus importantes que l’usage forcé de la langue ukrainienne et la démolition des monuments en hommage à Pouchkine. Il vaut la peine de rappeler que de nombreux.ses combattant.es ukrainien.nes, au front, n’ont aucun problème avec la langue russe, contrairement à ceux/celles qui se trouvent à l’arrière, relativement au calme, et surtout à l’étranger. La montée des idées radicales de droite, des millions de destins mutilés, le traumatisme mental de la guerre, la dépendance économique croissante face à l’Occident, la catastrophe écologique du pays – cela prendra des décennies à l’Ukraine, après la guerre, pour se remettre de sa crise démographique, économique et politique. La guerre a effectivement élargi le fossé entre les peuples russe (et biélorusse) et ukrainien. Ce traumatisme ne sera pas facile à guérir pour les générations futures.

Russie. L’économie et la propagande sont orientées vers la guerre. « Tout pour le front ! Tout pour la victoire ! » (comme à l’époque soviétique). Mais, économiquement, la Russie est encore forte, malgré les sanctions. Des dizaines de milliers d’émigrant.es, des milliers d’affaires pénales pour des manifestations contre la guerre (qu’elles soient radicales ou pacifiques). Une société fracturée. Beaucoup de criminels, dans la guerre, qui commettent régulièrement des meurtres, des vols et des violences après leur retour. L’État les pardonne. Ceux qui ont été à la guerre sont autorisés à tout faire – leurs péchés sont expiés par le sang. Ce ne sont pas des cas isolés, mais un processus constant. La même croissance du chauvinisme et de la haine de tout ce qui est « occidental » et ukrainien, jusqu’aux couleurs jaune et bleu. La guerre a conduit à une renaissance de la violence d’extrême droite dans les rues. Les dénonciations d’autrui, comme à l’époque stalinienne, sont devenues une pratique courante. On instille chez les gens le sentiment qu’il y a une guerre constante entre le bon « monde russe » et l’Occident pourri. Malheureusement, une grande partie de la société professe l’impérialisme et croit dans la mission, propre à la la Russie, de garantir la stabilité dans le monde. Pour être clair.es : nous nous rendons compte du caractère pernicieux de l’impérialisme occidental et ne le nions pas, mais il faut comprendre que la région BUR a été dans les chaînes de l’impérialisme russe pendant des siècles. Ce n’est pas seulement à cause de Poutine, et même pas tellement à cause de Poutine. C’est un problème de toute la société, plus profond et enraciné non seulement dans la politique, mais aussi dans l’histoire, la culture et la religion.

Bélarus. Pays allié et vassal de la Russie. Les vagues de répression violente y ont commencé en 2020, pendant la révolution biélorusse avortée. Jusqu’à un million de personnes ont été obligées de quitter le pays. Depuis soixante ans, la diaspora biélorusse s’est engagée avec succès dans le développement culturel et le commerce. Dans un pays d’environ neuf millions d’habitant.es – dont environ 1 500 prisonnier.es politiques – on assiste à la plus grande crise démographique des soixante dernières années.

Il y a une absence totale de liberté d’expression et de réunion, aucun média indépendant, aucune ONG, pas de syndicats. Les vagues de répression continuent, tant pour des déclarations politiques que pour des déclarations ordinaires, en opposition à la guerre ou en soutien à l’Ukraine, pour des commentaires et des publications sur Internet. Alexandre Loukachenko, qui est au pouvoir depuis près de 31 ans, s’est fait une réputation, dans la région BUR, de dirigeant qui s’est attaqué à la corruption et au crime organisé et qui a fait du Bélarus un pays propre et prospère, avec des soins médicaux et une éducation gratuits. Beaucoup de personnes, dans l’espace post-soviétique, ont cru à cette image, qui ne correspond pas à la réalité. Jusqu’en février 2022, les Ukrainien.nes, qui, soit dit en passant, s’intéressaient peu à la situation politique intérieure du Bélarus, y croyaient aussi. Heureusement, la guerre leur a ouvert les yeux sur beaucoup de choses. Dans ce pays, le pouvoir des forces de l’ordre est pratiquement illimité. Il y a partout (même dans les écoles et les crèches) de la propagande sur le « Bélarus pacifique » et des critiques envers l’Ukraine et l’Occident, qui auraient déclenché la guerre. Les Biélorusses ne sont pas contre l’Ukraine et ne veulent pas participer à la guerre, mais la société est divisée aussi. La guerre a aggravé la situation économique, mais la Russie nourrit [le Bélarus] avec des prêts et des marchés pour ses produits. Le vieux dictateur essaye de remuer et de faire de l’humour, mais, très probablement, il comprend qu’après sa mort le pays subira peut-être de grands changements. Nous voyons deux scénarios : sous la pression du Kremlin, Minsk deviendra encore plus subordonné à la Russie, en perdant ce qui lui reste d’indépendance, ou alors il y aura des manifestations, un changement de pouvoir, un nettoyage et un rapprochement avec l’Occident. La seconde option est plus souhaitable, pour nous, car il y aura sans doute des opportunités pour les anarchistes : reprendre des territoires autonomes, promouvoir les idées d’auto-organisation, de démocratie directe et en général l’agenda libertaire.

 

Et à propos du (des) mouvement(s) anarchistes(s) ? Comment décririez-vous les mouvements anarchistes dans les trois pays, avant l’invasion à grande échelle ? Quels étaient les liens entre les compas des trois pays ? Si vous deviez trouver des aspects qui différencient le(s) mouvement(s) anarchiste(s) dans la région BUR de ceux de l’Occident, sur quoi mettriez-vous l’accent ?

Une autre question sur laquelle on pourrait écrire un livre. Dans aucun des États de la région BUR, au XXIe siècle, l’anarchisme n’a joué un rôle socio-politique important, comme il avait pu le faire à plusieurs reprises au XXe siècle. Le développement du mouvement anarchiste dans la BUR a été entravé, entre autres, par l’héritage soviétique. La gauche était associée aux partis communistes, perçus comme idéologiquement en faillite par les sociétés de ces pays. À ce jour, les anarchistes sont étiqueté.es (surtout par la droite) comme des « gauchistes », des « rouges » et des « communistes », c’est-à-dire les héritier.es du totalitarisme. En outre, nous soulignerons les points suivants :
1. L’absence de mouvements de masse, de contacts forts et permanents, non liés à une situation donnée, avec la société (mouvements de protestation, travailleur.euses, étudiant.es, etc.). S’il y a un conflit social quelque part, les anarchistes viennent soutenir les manifestant.es, mais ils/elles arrivent très rarement à être proactif.ves et à proposer leur agenda aux gens.
2. La rupture des traditions et l’absence de continuité entre les néophytes du mouvement et les vétéran.es plus expérimenté.es. Chaque nouvelle génération répète les erreurs du passé.
3. Bien qu’un système politique plus rigide engendre une résistance plus radicale, l’insurrection dans la BUR a, jusqu’à présent, été sociale (soutien aux mouvements de protestation plutôt que des actes individuels de terrorisme néo-nihiliste) et de nature relativement « humanitaire ». Il n’y a eu aucune atteinte, de la part d’anarchistes, à la vie de politiciens, d’oligarques, de radicaux de droite ou de membres des forces de sécurité. La vie est une valeur énorme pour nous. Cela ne signifie pas que ça va continuer comme ça – les choses peuvent changer radicalement, dans des situations critiques.
4. La région BUR n’a pas une tradition de mouvement syndical fort, comme en Occident ou même dans la Pologne voisine.
5. Le seuil de la contre-culture (sous-cultures, lifestyle anarchism, etc.) a été franchi relativement récemment (à la fin des années 2000), pas complètement et pas par tout le monde.
6. Toujours à la traîne de l’anarchisme occidental. Le fait d’emprunter des idées à la mode et « modernes », l’absence de bases théoriques, un accès restreint aux travaux des théoriciens occidentaux.
7. Des conflits internes (personnels et idéologiques), au sein du mouvement, dans chaque pays.

Les liens et les contacts entre les anarchistes de la BUR étaient insuffisants pour présenter un front uni contre l’impérialisme russe et l’agression militaire contre l’Ukraine. Une partie des anarchistes russes n’a pas compris les agendas biélorusse et ukrainien, en étant soit droguée par des idées impérialistes (l’OTAN est mauvaise, l’Ukraine veut rejoindre l’OTAN, par conséquent elle est mauvaise aussi) et rouges (l’Occident est mauvais, les républiques populaires de Lougansk et de Donetsk contre les oligarques ukrainiens et pour les travailleur.euses, l’antifascisme russe contre les partisans de Stepan Bandera [fasciste ukrainien ayant collaboré avec l’Allemagne nazie ; NdAtt.], etc.) soit par des « idées révolutionnaires pures » (Russie=Ukraine, dans les deux pays le capitalisme et les oligarques oppriment le prolétariat, donc nous ne soutenons personne). Le résultat est une scission dans le mouvement et sa marginalisation. Il faut souligner que la « révolution de la dignité » [plus connue en France comme révolution de Maïdan ; NdAtt.] en Ukraine a déjà marqué une scission dans le mouvement et exposé les contradictions liées à la vision et à la compréhension de la théorie, de la pratique et des tactiques de l’anarchisme. La guerre à grande échelle a continué cette tendance.

Si nous parlons des quinze dernières années, nous devons noter quelques points. Il y avait des contacts assez étroits parmi les personnes proches de l’anarchisme insurrectionnel dans la BUR. Un coup dur a été porté au mouvement avec l’affaire « Réseau »** et après les événements au Bélarus en 2020. Pour des raisons évidentes, nous ne pouvons pas donner plus de détails.

Bélarus. Dans la Fédération de Russie, il y avait des projets anarchistes conjoints menés par des compas, auxquels des personnes du Bélarus participaient, par exemple la coopérative éditoriale Radical Theory and Practice. Il y avait de nombreux liens et contacts personnels. Par exemple, les partisans anarchistes biélorusses Igor Olinevich et Dzmitry Dubouski, qui sont en train de purger des peines de vingt ans au Bélarus, se sont cachés en Russie en 2010, pour échapper aux persécutions des autorités biélorusses. Revolutionary Action (appelé jusqu’en avril 2010 Autonomous Action – Belarus) avait ses structures autonomes en Ukraine. Des camps d’entraînement organisés par le RKAS*** ont attiré des anarchistes de toute la région BUR. Des anarchistes de toute la BUR ont participé à l’Euromaïdan. Des anarchistes russes ont participé aux manifestations contre le décret sur les « parasites sociaux » [les personnes travaillant moins de six mois par an, soumises à une taxe spéciale ; NdAtt.], en 2017, et à l’insurrection biélorusse de 2020. Une curiosité : on peut noter qu’en Ukraine, il existait un parti politique (!) appelé Union des anarchistes d’Ukraine. Mais soulignons que cette organisation très particulière s’est toujours tenue à l’écart du mouvement anarchiste ukrainien. Des amitiés et des agendas politiques similaires influençaient des actions de solidarité régulières dans chacun de ces pays. Il vaut aussi la peine de mentionner les liens étroits entre les antifascistes et les sous-cultures proches de l’anarchisme. Tout cela est dit rapidement.

 

À mon avis, les deux épisodes spéciaux qui pourraient marquer cette génération de compas anarchistes sont le soulèvement biélorusse de 2020-2021 et, bien sûr, la résistance contre l’invasion de l’Ukraine par Poutine. Êtes-vous d’accord ? Comment décririez-vous l’implication anarchiste dans le soulèvement biélorusse de 2020-2021 ?

Déjà, il nous semble que le premier événement marquant a été l’Euromaïdan (sans compter les révoltes en Grèce en 2008 ou les actions à Khimki en 2010). C’est à cette occasion que les anarchistes de la région BUR ont eu la possibilité de participer directement à la révolution. Et les libertaires ont fait cette tentative. Même s’il n’a pas été possible de créer une centurie noire anarchiste militante, à Kiev, le fait que les anarchistes aient participé à la révolution aux côtés de la société ukrainienne reste un fait. Cela a été une expérience grandiose, qui a non seulement influencé le développement de l’insurrection dans la BUR, mais a aussi soulevé de sérieuses questions théoriques et tactiques pour le mouvement.

En ce qui concerne le soulèvement au Bélarus en 2020, celui-ci a certainement été un événement important, avant tout pour le mouvement anarchiste biélorusse. Une sorte de répétition en a été la participation remarquable des anarchistes biélorusses aux manifestations de masse des « non-parasites », en 2017. Il s’agissait de manifestations contre l’introduction de taxes pour les chômeur.euses (la loi dite « contre les parasites sociaux »). Surtout à Brest et à Minsk.

À la veille des élections, les anarchistes n’avaient aucune illusion sur le fait que Loukachenko ne renoncerait jamais au pouvoir et réprimerait durement les manifestations. Par conséquent, ils/elles n’ont pas non plus fait confiance à l’opposition politique, avec son programme de changement pacifique du pouvoir et de manifestations non violentes. Si tout avait été si simple, il n’y aurait pas eu besoin d’un soulèvement, que les gens ont décidé de faire par eux/elles-mêmes, sans aucune influence de la part des anarchistes. Des barricades ont été dressées et des affrontements violents avec la police anti-émeute ont été menés spontanément dans plusieurs villes. Et c’est bien. Même s’il faut noter que c’est grâce aux suggestions des anarchistes que les gens ont commencé à pratiquer activement la technique de former des chaînes en manifestation. Notons aussi que les anarchistes ont écrit à propos de la décentralisation et de la diffusion des manifestations dans la période précédant les élections, en critiquant le concept de « Ploshchy » (un rassemblement massif de manifestant.es dans le centre de Minsk, dirigé par les dirigeants de l’opposition).

Cela va sans dire que les libertaires ont participé ouvertement aux manifestations et aux défilés ; il serait insensé de rester à l’écart quand la société descend dans la rue et affirme sa subjectivité. Les anarchistes ont essayé de rejoindre le mouvement étudiant, un petit nombre d’anarcha-féministes ont exprimé un agenda libertaire et les anarchistes ont été particulièrement visibles dans leur participation au « mouvement des cours d’immeuble » [voir ici ; NdAtt.]. Cette initiative venant d’en bas, sous le slogan « Tout le pouvoir aux cours d’immeubles ! », était un exemple d’auto-organisation unique de la société biélorusse, basée sur la démocratie directe. Il y a eu des tentatives d’imprimer des tracts adressés aux travailleur.euses, pour organiser des initiatives. En un mot, les anarchistes sont devenu.es une force notable lors des protestations, mais n’ont pas pu influencer le cours des événements. Leur petit nombre en était la raison, ainsi que le déclin progressif de l’enthousiasme protestataire dans la société et la répression croissante.

Insurrection. Avant 2020, des actions directes avaient déjà eu lieu au Bélarus ; des cocktails Molotov avaient été lancés contre l’ambassade de Russie, des banques, des casinos et des institutions étatiques, comme une maison d’arrêt ou un bureau des impôts. Mais l’épisode le plus frappant a été l’incursion des partisans anarchistes (Dzmitry Dubovski, Dzmitry Rezanovich, Igor Olinevich et Sergey Romanov), qui, après avoir vécu pendant environ un mois dans les forêts de Polésie, ont mené plusieurs attaques contre des bâtiments et des voitures appartenant aux forces de sécurité [voir ici ; NdAtt.].

Nous voudrions mettre en avant les activités anti-répression (comme Black Book, Punishers of Belarus, la chaîne Telegram Karatelibelarusi), une répression qui, après 2020, est devenue monnaie courante pour le segment démocratique biélorusse. Déjà en 2017, le groupe Revolutionary Action a créé le site web Luka’s Gang, où ils/elles collectaient des informations et des données personnelles sur les membres des forces de l’ordre, les juges et les propagandistes d’État. Cette pratique a été développée dans son blog par le journaliste Nikolai Dedok. D’ailleurs, sur la vague des protestations, le nombre de ses abonné.es a augmenté à environ 15 000, ce qui est un nombre assez significatif pour le Bélarus. Nikolai est un anarchiste biélorusse bien connu, un ancien prisonnier politique (de 2010 à 2015) et auteur de mémoires de prison. En particulier, il a durement critiqué le système oppressif et les forces de l’ordre, la vidéosurveillance… Ironiquement, c’est à cause des caméras et de la reconnaissance faciale qu’il a été attrapé. Nikolai a commis un erreur dans sa clandestinité, en rencontrant une connaissance. Il a été brutalement arrêté et torturé. Maintenant, il est en prison à Hrodna.

L’assistance aux prisonnier.es politiques. Avant tout, l’Anarchist Black Cross, qui est en activité depuis plus de dix ans. Suite aux arrestations de compas, commencées en 2020 et jusqu’à aujourd’hui, ils/elles ont beaucoup de travail à faire. Avec la vague de protestations et de répression, l’organisation anonyme, créée à l’époque de l’Union soviétique, a étendu ses activités. L’initiative Dissident.by, créée en 2019 par des anarchistes, et qui, contrairement à l’ABC, s’occupe de tou.tes les prisonnier.es politiques, a étendu ses activités.
On peut penser ce qu’on veut des organisations légales de défense des droits humains, mais certaines d’entre elles, en particulier dans le régime autoritaire du Bélarus, font un travail remarquable et nécessaire. Leur expérience et leur aide sont inestimables. Certains anarchistes, maintenant en prison (Marfa Rabkova, Andrei Chepyuk), ont collaboré avec le principal centre biélorusse de défense des droits humains, Viasna. Le leader de Viasna, Alès Bialiatski, lauréat du prix Nobel de la paix, est emprisonné lui aussi.

Les anarchistes n’avaient aucun lien avec les travailleur.euses, dont la plupart manquaient de conscience révolutionnaire ou, du moins, politique et avaient un état d’esprit passif.

Pour la première fois dans l’histoire moderne du Bélarus, les anarchistes ont présenté deux programmes politiques pour la période de la révolution (l’un du groupe Pramen et l’autre d’Ihar Olinevich et de ses compagnons). Bien sûr, ce n’étaient que des propositions pour le moment du soulèvement, qui auraient dû être finalisées dans les détails, mais, quand même, nous pensons que cela a été une étape importante pour le mouvement.

À cause de l’absence de ressources humaines et matérielles suffisantes, les anarchistes n’ont pas réussi à créer un mouvement révolutionnaire de masse dans le pays.

 

Pourriez-vous nous donner un aperçu détaillé de la présence anarchiste actuelle, dans les trois pays ? Après la dure répression qui a suivi le soulèvement de 2020-2021, le mouvement anarchiste biélorusse est-il toujours vivant à l’intérieur du pays ? Il y a quelques semaines [le 26 janvier 2025 ; NdAtt.], Loukachenko a été réélu une fois de plus… apparemment sans protestations. La résistance, à l’intérieur du Bélarus, est-elle encore possible ? En Russie : l’opposition à cette guerre et à la dictature de Poutine mène beaucoup de gens en prison. Mais on peut aussi lire d’actes de résistance. Pourriez-vous en parler ?

Avant d’attaquer l’Ukraine, le régime de Poutine a essayé de s’occuper de l’opposition et des anarchistes à l’intérieur du pays. À cette époque-là, beaucoup d’anarchistes avaient pris le chemin de l’illégalité et se préparaient à une confrontation armée. La dite « affaire Réseau » et, plus tard, l’affaire de Tioumen**** ont été des coups durs pour le mouvement anarchiste. Dans les deux cas, plusieurs compas ont été arrêté.es, torturé.es et ils/elles ont fait des aveux sous la torture. Il y a beaucoup d’aspects sombres dans l’affaire « Réseau » et de nombreuses questions sont encore sans réponse, mais une des rares bonnes nouvelles à propos du mouvement est que l’un des accusés dans cette affaire, Viktor Filinkov, a été libéré récemment. Il a été immédiatement déporté au Kazakhstan (parce qu’il n’a pas la nationalité russe).

Un moment tragique pour le mouvement a été la mort du jeune Mikhail Zhlobitsky, qui a tenté de faire sauter l’entrée du FSB, à Arkhangelsk, en 2018.

On peut dire qu’il n’y a pas de mouvement anarchiste fort, ni même organisé, dans la Fédération de Russie. Il y a des individus et des collectifs anarchistes, mais leur travail est principalement légal ou semi-légal. Par exemple, on publie des livres, il y a des médias d’informations, il y a du soutien pour les compas emprisonné.es, quelques fois des soirées de solidarité et des concerts sont organisés. Certain.es des anarchistes qui sont resté.es dans le pays sont impliqué.es dans des activités environnementalistes. Mais beaucoup ont dû quitter le pays. Certain.es sont en prison.

Le mathématicien anarchiste Azat Miftakhov est en prison depuis de nombreuses années. Cependant, une jeune génération d’antifascistes est en train de grandir, mais ils/elles tombent régulièrement sous le coups de la répression. Au début de la guerre à grande échelle, il y a eu des actions radicales de sabotage des chemins de fer, menées par le groupe BOAK (Organisation de combat des anarcho-communistes), mais maintenant, apparemment, ils/elles manquent elles/eux aussi de ressources humaines. La répression ne s’arrête pas, de nouvelles affaires pénales sont ouvertes. L’une des affaires les plus retentissantes est celle de Ruslan Sidiki, un partisan anarchiste qui risque la prison à vie pour un sabotage de chemin de fer [fin mai, il a été condamné à dix-neuf ans de prison ; NdAtt.].

Le mouvement biélorusse est brisé et paralysé. Environ trente compas sont en prison – tou.tes reconnu.es comme des prisonnier.es politiques. Non seulement ils/elles ont été arrêté.es brutalement (par exemple, Aliaksandr Frantskevich et Akihiro Gajewski-Hanada ont été arrêtés par environ vingt policiers) et torturé.es, mais il y a aussi eu des procès-spectacles, complétés par des reportages de propagande dans la presse et à la télévision. Il y a une pression constante sur les parents et les ami.es des prisonnier.es politiques. Le procès contre la mère d’Aliaksandr Frantskevich a commencé récemment. Malheureusement, ces dernières années, au Bélarus, plusieurs personnes qui étaient liées à des degrés différents au mouvement sont décédées. L’immense majorité des anarchistes biélorusses est en exil forcé, où elles/ils continuent à être actif.ves. Principalement en Pologne et dans d’autres pays de l’UE. Bien sûr, il y a encore dans le pays des personnes qui sympathisent avec le mouvement. Des personnes qui n’ont jamais été arrêtées et qui sont inconnues des forces de l’ordre. Nous pensons qu’ils/elles sont prêt.es à passer à l’action, non pas immédiatement, mais pendant un possible renouveau.

Que la mort d’un dictateur ou quelque chose d’autre puisse être le déclencheur de tels bouleversements, il est difficile pour nous de faire des spéculations. Pour l’instant, elles/ils essaient de rester dans l’ombre. Ce qu’ils/elles peuvent faire aujourd’hui, c’est aider les prisonnier.es politiques, matériellement et en faisant circuler des informations, se développer physiquement et spirituellement, en se préparant progressivement à la prochaine étape de la lutte, qui arrivera sans doute. Il y a aussi un peu d’espoir sur la nouvelle génération, plus jeune. Par exemple, le dernier épisode d’activisme anarchiste a été l’affaire des jeunes (16 à 19 ans) anarchistes, inconnu.es auparavant, du groupe Rossignols Noirs [voir ici ; NdAtt.]. Ils/elles ont été arrêté.es en mars 2024 et accusé.es de « collaboration avec les services secrets ukrainiens », de « préparation d’actes terroristes » et de « fabrication d’explosifs ». À en juger par le film de propagande [réalisé par la télévision d’État ; NdAtt.], au moins deux membres du groupe semblent être des anarchistes convaincu.es. Depuis deux ou trois ans, il y a aussi eu des actes de sabotage radicaux, au Bélarus (l’anarchiste Nikita Emelyanov est encore en train de purger une longue peine suite à l’incendie de la Maison d’arrêt n°1, à Minsk), mais en ce moment toute résistance est très dangereuse et porte à de longues peines d’emprisonnement, car la répression et les procès ne s’arrêtent jamais et pour mener une action on doit s’y préparer longuement et en secret. Les trois années de guerre à grande échelle ont été marquées par de nombreuses actions de guérilla contre la guerre, effectuées par des personnes qui ne sont pas anarchistes. La plupart d’entre eux/elles ont été arrêté.es et condamné.es à de très longues peines. En ce qui concerne les manifestations de masse, c’est une perspective future.

 

Et à propos de l’Ukraine ? Le débat international sur ce que les compas ukrainien.nes devraient faire – si elles/ils doivent défendre le pays contre l’invasion ou pas – secoue les gauchistes occidentaux.ales (et les anarchistes aussi)… Qu’en est-il des opinions des compas d’Ukraine (et de Russie, et du Bélarus) ? Bon, blagues à part, je (V.) suis complètement d’accord avec les compas qui ont choisi de résister à l’invasion, que ce soit en combattant dans l’armée de l’État ou avec des activités civiles de volontariat. Pourriez-vous en parler ? Et à propos du « mouvement contre la guerre » en Ukraine ? On parle beaucoup, parmi les gauchistes occidentaux.ales, de la désertion de l’armée ukrainienne. Que pouvez-vous dire à ce propos ? Les « Z-anarchistes » occidentaux.les parlent aussi beaucoup de deux groupes anarcho-syndicalistes, Assembly de Kharkiv et le KRAS de Vadim Damier, quelque part en Russie. Bien entendu, parce que ces deux groupes prônent une position « classique » du type « pas de guerre mais guerre de classe » – que pensez-vous d’eux/elles ?

Vadim Damier est un historien universitaire, auteur d’excellents livres sur l’histoire de l’anarchisme ; le KRAS est un groupe de plusieurs intellectuel.les réuni.es autour de lui, comme Dmitry Rublev, lui aussi bon historien de l’anarchisme, mais ils/elles n’ont aucun lien avec les syndicats, le mouvement des travailleur.euses ou tout autre mouvement, elles/ils vivent mentalement dans une époque révolue. Notez qu’ils/elles ont un vaste réseau de liens avec des syndicats et des activistes en Europe, qu’elles/ils parlent des langues étrangères et sont habiles à diffuser leur agenda parmi des groupes sympathisants au sein de l’UE. Anatoliy Dubovik, un vétéran du mouvement anarchiste en Ukraine et historien anarchiste, a appelé cette position « anarcho-poutinisme ». Peut-être qu’il y a quelque chose que nous ne savons pas, mais il est peu probable que les membres du KRAS se tiennent jour après jour devant les casernes des soldats russes à faire de l’agitation en distribuant des tracts. Nous ne pensons pas non plus que les membres du KRAS aillent quotidiennement à l’entrée des usines pour échanger avec le prolétariat dont ils/elles font les louanges dans leurs déclarations. Ce n’est qu’un jeu de bureau et de l’imposture sur Internet. Nous serions très heureux.ses d’avoir tort et de découvrir qu’ils/elles aident clandestinement des dizaines ou des centaines de soldats russes à déserter. Mais nous n’avons jamais entendu parler de quelque chose de ce genre. Pendant qu’ils/elles se trouvent à l’intérieur de la Fédération de Russie, avec leurs emplois légaux de fonctionnaires de l’État, en écrivant des textes scientifiques et en luttant pour la « pureté du vrai anarchisme », la guerre continue. Non seulement ils/elles nous traitent d’« anarchistes des tranchées », d’« anciens [anarchistes] », de « traîtres », d’« anarcho-militaristes », etc., mais, malheureusement, elles/ils font aussi du chantage à celles/ceux qui sont en faveur de la résistance armée contre l’agression de Poutine et de l’assistance à nos compas ukrainien.nes. Pour être justes, on peut noter que, de l’autre côté, il y a aussi des cas fréquents de comportement indigne et d’agression envers les adversaires.

Et il n’est pas surprenant que parfois les émotions des compas ukrainien.nes prennent le dessus – ils/elles sont pris.es dans des tirs croisés : l’agression militaire de part de la Fédération de Russie et la mobilisation forcée imposée par les autorités ukrainiennes sont complétées par l’étroitesse d’esprit et l’incompréhension des compas du mouvement.

En tant qu’anarchistes, nous ne pouvons pas accepter que l’État décide pour toi, te privant de ta liberté et de ta vie. Par conséquent, nous soutenons pleinement le droit des gens à déserter. D’un autre côté, il est souhaitable que la désertion se développe parmi l’armée russe. Nous savons que, depuis février 2022, le nombre de déserteurs en Ukraine augmente de manière constante, que plus de 100 000 affaires pénales pour désertion ont été ouvertes et que plus d’un demi-million d’Ukrainiens sont sur la liste des personnes recherchées par la police pour avoir échappé à la mobilisation. Mais si cette tendance continue seulement en Ukraine, l’occupation totale du pays ne sera qu’une question de temps.

Aucun.e théoricien.ne n’a le droit d’imposer une quelconque pureté idéologique mythique aux anarchistes. Un.e anarchiste a tous les droits à l’auto-défense et à la résistance. Par conséquent, nous soutenons pleinement, en paroles et en actes, les anarchistes qui ont décidé de rejoindre les Forces armées de l’Ukraine. Nous considérons inacceptable de se tenir à l’écart, sous prétexte d’« antimilitarisme ». Pour peser en tant que force socio-politique, les anarchistes doivent être avec le peuple.

Assembly, de Kharkhiv, est un groupe actif dans la réalité, même si à notre connaissance il n’est constitué que de quelques personnes ; elles participent au mouvement de volontariat, aident les civils en Ukraine, participent aux conflits sociaux. Contrairement au KRAS, elles ont un plus grand droit de parler de la guerre. Nous ne partageons pas leur point de vue sur la guerre, mais nous les traitons avec respect.

 

Beaucoup de compas de la région BUR vivent à l’étranger. Comment c’est, de vivre en exil ? Comment sont les liens avec les anarchistes locaux.ales ? […]

Les anarchistes de la région BUR sont éparpillé.es dans le monde entier. La plupart des anarchistes de la BUR vivent en Pologne et en Allemagne. À notre connaissance, c’est en Pologne que les anarchistes biélorusses coopèrent le plus étroitement avec le mouvement local. Comme tou.tes les émigrant.es, elles/ils ont des problèmes de papiers, pour apprendre la langue locale et pour trouver un travail. Et certain.es compas ont des troubles de stress post-traumatique. […]

 

Comment voyez-vous l’avenir? Pensez-vous que la nouvelle administration états-unienne, dirigée par Trump, pourrait mener à une paix viable ? Des partis d’extrême droite, pro-Poutine (comme le FpÖ en Autriche, l’AfD en Allemagne, la Lega en Italie et le RN ici en France, pour ne pas parler du régime d’Orban en Hongrie et de celui de Fico en Slovaquie) gagnent de plus en plus de pouvoir dans les pays de l’UE. Alors, quelle sorte de cessez-le-feu pourrait être possible ? Une vraie paix ou une situation comme auparavant, ce genre de « guerre tiède » qui rampe dans le Donbass depuis 2014, mais dans une plus grande partie de l’Ukraine ?

Nous aimerions vraiment que cette guerre se termine rapidement. Il est tout à fait possible que Trump arrive à obtenir un accord de paix ou qu’un cessez-le-feu soit signé et nous croyons à cette dernière option plus qu’à la première. Une vraie paix nécessite une révolution, en Russie et au Bélarus, qui détruise l’empire. Une révolution, non pas dans les termes d’un coup d’État armé et d’un changement de pouvoir, mais un processus de masse de changement profond du système des valeurs humaines et des relations socio-économiques. Un cessez-le-feu temporaire et une trêve imposée n’arrêteront pas la Russie dans ses plans de reprendre au moins les territoires qu’elle a possédé pendant 300 ans et au mieux d’en saisir de nouveaux. Quant aux États-Unis, Trump est l’archétype du capitaliste et de l’homme d’affaires ; le genre d’oligarque occidental qui fera tout pour l’Amérique (en tant que machine d’État et empire, non en tant que peuple). Il est dans son intérêt de soumettre l’Ukraine économiquement, autant que possible (tout comme les pays de l’UE, de l’Amérique latine ou du Moyen-Orient), il est dans l’intérêt de la Russie de faire des Ukrainien.nes des esclaves, non seulement économiquement, mais aussi spirituellement et mentalement. C’est là l’une des différences entre les deux empires, dans cette guerre. Nous aimerions voir la victoire de l’Ukraine et la défaite finale du Kremlin, mais en regardant les faits de manière réaliste, nous craignons que les prévisions pour les prochaines années ne soient pas très réjouissantes. Même si les Ukrainien.nes le souhaitent, nous doutons que le retour des territoires occupés après 2022, de Lougansk et de Donetsk et encore plus de la Crimée, soit réalisable dans les prochaines années. Pour le dire gentiment, l’Occident a eu un temps de retard dans la compréhension de ce que préparait le Kremlin et dans la fourniture d’aide militaire, qui aurait dû être livrée tout de suite. Maintenant, après trois ans, alors que la situation est dans une impasse, il est peu probable que quelque chose change. Bon, peut-être que Poutine va crever en s’étouffant avec un sandwich au caviar, et ensuite… :)))

 

Que pourraient faire les anarchistes d’Europe occidentale pour aider les anarchistes de la région BUR ? Auriez-vous quelque chose à leur dire ?

Les anarchistes en Europe occidentale traversent une période difficile, les gouvernements utilisent la guerre pour attaquer les droits et les libertés et tout manque de loyauté est présenté comme une activité dans l’intérêt de la Russie. Les opportunités d’activités illégales sont réduites et les mesures de sécurité sont renforcées. Dans ces conditions, il est très difficile pour les anarchistes qui sont obligé.es de fuir la Russie et le Bélarus d’obtenir un statut légal, on leur refuse souvent l’asile. Malheureusement, dans la plupart des cas nous ne pouvons pas nous passer des contacts avec l’État et l’administration, notamment pour les régularisations, c’est un processus long et compliqué, le soutien des compas est très important. Aidez vos compas non seulement à s’installer dans un nouvel endroit, mais à trouver leur place dans les luttes que vous menez. Ce serait génial que les compas occidentaux.les ne regardent pas la propagande du Kremlin, comme RT, mais saisissent et attaquent les yachts, les manoirs et les bureaux appartenant à des oligarques russes, en Europe. Nous savons que de tels cas se sont produits, mais ce n’est pas encore suffisant.

De plus, il y a besoin d’aide pour les anarchistes ukrainien.nes au front, ainsi que pour les volontaires à l’arrière ; ils/elles écrivent à propos de leur travail de combat et de l’aide qui est nécessaire sur plusieurs chaînes Telegram, comme Solidarity Collectives (@SolidarityCollectives) et GNIP (t.me/gnimperialpride). Malheureusement, nous devons encore expliquer à beaucoup de compas occidentaux.les, qui ne connaissent pas le contexte politique ou historique de la région BUR, à quel point l’héritage impérial de la Russie est fort ici. Il y a toujours la possibilité de le découvrir, de demander aux compas originaires de la BUR pourquoi elles/ils font cela et comment ils/elles le font. C’est seulement dans le dialogue et le respect mutuel que la compréhension fraternelle peut être atteinte. À cet égard, il est important de traiter la notion d’« impérialisme » de manière plus approfondie et plus polyvalente, sans se fixer sur le scintillement occidental. Nous avons aussi besoin d’un soutien matériel constant pour les anarchistes biélorusses en prison et leurs familles. Vous pouvez aider en faisant un don à l’ABC biélorusse.

 

 

Notes d’Attaque :
* Viktor Ianoukovytch, président de l’Ukraine de 2010 à 2014, quand il s’est enfuit en Russie suite à la révolution de Maïdan.
** Entre l’automne 2017 et le début de l’année 2018, une douzaine de personnes ont été arrêtées à Penza et Saint-Petersbourg) , tandis que d’autres ont réussi s’enfuir. Les flics les accusaient d’avoir constitué une organisation terroriste. Tous les interpellés ont été durement torturés, pour leur faire signer des aveux (seulement deux ont tenu bon et refusé de coopérer). Des journalistes et activistes des droits de l’homme qui documentaient ou dénonçaient ces abus ont également été pris pour cible. Les personnes arrêtées à Penza ont été condamnées à des peines allant de six à dix-huit ans de prison, celles de Saint-Petersbourg à des peines légèrement plus courtes. Des compas russes ont par la suite dénoncé le fait que la plupart des inculpés de Penza étaient impliqués dans un important trafic de drogue, ce qui a fait que l’un d’entre eux a assassiné deux personnes qui voulaient s’en éloigner.
*** La Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes [Революційна Конфедерація Анархістів-Синдикалістів, RKAS] fondée à Donetsk en 1994 et par la suite active dans toute l’Ukraine. Elle s’est auto-dissoute en 2014, suite à la prise du pouvoir, dans le Donbass, par les séparatistes pro-russes. On pourra trouver ici (en italien) un entretien avec deux anciens membres, qui parlent de cette organisation (et de leur actuel engagement dans la résistance ukrainienne).
**** En août 2022, la police a interpellé deux anarchistes, dans la ville sibérienne de Tioumen. Lors des perquisitions, les flics auraient trouvé des explosifs. Quatre autre compagnons ont été interpellés et, sous la torture, certains des six ont fait des aveux (comme leur volonté d’effectuer des sabotages de lignes ferroviaires et des attaques contre des bureaux de recrutement de l’armée et des postes de police), qu’ils ont retirés par la suite. Un seul a maintenu ses déclarations, en passant un marché avec les flics. Les cinq autres, accusés de « création et participation à une organisation terrorisme », de « préparation d’un acte de terrorisme », de « fabrication et de possession d’explosif », se trouvent actuellement en prison, dans l’attente de leur procès.

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Bélarus : Quand l’idéologie fait obstacle à la solidarité https://attaque.noblogs.org/post/2024/05/13/belarus-quand-lideologie-fait-obstacle-a-la-solidarite/ Mon, 13 May 2024 12:27:54 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=55530 Continuer la lecture ]]> Anarchist Black Cross Belarus / mardi 16 avril 2024

Au cours des quinze ans d’existence de notre collectif, nous avons traversé plusieurs crises politiques majeures. Pendant les élections, les protestations et la répression politique, le mouvement anarchiste biélorusse n’a pas été confronté à l’isolement, de la part de ses compas. De Los Angeles à Hong Kong, des gens du monde entier ont montré leur solidarité dans la lutte contre la dictature biélorusse et pour une société juste et libre.

Pendant cette période, nous n’avons que rarement rencontré des gens qui essayaient de nous expliquer que le régime biélorusse n’est pas si mauvais et que toutes ses horreurs ne seraient que de la propagande libérale. Depuis 2014, nous avons rencontré, à l’étranger, des antifascistes ou des anarchistes qui, d’une manière ou d’une autre, croyaient à la propagande russe à propos des Républiques populaires de Lougansk et de Donetsk. Mais, avant 2022, nous avons rarement rencontré des « expert.es en l’Europe de l’Est » qui nous auraient parlé avec assurance d’une réalité qui n’existe que dans le domaine de la propagande politique.

Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, la situation a changé de façon vraiment spectaculaire. Soudain, au sein des mouvements anarchistes et antifascistes, ont fait leur apparition des « spécialistes » des réalités de l’Europe de l’Est, qui nient complètement les faits, en faveur d’un modèle simpliste du monde. De nombreuses discussions sur la guerre en tant que conflit entre l’OTAN et la Russie ou sur le régime fasciste de Kiev ignorent foncièrement les faits objectifs. Dans ce texte, nous voudrions discuter de la manière dont cette attitude affecte le développement de la solidarité internationale et dont certain.es anarchistes choisissent de déformer la réalité dans la lutte pour la suprématie idéologique.

L’Internationale des fédérations anarchistes (IFA)

En Europe de l’Est, peu de gens ont entendu parler de l’IFA, une organisation anarchiste internationale fondée en Italie en 1968. Au moment de la rédaction de ce texte, la Fédération est composée de groupes d’Europe, d’Asie, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. À un moment donné, elle comprenait aussi des organisations de l’ancienne Union soviétique, y compris du Bélarus.

Avec le déclin de la Fédération des anarchistes du Bélarus (FAB), notre groupe est devenu l’organisation de contact de l’IFA dans ce pays. Pendant de nombreuses années, nous avons travaillé en étroite collaboration : nous avons rendu visite à des compas dans différentes régions et, avec d’autres organisations, nous avons fait des tours d’information dans différents pays. Jusqu’en 2022, nous n’avons pratiquement pas eu de conflits politiques graves avec les organisations membres de l’IFA. L’invasion de l’Ukraine a profondément changé l’attitude de nombreux.ses membres de l’Internationale à l’encontre de notre groupe.

L’une des raisons réside dans notre initiative de tenir des réunions informelles en ligne avec des membres de l’Internationale sur la guerre en Ukraine : l’objectif principal à ce stade-là était de transmettre des informations objectives sur ce qui se passait et de lutter activement contre la désinformation russe. Ces réunions devaient avoir lieu toutes les deux semaines. Dès la deuxième réunion, nous avons rencontré de graves problèmes, lorsque certain.es participant.es, membres de l’Internationale, ont commencé à répéter presque mot pour mot la propagande russe sur l’OTAN, le fascisme en Ukraine, etc.

La série de réunions en ligne s’est terminée assez rapidement. D’une part, la réticence de nombreux.ses anarchistes à accepter des faits objectifs les a entravées. D’autre part, certain.es membres de l’Internationale ont insisté pour officialiser de telles réunions, ce que nous avons considéré comme une tentative flagrante de « bureaucratiser » des informations gênantes.

Nous avons rencontré le problème de la « bureaucratie sélective » un an plus tard, quand, lors d’une des réunions formelles de l’Internationale, nous avons proposé d’inviter des compas d’Ukraine et de Russie, pour expliquer la situation dans ces régions et la possibilité d’interagir directement avec les militant.es locaux.ales, plutôt qu’avec des informations provenant des réseaux sociaux et de groupes douteux.

La participation d’anarchistes d’Ukraine et de Russie a été bloquée et après plusieurs mois de tentatives constantes pour exclure les gens de Bélarus, d’Ukraine et de Russie des discussions sur la guerre en Ukraine, nous avons décidé de nous retirer de l’Internationale [1].

Cette situation a été la première d’une longue série de barrières érigées autour du thème de la guerre en Ukraine par certains groupes d’« expert.es », qui préfèrent la même vision simpliste du monde. Malheureusement, dans certains pays, nos anciens.ne compas de l’Internationale jouent un rôle actif dans le maintien du mythe de « l’OTAN contre la Russie ».

Le conflit au sein de l’IFA nous a montré à quel point les liens internationaux sont fragiles face aux programmes gouvernementaux de désinformation, au dogmatisme idéologique et à la réticence de nombreux.ses anarchistes à comprendre des conflits internationaux complexes.

Foire du livre et congrès

À l’été 2023, nous avons demandé de participer à la Foire du Livre anarchiste de Ljubljana, où nous avons fait une présentation sur la répression au Bélarus, avec une session séparée pour discuter de la façon dont la guerre en Ukraine affecte les luttes politiques des anarchistes. Quand nous avons vu les panneaux « pas de propagande de guerre », les membres de notre collectif ont été quelque peu confus.es, sachant que la position sur la guerre des organisateur.trices de la foire du livre est ambiguë. Nous n’avons jamais compris à qui s’adressaient ces affiches, même si, à un moment donné, nous avons eu peur qu’on nous dise de retirer des brochures avec des entretiens sur la guerre de différent.es anarchistes d’Ukraine et de Russie.

Lors de cet événement, nous avons rencontré, entre autres, des compas qui par le passé avaient organisé des événements de soutien financier et des présentations de l’ABC [Bélarus]. Certain.es d’entre elles/eux ont complètement refusé de nous parler, tandis que d’autres ont préféré communiquer sous la forme de déclarations politiques plutôt que de dialogue.

Au congrès anarchiste de Saint-Imier, nous avons commencé à parler ouvertement de nos craintes que notre position politique sur la guerre en Ukraine n’affecte la solidarité avec les compas réprimé.es au Bélarus : plus nous essayons de remettre en question les positions qui ne tiennent pas compte de la situation dans la région, plus nous devenons des « parias » dans certaines branches du mouvement anarchiste, qui étaient prêtes, auparavant, à apporter un soutien varié aux compas de la région BUR (Bélarus, Ukraine, Russie).

En Suisse, nous avons également pris conscience du fait que nous commencions à être considéré.es comme des militaristes et des partisan.es de la guerre en Ukraine, bien que personne ne nous l’ait dit directement. Nous avons été informé.es de cette perception presque un an après notre voyage en Suisse.

Les organisations partenaires

Avant d’aborder notre « engagement en faveur du militarisme », nous voudrions discuter brièvement de la manière dont les anarchistes et les gauchistes occidentaux.les trouvent des partenaires « alternatif.ves » dans cette région, pour confirmer leurs opinions politiques.

Par rapport à la situation en Ukraine, le principal partenaire des antimilitaristes était l’odieux groupe de média Assembly [Assembleia], de Kharkiv, qui préfère se dissocier du reste du mouvement anarchiste et qui coopère activement avec le groupe de Vadim Damier, un historien russe [et membre de la Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes – KRAS ; NdAtt.] qui, depuis 2014, propage le mythe d’une Ukraine fasciste. Si vous voulez en savoir plus sur Assembly, demandez aux anarchistes ukrainien.nes.

Dans le cas du Bélarus, la situation est devenue assez bizarre, car les antimilitaristes et les pacifistes ont tout à coup commencé à travailler avec la controversée Olga Karach, une « professionnelle » de l’activisme des ONG, au passé douteux, ce qui était déjà bien attesté avant les événements de 2020. Les personnes qui sont familières avec la scène politique du Bélarus ont entendu parler de Karach et comprennent le danger d’une interaction politique avec cette personne : pour Olga, la désinformation est l’un des outils pour construire du pouvoir politique et pour collecter de l’argent.

Il s’avère que l’organisation Our House, dirigée par Olga, participe activement à la création d’un mythe sur un mouvement de masse de déserteurs, à l’intérieur Bélarus, qui veulent quitter le pays pour tenter d’éviter la mobilisation. En novembre 2022, il y aurait déjà eu des dizaines de milliers de ces fugitifs [2]. Combien de ces fantasmes Karach a vendu à la gauche occidentale reste à ce jour un mystère.

En prenant l’exemple de l’organisation mentionnée ci-dessus, il devient évident que, dans leur recherche de nouveaux « partenaires » en Europe de l’Est, les gauchistes et les anti-autoritaires [occidentaux.les] sont prêt.es à travailler avec des figures douteuses, pour autant qu’elles confirment les faits nécessaires à leur vision du monde. Le critère de la confiance devient non pas la tentative de comprendre la situation réelle dans la région et la volonté de soutenir la lutte, mais plutôt l’interaction avec celles/ceux qui confirment des idées préexistantes, fausses.

Avec cette approche, certains groupes d’activistes risquent de tomber dans le piège d’escrocs qui s’intéressent avant tout à l’aspect financier des choses. L’incapacité ou la réticence à creuser certaines questions font des anarchistes des proies faciles pour ceux/celles qui, traditionnellement, « parasitent » les forces politiques progressistes et de centre-gauche.

Est-ce que l’ABC Bélarus soutient la guerre en Ukraine ?

Il y a quelques mois, l’ABC Bélarus a demandé à participer, avec une table de presse et/ou une présentation, à une foire du livre à Berlin [3]. Les organisateur.trices de la foire ont déclaré qu’elles/ils prévoyaient d’accorder une grande attention à la question de la guerre en Ukraine. La réponse à notre demande a été catégoriquement négative et contenait la formulation suivante :

« …Vous êtes en faveur de la guerre en Ukraine, alors nous n’avons plus rien à dire… »

Et il est évident que cette perception des anarchistes de la BUR qui résistent à l’impérialisme russe continue à se renforcer dans l’esprit d’une partie du mouvement anarchiste. Au lieu d’une analyse critique et de tentatives de dialogue, nous nous heurtons encore et toujours à un mur d’ignorance politique flagrante. En conséquence, l’ABC Bélarus ne se rendra pas à la foire de Berlin (notre dernière intervention dans cette ville, qui a traité de la situation de la répression dans notre pays, a eu lieu avant le début de l’invasion à grande échelle [de l’Ukraine]), et les organisateur.trices de cet événement pourront mener des débats dans une atmosphère de « consentement » général, s’étant assuré.es de l’absence d’opposition de la part de personnes qui mènent leurs activités directement dans la région de la BUR.

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les militant.es occidentaux.ales « se lassent » de ce sujet, nous nous attendons à ce que cette approche envers notre collectif ne fasse que croître et que les « mauvaises herbes » de la désinformation et des mensonges purs et simples se développent à la place de la solidarité.

Nous ne frapperons pas aux portes fermées des centres sociaux de l’Ouest, pour essayer de raconter l’histoire de notre lutte ou de la répression contre nos compas. Nous avons beaucoup d’espace où diriger nos énergies telles qu’elles sont. Mais est-ce que les personne qui censurent des groupes de solidarité se rendent compte que, si elles sont vraiment attachées aux idées de l’internationalisme et de l’anarchisme, elles devraient alors se charger de soutenir avec leurs propres forces les compas réprimé.es ? Il est donc également de la responsabilité de ces groupes d’informer de la répression le mouvement anarchiste au sens large et de collecter des fonds pour apporter un soutien de base à celles/ceux qui poursuivent la lutte en prison.

Pour notre part, nous voulons exprimer notre gratitude à ceux/celles qui continuent à soutenir notre collectif et nos compas au Bélarus, en Ukraine et dans d’autres pays d’Europe de l’Est. Malgré tous les défis et les obstacles, c’est vous qui montrez l’exemple de la solidarité internationale et de la disponibilité à se tenir côte à côte dans les moments les plus difficiles de notre lutte, peu importe le nombre de kilomètres et de murs qui nous séparent !

 

Notes :
1. Au cas où quelqu’un.e douterait de notre participation à l’Internationale, la prouve en est au lien : https://web.archive.org/web/20220616161216/http://i-f-a.org/members/ (archive du site web, à partir de 2021)
2. https://pramen.io/ru/2022/11/trusost-evropejskogo-patsifizma/
3. https://anarchistischebuechermesse.noblogs.org/

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Appel au soutien de l’ABC Bélarus https://attaque.noblogs.org/post/2022/06/02/appel-au-soutien-de-labc-belarus/ Thu, 02 Jun 2022 19:14:31 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=50050 Continuer la lecture ]]> Personne ne sera laissé seul

Rebellyon / mercredi 1er juin 2022

Deux ans se sont bientôt écoulés depuis la révolte de 2020 au Bélarus. Le mouvement anarchiste, comme d’autres activistes et journalistes, fait depuis face à une vague de répression sans précédant. Beaucoup de militants ont fui le pays, d’autres sont emprisonnés. L’ABC Bélarus continue ses activités et a besoin d’aide plus que jamais. Actuellement, environ trente anarchistes et antifascistes sont emprisonnés au Bélarus. Ce nombre est toujours en augmentation.


En ce moment a lieu un important procès contre dix inculpés. Ce procès durera probablement tout l’été et nous coûte 3000 euros par semaine. Sans votre aide, nous ne pourrons plus fournir d’aide aux inculpés très longtemps, ce qui signifie que ces militants perdront toute possibilité d’être défendus légalement. D’autres camarades ont besoin d’avocats, de colis alimentaires, de moyens pour faire appel – tout cela nous demande de l’argent que nous n’avons pas les moyens de rassembler.

Tous vos dons seront utiles ! Partagez cet appel avec vos camarades et groupes, organisez des événements de soutien, et diffusez les infos au sujet des anarchistes bélarusses emprisonnés !

Infos supplémentaires

A la publication de cet appel, plus de 2000 personnes ayant participé au soulèvement de 2020 sont dans les prisons du régime de Loukashenko. Ces personnes inclues au moins 30 anarchistes et antifascistes qui subissent la répression politique, la torture et l’emprisonnement à cause de leur engagement politique. Beaucoup de camarades ont dû quitter le Bélarus pour fuir la violence du régime et de lourdes peines de prisons.

Deux ans après le début du soulèvement, les procès politiques continuent. Il y a un mois, quatre anarchistes étaient condamnés à des peines de prison de 4,5 à 5 ans, dans le cadre du « procès Pramen [1] ». Il y a quelques semaines a commencé le procès de la soit-disant « organisation criminelle anarchiste internationale », un pure produit de l’imagination de la police politique. En réalité, ce dossier a été monté dans le seul but de détruire le mouvement anarchiste. Dix personnes sont inculpées, et le procès est en huis-clos.

D’autres personnes attendent leur procès, dont Kristina Cherenkova, Anna Pyshnik et Oleg Avdeyenko.
En 2021, l’ABC Bélarus a dépensé des dizaines de millier d’euros en frais d’avocat, colis aux prisonniers et aide aux familles. C’est principalement les mouvements de solidarité internationale qui ont rendu ce soutien possible – tous les dons proviennent de camarades.

La guerre en Ukraine a un impact sur les dons en direction des prisonniers Bélarusses. Le contexte international a rendu prioritaire le soutien vers celles et ceux qui se battent contre le régime de Poutine. Nous sommes d’accord avec ce constat, mais la résistance continue en Russie et au Bélarus, y compris dans les prisons. Nous pensons que les prisonniers ne doivent pas être oubliés dans ces moments difficiles.

Nos fonds s’épuisent, et nous sommes obligés de recourir une fois de plus à une campagne de financement participatif – seul votre soutien nous permettra de continuer à aider nos camarades.

Vos dons serviront à :

*Payer les avocats (en ce moment nous dépensons 3000 euros par semaine, juste pour le procès de « l’organisation criminelle anarchiste internationale »)

*Envoyer des colis aux prisonniers – la nourriture des prisons est très mauvaise, des colis sont nécessaires pour que les prisonnier-es se nourrissent correctement)

Nous assureront au moins ce minimum de soutien si la campagne de financement est un succès. Plus nous auront d’argent, plus nous pourrons élargir notre soutien aux familles des camarades incarcérés et couvrir d’autres frais.

Until everyone is free.
Anarchist Black Cross Belarus.

 

Lien vers la cagnotte :
https://www.firefund.net/abcbelarus

Notes
[1] Collectif anarchiste, qualifié d’organisation extrémiste par le régime. Leur site est pramen.io

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