Quelques brochures – Attaque https://attaque.noblogs.org Chronique de la guerre sociale en France Sat, 01 Aug 2026 17:37:39 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=7.1 Post-scriptum à « La flamme d’or » https://attaque.noblogs.org/post/2026/08/01/post-scriptum-a-la-flamme-dor/ Sat, 01 Aug 2026 17:22:47 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63458 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / jeudi 29 juillet 2026

Si la réception de la brochure a été assez largement positive – du moins dans les quelques retours reçus – elle a aussi suscité de vives attaques, principalement concernant la partie sur les « leurres identitaires ». Cela a même valu quelques mots doux lors d’une causerie dans des rencontres anarchistes, certaines personnes qualifiant le texte de « raciste » et « transphobe ». Au passage, à titre perso, quand je considère que quelqu’un porte une position raciste et/ou transphobe, surtout dans ce genre d’espace, j’essaie de faire en sorte de le virer, et si je n’y parviens pas, je me casse. Mais il semble que porter jusqu’au bout les conséquences de sa pensée exprimée ne soit pas un principe de base pour tout le monde.

Cela a aussi valu d’assimiler les positions tenues dans la brochure à celles de Vanina, autrice du bouquin Les leurres postmodernes contre la réalité sociale des femmes, ainsi qu’à Tomjo, co-auteur de Mes vacances à Saint-Imier chez les agresseurs bienveillants et compagnon de route de PMO. Pour que les choses soient claires : je ne partage pas du tout les mêmes positions et suis en général en partie d’accord avec les critiques qui leur sont faites. Vanina, par exemple, me semble homogénéiser les mouvements queers et intersectionnels, pourtant traversés de tendances contradictoires, pour en faire une des causes principales de l’affaiblissement du féminisme révolutionnaire (ce qui n’en fait pas, comme j’ai pu l’entendre et le lire, une « facho » ou autre insulte de ce goût-là). Tomjo ne se contente pas de son côté d’homogénéiser queers, intersectionnel-les, wokes, postmodernes ou déconstruits, il reprend des clichés réacs certes avec style, mais surtout avec un ton méprisant.

Je dois dire que j’ai été étonné, puisque la critique dans la brochure porte sur les logiques réformistes issues des politiques identitaires (et poursuit ainsi un travail critique des pièges réformistes entamé dans les parties précédentes sur l’autogestion, poursuivi sur les projets de retour à la terre, l’expérience de la ZAD de NDDL, l’antifascisme ou l’électoralisme). Le texte n’est en rien une critique des dynamiques anarchistes et révolutionnaires du mouvement queer, mouvement dont il n’est pas question dans la brochure, et encore moins des personnes s’engageant dans un processus de transition. Il s’agit en fait de critiquer des logiques réformistes, comme il y en a dans un certain antifascisme, féminisme, milieu alterno, etc. Et ces critiques sont d’ailleurs portées depuis l’intérieur même du mouvement queer. Critiquer les théories foucaldiennes sur le pouvoir me semble aussi très utile, tant elles se sont imposées jusque dans le mouvement anarchiste. De même, il me semble important de rappeler que l’individu-e, dans un sens anarchiste, est bien plus large que toutes les cases identitaires. D’ailleurs, le mouvement queer a participé à sa manière à faire éclater ces cases. L’étonnement passé, il faut bien avouer que le texte aurait gagné à rappeler qu’il existe des dynamiques plus intransigeantes et plus intéressantes. Je ne les ignore pas et essaie de participer à en diffuser les positions depuis bien des années (George Jackson Brigade, Queer ultraviolence, Ma randonnée sans balise, Trans n’est pas transhumanisme, etc.). Il aurait très certainement fallu les évoquer, d’autant que cette brochure circule en-dehors du mouvement anarchiste (et c’est une très bonne chose et un objectif). Il s’agit là effectivement d’une erreur.

Cela aurait en outre peut-être permis d’empêcher – ou du moins de limiter, tant le sujet semble sensible et propice aux vives réactions – les extrapolations faites sur le texte, comme par exemple concernant la mixité choisie. Il n’en est pas question dans le texte, mais certaines personnes ont curieusement cru y voir une critique de la mixité choisie. Je n’ai aucun souci avec ça, au contraire, je considère que cela peut être un outil utile (tant que ça ne devient pas une fin en soi). Et les gens sont de toute façon libres de s’autoorganiser comme ils et elles le souhaitent ! Il y a toutefois des critiques portées qui me semblent injustes, comme par exemple sur le fait que la brochure oublierait le patriarcat. Certes, ce n’est probablement pas assez développé (comme bien d’autres sujets, comme l’enfermement). Ce n’est qu’une brochure sur un sujet bien vaste… Il est tout de même fait référence à La Voix des Femmes et aux Mujeres Libres, par exemple et entre autres. Il y a surtout l’évocation du soulèvement en Iran aux cris de Femme ! Vie ! Liberté ! dès l’introduction, choix qui n’est évidemment pas fait au hasard, mais bien pour rendre explicite dès le départ l’idée que la lutte contre le patriarcat (et la religion) fait partie des fameuses perspectives révolutionnaires à ouvrir. Mais quand on ne veut pas voir…

Je rappelle donc la partie centrale de ce chapitre, qui me semble assez claire pour éliminer tout soupçon de racisme, de transphobie ou autre position nauséabonde :

« S’il existe une lutte centrale, c’est celle pour arracher des pans d’autonomie, pour la maîtrise de sa vie et de son propre corps, pour l’appropriation des finalités de ses activités, pour le contrôle de ses gestes et de ses décisions, pour la possibilité de rencontrer autrui dans un rapport égalitaire. L’individu-e fait donc bien ce qu’il veut de son cul et de sa vie. Automatic word wrap
Il y a il me semble une erreur sur ce qu’est et a toujours été la question sociale. La question sociale a toujours été plus large que la lutte des classes entre bourgeois et prolétaires, ou que le clivage entre riches et pauvres. Le système actuel a émergé du fait du mouvement des enclosures et de la mise en propriété des terres contre les paysans et paysannes, de la mise au travail sous la contrainte, de la radicalisation de la misogynie, de la traite ‘’négrière’’ et de la colonisation, de la famille nucléaire qui s’est imposée. Elle inclut dès le départ la domination masculine, le racisme, le contrôle de la sexualité et de la vie quotidienne. Il en découle que pas plus que de conflit central, il n‘existe de sujet révolutionnaire. La question sociale qui prévaut est probablement celle de la négativité ou non de la hiérarchie et du pouvoir ; de la lutte contre toute forme d’exploitation et de domination, donc ».

Il n’y a pas de lutte prioritaire sur d’autres, et le patriarcat est un système de domination plus ancien que l’Etat et le Capital, complètement déployé chez des chasseurs-cueilleurs comme les Aborigènes australiens par exemple. Renverser l’Etat et détruire le capitalisme ne suffira pas à en finir avec l’inceste ou la culture du viol.

La fin de cette partie est peut-être un peu maladroite, lorsque le texte essaie de dégager des cibles qui seraient plus stratégiques. Pour certains et certaines, elles oublieraient le patriarcat et le colonialisme. Il me semble pourtant que l’industrie militaire ou les frontières, par exemple, sont des cibles assez explicites aussi contre le patriarcat et le colonialisme… et sont par ailleurs des piliers de l’ordre établi empêchant toute possibilité de changement réel dans la vie quotidienne, et donc de construction d’un monde nouveau plus désirable dans lequel pourraient s’épanouir des relations débarrassées du pouvoir – y compris sur les corps et la sexualité, et même dans le cercle intime.

La réception d’une brochure, y compris quand elle est positive, peut décidément réserver des surprises. Cela a été le cas du côté d’ « anarchistes » explicitement religieux et très complaisants avec des groupes autoritaires et antisémites comme le Hamas. Il y a pourtant une critique explicite des luttes de libération nationale et de ce genre de groupes dans la brochure, ainsi qu’une occurrence de l’expression « sans dieux ni maîtres ». Je rappelle toutefois, pour que les choses soient claires, que je suis convaincu que la perspective révolutionnaire contre tout pouvoir ne peut être que critique de la religion.

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Brochure : Action directe antispéciste https://attaque.noblogs.org/post/2026/06/21/brochure-action-directe-antispeciste/ Sun, 21 Jun 2026 16:29:49 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63221 Continuer la lecture ]]> Infokiosques / vendredi 8 mai 2026

« On a l’impression qu’il se passe peu de choses en terme d’action directe antispéciste (sabotages, libérations…) ; peut-être par manque de moyens, de connaissances techniques, d’outils, de groupes affinitaires, de connaissances en terme d’anti-répression, de sécurité numérique… Et les quelques savoirs pratiques acquis par celleux qui font des actions ne semblent pas (du tout) se diffuser. Aussi, on eu a l’envie d’écrire une brochure qui rassemblerait ces types de connaissances.

On espère que ça permettra de diffuser les pratiques et de multiplier les actions ! »

 

Pour télécharger la brochure, cliquer ici.

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Brochure : La parole à Alfredo ! https://attaque.noblogs.org/post/2026/06/04/brochure-la-parole-a-alfredo/ Thu, 04 Jun 2026 17:19:34 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63094 Continuer la lecture ]]> Brughiere [traduction française reçue par mail, un tout petit peu rétouchée] / jeudi 4 juin 2026

LA PAROLE À ALFREDO!
Transcription du témoignage Bologne, Italie, 18 mai 2026

Lors de la deuxième audience du procès contre six compagnon.ne.s inculpé.e.s pour des faits qui ont eu lieu pendant la mobilisation contre le 41-bis et la prison à perpétuité, parmi les témoin.e.s de la défense Alfredo a été interpellé en vidéoconférence depuis la prison de Bancali.
Pour rendre plus lisibles ses précieuses paroles et pouvoir les diffuser en dehors de cette salle de tribunal, on à réduit au minimum les interventions des autres interlocuteur.trices.

Anarchistes

 

Alfredo commence par demander que lui soit rendu le feuillet avec ses notes, qui lui ont été confisquées par les matons avant le début de la connexion. La juge, après avoir demandé au maton si l’enlèvement était dû à des dispositions internes liées à son traitement carcéral et ayant obtenu en réponse un silence embarrassant, accepte la demande d’Alfredo et demande au garde en question de lui rendre ça, étant des notes pour le témoignage. En fait, les notes ne lui seront pas restituées.

L’avocat des compagnons accusés explique à Alfredo qu’il a été désigné comme témoin de la défense dans ce procès, parce que ses conditions de détention et sa protestation ont créé un vif débat public et les faits reprochés aux accusés correspondent à des manifestations de proximité et de solidarité à son égard. Il lui posera donc quelques questions relatives précisément à sa condition de détention et à la grève de la faim qu’il a entreprise.

 

– Depuis combien de temps êtes-vous détenu et sous quel régime ?

Je suis détenu depuis 2011, mais cela fait quatre ans, juste maintenant, de 41 bis.
Disons que dans ma vie j’ai fait diverses formes de prison, de la prison normale à la Haute Sécurité. Le 41 bis est la « abjectisation » de la prison, ici j’en ai vu l’essence même, avec la tentative d’anéantir l’individu en coupant toute communication.
Dans la haute sécurité, j’ai été à Ferrare puis à Terni.
En 2022, je suis directement transféré ici à Sassari, en 41-bis.

 

– Décidez-vous en ce moment de commencer la grève de la faim ? Pour quelle raison ?

Oui, presque immédiatement.
Pour expliquer mes motivations, je voudrais tout d’abord dire quelque chose, concernant selon moi, la question que vous m’avez posée. En ce moment, pour moi c’est assez excitant d’être ici, parce que la dernière fois qu’on m’a enlevé mon bandeau pour les yeux, ma muselière, c’était il y a un an et demi, quand j’ai pu voir des visages amis de camarades, parce que l’isolement est constant ici. Il y a un an et demi, de ce côté-là, il y avait Sara et Sandrone, qui sont morts, et c’est justement cet isolement qui ne me permet pas non plus d’exprimer ma solidarité avec tous ces compagnons qui aimaient Sandrone et Sara, donc je donne toute ma solidarité à ces compagnons. C’est la seule façon, par exemple, que j’ai d’extérioriser cela, car ici l’isolement est total, absolument total. Par exemple dans le 41 bis il y a des sections de quatre personnes, de quatre cellules isolées. Il y a des gens qui sont condamnées à perpétuité ici qui, pendant des années et des années, ne voient plus l’herbe, un arbre, c’est vraiment quelque chose de traumatisant. Mais la chose qui m’a vraiment fait commencer la grève de la faim est que cette sorte d’état d’exception qu’est le 41bis est en train de devenir vraiment une règle… un instrument entre les mains de l’État. Pour comprendre pourquoi j’ai commencé la grève de la faim, il faut comprendre, avoir une idée de ce qu’est ce système pénitentiaire.
Pour vous donner une idée : en ce moment, juste pour venir dans cette cellule, j’ai dû traverser des couloirs, comme dans le film “La Ligne verte”, où il y a la garde qui crie « Homme mort qui marche ». La même chose est ici, alors que je marche dans le couloir qui est en creux, sous le niveau de la terre, les gardes qui sont à côté de toi crient « premier, deuxième. » parce que tu ne dois voir aucun être humain quand tu traverses le couloir, personne ne doit te parler. Il y a des sections d’isolement comme je n’ai jamais vues de ma vie, dans toute l’expérience carcérale que j’ai vécue. Chaque section ne compte que quatre cellules et vous ne pouvez avoir des rapports qu’avec quatre personnes pendant la promenade. La promenade est un bassin de béton avec des barreaux de fer que font si que vous ne voyez même pas le ciel. Habituellement les personnes qui sont au 41 bis après tant d’années sont des personnes aliénées, elles n’ont plus envie de parler, elles ne sortent même plus de la cellule. Ce qui m’a vraiment frappé et qui m’a poussé à faire la grève, c’est de voir les gens ici pour lesquels la réclusion à perpétuité est vraiment une réclusion à perpétuité. Ce sont des gens qui, depuis 20 ans, ici, n’ont vraiment jamais vu un arbre, ils n’ont jamais vu un brin d’herbe. C’est une sensation vraiment terrifiante, la censure est totale ; dans mon cas, la censure, le sens du 41 bis, c’est tout simplement de ne pas te faire parler, de ne pas te faire écrire et même de ne pas lire. Bien sûr, je dois faire des procès et des procès pour avoir un livre. Il m’a même fallu deux ans pour obtenir, grâce à des procès, la possibilité d’avoir un lecteur de CD pour écouter la musique. La musique que j’écoute, ils essaient de m’en empêcher parce qu’ils disent que c’est contre le patriarcat, que ce sont des chansons qui exaltent le féminisme, alors ils font recours et recours pour ne pas me faire écouter de la musique ou lire des livres.

 

– Combien de temps a duré votre grève de la faim ?

Je crois que ma grève de la faim a duré des mois, exactement cent soixante jours [en fait, elle a duré du 20 octobre 2022 au 19 avril 2023, soit environ cent quatre-vingts jours].
Après un certain temps, j’ai été emmené dans la prison d’ Opera [à Milan], en raison de mon état de santé, car il y a un service médical. C’est là que je me suis rendu compte de la situation. C’était plein de personnes âgées, presque toutes afféctée par l’Alzheimer qui ne se rappelaient même pas qui elles étaient ou où elles étaient, toutes en 41-bis, qui allaient en fauteuil roulant, avec le cathéter, se pissaient et chiaient dessus.
Mais comprenons-nous, si vous voulez vraiment savoir les raisons de la grève, j’avais sur moi la quasi-certitude de l’emprisonnement à perpétuité et grâce aux manifestations des camarades dehors et à leur mobilisation, ils ont été en quelque sorte contraints de me le retirer, parce que c’était vraiment absurde.
J’ai été condamné pour une série d’attentats démonstratifs.
La chose qui m’a le plus motivé et m’a fait risquer ma vie presque jusqu’à la fin, c’est qu’ils veulent étendre et faire de cet état d’exception une règle. La militarisation en cette période de guerre est vraiment visible ici et ils voulaient l’étendre plus loin. Il y a déjà des camarades des Brigades Rouges, trois compagnons au 41-bis, mais ils voulaient l’étendre au mouvement et ont commencé avec moi, avec l’anarchiste, parce qu’il est plus facile ensuite, une fois qu’ils m’ont mis, de commencer à élargir. Alors, je me suis dit, « C’est la survie », j’ai essayé de bloquer ce processus qui avait commencé et à ce moment-là il m’a semblé qu’il était bloqué, en effet il l’est.
Maintenant le 41-bis reste avec les restrictions qu’il a, mais dernièrement j’ai vu augmenter le nombre de personnes qui entrent ici même pour des raisons assez futiles, j’ai vu des gens entrer parce qu’ils avaient dans la Haute Sécurité le téléphone portable ou… il n’y a plus ces « boss » qui étaient là avant.

 

– Après la grève de la faim, avez-vous pu constater un nouveau durcissement des conditions carcérales ?

Il y a eu des représailles, à mon avis. Mais pendant la période de grève, ces représailles se sont atténuées. Les courriers m’arrivaient en masse, mais cela dépend de l’attention des médias.
Il y a eu tant de phénomènes à l’intérieur du 41 bis que j’ai remarqués, liés aussi à ma lutte.
La première chose dont je me suis rendu compte est l’influence que ce gouvernement, via Delmastro [ancien sous-secrétaire au ministère de la justice. Il à démissionné en mars suite à une enquête judiciaire pour liens avec la Camorra, la mafia calabraise], a eu à la fois sur la volonté du DAP [Département de l’administration pénitentiaire] et sur la direction de la prison. Par exemple, sachant que des parlementaires devaient venir me rencontrer [en février 2022, pendant sa grève de la faim], dans leur optique misérablement politique, pour utiliser le 41bis comme leur instrument, quelques jours avant que ces parlementaires n’arrivent ils m’ont transféré dans une autre section où il y avait des boss, comme ça ensuite ils pouvaient me reprocher ça, parce que là où j’étais avant il y avait des personnes qui avaient une envergure beaucoup, beaucoup plus petite.
Puis, grâce à avoir rencontré ces personnages – parmi les premiers à entrer dans le 41bis – je me suis rendu compte que le 41bis, au moins au début, n’a pas tant servi à empêcher les prisonniers de communiquer avec l’extérieur, mais plutôt à faire taire ceux qui ont eu des relations avec l’État italien par le passé, avec lequel ils ont passé des accords, des accords qui n’ont pas été respectés et maintenant ils les ont enterrés ici pour ne pas les faire parler [il fait référence aux accords “secrets” entre état et mafia des années ‘90].
J’ai commencé la grève de la faim quand je me suis rendu compte du mécanisme absurde dans lequel je me trouvais : en plus d’être liberticide, ils utilisent les gens comme des instruments politiques pour des luttes entre courant politiques… bref, c’est ça la raison.

 

– Je voudrais vous demander si vous recevez actuellement des lettres ou si vous pouvez en écrire.

En ce moment, je ne reçois plus de lettres. Autrefois, je recevait une notification, on les séquestrait et on ne les donnait pas ; maintenant, elles ne me sont même plus notifiées, elles disparaissent. Je suis sûr qu’elles arrivent mais non… hein, ça fait genre des mois que je n’en reçoit pas. Maintenant j’en ai eu une de l’année dernière, décembre 2025.

 

– En ce qui concerne la possibilité de lire, avez-vous fait des demandes et on vous a refusé des livres, même ceux indiqués dans la liste, dont vous pourriez vous servir ? C’est, disons, un fait que je connais parce qu’il a été rendu public.

Je ne savais pas ça, merci… parce que l’isolement ici est remarquable.
Oui, ces derniers temps, les livres me sont bloqués.
Alors je vous explique, ici il y a la possibilité d’avoir des livres de la bibliothèque, la petite bibliothèque de section du 41-bis, ceux-là me sont donnés.
Puis, après quelques années, j’ai pu avoir la possibilité d’utiliser la bibliothèque centrale de la prison. J’ai eu deux fois des livres de cette bibliothèque, après quoi mes demandes n’ont pas été satisfaites, elles ont été ignorées, du coup j’ai intenté un procès.

Quand j’achète des livres, de temps en temps ils sont bloqués, par exemple dernièrement on m’a bloqué un livre sur la mécanique quantique, un sur les sectes hérétiques du début du christianisme. On dirait des petits actes de vengeance, mais ils jouent à se rejeter la faute : le commandant dit que c’est la faute de la directrice, la directrice dira probablement que c’est le DAP, donc on ne sait pas. Je peux dire que, selon moi, ce sont clairement des représailles, je peux dire qu’ils n’ont pas envie de les acheter, mais en réalité les livres ici sont achetés. L’objectif est de te vider, de t’isoler totalement, ils ont commencé par m’interdire toute communication avec le monde extérieur et maintenant ils essaient même de t’empêcher de lire des livres. Vous devez rester là devant la télévision comme un idiot 24 heures sur 24 ou profiter des livres de la bibliothèque qui sont très peu nombreux. Même lorsque vous demandez quelque chose au tribunal de surveillance, que finalement après beaucoup de temps, un an ou deux vous pouvez obtenir, parfois les choses du tribunal ne sont même pas respectées. J’ai dû me battre quatre ans pour obtenir l’abonnement à « Le Scienze » [une revue “scientifique”]. Mais cela fait partie de ce mécanisme d’isolement qui, pour moi, est important, est fondamental par rapport à ce type d’incarcération qui a comme objectif la torture.
Ici, les gens sont placés simplement pour les faire parler et doivent donc être torturés de cette façon, ce qui est également reconnu par l’Union européenne apparemment [il fait référence au fait que la cour européenne des droits de l’homme a plusieurs fois condamné l’état italien pour le 41-bis].
Ce sont des lois spéciales faites dans une certaine période qui deviennent maintenant la règle. Et la raison est qu’à certains moments, une démocratie aura tendance à devenir plutôt une “démocrature” parce que ces lois commencent à être adoptées. Ils l’ont mise contre moi, ils l’ont mise dans le passé contre les camarades des BR, puis ils vont commencer à amener ceux de la Haute Sécurité ici, ils commencent à construire des prisons en Sardaigne, Sardaigne déjà militarisée, ils veulent en construire 41 autres. Donc c’est comme un cancer à l’intérieur. Même les juristes, je ne crois pas à ce genre de… mais même les juristes disent que le 41bis est une anomalie qui se propage. Et ma grève de la faim était une façon d’attirer l’attention. Je suis désolé que de nombreux camarades purgent maintenant leur peine et risquent des mois et des mois en prison, des années de prison. Mais je pense vraiment que cela vaut la peine par rapport à ce que fait l’État, c’est un point vraiment important car c’est une arme meurtrière dans les mains d’un État. Ici, par exemple, le cache-misère de la Constitution, de la démocratie de droit, n’existe pas. Ici, ce qu’est la démocratie, c’est clair, évident, c’est une question de force, le plus fort l’emporte sur le plus faible. Ici tu n’as pas de droits, tu as seulement des interdictions et même ces quelques droits que tu as ne sont pas respectés parce qu’ils s’accrochent à la bureaucratie…
Par exemple, maintenant pour m’interdire de lire des livres, ils inventent qu’ils doivent vérifier les livres, mais ce sont les livres qui achètent eux-mêmes, parce que ici on ne peut pas recevoir des livres par la poste, alors ils savent très bien que les livres qu’ils achètent eux-mêmes en librairie n’ont pas de messages cachés à l’intérieur, ça sert simplement à t’affaiblir. Puis il y a clairement un affrontement entre moi et l’institution, le DAP et aussi ce gouvernement qui fait évidemment en sorte qu’il y ait des représailles, des pressions… Ce gouvernement et sûrement celui qui vient après, parce que personne ne remet en question le 41-bis parce qu’il est fondamental.
Désolé pour la confusion, mais sans le papier… après un moment le 41-bis te rend con, parce que l’isolement après un certain temps… tu parles toujours des mêmes choses…

 

– Avez-vous senti que les manifestations de solidarité venant de l’extérieur ont aussi contribué d’une certaine manière à l’intérieur et à votre condition ?

Oui, dans mon cas je peux dire tranquillement que ça m’a sauvé la vie. J’ai maintenant une fin de peine, que ce sera quand j’aurai 72 ans. S’il n’y avait pas toute cette pression à l’extérieur, ils m’auraient tranquillement confirmé la perpétuité, c’était une chose absolument certaine, l’attention a fait en sorte qu’ils ne puissent pas jouer aussi sale. La situation à l’intérieur de la prison est restée exactement la même, mais bon, je me plains pas, je veux dire, j’ai décidé de lutter aussi pour les autres qui sont ici à l’intérieur qui n’ont pas de voix, qui ne parviennent même pas à exprimer des concepts. La vie d’un prisonnier anarchiste est toujours de chercher à changer les choses pour les autres et je ne fais pas de distinction entre un mafieux ou un dealer… pour moi, un prisonnier est un prisonnier. Donc je pense que c’est un problème qui concerne tout le monde parce que, si cette chose s’étend, l’objectif est de l’utiliser quand il faudra, pour réprimer les mouvements sociaux, c’est tellement évident.
Et de toute façon, je salue tous les camarades qui sont près de moi.

 

– Le 41 bis vous a été récemment reconfirmé. Comment vous sentez-vous et quel type de communication à ce sujet avez-vous reçu et concernant les nouvelles que vous avez pu recevoir – y compris par le biais des journaux ou autre chose ?

Ce qui est étrange, c’est que le 41 m’a été reconfirmé avec un dossier de près de quatre-vingt-dix feuilles, même aux « super boss » ils le confirment généralement avec deux petites pages. Ici, tout le monde est surpris parce que c’est la plus grande reconfirmation de l’histoire du 41bis, même pas à Totò Riina ils ont fait quatre-vingts pages… Pratiquement l’État italien m’a mis à jour avec ces feuilles de toutes les luttes qui ont eu lieu dans le monde dont je ne savais rien. Parce que le but du 41bis est l’isolement, alors qu’au contraire grâce à Piantedosi, à Nordio [ministre de l’intérieur et ministre de la justice] il y a eu justement une mise à jour dense de toutes les actions qui se sont passées, en Indonésie, la solidarité donnée à moi… un peu tout, le camarade en Grèce qui est mort, auquel je donne la solidarité, comme à tous les compagnons grecs. Des choses dont je ne savais rien ici.
Ceci pour faire comprendre les contradictions de ce système. Dans mon cas, au lieu de m’isoler du contexte, ils m’ont en quelque sorte rendu encore plus dangereux, je crois, par rapport au système. Ils ont exalté ma figure, ils m’ont fait une caisse de résonance. Parce que quand j’étais en AS [haute sécurité], j’avais des contacts avec les camarades mais je n’avais pas une influence aussi forte. Mais depuis que je suis au 41bis… eh bien, c’est une bonne chose du 41, mes mots de toute façon ont tournés plus encore ensuite, donc dans mon cas il y a un peu ce paradoxe. Paradoxe qui est même écrit dans les feuilles que j’ai lues. La dernière fois qu’ils avaient discuté le 41-bis pour moi, ils avaient donné des avis positifs pour que je sors, puis il a été reconfirmé à mon avis comme une rétorsion et maintenant que mes mots tournent ils disent que j’ai plus d’influence, je ne sais pas ce qu’ils entendent par influence à l’égard des anarchistes puisque nous raisonnons individuellement… cependant ils disent que j’ai une influence plus grande donc même si avant je n’étais pas dangereux maintenant le 41-bis m’a rendu dangereux. Bref le serpent qui se mord la queue.

Quoi qu’il en soit, par rapport à tous ceux qui sont au 41-bis maintenant et même dans le passé, j’ai eu le plus grand dossier d’information jamais vu, c’est ce que m’ont dit ceux qui me l’ont remis, les autres détenus avec lesquels j’ai parlé, ainsi que les avocats. C’est une chose assez révélatrice de ce qu’est devenu le 41-bis, une sorte d’enveloppe vide qui ne sait même plus à quoi il sert… Elle sert, oui, elle sert d’arme disponible lorsque les conditions sociales changent et qu’ils pourront alors censurer toute forme de dissidence. Parce que dans mon cas, il est certain que je suis ici simplement pour ce que je dis, non pas pour ce que je fais, donc pour mes mots.

 

Pour télécharger cette déclaration mise en page, cliquer ici (et ici pour l’originale en italien).

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Brochure : Pour la défense de l’action anarchiste https://attaque.noblogs.org/post/2026/05/28/brochure-pour-la-defense-de-laction-anarchiste/ Thu, 28 May 2026 16:42:43 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63016 Continuer la lecture ]]> dingueries / mercredi 27 mai 2026

Pour la défense de l’action anarchiste – Compte-rendu du procès de l’affaire d’Ambelokipi

Le 31 octobre 2024, une bombe explosait dans un appartement d’Athènes où se trouvaient deux compas anarchistes, tuant sur le coup Kyriakos et blessant gravement Marianna. La répression de l’Etat et de la police anti-terroriste a immédiatement suivi contre Marianna et des compas endeuillé.e.s, dont la compagnonne anarchiste Dimitra, enfermant 5 personnes en détention provisoire pendant dix huit mois. Le 24 avril 2026, les compagnonnes anarchistes Marianna et Dimitra ont été respectivement condamnées à 19 ans et 8 ans de prison, tandis que les trois autres inculpé.e.s ont été relaxé.e.s.

Cette brochure compile les compte-rendus au jour le jour du procès qui a eu lieu à Athènes en Avril 2026, incluant notamment des déclarations des compagnonnes, et les déclarations de témoins de la défense qui reviennent sur l’histoire de la lutte anarchiste, de l’action anarchiste, de la lutte armée et de la guérilla armée, et en font une défense, tout en chargeant par la même occasion la police anti-terroriste, la justice et l’Etat.

Kyriakos Xymitiris toujours présent !
Liberté pour Marianna et Dimitra !
Feu à toutes les prisons !

 

Brochure page par page ou imposée.

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Brochure : Chaos dans l’Archipel de Feu https://attaque.noblogs.org/post/2026/05/28/brochure-chaos-dans-larchipel-de-feu/ Thu, 28 May 2026 16:40:40 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=63008 Continuer la lecture ]]> dingueries / mercredi 27 mai 2026

Chaos dans l’Archipel de Feu – Sur l’insurrection d’août 2025 en Indonésie et sa répression

En août-septembre 2025, une insurrection a frappé l’archipel indonésien, emportant dans ses flammes de nombreux commissariats, véhicules de flics, bâtiments gouvernementaux nationaux et locaux, résidences de députés, commerces… Cette révolte a notamment impliqué de nombreux.ses anarchistes, les tendances insurrectionnelles et de l’action directe y étant particulièrement communes.

Pour se venger, l’Etat indonésien a lancé une grande chasse aux anarchistes dans tout le pays, suite à quoi plusieurs dizaines de compas anarchistes ont été arrêté.es et incarcéré.es. Deux affaires sont particulièrement au centre de l’attention : celle de 16 anarchistes suspecté.es d’attaques au cocktail molotov à Jakarta, et celle contre 44 anarchistes suspecté.es d’actions directes, de provocations à l’insurrection ou de « leadership » dans une organisation montée de toutes pièces par l’Etat, appelée « Etoile du Chaos » en référence à la forte tendance anarcho-nihiliste du pays.

Cette brochure tente de compiler de nombreux textes publiés en ligne sur la situation des prisonnier.es anarchistes ces derniers mois, afin de leur apporter toute notre solidarité depuis là où l’on se trouve. Diffusons l’information, écrivons-leur des lettres, organisons la solidarité financière.

Feu aux prisons !
Mort à l’Etat !
Longue vie à l’Anarchie !

 

La brochure mise à jour : indonesie ou indonesie-conv.
Une seconde partie avec des mises à jour de janvier à mai 2026 : indonesie p2 ou indonesie p2-conv.

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Annuaire utile du marché de l’insertion et du contrôle des allocataires https://attaque.noblogs.org/post/2026/05/13/annuaire-utile-du-marche-de-linsertion-et-du-controle-des-allocataires/ Wed, 13 May 2026 16:39:03 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=62842 Continuer la lecture ]]> Indymedia Lille / lundi 11 mai 2026

Le marché de l’insertion est en plein essor pour permettre aux entreprises tout comme à France Travail de se faire de l’argent sur le dos de ceux qu’ils veulent mettre au travail : de belles enveloppes sont promises aux entreprises qui sous-traitent avec France Travail, et cette dernière a d’autant plus de billes pour obliger les allocataires à aller s’aliéner dans des travaux mis à la sauce formation/compétence à bas coût, car sinon, risque de sanctions sous la forme de suspension des allocations. Il est hors de question que nous nous laissions faire, c’est pourquoi nous avons jugé utile de publier un document répertoriant les noms et adresses du réseau actuel de la mise au travail des chômeurs et allocataires RSA. Enrayons notre insertion plutôt que de nous adapter au marché du travail !

Brève explication de la manière dont l’État via France Travail et ses sous-traitants entend nous foutre au taf (ou nous le faire mimer) :

C’est toujours la CAF qui verse les minima donc c’est toujours elle qui appliquera la sanction sur demande de France Travail, par contre ce qui change c’est que ce n’est désormais plus seulement elle qui via un contrôle se rend compte qu’elle doit sanctionner, c’est France Travail, et c’est à ce moment là qu’interviennent les sous-traitants. En effet, afin de nous « rapprocher de l’emploi » ou pire de nous en trouver un, France Travail va nous envoyer faire des formations ou des ateliers qui sont censés correspondre aux demandes des entreprises. Pour ce faire France Travail va faire appel à des sous-traitants souvent spécialisés dans l’insertion ou la formation professionnelle comme les groupe Proman Expansion, Alixio ou Manpower. Ces formations qui visent plus à l’obtention de « compétences » plutôt qu’à l’acquisition d’un savoir-faire permettent dans un même temps aux formateurs d’évaluer notre « savoir-être » avec pour objectif de déterminer si l’on est apte au travail en entreprise (grosso modo si on a envie de bosser ou pas). La forme que prennent ces formations semble assez variée : il peut s’agir de cours, d’ateliers, ou de RDV (en physique ou non). S’en absenter peut entraîner des sanctions (la « suspension-remobilisation ») ; ce sont donc ces soustraitants qui vont transmettre à France Travail le fait qu’on n’ait pas respecter nos obligations, puis France Travail le transmettra à la CAF qui appliquera ensuite la sanction. Le fait de se révolter contre les sous-traitants (qui ne sont d’ailleurs sûrement pas habitués à être pris pour cible) peut permettre de mettre plus de pression sur France Travail et, espérons, de lancer un mouvement contre la mise au travail, le travail, et le travaillisme.

Nous pouvons élargir la question de la sous-traitance de France Travail à des dispositifs publics tels que les GRETA (groupements d’établissements spécialisés dans la formation continue des adultes, dépendant du ministère de l’éducation nationale) mais aussi aux lycées professionnels (les GRETA ont parfois même leurs locaux dedans). Ce qui vise actuellement les chômeurs et RSAstes pourrait s’étendre aux lycées pro, avec une inscription automatique à France Travail à la fin du lycée si l’élève n’a pas trouvé d’entreprise. Les lycées pro ont de toute façon déjà un savoir faire dans le fait de mettre à disposition des entreprises une main d’œuvre pas chère…
Dans cet annuaire sont également inscrits les sous-traitants qui conçoivent les « questionnaires » – interrogatoires liés au contrat d’engagement. Le flicage de l’allocataire commence bien souvent dès le RDV préalable à la signature du contrat d’engagement, et pendant la signature dudit contrat on doit répondre à des questions sur son parcours, ses projets (et on sent bien qu’il faut dire qu’on en a un). Les réponses données permettent de nous orienter vers différentes structures qui sont censées être les plus adaptées. Tout ce qu’on raconte dans ces entretiens se retournera contre nous, comme chez les flics. Ce sont également ces mêmes sous-traitants qui vont concevoir les ateliers France Travail destinés aux chômeurs et RSAstes.Plusieurs de ces sous-traitants sont organisés en réseaux qui interviennent dans plusieurs régions ou font partie de groupes qui sont présents partout en France. Ils partagent aussi parfois le même bâtiment avec d’autres sous-traitants (ex : la tour britannia à Lyon qui concentre Aksis, Alixio, et le BGE local).

Ces mêmes sous-traitants ont plusieurs pieds dans la misère sociale puisqu’ils effectuent bien souvent aussi des missions pour le CCAS (c’est le cas à Nantes), et certains participent également à la machine à expulser en dispensant des formations en langue française nécessaires à l’obtention de titres de séjour ou de naturalisations alors que depuis 2026 il y a désormais une obligation de résultat et plus seulement une obligation de formation.
Le flicage informatique s’organise dans les DSI (Direction des Systèmes d’Information ) de France Travail qui possède 12 sites en France. Contrairement à la CAF, France Travail a fait appel à des sous-traitants (principalement Capgemini) pour développer son flicage informatique ce qui le rend relativement dépendant vis à vis d’eux. Cette dépendance est peut-être une faiblesse dont nous devrions profiter ! En 2025 Capgemini a par exemple obtenu ce genre de marché : « Dans les domaines de la conception, du développement, de test et d’intégration d’applications, • De support au développement, • De gestion des environnements, • De l’ingénierie des systèmes, du réseau, de la
téléphonie, de la sécurité, du poste de travail ainsi que des activités de support dans ces domaines.
L’objet du marché inclut les prestations liées à la veille sur les innovations et la réalisation d’expérimentations et de preuves opérationnelles de concepts innovants. »
Cela englobe probablement le fait de mettre à jour et/ou de faire la maintenance des différents outils utilisant l’algorithme de France Travail.

On retrouvera également dans cet annuaire les CARIF OREF et les AFPA qui, s’ils n’apparaissent pas comme sous-traitants pour le moment, disposent néanmoins de locaux qui peuvent être utilisés par d’autres sous-traitants de France Travail.
Dans une autre partie sont listés les marchés et les sous-traitants qui s’adressent aux entreprises afin d’identifier le besoin en main d’œuvre ou ce qui les empêche de recruter. Ces sous-traitants permettent à France Travail d’envoyer des formations aux RSAstes/chômeurs en fonction de ce que ces derniers ont pu déclarer à leur agence. C’est ce qui rend ensuite possible la justification de leurs possibles sanctions quand les allocataires n’y vont pas, puisque ces sous-traitants avancent qu’il y aurait une demande précise de la part des entreprises qui conviendrait aux différents profils.
Le groupe Proman Expansion, l’un des plus gros sous-traitants, a d’ailleurs obtenu plusieurs de
ces marchés. France Travail investit beaucoup d’énergie et d’argent à prouver qu’il y a un travail qui existe et évidemment qu’une entreprise qui fait tout pour faire en sorte que les gens soient aptes au travail est ravie de l’y aider.
C’est l’idéologie du travail qui permet à ces entreprises d’exister et de prospérer ainsi qu’à France Travail de toujours plus fliquer et sanctionner ceux qui refusent le travail et son idéologie.
L’absence de lutte contre le travail a laissé ouvert un boulevard aux développements et aux renforcements des mesures de mise au travail. La sous-traitance se développe massivement partout en France, et pas seulement dans les régions test des 15H de travail hebdomadaires obligatoires pour les RSAstes et chômeurs. C’est l’absence d’opposition qui fait que les agences France Travail et régions osent utiliser ces outils et réseaux.

Alors… à toutes fins de lutte anti-travailliste utiles, voici ci-après l’annuaire !

 

Pour télécharger la brochure, cliquer ici

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Brochure : La flamme d’or https://attaque.noblogs.org/post/2026/04/09/brochure-la-flamme-dor/ Thu, 09 Apr 2026 16:17:54 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=62560 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / février 2026

La flamme d’or

Ouvrir des perspectives révolutionnaires

Ce texte essaie de poser la question révolutionnaire dans des termes contemporains. Il y est beaucoup question des luttes en France, mais pas seulement : de la Grèce, du Chili, des Etats-Unis, du Sri Lanka, de l’Indonésie… et plus largement d’un point de vue résolument internationaliste. Toutes ces révoltes semblent toutefois ne pas parvenir à franchir un seuil, remaniant le pouvoir plutôt que le détruire. La perspective révolutionnaire proposée ici puise d’abord sa source dans le sentiment de révolte et ses capacités destructrices, ensuite dans le développement d’une contre-société autonome, c’est-à-dire débarrassée des illusions de la gauche, de l’électoralisme et de la politique. Il n’est pas question d’un programme. Plus d’une randonnée avec une vieille boussole, où chaque passage de col est une plongée dans l’inconnu.

Sommaire :
Le sentiment de révolte – page 6
La révolution n’est plus ce qu’elle était – page 10
La destruction avant la subsistance – page 17
Devenir une force matérielle (sans se perdre) – page 20
En finir avec le détournement du désir en travail et besoin – page 24
Contre-société autonome – page 29
Autonomie et anti-électoralisme – page 37
Les leurres identitaires – page 45
Organisation informelle et persévérante – page 50
Le repli activiste – page 55
Regard internationaliste – page 62
Un autre rapport à la nature et au vivant – page 65
La question de la guérilla et des armes – page 70
Antipolitique fiction – page 75
Conclusion – page 78

 

Pour la télécharger, cliquer ici.

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Mise à jour du 1er août 2026 : on trouvera ici un post-scriptum à cette brochure.

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Le 11 juin 2025 : La transformation du paysage https://attaque.noblogs.org/post/2025/06/01/le-11-juin-2025-la-transformation-du-paysage/ Sun, 01 Jun 2025 16:31:54 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59339 Continuer la lecture ]]> June 11th / mercredi 14 mai 2025

Le printemps s’épanouit, et le moment est de nouveau venu de regarder vers le 11 juin, la Journée internationale de solidarité avec Marius Mason et les prisonniers anarchistes de longues peines. Si notre célébration de cette journée vise à attirer l’attention sur Marius et d’autres prisonniers anarchistes menacés d’être oubliés en raison de leurs longues peines, nous réfléchissons aussi constamment à la manière de souligner à quel point les prisonniers, et la lutte anticarcérale dans son ensemble, sont essentiels sur notre chemin vers la liberté. Le lieu de la prison a longtemps porté un potentiel rebelle et révolutionnaire. La prison est un espace où les rebelles se rencontrent, apprennent ensemble et s’organisent entre eux. L’héritage historique de la révolte à l’intérieur fait que la prison d’aujourd’hui est encore mieux équipée pour gérer, isoler et réprimer toute rupture.

Pourtant, la prison, comme tout le reste, n’est pas toute-puissante dans sa capacité à contrôler ou à étouffer. Malgré la répression, malgré les effets étouffants de choses comme la drogue et la violence institutionnelle, les prisonniers continuent d’innover et de s’adapter, et celles et ceux d’entre nous à l’extérieur peuvent continuer à faire de même, dans nos relations de solidarité et dans nos avancées vers un monde sans prisons. Cette année, nous sommes frappés par l’image d’une graine qui germe après le feu. Elle attend la chaleur et la fumée pour indiquer que l’environnement est dégagé et propice, afin de saisir sa chance de vivre. Dans un monde hyper-civilisé qui a tenté d’éliminer le feu dans sa quête de domination, nous devons mettre le feu à l’ancien et appeler à la naissance d’une vie nouvelle. Alors que la terreur de cet ordre dominant atteint de nouveaux sommets, ou du moins des sommets auparavant dissimulés, nous réfléchissons à la manière d’encourager de nouveaux chemins et de nouvelles relations, tout en continuant à investir des terrains porteurs de potentiel et d’esprit de révolte depuis leur origine.

Alors que la terreur de cet ordre dominant atteint de nouveaux sommets, ou du moins des sommets auparavant dissimulés, nous réfléchissons à la manière d’encourager de nouveaux chemins et de nouvelles relations, tout en continuant à investir des terrains porteurs de potentiel et d’esprit de révolte depuis leur origine. Nos parcours continueront d’exiger expérimentation, adaptabilité et ingéniosité. Puissions-nous être galvanisés par l’agonie des anciennes forces et vivifiés par notre volonté et notre capacité à emprunter de nouvelles voies de vie!

Il existe une histoire fière d’anarchistes et d’autres radicaux qui se rencontrent en prison, et une tradition de mentorat et de transmission de savoirs. Les luttes pour la libération noire et les mouvements adjacents aux États-Unis ont créé, à l’intérieur des prisons, des foyers de radicalisation qui, en cas de capture, ont mené à des moments historiques tels que le soulèvement d’Attica en 1971. Les transferts de prisonniers de longue peine et irréductibles ont permis des rencontres d’esprits, comme lorsque Sundiata Acoli, Joe Joe Bowen, Hanif Shabazz Bey et Ray Luc Levasseur se sont retrouvés à Marion, dans l’Illinois. Joe Joe, par exemple, a continué à enseigner des stratégies de guérilla bien après. Les prisonniers anarchistes de longue peine ont participé à des grèves de la faim et du travail dans des prisons du monde entier, notamment de nombreux camarades grecs, comme Nikos Maziotis. Les prisonniers chiliens anarchistes, subversifs et mapuche rédigent collectivement des déclarations pour de nombreuses journées d’action, à commencer par Mónica Caballero, qui reste connectée aux luttes au-delà des murs. Ils et elles inspirent également la défiance à l’extérieur, comme on le voit dans de nombreuses actions revendiquées en solidarité avec les camarades mentionnés, et, plus récemment, la grève de la faim de 180 jours d’Alfredo Cospito qui, avant de s’achever l’an dernier, a suscité de nombreuses actions incendiaires. Il y a aussi eu des cas où des aînés ou des prisonniers à perpétuité ont pris la responsabilité d’actions collectives afin de tenter de protéger d’autres personnes de peines supplémentaires et de conséquences accrues.

L’État utilise les prisons pour limiter et contenir les individus rebelles, les projets révolutionnaires et l’organisation à l’extérieur. Cela peut parfois se retourner contre lui, transformant la prison en un foyer de révolte et de radicalisation. Pour s’adapter au potentiel révolutionnaire de l’organisation des prisonniers, les prisons modernes recourent à plusieurs outils pour contrôler la circulation des personnes, des idées et des compétences, dans le but d’étouffer toute révolte potentielle. Ces outils incluent la surveillance – de plus en plus technologique – des individus, des déplacements et des relations, ainsi que l’attisement des divisions entre différentes catégories de prisonniers, les dressant les uns contre les autres. La violence physique directe et l’isolement sont utilisés de façon encore plus systématique contre les fauteurs de troubles, les militants et les éducateurs. En plus de placer quelqu’un à l’isolement, parfois pendant des décennies, le système transfère aussi les personnes loin de leur quartier, de ceux en qui elles ont confiance et avec qui elles s’organisaient, voire à l’autre bout du pays, loin de leur famille et de leurs soutiens. L’expansion continue des systèmes et infrastructures carcérales est nécessaire pour pouvoir nous séparer et nous éloigner les uns des autres. Chaque fois que des prisonniers se soulèvent, l’État renforce et adapte ces mesures, et en invente de nouvelles, pour empêcher que cela ne se reproduise. Tous les obstacles auxquels nous faisons face aujourd’hui pour rester connectés et puissants sont la preuve de tout ce que les surveillants et les gestionnaires ont à craindre.

Comment, alors, nous adapter à notre tour à l’innovation des outils et techniques de contrôle ? D’abord, nous devons chercher à les comprendre. Souvent, ce sont les prisonniers de longue peine qui sont les mieux placés pour observer, tester et décrire le comportement de l’État, car ils l’ont vu évoluer au fil du temps. C’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles nous devons activement faciliter leur participation dans les espaces anarchistes. Ainsi, pour nous, développer des moyens redondants et décentralisés de rester en communication malgré la surveillance et la censure est essentiel. Cela est nécessaire pour construire une organisation et des collaborations entre l’intérieur et l’extérieur, entre les emprisonnés et les plus libres. La correspondance sert aussi à rappeler aux captifs qu’ils ne sont pas oubliés, et à leurs geôliers que nous les surveillons. Le soutien matériel est également indispensable. L’argent pour les prisonniers anarchistes ne les aide pas seulement à obtenir ce dont ils ont besoin à la cantine, il peut aussi bénéficier à d’autres qui ont moins de soutien social. Au-delà de la cantine, les fonds peuvent aussi être utilisés dans l’économie carcérale pour acheter ou créer des outils permettant de maintenir la communication, ou pour se protéger de la violence des gardiens ou d’autres prisonniers. Nous devons aussi renforcer notre capacité à agir en solidarité et à répondre à ce que nous apprenons des camarades à l’intérieur, que ce soit sous la forme de manifestations devant les prisons, d’actions téléphoniques, d’actes de sabotage ou d’autres formes d’action que peu d’entre nous ont encore imaginées.

Lorsqu’un anarchiste est incarcéré, ils peuvent servir de point de connexion entre les personnes à l’intérieur et à l’extérieur. Notre engagement et notre manière de soutenir les prisonniers permettent à ce lien de porter ses fruits, non seulement pour les individus, mais aussi, dans les meilleurs cas, pour défier le pouvoir de l’État là où il est le plus concentré. Ce rôle de prisonnier anarchiste et politisé peut prendre de nombreuses formes. Ils peuvent utiliser leur position, leur voix et capacité à se faire entendre pour aborder des questions plus larges. Cela informe les camarades à l’extérieur sur les luttes des personnes captives. Aux États-Unis, cela s’est particulièrement illustré dans les luttes pour la libération noire et le croisement entre les activités du Black Panther Party, de la Black Liberation Army à l’extérieur, et les soulèvements dans les prisons à travers le pays. Plus récemment, nous avons vu Eric King plaider pour des amis rencontrés en détention qui l’ont soutenu dans ses moments les plus difficiles. Nous avons également vu plusieurs personnes incarcérées dans les prisons d’Atlanta pour leur implication dans Stop Cop City, et en Pennsylvanie pour leur participation présumée à la libération animale, utiliser leurs connexions médiatiques pour décrire les conditions de détention et raconter les histoires de personnes rencontrées à l’intérieur. La plupart des personnes en prison n’ont personne pour diffuser leurs paroles, que ce soit par un blog, un fanzine ou des graffitis. Les espaces anarchistes peuvent et savent le faire. Michael Kimble en est un excellent exemple, agissant comme un relais entre le soutien extérieur et une population queer captive qui pratique l’entraide selon ses propres termes. Bien qu’il soit encore très précaire et sous attaque, Marius Mason a pu influencer de manière significative le traitement et l’accès des personnes trans dans le système pénitentiaire fédéral. En 2020, Jeremy Hammond a enregistré une vidéo de lui-même et d’autres captifs exprimant leur solidarité avec les manifestations Black Lives Matter dans les rues. Malik Muhammad tient une chronique sur son blog, racontant les histoires et réalisant des interviews de personnes rencontrées en isolement. Grâce à ses liens avec d’autres anarchistes, Michael Kimble partage l’histoire noire radicale dans son quartier pendant le Black History Month et Black August. De cette manière, les prisonniers anarchistes relient la lutte et la radicalisation à l’intérieur aux mouvements plus larges à l’extérieur.

L’inverse est également vrai. Par la nature de leur position, les prisonniers anarchistes renforcent le mouvement plus large en informant son analyse, ses méthodes et ses priorités. Leur inclusion dans les espaces anarchistes démystifie l’incarcération et permet de partager les meilleures pratiques et techniques de survie. Cela, à son tour, donne à d’autres la force de prendre les risques nécessaires, sachant qu’ils ne sont pas seuls. Notre engagement à soutenir nos prisonniers nous oblige à rester fidèles à notre valeur de confrontation du pouvoir d’État, même là où il est le plus fort. Maintenir des relations et faciliter la participation de personnes physiquement arrachées à nos rangs offre aux anarchistes un front de lutte « derrière les lignes ennemies ». Le pouvoir d’incarcérer, de faire disparaître, de réduire au silence, d’arracher des camarades, des familles et des amis doit être contesté. Et cette contestation ne peut se faire qu’avec d’autres prisonniers politisés et révolutionnaires. Se rencontrer et lutter ensemble en prison renforce les liens entre les personnes criminalisées et les classes populaires : une rencontre informelle et irrégulière des ennemis de l’État.

Nouvelles des prisonniers :

Marius Mason est maintenant à moins de deux ans de sa libération ! Malgré les progrès qu’il a accomplis pour lui-même et pour d’autres prisonniers transgenres, et en raison des politiques anti-trans du gouvernement fédéral américain, il a été transféré en mars dans une prison pour femmes à Danbury, dans le Connecticut. L’État exige désormais que nous utilisions le deadname de Marius dans notre correspondance. Michael Kimble a également été récemment transféré dans un autre établissement en Alabama. Il travaille toujours sur sa re-sentencing et continue de participer à des publications anarchistes. Après avoir entamé une grève de la faim suite à la confiscation de ses biens et à d’autres formes de harcèlement, Malik Muhammad a été transféré dans un autre établissement en Oregon. Dans cette prison aussi, il a été ciblé et placé à l’isolement, faussement accusé d’avoir tenté d’organiser une grève générale. Sean Swain poursuit sa collaboration avec la radio Final Straw. Le camarade Z a également travaillé avec Final Straw et écrit des articles pour le Texas Observer Magazine. Xinachtli a lancé une nouvelle campagne de collecte de fonds.

Au niveau international, nous nous réjouissons de la libération de Claudio Lavazza l’an dernier, après une vie entière de lutte anarchiste. Nous saluons aussi le combat continu d’Alfredo Cospito et maintenant de Francisco Solar (en Italie et au Chili, respectivement), contre leurs conditions de détention particulièrement cruelles. Mónica Caballero continue de s’organiser et de prendre la parole depuis l’intérieur des prisons chiliennes, et nous avons récemment vu des appels à soutien financier. Une nouvelle vague de répression a également commencé en Grèce, après une explosion prématurée à Athènes qui a tué un camarade et blessé une autre, nommée Marianna. Nous soutenons tous les camarades inculpés après l’explosion. Par ailleurs, la demande de libération conditionnelle de Nikos Maziotis a été rejetée par les tribunaux grecs, car il a déclaré une vérité évidente : « les révolutionnaires ne sont pas ‘corrigés’ ni ‘améliorés moralement’ », il devrait donc purger l’intégralité de sa peine. Enfin, nous avons ajouté deux autres anarchistes à notre liste de prisonniers de longue peine, alors que l’État chilien s’apprête à poursuivre Aldo et Lucas Hernandez – chacun risquant des décennies de prison, détenus en détention provisoire depuis décembre 2022. À chaque nouvelle tentative des États du monde d’imposer l’obéissance à leurs programmes oppressifs, nous ressentons aussi un désir urgent de leur destruction.

Chaque année, le 11 juin est une journée où nous nous souvenons de nos camarades anarchistes emprisonnés depuis le plus longtemps, à travers des mots, des actions et un soutien matériel continu.

 

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Les cantines végétaliennes : un positionnement politique https://attaque.noblogs.org/post/2025/05/20/les-cantines-vegetaliennes-un-positionnement-politique/ Tue, 20 May 2025 16:52:26 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=59328 Continuer la lecture ]]> Indymedia Lille / mardi 20 mai 2025

Introduction

Au moment où ce texte est écrit, la majorité des cantines dans les espaces de luttes anarchistes ou autonomes en fRance sont végétaliennes. C’est-à-dire qu’ielles ne servent pas de produits d’origines animales (viande, lait, œuf, miel…).

Cette situation pourrait amener à croire qu’il s’agit d’une certaine forme de « victoire » ou en tout cas d’une reconnaissance des théories et des luttes du mouvement antispéciste au sein des espaces anarchistes, autonomes ou de la « gauche radicale ». Ce n’est pourtant pas le cas.

Les cantines végétaliennes sont des outils de lutte historique du mouvement antispéciste (comme le sabotage et les libérations). Elles s’inscrivent dans une stratégie de propagande par l’exemple. Ils s’agit de montrer que l’on peut avoir accès à une alimentation équilibrée, agréable et accessible sans utiliser de produits issus directement de l’exploitation d’animaux non-humains.
Pourquoi cet outil de diffusion ne semble pas fonctionner au sein des espaces radicaux ?

 

Une dépolitisation du choix de l’alimentation végétale

Cet échec est profondément lié au fait que la mise en place des cantines végétaliennes au sein des espaces radicaux s’est faite par la dépolitisation du contenu théorique et la disparition des idées antispécistes pourtant à l’origine des cantines végétaliennes. Revenons sur quelques pratiques de dépolitisation courantes.

Absence de communication sur le sujet

De nombreux lieux ou espaces n’indiquent pas explicitement que les cantines sont végétales dans leur communication. Parfois même en justifiant que le dire explicitement amènerait certaines personnes à ne pas venir. Cette prétendue ouverture envers des personnes imaginaires permet donc de faire disparaître les positionnements et des choix politiques (ou leur absence) dans l’alimentation.
De même, il est exceptionnel de voir des flyers antispécistes sur les tables de ces cantines. Pourtant le choix de l’alimentation végétalienne, comme celui du prix libre ou encore de l’auto-gestion sont des choix politiques. Il s’agit d’essayer de créer ici et maintenant le monde futur.

Le faux argument de l’inclusion

Lorsqu’il s’agit de justifier le choix de l’alimentation végétale, un argument qui ressort souvent, c’est qu’il s’agit d’un mode d’alimentation collective qui permet de respecter les contraintes alimentaires les plus courantes des personnes qui viennent se nourrir à la cantine : hallal, casher, vegan…
Cet argument conduit à mettre sur le même pied l’adhésion à des croyances religieuses que des positionnements s’opposant à l’exploitation et au massacre continuel de milliards d’animaux. Pourtant, les arguments antispécistes ne sont pas issus de règles absurdes et contradictoires édictées par des figures d’autorités, mais des choix basés sur des connaissances et analyses scientifiques et émancipatrices.
Si l’inclusion est un faux argument, c’est bien parce que peu d’efforts, sont réellement déployés concernant l’inclusion au-delà du contenu de l’assiette. Alors que les menus sont parfois connu à l’avance, ils ne sont quasiment jamais indiqués ou diffusés. Ce qui serait pourtant important pour les personnes ayant des régimes alimentaires spécifiques (allergies, intolérances, condition médicale autre…). La liste des ingrédients et allergènes est rarement présente, et peu d’attention est portée à éviter les contaminations croisées.

La double pratique

La double pratique, c’est d’avoir une cantine végétalienne ET en même temps des aliments issus de l’exploitation animale à proximité. Cette double pratique prend de nombreuses formes. Parfois, il s’agit d’avoir une version végétalienne et une version spéciste d’un même plat, par exemple un stand de crêpes. Lors d’un événement, il peut s’agir d’avoir des cantines végétaliennes le midi et le soir, mais des petits-déjeuners et goûters avec des produits issus de l’exploitation animale.
Cette double pratique est particulièrement vicieuse puisqu’elle permet d’inclure les personnes véganes (qui peuvent en effet se nourrir) tout en disqualifiant leur positionnement politique, réduit à un simple choix personnel et non comme un moyen d’action s’insérant dans une lutte contre une domination structurelle.

 

Mécanismes de la dépolitisation

Les pratiques de dépolitisations précédemment citées ne viennent pas de nulle part, mais sont la conséquence logique de stratégies et de visions du monde. En retour, ces pratiques influent aussi sur les stratégies et les visions du monde.

Un premier point, c’est de remarquer que les cantines militantes sont rarement composées entièrement ou majoritairement d’antispécistes. Le choix du végétalisme correspond donc non pas à l’expression des positions politiques des cuisinnier·eres mais à un choix lié à un rapport de prestataire à client. Ainsi, l’absence de communication sur le végétalisme s’explique parce que pour la cantine/les organisateurices, ce n’est pas un choix, mais une contrainte inhérente à la présence de végétariens/végétaliens au sein des luttes et des espaces radicaux.

Le second point, c’est une stratégie plus globale d’une partie du mouvement de s’allier avec des structures spécistes. Qu’il s’agisse des Soulèvements de la terre avec la Confédération Paysanne ou des mouvements locaux avec certains éleveureuses, des fédérations de pêche ou des chasseurs. Une alliance qui se fait forcément sur le dos des non-humains et des antispécistes. Aussi bien dans la pratique que dans la théorie. Ainsi, l’analyse des ravages écologiques du spécisme est remplacée par une dichotomie agro-industrie/élevage paysan. Une division fictive du point de vue des non-humains qui finissent à l’abattoir, mais aussi quand il s’agit de s’intéresser aux conséquences environnementales de l’élevage.

Le troisième point, c’est la nécessité du maintien du déni pour l’immense majorité des personnes qui fréquentent ces cantines. La dépolitisation permet d’éviter de les confronter aux conséquences de leurs choix quotidiens en matière d’alimentation ainsi qu’à leurs propres contradictions.

 

Repolitiser les cantines

S’il paraît important de repolitiser la question des cantines, il ne s’agit pas simplement de défendre une position morale. Oui, arrêter de torturer et de tuer des êtres sensibles pour les manger est évidemment plus juste moralement que de justifier ou d’ignorer leurs souffrances au nom du plaisir gustatif. Mais le spécisme ne se réduit pas à la question de l’exploitation des non-humains, il se combine avec de nombreux autres systèmes de domination.
C’est parce que le système spéciste considère que la vie de la majorité des animaux ne vaut rien et qu’ils peuvent être éliminés en masse sans remords que l’animalisation de groupes humains est un outil au service des génocidaires. La fabrique du spécisme et celle des prétendues races humaines s’entremêle.
La construction de la masculinité se réalise en partie à travers la pratique du contrôle et de la violence sur les non-humains : chasse, consommation de viande, combat de chiens/coqs, dressage, violence contre les animaux dits domestiques.
C’est un exemple parmi d’autres de la société carcérale.
C’est le reflet d’une société anti-écologiste, qui au nom du plaisir de quelques élites condamne le reste des individus à la souffrance et à la mort. Ainsi, environ 10 % des émissions de gaz à effets de serre sont liées à l’élevage.
C’est un exemple de comment la société capitaliste vise à transformer les animaux humains comme non-humains en simple outil au service du pouvoir des possédants : chiens policiers/militaires, animaux de traits, cobayes de laboratoire…
Faire le choix d’une cantine végétalienne, c’est donc une manière de se positionner clairement dans la lutte contre le pouvoir et le ravage écologique. C’est participer à créer et à renforcer des liens entre les individus et entre les luttes. C’est ne pas séparer les actions individuelles des luttes globales, le quotidien de l’horizon révolutionnaire.

Repolitiser les cantines, c’est ne plus les considérer comme simplement un moyen de s’alimenter, mais comme un morceau d’un projet plus vaste de bouleversement du monde.
Plusieurs propositions :

– Une communication claire en amont et sur place
– Un texte de positionnement politique expliquant ce choix et/ou un infokiosque antispéciste sur place
– La sensibilisation des participant·es à ces questions, par exemple lors d’un point avant la cuisine elle-même
– Un refus de la « double pratique »
– Le refus de participer à des événements qui refusent de prendre en compte les réflexions antispécistes ou qui ont des discours/pratiques spécistes
– Lier l’antispécisme de la cantine au sujet abordé lors de l’évènement.

 

Faire le choix d’une cantine végétalienne, c’est donc une manière de se positionner clairement dans la lutte contre le pouvoir et le ravage écologique.
C’est participer à créer et renforcer des liens entre les individus et entre les luttes.
C’est ne pas séparer les actions individuelles des luttes globales, le quotidien de l’horizon révolutionnaire.

 

 

Quelques ressources :

Audios :

La série de podcasts Comme un poisson dans l’eau

Sites internets :

Unoffensive Animal – unoffensiveanimal.is
Animal Liberation Front supporters group – alfsg.org.uk

Brochures :

Un monde d’exploitation animale -Définitions et perspectives contre le spécisme – infokiosques.net
Idée de Nature, humanisme et négation de la pensée animale – infokiosques.net
Entretien avec une militante antispéciste anarchiste brésilienne – leseditionscafarnaum.noblogs.org
Le néo-carnisme de Jocelyne Porcher – infokiosques.net

Livres :

Animal Radical de Jérôme Segal
Un éternel Treblinka de Charles Patterson
La politique sexuelle de la viande de Carol J. Adams

 

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Mise à jour du 8 juillet 2025 : une nouvelle version, avec notamment des corrections de l’orthographe, mais pas seulement, est disponible (en format brochure ou page par page).

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Brochure : Il ne reste que peine, douleur et incompréhension https://attaque.noblogs.org/post/2025/01/02/brochure-il-ne-reste-que-peine-douleur-et-incomprehension/ Thu, 02 Jan 2025 12:47:14 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=57846 Continuer la lecture ]]> No Trace Project / mardi 31 décembre 2024

Ce texte tente de revenir sur les évènements entourant l’affaire de répression à Zurich au cours de laquelle un ex-compagnon anarchiste a dirigé des soupçons vers d’autres personnes de son milieu afin de se dédouaner. Il traite de répression, de trahison, et autres abysses.

En janvier 2019, un ex-compagnon a été arrêté à Zurich. Il a été accusé d’incendies volontaires contre des véhicules de l’armée à Hinwil en 2015 et contre l’antenne radio d’urgence de la police de la ville de Zurich, située à Waidberg, en 2016. Avant son arrestation, l’ex-compagnon était sous surveillance depuis plusieurs mois.

En prison, le prisonnier a transmis une déclaration écrite au parquet sans consulter son cercle de soutiens, au moment de l’interrogatoire final, c’est-à-dire avant la fin de l’enquête. Dans cette déclaration, il a nié avoir quoi ce soit à voir avec les incendies dont il était accusé et a dirigé des soupçons vers ses ami·e·s et connaissances. […]

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Brochure : Mettre le feu aux câbles pour débutant.e.s https://attaque.noblogs.org/post/2024/12/17/brochure-mettre-le-feu-aux-cables-pour-debutant-e-s/ Tue, 17 Dec 2024 17:52:42 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=57701 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / mardi 17 décembre 2024

Un allumage retardé fiable est la pierre angulaire des campagnes incendiaires durables. Mais pour les petits groupes sans réseau logistique (c’est-à-dire la plupart), de nombreuses instructions anciennes pour les retardateurs ne sont tout simplement plus réalisables.

L’essor des boutiques en ligne au cours des dernières années a rendu presque impossible l’obtention de transistors ou de circuits intégrés auprès des magasins d’électronique locaux où l’on pouvait payer en liquide. S’il y a un tel magasin dans ta ville, la prudence est de mise, car la police est parfois étonnamment douée pour tracer les composants électroniques.

Les commandes sur Internet ne sont malheureusement pas non plus une option pour des gens comme nous. En essayant de cannibaliser de récupérer les pièces nécessaires d’appareils bon marché achetés dans un magasin à 1 €, on se rend vite compte que les composants électroniques utilisés de nos jours sont généralement beaucoup trop petits pour être soudés à la main.

Ce guide est donc né du désir de partager nos expériences avec du matériel en vente libre dans les supermarchés ou les magasins de bricolage. Il s’agit également d’une mise à jour du guide « Setting Fires with Electrical Timers » de l’ELF, qui vaut encore la peine d’être lu.

Kommando Angry Birds
automne 2024

 

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Brochure : Au plus profond de la nuit, la lune est la plus claire https://attaque.noblogs.org/post/2024/10/26/brochure-au-plus-profond-de-la-nuit-la-lune-est-la-plus-claire/ Sat, 26 Oct 2024 16:03:33 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=57168 Continuer la lecture ]]> Takakia / été 2024

Plongée dans l’effervescence écologiste et le sabotage anti-industriel dans les contrées allemandes

Début mars 2024, en plein milieu de la nuit. Près de Berlin, à Grünheide, tout s’arrête au sein de la giga-usine de fabricant de voitures électriques Tesla, récemment implantée au détriment d’une forêt. Les milliers d’ouvriers et d’ingénieurs assistent impuissants à l’arrêt des chaînes de production. En cause ? Le sabotage incendiaire de l’alimentation électrique de l’usine, revendiqué aussitôt par un groupe Volcan, contre le greenwashing du capitalisme et le progrès industriel. Les autorités allemandes et Elon Musk dénoncent les « écoterroristes ». Mais cette action n’est que le dernier épisode d’une escalade offensive contre la société techno-industrielle dans les contrées allemandes.

Au fil des dernières années, du nord au sud et de l’ouest à l’est, le pays d’outre-Rhin a connu une résurgence des « mobilisations pour le climat », des occupations de forêts et de luttes contre des projets industriels tels que l’extraction de charbon, la construction de nouvelles autoroutes ou l’agrandissement de zones industrielles et de ports. Si une critique radicale de la société techno-industrielle surgit et grandit au sein de ces combats qui se heurtent à une répression toujours plus rude de la part de l’État, certaines mobilisations semblent aussi prêter la main au discours de la « transition verte » en appelant à l’exploitation des ressources renouvelables et aux solutions technologiques pour parer aux effondrements écologiques en cours. Mais malgré des tentatives de limiter la portée de l’éveil d’une conscience anti-industrielle et d’une pratique offensive conséquente, de nombreux sabotages ont visé les industries polluantes, les cimenteries, les projets énergétiques, les centres technologiques et les infrastructures énergétiques, logistiques et de télécommunication. Plongeon dans une effervescence inspirante et radicale en cette ère de planète en surchauffe, d’extinction massive et de fuite en avant technologique.

 

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Brochure : La guerre aux pauvres https://attaque.noblogs.org/post/2024/09/18/brochure-la-guerre-aux-pauvres/ Wed, 18 Sep 2024 18:13:40 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=56784 Continuer la lecture ]]> Infokiosques.net / dimanche 15 septembre 2024

La guerre aux pauvres.
Sur France Travail et autres joyeusetés

Brochure parue initialement en Normandie en mars 2024, à propos des réformes visant les chômeur·euses, allocataires des minima sociaux et autres galérien·nes, et de l’importance de la lutte contre la société du travail et de l’exploitation.

« La guerre aux pauvres est une prérogative du pouvoir. Le capitalisme s’est d’ailleurs développé là-dessus : il naît par le fer et par le sang. Les nouvelles réformes économiques en France – comme ailleurs dans le monde – visent à mettre au pas la plus grande partie de la population dans un capitalisme en restructuration ayant de plus en plus de mal à dégager de la valeur. La parenthèse des quelques garanties sociales en échange de la docilité au système se referme, annonçant une nouvelle brutalisation des rapports sociaux. Transformer la guerre aux pauvres en guerre des pauvres n’en devient que plus urgent ! »

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Une brochure sur le régime d’asile européen commun (RAEC) https://attaque.noblogs.org/post/2024/09/15/une-brochure-sur-le-regime-dasile-europeen-commun-raec/ Sun, 15 Sep 2024 19:04:26 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=56789 Continuer la lecture ]]> 3 Rosen gegen Grenzen / août 2024

D’immenses prisons pour 120’000 personnes en Italie, en Espagne et en Grèce, des décisions d’asile dans un délai de 12 semaines, et la Turquie comme pays tiers sûr ?

Le 10 avril 2024, le Parlement européen et les États membres de l’UE ont décidé de réformer le régime d’asile européen commun (RAEC). Les frontières extérieures de l’UE sont principalement impactées par les réformes, qui devraient entrer en vigueur en 2026. Une grande partie des exilé :es seront à l’avenir retenu:es dans des camps fermés aux frontières extérieures de l’UE, leur demande d’asile traitée dans des procédures rapides, ou d’emblée rejetée pour être renvoyé :es dans des «pays tiers sûrs».

Cette réforme a été applaudie par des politicien:nes européen:nes, la qualifiant de «succès historique – pour l’Union européenne, pour une nouvelle politique migratoire solidaire, et pour la protection des droits humains ».*

Il nous semble évident que cette (pas si) nouvelle politique migratoire n’est pas solidaire : elle est profondément inhumaine et raciste. Elle ne pro-tège pas les humains, elle oeuvre à ancrer et protéger le capital et les rapports de pouvoir globaux.

Le nouveau pacte du RAEC est une entrave au droit d’asile et une accélération de la militarisation des frontières extérieures de l’UE.

La réforme se base en total sur 10 règlements et contient une longue liste d’articles. Leur mise en oeuvre va certainement durer des années, et beaucoup de choses ne sont pas encore claires.

Comme nous ne pouvons pas entrer dans le détail sur tous les aspects, nous vous présentons trois éléments de la réforme qui nous préoccupent le plus.

Nous sommes un groupe de per-sonnes qui essaie de comprendre les changements en cours et leurs significations concrètes.

  1. Procédures aux frontières
  2. Les «pays tiers sûrs»
  3. Règlement de crise

 

* Note : Déclaration de la ministre de l’Intérieure allemande (SPD) Nancy Faeser ↩︎

 

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Brochure : Secrets et mensonges https://attaque.noblogs.org/post/2024/09/14/brochure-secrets-et-mensonges/ Sat, 14 Sep 2024 16:57:46 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=56774 Continuer la lecture ]]> No Trace Project / jeudi 12 septembre 2024

La brochure parle des effets que le secret peut avoir à des niveaux individuels et collectifs, et pose selon nous des questions importantes et utiles. Un court extrait :

« Comment est-ce qu’on se sent quand on garde des secrets ? Militant·e, proche, fermé·e, mal à l’aise, confus·e, puissant·e, inclus·e, privilégié·e, fort·e, paranoïaque, stressé·e, euphorique, en danger, malhonnête, exigeant·e ? Comment est-ce qu’on gère tous ces sentiments, comment est-ce qu’on vit avec ? Comment est-ce qu’on fait attention aux nombreuses conséquences de ce genre de vie et aux raisons inconscientes derrière nos choix ? […] Qu’est-ce qu’on garde secret et quand est-ce qu’on garde des secrets par envie plutôt que par nécessité ? »

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Brochure : Actions directes contre les partis de gauche de 2014 à 2024 https://attaque.noblogs.org/post/2024/07/10/brochure-actions-directes-contre-les-partis-de-gauche-de-2014-a-2024/ Wed, 10 Jul 2024 15:18:34 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=56209 Continuer la lecture ]]> Trognon.info / mercredi 10 juillet 2024

« Si nous défendons la révolution sociale, alors notre critique, et l’action qui en découle, ne peut épargner cette gauche politicienne et autoritaire ».

Introduction de la brochure :

Voilà une brochure pour faire bondir ton pote social-démocrate, ce bon citoyen respectable qui glisse son bulletin dans l’urne et se couche la conscience apaisée par le sentiment du devoir accompli. Ce citoyen de gauche qui appelle tous les quatre matins à la sacro-sainte unité. Qui prétend vouloir du changement, mais qui veut préserver le cadre. Qui déteste les débordements, les révoltes, les ingouvernables… oui, le partisan de cette gauche qui espère à chaque élection prendre possession de l’appareil d’État, en faisant de belles promesses et en se présentant comme une alternative désirable.

Mais faut-il le rappeler ? La gauche électoraliste est un piège tendu par le capital pour récupérer les colères et les pacifier. Elle n’aura jamais pour but la destruction de l’État, l’abolition des frontières et des armées, la fin du travail. Pour gouverner, elle a besoin des prisons, des tribunaux, des commissariats et des fonctionnaires qui vont avec. Parce qu’elle est constitutive du système politique dans lequel nous vivons, elle ne peut être qu’une ennemie des anarchistes.

Si nous défendons la révolution sociale, alors notre critique, et l’action qui en découle, ne peut épargner cette gauche politicienne et autoritaire. Et c’est aussi parce que nous croisons cette gauche au gré des luttes et des mobilisations que nous ne savons que trop bien à quel point il est nécessaire de l’attaquer, de l’affaiblir, de la combattre.

A bas les chefs et les représentants !
Pour l’autogestion et la révolution !

La brochure format PDF (page par page).

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Brochure : Comment s’amuser la nuit sans se faire attraper https://attaque.noblogs.org/post/2024/06/16/brochure-comment-samuser-la-nuit-sans-se-faire-attraper/ Sun, 16 Jun 2024 19:05:08 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=55950 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / samedi 15 juin 2024

Cette brochure a été publiée en anglais en 2023 sous le titre « How To Have A Fun Night To Forget« . Elle vient d’être traduite en français par le No Trace Project.

« Ceci est un aperçu rapide et incomplet des questions que tu devrais te poser et des obstacles que tu pourrais rencontrer si tu veux t’amuser la nuit sans te faire attraper. Et surtout — comment est-ce que tu émergeras des ombres et comment est-ce que tu y retourneras sans laisser de traces ? »

À lire en ligne ou télécharger dans différents formats PDF sur le site du No Trace Project [ou à télécharger ici, en format brochure ou page par page ; NdAtt.].

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Brochure : Les anarchistes et la guerre en Ukraine https://attaque.noblogs.org/post/2024/04/29/brochure-les-anarchistes-et-la-guerre-en-ukraine/ Mon, 29 Apr 2024 09:47:53 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=55336 Continuer la lecture ]]> Contradictions / fin 2023

Les anarchistes et la guerre en Ukraine
Une enquête de la revue Kontradikce/Contradictions

Contradictions vol. 7, Prague, 2023.
Édité par Ondřej Slačálek, Grzegorz Piotrowski et Miroslav Tomek.

Avec des réponses de : Zosia Brom, Boyevaya organizatsiya anarkho-kommunistov (BOAK, Organisation de combat des anarcho-communistes), Davyd Chychkan, Maria Rakhmaninova, Max Ščur, Ratibor Trivunac, Anarchistes biélorusses à Varsovie, Anatoly Dubovik, Volodymyr Ishchenko, Konfederatsiya revolyutsionnykh anarkho-sindikalistov (KRAS-MAT, Confédération des anarcho-syndicalistes révolutionnaires), Oleksandr Kolchenko, Saul Newman, Wayne Price, Aleksander Łaniewski.

La guerre en Ukraine a divisé les anarchistes. Certain.es luttent contre l’invasion russe, en soutenant la société ukrainienne (et, au moins dans une certaine mesure, l’État ukrainien), d’autres professent une opposition de principe aux deux parties en conflit. Certain.ess mobilisent des parallèles historiques, d’autres expliquent les différences de position en faisant référence à des expériences régionales différentes. Afin de saisir et de comprendre la variété des positions anarchistes et de réfléchir aux points d’accord et de désaccord entre elles, pendant l’été et le début de l’automne 2023 nous avons posé les questions suivantes à une sélection de militant.es, de théoricien.nes, de spécialistes académiques de l’anarchisme et de chercheur.euses dans le domaine des mouvements anarchistes :

– Qu’avons-nous appris des réactions des mouvements anarchistes ukrainien, russe, biélorusse et international ?
– Savons-nous maintenant quelque chose que nous ne savions pas auparavant ?
– Les différences entre les anarchistes ont-elles des causes profondes ?
– Ces différences persisteront-elles et auront-elles des effets à long terme ?
– La guerre a-t-elle changé des éléments de la perspective anarchiste ?

 

Zosia Brom, originaire de Pologne, est une migrante économique et anarchiste. Elle développe actuellement un atelier sur les questions de classe et de migration pour le Class Work Project. Au sein du mouvement anarchiste, Zosia est connue principalement en tant qu’ancienne rédactrice de la revue semestrielle Freedom, écrivaine parfois controversée (auteure de l’article Fuck Leftist Westplaining [jeu de mot qu’on pourrait traduire par « fuck l’explication occidentale de la gauche » ; note d’Attaque], de février 2022) et organisatrice de la London Anarchist Bookfair.

« Les anarchistes ne restent ni à l’écart de la lutte du peuple, ni ne tentent de la dominer.
Ils essayent d’y apporter, pratiquement, tout ce qu’ils peuvent et d’y soutenir les plus hauts niveaux possibles de solidarité individuelle et collective. »
Stuart Christie

Les divisions au sein du mouvement anarchiste n’ont rien de nouveau et, en fait, « [insérez le sujet du jour] a divisé les anarchistes » serait une bonne phrase pour commencer un texte sur à peu près n’importe quel moment de l’histoire anarchiste contemporaine. Je ne considère pas cette attitude comme un problème pour l’anarchisme : après tout, c’est un mouvement sans dirigeants, un mouvement aux nombreuses, différentes facettes, un mouvement où n’importe quelle position d’autorité peut être remise en question. Un mouvement qui manque de dogmatisme, du moins sur le papier.

Il était donc prévisible qu’il y aurait de nombreuses approches à l’actuelle invasion russe de l’Ukraine. Cela ne serait pas un problème en soi et la discussion aurait pu continuer en prenant en compte les nombreuses différentes interprétations de ce qu’est l’anarchisme, ainsi que la diversité des expériences vécues d’anarchistes de différentes parties du monde, l’histoire générale des anarchistes dans les conflits armés, ainsi que le respect de la réalité effective dans laquelle nous tou.tes vivons et l’ambition de mettre au point une politique qui lui corresponde. Toutefois, ce n’est pas ainsi que cela s’est passé et nous avons plutôt vu un spectacle assez laid de suprématie occidentale, venant de certaines parties de l’anarchisme occidental, combiné à une interprétation étroite, voire religieuse, de ce qu’est l’anarchisme, livrée sans égard pour la diversité du mouvement anarchiste et pour la complexité du monde. Pour atteindre ce but, les anarchistes suprémacistes occidentaux.ales ont mis au point toute une série de tactiques. L’une d’entre elles a été d’ignorer volontairement ce que la grande majorité de leurs compas d’Europe centrale et orientale essayaient de leur expliquer. Une autre a été de s’approprier le terme même d’anarchisme et d’assumer la position de l’autorité décisive et incontestable sur tout ce qui s’y rapporte et, de ce fait, de renforcer seulement l’impression qu’ils viennent d’une position de suprématie. Un autre a été celle de faire preuve d’un niveau d’hostilité extrême à l’égard des anarchistes d’Europe de l’Est qui essayaient de s’engager dans cette discussion, souvent les rejetant d’une manière qui est à la limite de la théorie du complot, par exemple en insinuant qu’ils sont des agents de la CIA, des fascistes infiltrés, etc.

Cependant, ce serait malhonnête de dire que tous, ou même une majorité des groupes anarchistes occidentaux ont réagi de cette manière. Alors que cette attitude a été affichée par une minorité, petite mais bruyante, du mouvement et qu’elle a été très dérangeante à observer et à vivre, au lieu de cela des nombreux autres ont offert une solidarité incontestable et de l’assistance matérielle à leur compas ukrainien.nes, russes et plus largement d’Europe de l’Est. Cette aide, qui continue, est l’un des projets les plus impressionnants que j’ai vu les anarchistes entreprendre ces dernières années, et elle est rendue encore plus admirable par le fait que je suis consciente qu’en de nombreux cas elle arrive malgré le malaise de sacrifier certains aspects de ses convictions et de sa politique, face à une crise humanitaire et à des crimes de guerre perpétrés par l’armée russe, et par volonté de faire preuve de solidarité avec leurs compas d’Europe de l’Est.

Cette attitude des groupes anarchistes les rend nettement différents de la plupart des autres parties de la gauche radicale occidentale et cela est l’aspect de l’anarchisme que je considère comme le plus porteur d’espoir pour le futur, avec tous ses problèmes complexes qui appellent à des solutions non dogmatiques et originales. Je pense qu’il est difficile de dire ce qui changera du point de vue anarchiste, dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne, pour le simple fait que de nombreuses perspectives anarchistes existent. Mais ce qui aura un impact durable est un point essentiel de la véritable politique anarchiste : juger les choses pour ce qu’elles sont, écouter les personnes directement concernées, faire ce que l’on peut pour aider les autres dans leur lutte contre un pouvoir oppressif et y contribuer concrètement par tous les moyens à notre disposition. Si nous y arrivons, nous aurons une possibilité de devenir une puissance significative. Dans le cas contraire, nous deviendrons – ou, dans certains cas, nous resterons – un club social pour des gens qui aiment lire des vieux bouquins.

 

La Boyevaya organizatsiya anarkho-kommunistov (BOAK, Organisation de combat des anarcho-communistes) existe depuis 2020, en tant que partie du mouvement de guérilla biélorusse et russe ; depuis février 2022, la BOAK a revendiqué des actions visant à perturber la logistique de l’armée russe au sein de la Fédération de Russie et au Bélarus.

De la position où nous nous tenons, la guerre ne change pas vraiment la perspective des anarchistes. Néanmoins, elle rend plus claires les différences entres les groupes. Nous avons entendu les mêmes arguments et les mêmes discussions en 2014, quand certains « anarchistes » affirmaient que les gens sur la place Maïdan à Kiev n’étaient pas des anarchistes et que c’est la raison pour laquelle nous n’aurions pas dû prendre part à cette lutte. Et pendant les protestations en Bélarus en 2020-2021, les mêmes voix disaient : « Ce n’est pas une protestation anarchiste, c’est juste une protestation. Nous ne devrions pas prendre parti pour ces gens. L’heure de notre révolution n’est pas encore venue ».

Et voici ce que nous avons à dire à ce propos : ce ne sont que des conneries de la part de personnes qui ne sont pas et ne seront jamais prêtes à combattre l’État.

Dans les périodes de lutte – et surtout de guerre – tu ne peux pas rester à l’écart de la bataille. Le mieux que tu puisses faire est d’essayer de créer ta propre force, en luttant pour les idées anarchistes. Mais si tu ne peux pas créer une telle force et que tu choisis de rester à l’écart de la bataille, d’être « contre les deux parties en conflit » en ne faisant rien, en fait tu commences à agir en faveur de l’une des deux parties. Ne pas agir contre le mal le plus grand, ne pas essayer de l’arrêter, cela signifie l’aider. Et pour avoir simplement la possibilité de combattre le moindre mal, tu dois d’abord arrêter le mal le plus grand. Même si, pour arrêter le mal le plus grand, tu dois en quelque sorte coopérer avec le moindre mal.

Et nous croyons qu’à travers ce conflit le mouvement anarchiste deviendra plus clair, sans les « têtes parlantes » et les « touristes » qui ne font rien d’autre que dire « les deux parties sont mauvaises et du coup nous ne devons rien faire ». Parce que les gens – au sein du mouvement et à son extérieur – verront, dans ces moments extrêmes, ce qu’est le vrai anarchisme et ceux qui sont juste des styles de vie confortables en des temps de paix.

 

Davyd Chychkan est un artiste et militant anarchiste basé à Kiev ; de 2010 à 2016, il a été membre de l’Autonomous Worker’s Union (Ukraine) ; depuis 2014 il est membre de l’organisation libertaire Black Rainbow ; en 2014, il a lancé l’initiative de recherche LCUD (Libertarian Club of Underground Dialectics), qui explore les aspects philistins, largement répandus, de l’extrême droite en Ukraine.

Les anarchistes russes sont divisé.es entre celles/ceux qui s’opposent à la guerre et ceux/celles qui soutiennent carrément l’Ukraine. Le mouvement des anarchistes et des antifascistes biélorusses soutient l’Ukraine et un nombre important d’entre eux/elles combat dans les forces de défense ukrainiennes. Les anarchistes polonais.es et tchèques qui sont dans les respectives fédérations nous soutiennent également, mais nous ne recevons aucun soutien de la part des anarcho-syndicalistes, notamment du soutien pour les Ukrainien.nes qui sont en train de combattre l’occupant. Au lieu de cela, nous les entendons parler de leur aversion pour l’OTAN et du fait que l’Ukraine est une marionnette de l’OTAN. J’ai été bouleversé par les mouvements anarchistes français, espagnol, italien et grec. Il s’est avéré que beaucoup d’entre eux/elles tiraient leurs informations de Russia Today.

Nous n’avons rien appris de nouveau de cette guerre, mais nous avons vu qu’aujourd’hui les anarchistes ne sont pas aussi prêt.es à prendre clairement parti qu’elles/ils l’étaient pendant la Première et la Seconde guerre mondiale et, entre les deux, pendant la guerre civile espagnole. Bakounine et Kropotkine prenaient parti facilement, les anarcho-syndicalistes polonais.es ont participé à l’insurrection de Varsovie, les brigades internationales ont combattu en Espagne… Mais de nos jours, les anarchistes ne sont pas tou.tes d’accord à apporter du soutien au Rojava (le Kurdistan syrien) en Syrie.

La guerre n’a pas du tout changé la perspective des anarchistes ukrainien.nes, biélorusses et russes. Nous savons tou.tes que la Russie est un empire impérialiste et fasciste, que la dictature pro-Kremlin de Loukachenko en Biélorussie est fasciste et que l’Ukraine est un îlot de liberté parmi les pays de l’ancienne URSS. Dans les trente années qui sont passées depuis l’effondrement de l’URSS, les impérialistes russes ont poursuivi des politiques agressives en Tchétchénie-Itchkérie, en Moldavie, en Géorgie, en Ukraine, en Syrie, dans les pays africains, etc. Si le mouvement anarchiste mondial ne comprend pas que des mauvaises démocraties sont mieux que des dictatures fascistes, il y aura une ligne de division entre celles/ceux qui défendent la liberté et et ceux/celles qui sont intoxiqué.es par les dogmes, parce que leur incertitude idéologique n’est que de l’infantilisme, tout comme leurs appels aux Ukrainien.nes à déposer les armes pour mettre fin à la guerre. Je n’aurai jamais cru voir le jour où la gauche internationale chanterait à l’unisson avec l’extrême droite en faveur de la dictature de Poutine et de l’impérialisme sauvage du Kremlin.

 

Maria Rakhmaninova est une philosophe et artiste russe ; professeure à l’Université de sciences humaines et sociales de Saint-Pétersbourg jusqu’en mars 2022, elle a perdu son poste à cause des discussions avec des étudiant.es au sujet de la guerre un Ukraine ; spécialiste de philosophie sociale et politique, en particulier de l’anarchisme, des mouvements protestataires et du féminisme ; en 2019, elle a fondé le magazine en ligne Akrateia.

Côtes de la guerre : des leçons pour les anarchistes

Depuis 2014, l’agression russe en Ukraine a révélé des nombreuses tendances cachées de l’histoire récente, à la fois dans l’espace ex-soviétique et bien au delà. Les analyser semble utile tant pour l’époque actuelle dans son ensemble que pour comprendre l’état de l’anarchisme contemporain – y compris à l’échelle planétaire.

La première et la plus évidente de ces tendances est l’inertie, latente mais inexorable, de l’empire et de la vision impériale du monde, qui imprègne même les discours anarchistes : comme de nombreuses figures clés de l’anarchisme moscovite du début du XXe siècle, qui conservaient une conception impériale et coloniale de l’espace planétaire – y compris une conception de l’Ukraine comme étant le sud de la Russie – et ne prenaient pas au sérieux sa lutte de libération, beaucoup d’anarchistes métropolitain.es contemporain.es ont clairement hérité d’une optique russo-impériale (qui, paradoxalement, coïncide souvent avec celle du Kremlin). Cela leur arrive même en dépit de leur rejet politique, articulé, de l’URSS : peut-être à leur insu, elles/ils reproduisent complètement son épistémologie, qui leur assure la position d’un sujet cartésien « 2.0 » – parfaitement neutre, parfaitement normal, parfaitement objectif et dépourvu de propriétés spécifiques, prétendant donc parler au nom d’un sujet anarchiste international, qui peut voir toutes les facettes de la vérité et de la liberté.

Appelant toute déviation de leur propre image un « élément concret nuisible et gênant qui sème la discorde dans les rangs des travailleurs » (se référant à des expériences régionales, de genre et à bien d’autres), ils/elles insistent en effet sur la priorité d’un certain anarchisme abstrait, dans un vide théorique idéal, par rapport à la réalité et elles/ils se voient comme les prêtres de ces espaces sacrés, exemptes de la réalité brute et des détails empiriques fastidieux (bon, ce n’est pas cela que l’empire essaye de faire à tou.tes ses habitant.es ?). À ce jour, ce problème d’origine philosophique a pris un caractère radicalement politique, puisque tant les pratiques d’inclusion-exclusion que l’unité-désunion de l’ensemble du mouvement anarchiste, ainsi que ce vers quoi ses énergies sont dirigées – y compris en matière de solidarité et de lutte – en sont détournés. Tout cela montre à quel point le discours sur la résistance anarchiste s’avère vulnérable à l’inertie des systèmes de pouvoir, sans aucun égard pour le registre philosophique.

Cela n’est toutefois pas surprenant : l’anarchisme post-soviétique, représenté principalement par des historien.nes (nettement sceptiques vis-à-vis de la philosophie et donc peu enclin.es à la réflexion philosophique-politique et à l’autocritique), n’a pas vraiment pris la peine d’adopter au moins une perspective philosophique étrangère sur la réflexion sur le pouvoir et s’est donc largement limitée à un jeu de rôle non viable avec des anarchistes du passé ou des anarchistes vaguement abstrait.es dans un monde idéal (tels qu’ils/elles apparaissent aux habitant.es de la métropole). Cependant, les discours historiques étriqués de l’empire se révèlent, comme on pouvait s’y attendre, en contradiction avec l’histoire elle-même : l’anarchiste classique Pierre-Joseph Proudhon soutenait directement la lutte de libération nationale des Ukrainien.nes (Cosaques) contre la colonisation polonaise ; M. Bakounine a défendu l’indépendance des Ukrainien.nes de Galicie de la Russie et de la Pologne, que ce soit pendant sa période pan-slaviste ou quand il était déjà anarchiste, et il insistait sur l’idée de l’autodétermination nationale des « petites nations » ; et Kropotkine préconisait le droit pour les anarchistes de participer aux mouvements de libération nationale (« mais ne niez pas les mouvements nationalistes ») et de soutenir les nationalités qui se soulèvent contre une oppression nationale, parce que ce n’est qu’en se débarrassant d’une oppression nationale extérieure qu’une nation peut enfin emprunter pleinement le chemin de la révolution sociale et lutter pour sa libération ultérieure de l’oppression de la bourgeoisie nationale, avec laquelle le prolétariat d’une nation donnée n’aura plus à s’allier au nom de la lutte contre l’« ennemi commun ». De tels points de vue ont été partagés par de nombreux.ses théoricien.nes et activistes anarchistes : Emma Goldman, Grigori Maksimov, Alexei Borovoi et d’autres [1]. Ainsi, même d’un point de vue purement historique, les plus grand.es théoricien.nes et activistes anarchistes n’étaient pas sur des positions à partir desquelles la vision de la guerre professée par les modernes anarchistes de la métropole serait possible aujourd’hui – que ce soit en mettant sur le même plan Russie et Ukraine, en tant qu’États bourgeois, ou même en étant plus loyaux.les envers l’empire, en tant que « moindre mal » – selon le principe que « si l’État est un mal, alors un seul État est quantitativement mieux que plusieurs ». Il est caractéristique que, dans la guerre actuelle, ces zélateur.trices du « vrai anarchisme » ne soient pas du tout en faveur de l’établissement de l’Espéranto des deux côtés (cependant, même cela serait moins fantastique que les requêtes qu’ils/elles expriment en réalité) : ceci étant, nous pouvons dire que, quand le monde russe dévore tout ce qui lui est différent, celle/celui qui reste en silence n’est pas neutre, mais est clairement du côté de l’agresseur.

La deuxième tendance évidente révélée par l’invasion militaire russe est que les citoyen.nes et les bénéficiaires des empires russe/soviétique/post-soviétique ne sont pas les seul.es à être vulnérables à l’inertie évoquée ci-dessus, mais c’est le cas aussi de tou.tes celles/ceux qui héritent de façon non critique de l’automatisme des représentations politiques mondiales (principalement occidentales), en essayant de les évaluer à partir des espaces de leur vie quotidienne confortable, pour lesquels toute catastrophe mondiale semble si lointaine (et d’ailleurs équidistante) qu’elle est toujours presque purement théorique. C’était le cas des camps staliniens, pour les intellectuels français des années 1950. C’est le cas de la guerre dans l’Ukraine moderne, pour de nombreux militant.es du premier monde.

En fait, dans ce cas aussi, nous parlons de l’inertie épistémologique du pouvoir, mais à l’autre pôle. Après des années passées à ignorer les signaux de SOS venant de l’abîme post-soviétique et, en général, les problèmes du second monde, qui est perdu dans le caractère indiscernable de sa propre existence prétendument sans importance, le premier monde s’est réveillé subitement avec le début d’une invasion à grande échelle et – selon son ancienne (remontant à l’époque moderne) habitude de donner un jugement « objectif », fondé sur des constructions métaphysiques qui sont enracinées dans son espace satisfait et endormi depuis des siècles – n’a rien trouvé de mieux que de réutiliser pour la nouvelle catastrophe l’optique de la Guerre froide. Et ce ne serait pas grave si, dans cette optique, il n’y avait pas de place pour la société ukrainienne en tant que sujet politique capable non seulement d’une volonté politique, mais aussi, comme nous l’avons vu, de défendre ses fondements et ses impératifs.

En présentant la guerre russe en Ukraine comme une vieille confrontation typique du monde bipolaire, de nombreux anarchistes et personnes de gauche du premier monde – en dehors de leur habituelle maladresse de grands seigneurs – trouvent possible de négliger une « bagatelle » comme les détails de la confrontation actuelle (en Amérique Latine, où ces sentiments sont, hélas, tout aussi forts, ils sont au moins explicables : d’une part les habitant.es de cette région ont leurs propres luttes, d’autre part il y a un véritable éloignement de ce qui se passe en Ukraine et en Russie).

Entre-temps, il est évident qu’un État autoritaire de taille globale – avec une biographie cauchemardesque, avec une dictature en pleine croissance, fondée sur la répression, la torture, le pouvoir arbitraire des oligarques et des hommes forts, ainsi que sur la corruption – a attaqué un État indépendant voisin et est en train d’y perpétrer un génocide. Il est possible d’imaginer cette confrontation comme un conflit entre deux parties égales uniquement de loin, mais en fait il est encore plus fou que de l’imaginer comme un conflit entre les travailleur.euses et la bourgeoisie : au moins les travailleur.euses dépassent en nombre la bourgeoisie. Exhorter l’Ukraine d’aujourd’hui, dans un esprit de « sagesse » patriarcale, à « donner le bon exemple » et à « renoncer au militarisme » en déposant les armes revient à exhorter la victime à ne pas résister au tortionnaire et à lui donner tout ce dont il a besoin. Le fait que la Russie et l’Ukraine soient formellement dans la même position en tant qu’États ne rend pas leurs situations spécifiques égales, surtout à la lumière de tout ce qui s’est déjà passé pendant la dernière année et demie.

D’autant plus que, clairement, la confrontation avec l’OTAN sert au régime de Poutine seulement comme un écran de légitimation, et purement décoratif, pour son comportement arbitraire en Ukraine : sinon il ne permettrait guère un tel rapprochement sans précédent de l’OTAN aux frontières de la Russie, comme cela a été le cas suite à l’agression militaire russe. Ainsi, l’inertie épistémologique des systèmes de pouvoir ne réside pas seulement dans les fondements de l’empire de Poutine. Elle est contenue aussi dans la vision du monde du premier monde privilégié – et trouve son origine dans le narcissisme de l’ancien Occident, qui est insensible à la réalité du second monde mais n’est pas prêt à renoncer à sa revendication d’un droit au jugement final, véritable (peu importe à quel point il est loin de la réalité), à son sujet. Cela est vrai à la fois pour la droite (qui attribue à la Russie la capacité de résister à la « cruauté corrompue » du déclin de l’Europe) et pour la gauche (d’où l’on entend des voix qui soutiennent la prétendue « République populaire » du Donbass et la pernicieuse « République populaire » de Donetsk et l’ainsi-dit caractère pernicieux du néolibéralisme) [2].

Le troisième problème qui est posé d’une nouvelle manière par la guerre russe en Ukraine est la nature profondément problématique et la faible élaboration de l’opposition philosophique entre universalisme et localisme/régionalisme. En même temps, l’existence même de cette opposition, dans l’anarchisme contemporain (y compris le fait qu’elle n’est pas réalisée de manière articulée), est problématique. Par conséquent, si, dans l’esprit des anarchistes métropolitain.es, nous pensons la confrontation entre la Russie et l’Ukraine comme une confrontation entre universalisme (alter-moderne, soviétique) et régionalisme (libération nationale), nous ne pouvons pas éviter de nombreuses questions inconfortables. Par exemple : la vie sans Poutine, sans le Kremlin, sans l’inertie soviétique (contre laquelle la société ukrainienne se bat héroïquement aujourd’hui) est-elle exactement du « régionalisme » ? Un tel faux dilemme ne peut être utilisé que par le Kremlin, qui spécule sur la notion de « néonazisme », en appelant ainsi tout ce qui ne veut pas être absorbé et dissout au point de devenir indiscernable. Entre-temps, même problématique du point de vue de l’anarchisme et de sa critique du capital : l’intégration de l’Ukraine dans l’Europe ne signifierait rien de plus que son adhésion à une large fédération d’autres nations européennes (une fédération un peu plus plausible que la Russie), avec la perspective de résoudre les problèmes de langue, de politiques sociales et autres par une procédure juridique européenne – sans aucun doute plus humaine que celles envisagées en Russie.

En ce sens, il serait correct de dire que c’est l’Ukraine qui se trouve dans le champ de l’universalisme – héritant des conquêtes de la modernité européenne (y compris de son universalisme épistémologique) – alors qu’au contraire la Russie se trouve dans la position d’un régionalisme impérial agressif, tant à son intérieur qu’à son extérieur, en imposant le monde russe, la langue russe et un hideux golem des valeurs russes, collées ensemble de travers par des bureaucrates à genoux et à partir des souvenirs de quelqu’un d’autre. Donc, il est évident que l’actuelle opposition de régionalisme et universalisme n’est pas si simple et qu’elle nécessite un examen plus approfondi, en tenant compte du niveau actuel de développement des connaissances dans les disciplines humanistiques. Selon toute vraisemblance, nous devrions parler de la nécessité de développer des façons complètement alternatives de penser l’espace planétaire et d’interagir avec celui-ci (c’est ainsi que la géographie anarchiste définit aujourd’hui l’une de ses tâches). Cet impératif semble d’autant plus important à la lumière du cynique détournement de la rhétorique décoloniale effectué par les discours de la Fédération de Russie – qui affirment que la Russie est en train de combattre les États colonisateurs (les États-Unis) et de libérer (non pas d’exploiter, comme on pourrait le penser) les sociétés africaines, asiatiques et latino-américaines, ainsi que ses propres sociétés indigènes. En qualifiant de « décoloniales » des pratiques réactionnaires, destructives et d’exploitation, le régime russe, par sa rhétorique et son arbitraire, met involontairement en lumière le problème de la confusion entre le décolonial et le conservateur en tant que tel. Ensuite, ce problème pourra se poser aussi à une Ukraine de l’après-guerre (victorieuse). Il convient de rappeler que les études décoloniaux sont seulement une perception, équipée d’un système de méthodes et d’approches.

Sans un noyau anti-étatique, anti-hiérarchique et émancipateur, ils risquent de glisser dans un ordre conservateur monstrueux, comme dans le cas des Talibans. La tâche principale des anarchistes contemporains est de fournir aux discours décoloniaux une perspective anarchiste cohérente et correctement développée. Dans le développement de cette perspective, il faut une réflexion approfondie sur les dichotomies philosophiques – en particulier celle régionalisme/universalisme, etc. Voici quelques-uns des problèmes les plus évidents montrés par la guerre russe en Ukraine, qui nécessitent une réflexion attentive de la part et de l’anarchisme contemporain et de la société contemporaine en général.

 

Max Ščur est un écrivain et traducteur biélorusse vivant en République tchèque ; il a édité et traduit une anthologie du bouddhisme radical (« Bouddhisme radical : un court florilège (non seulement) pour anarchistes », 2019).

La guerre russe contre l’Ukraine est l’élément crucial du projet de Poutine (et Loukachenko) de restaurer l’empire russo-soviétique (permettez-moi de dire knouto-soviétique). Tou.tes ceux/celles qui sont familières avec l’histoire de cet Empire (tsarisme, stalinisme, brejnevisme et maintenant poutinisme) et des nations qu’il a colonisées ou qui, comme moi, sont même né.es dans l’Empire, ont toutes les raisons de piquer une crise et de faire tout le possible pour empêcher sa restauration (ou, encore mieux, pour contribuer à sa désintégration). Encore plus, cette fois l’Empire est complètement dépourvu de tout semblant d’une idéologie sociale progressiste, qui a été remplacée par un discours de merde, nationaliste russe chauviniste-revanchiste-traditionaliste-sexiste (c’est-à-dire, classiquement de droite). Cela, combiné aux ressources naturelles et humaines de la Russie et aux armes nucléaires, fait de cette idéologie, et de loin, la forme la plus dangereuse de fascisme d’aujourd’hui, que toute personne de gauche sensée est moralement obligée de combattre, bien que parfois dans le cadre d’une alliance désagréable avec ses adversaires politiques, ce qui a été le cas aussi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le fait que l’Empire se déguise (pour les intellectuels occidentaux.les) en colonie combattant le colonialisme occidental est un moment vraiment amusant de l’histoire de la propagande. Cependant, une rhétorique similaire a déjà été utilisée par les impérialistes nazis (et japonais). Tout comme les nazis imputaient l’effondrement, lors de la Première Guerre mondiale, de l’empire knouto-germanique aux Juifs et non à leur propre militarisme, prussien, les fascistes russes imputent l’effondrement de leur empire knouto-soviétique à l’« Occident collectif » et non à la faillite inévitable de leur propre capitalisme d’État (ou capitalisme fossile d’État, pour être précis). Dans les deux cas, nous avons affaire à une forme de crise d’identité historique, de délire de grandeur et de déni d’une réalité douloureuse. Dans les deux cas, nous avons une grande nation qui prétend non seulement qu’elle ne ferait pas partie du monde occidental (ce qui est indubitablement le cas, à la fois pour l’Allemagne et la Russie), mais aussi qu’elle serait une « civilisation » à part entière, avec ses propres valeurs « particulières, authentiques et non décadentes ». Eh bien, c’était un mythe de la propagande au service des élites, dans le cas allemand, et c’est un mythe de la propagande au service des élites, dans le cas russe.

Quant aux deux principales approches anarchistes à cette guerre, l’anti-occidental et le pro-ukrainien, je pense que le problème central, ici, est en fait la définition même d’impérialisme. À ma connaissance, l’approche anti-occidentale est historiquement basée sur le concept marxiste-léniniste d’impérialisme comme « stade suprême du capitalisme (libéral) », ce qui est, en quelque sorte « inhérent » seulement à l’Occident ; celle pro-ukrainienne puise dans la critique bakouninienne de(s) l’impérialisme(s), par exemple dans Étatisme et anarchie (1873). À moins qu’il y ait enfin une sérieuse déconstruction anarchiste de la théorie marxiste, il y aura toujours une tendance marxiste dans l’anarchisme, en particulier en Occident, où le marxisme n’a jamais été une idéologie d’État, contrairement à l’Europe de l’Est et aux pays post-soviétiques. En plus, en tant qu’héritier de l’empire knouto-soviétique, l’État fasciste russe soutient traditionnellement et soutiendra toujours (directement ou indirectement) les marxiste occidentaux.les adeptes de la définition léniniste d’impérialisme, les utilisant comme des « idiots utiles » (une autre expression de Lénine) dans sa guerre hybride pour la domination du monde, peu importe s’ils/elles s’appellent anarchistes ou pas.

 

Ratibor Trivunac est un activiste politique serbe, anarchiste, éditeur et l’un des fondateur.trices de l’Anarho-sindikalistička inicijativa (ASI – Initative Anarcho-Syndicaliste), la section serbe de l’Association internationale des travailleurs ; il est actif aussi dans le Centre d’études libertaires de Belgrade.

La réponse du mouvement anarchiste international à la guerre inter-impérialiste en Ukraine a montré que la majorité du mouvement anarchiste (organisé et fondé sur la classe ouvrière) est encore capable de maintenir des positions antimilitaristes en ligne avec ses principes, même dans une situations de fortes pressions nationalistes, capitalistes et impérialistes pour que nous abandonnions nos idéaux et nous tournions vers le bellicisme, ou même pour nous engager directement dans un conflit entre les classes dirigeantes, au niveau international. Pour l’instant, seulement peu d’organisations importantes ont abandonné ces principes et se sont faites avoir par les politiques nationalistes et chauvinistes des capitalistes. D’autre part, cela a confirmé encore une fois que les segments du mouvement anarchiste international qui ne sont pas fondés sur la politique de la classe ouvrière et/ou sont fondés sur des traditions anti-organisatrices et informelles sont beaucoup plus susceptibles – comme Malatesta l’a observé pendant la Première Guerre mondiale – d’oublier nos principes, quand cette position est plus pratique et confortable à prendre. Comme les social-démocrates et certain.es des anarchistes mentionnés, pendant la Première Guerre mondiale – avec laquelle le conflit actuel entre l’OTAN et la Russie en Ukraine présente de nombreuses similitudes, à cause de la nature inter-impérialiste de la guerre en cours – beaucoup de ceux/celles qui prétendent être des anarchistes attaché.es à ces traditions se sont retrouvé.es sur des positions social-chauvines, nationalistes et pro-impérialistes.

Même s’il est clair que la simple expérience, sans un cadre idéologique et argumentatif pour l’interpréter, n’est pas suffisante pour saisir la situation dans sa totalité et qu’elle est donc insuffisante pour comprendre la vérité dans son ensemble sur la question que nous examinons, l’expérience de certains soldats ukrainiens qui aiment s’identifier à l’anarchisme est parfois utilisée pour justifier un alignement politique avec l’un des côtés, impérialistes, dans cette guerre. La même prétendue expérience, qui sur le plan idéologique n’équivaut à rien d’autre qu’à la répétition de formules nationalistes et chauvines, est utilisée pour faire taire les voix des éléments du mouvement anarchiste qui rejettent ce genre d’effondrement de notre mouvement dans la réaction nationaliste. Très souvent, ce genre d’arguments émotionnels, agrémentés de revendications à l’exclusivité de la connaissance de l’Europe de l’Est, bien que totalement creux au niveau théorique et sans aucun fondement dans nos principes et notre idéologie, ont un effet politique à cause du manque de compréhension des formules utilisées et du manque d’une compréhension plus profonde des événements qui ont lieu. Cela est douloureux à regarder, en particulier pour certain.es d’entre nous, anarchistes des régions ex-yougoslaves de l’Europe de l’Est qui ont assez de malchance pour avoir vécu personnellement les guerres de Yougoslavie des années 1990 et de s’en souvenir. Nous avons nous-même été témoins direct.es de la guerre civile, du massacre nationaliste, de l’agression impérialiste, des sanctions, des mouvements contre la guerre, de la révolution serbe d’octobre 2000, de la transition brutale au capitalisme néolibérale, de l’appauvrissement massif de la classe ouvrière, d’un retour à la tradition et de l’abaissement général du niveau de civilisation dans nos sociétés. Surtout nous, anarchistes de la République de Serbie, en plus des choses citées, avons eu l’expérience d’une guerre par procuration, pendant la guerre civile yougoslave. Slobodan Milošević, l’ancien dirigeant de la Serbie (au sein de la République fédérale de Yougoslavie), un pays qui ne participait pas officiellement à la guerre en Bosnie et en Croatie, avait armé, entraîné, organisé et dirigé les forces serbes dans ces pays dans les années 90, comme les États-Unis et l’Union Européenne le font aujourd’hui avec l’Ukraine. Nous avons fait l’expérience de la vie avec les ainsi-dites « unités de défense territoriale » et nous sommes conscient.es que, malgré leur nom ambigu, elles sont en fait contrôlées par les armées étatiques, mais aussi qu’une majorité des crimes de guerre, dans les guerres de Yougoslavie, ont été commis précisément par ce type d’unités. Ce genre d’expérience que nous avons, qui fait obstacle aux tentatives de racolage politique dans des eaux troubles et qui est couplé à notre forte adhésion aux principes de base de notre idéologie, fait que celles/ceux qui se sont fait.es avoir par les ruses nationalistes et impérialistes se méprennent sur nos positions, nous accusent de soutenir une autre puissance impérialiste ou même de remettre en question l’antimilitarisme, avec des arguments que tous les États ont utilisé en temps de guerre.

Il est indéniable que ces circonstances, et la division qui en découle, marquent distinctement des éléments structurels qui déterminent non seulement la relation du mouvement anarchiste par rapport à des conflits impérialistes, mais aussi par rapport à de nombreuses autres questions cruciales de l’époque actuelle, en définissant ainsi les composantes fondamentales de la stratégie et des tactiques anarchistes pour l’avenir. La spécificité des événements globaux, comme cela a été le cas avec les guerres mondiales précédentes et avec le conflit actuel en Ukraine (et possiblement avec d’autres conflits inter-impérialistes, à Taïwan, entre l’alliance entre États-Unis, Royaume-Uni et Australie d’un côté et la Chine de l’autre), est qu’ils permettent à toute la population mondiale, et particulièrement aux mouvements politiques internationaux, de se positionner par rapport aux événements qui nous affectent tou.tes. Ce sont des situations dans lesquelles se produit une cristallisation des positions idéologiques et dans lesquelles les fossés séparant des positions qui jusqu’à là ont pu coexister sous la même bannière deviennent infranchissables. Il ne fait donc aucun doute que ce clivage aura des conséquences à long terme pour le mouvement anarchiste mondial, surtout si le conflit impérialiste s’intensifie et si la guerre prend plus clairement l’aspect d’une guerre mondiale, en passant d’un conflit inter-impérialiste par procuration à un conflit inter-impérialiste ouvert. Les lignes de démarcation seront nettement tracées, entre ceux/celles d’entre nous qui conservent des positions de classe, internationalistes et antimilitaristes et celles/ceux qui sont un addendum coloré à l’impérialisme arc-en-ciel, ceux/celles qui ont capitulé devant le nationalisme et le chauvinisme et se sont mis.es à la disposition des bandits impérialistes.

Ce que nous aurions pu apprendre de ces événements récents et de ces débats au sein du mouvement et de ses lieux de rassemblement est à quel point l’irrationalisme, le positivisme et le chantage émotionnel sont souvent et facilement – et parfois avec succès – utilisés dans la tentative de justifier la trahison des idéaux de notre mouvement par ceux/celles qui se sont mis.es au service des armées capitalistes. Cela justifiera, dans les jours à venir, non seulement une lutte farouche pour la préservation de notre mouvement et un examen détaillé de certaines parties de la pratique de notre mouvement, mais aussi, en parallèle, une profonde remise en question de certains éléments de nos appareils théoriques et méthodologiques. J’estime que, dans le domaine théorique, pour comprendre le monde, il y a la nécessité désespérée d’un fort et conscient rejet du positivisme de Kropotkine, qui nous a conduit.es à maintes reprises dans une impasse politique, et la nécessité d’un retour véhément à l’approche révolutionnaire, dialectique et matérialiste, de Bakounine.

 

Anarchistes biélorusses à Varsovie est un groupe d’anarchistes biélorusses qui ont dû quitter le Bélarus à cause des persécutions. Elles/ils préfèrent rester anonymes. L’un.e des membres du groupe est l’auteur.e du podcast en langue russe Dogma : Uneasy Talks About War [Dogma : conversations désagréables sur la guerre].

À notre avis, la guerre a souligné à quel point les anarchistes sont les produits de leur propre environnement, capitaliste et géopolitique. Plus précisément, nous avons vu que le colonialisme s’est manifesté par des divisions le long de ses lignes habituelles. C’est l’Ouest (le premier monde) contre l’Est (le second monde). Les gens – et les anarchistes – en Occident pensent qu’ils/elles en savent plus que les autres ; elles/ils ne demandent généralement pas à leurs compas qui combattent en première ligne ce que ces dernier.es pensent et ce qui les motive, parce qu’elles/ils ont des réponses toutes faites. C’est le produit d’une longue tradition, dans le mouvement anarchiste, pendant laquelle l’Est a été orienté vers l’Ouest – nous ne pouvons rien apprendre aux anarchistes occidentaux.les, nous ne pouvons que copier-coller ce qui existe déjà là-bas et essayer de l’appliquer dans nos contextes. Cette situation a été pendant longtemps pratique pour les compas occidentaux.les. Maintenant que, tout à coup, nous avons notre propre opinion et que nous choisissons des tactiques controversées, elles/ils sont confus.es.

Il est aussi intéressant que, tout comme l’État ukrainien dépend complètement des « démocraties » occidentales pour les ressources et les armes, les anarchistes ukrainien.nes, russes et biélorusses doivent faire le tour des lieux anarchistes occidentaux, plus riches, pour demander de l’argent pour continuer leur travail.

Nous avons vu aussi que la solidarité internationale est une déclaration creuse. Tou.tes les anarchistes ont exprimé leur position contre la guerre et pour le peuple, la classe ouvrière et les opprimé.es, mais qu’est-ce que cela signifie, en termes concrets ? Nous nous demandons combien d’opprimé.es en Ukraine ont ressenti ne serait-ce qu’un peu de cette solidarité. Combien de collectifs, en Occident, étant donné qu’ils ne voulaient pas soutenir la participation armée à la guerre, ont essayé de négocier avec les compas ukrainien.nes pour savoir de quelle autre façon mettre en place cette coopération, si ce n’est pas en achetant des casques?

On peut dire la même chose de la réaction du mouvement russe, qui est resté essentiellement silencieux au sujet de la guerre, qui a commencé en 2014, et qui a été prudent dans ses tentatives d’établir des liens avec ses compas ukrainien.nes. Maintenant c’est la deuxième année de l’invasion à grande échelle et nous ne voyons toujours pas de tentatives de créer un front commun contre la guerre, dans la région post-soviétique.

Une autre chose qui n’est pas aussi claire, et qui pourrait sembler un peu conspirationniste, est le pouvoir que les « rouges » (les communistes autoritaires) ont sur le discours anarchiste. La guerre a montré qu’il est énorme. Nous pouvons voir la manière dont, dans des pays comme l’Allemagne, où il n’y a pas de division claire entre anarchistes et communistes, la « gauche en général » répète les vieux mythes soviétiques, maintenant russes, sur « l’Occident contre la Russie » et « les capitalistes contre les socialistes ». Le manque absolu de socialisme dans l’URSS bolchevique a été traité par des anarchistes, comme Emma Goldman et Alexandre Berkman, dès 1925 environ. Mais les Soviétiques, et ensuite les partis de la gauche autoritaires que ceux-ci ont sponsorisés, qui ont survécu sous une forme ou une autre jusqu’à présent, ont réussi à vendre beaucoup mieux leur version de la réalité et à propager l’idée de « l’oppression de part de l’Occident ». Dans la plupart des pays d’Europe du Sud, ce discours est clairement lié à la propagande des « rouges », mais il est salué par le mouvement anarchiste, juste parce qu’il est pratique.

Cette guerre laissera un grand schisme dans le mouvement, pendant longtemps. Le mouvement anarchiste de l’Est a arrêté de prendre aveuglément pour acquis ce qui est dit ou fait par certain.es des compas occidentaux.les. Et il faudra beaucoup de temps pour rétablir la confiance et la véritable solidarité internationale dans notre mouvement.

 

Anatoly Dubovik est un anarchiste ukrainien, originaire de Dnipro ; membre de l’Association des mouvements anarchistes (1990-1994) et de la Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes [Революційна Конфедерація Анархістів-Синдикалістів, RKAS] « Nestor Makhno » (1994-2014) ; depuis le début de l’agression russe contre l’Ukraine (2014), il est engagé activement dans la défense de l’Ukraine.

La guerre la plus grande et la plus sanglante que l’Europe ait connue depuis plus de 70 ans se poursuit depuis près de 10 ans. Pour moi, personnellement, la réaction des anarchistes en dehors d’Ukraine face à ce qui se passe n’a fait que confirmer les tristes conclusions auxquelles mes compas et moi sommes arrivé.es il y a longtemps : non seulement le mouvement anarchiste est en crise, non seulement il manque de pouvoir et d’influence sérieuse dans la société, mais il ne peut pas et ne veut même pas sortir de cet état. La seule tentative sérieuse que je connaisse d’analyser les événements actuels et de formuler des conclusions – des conclusions apparemment évidentes ! – a été faite par la Fédération anarchiste tchèque. Les autres organisations anarchistes ont été incapables de faire ne serait-ce que cela. (Nous parlons expressément d’organisations, non d’individus ou de groupes informels d’ami.es au sein d’organisations). Pour beaucoup d’anarchistes, l’anarchisme et l’action anarchiste restent, comme il y a 10-20 ans, une lutte pour les droits de telle ou telle « minorité », un mouvement philanthropique pour aider les sans-abri, une faction au sein du mouvement écologique ou végétarien et ainsi de suite – tout sauf un mouvement révolutionnaire pour changer la société sur la base de principes de liberté et de solidarité.

Je m’excuse de dire des banalités : nous ne sommes pas des démocrates et notre objectif n’est pas l’amélioration de l’État par des méthodes démocratiques (ou autres), mais l’élimination de tout État. En même temps, il est évident que le degré de liberté – ou, si vous voulez, les conditions de départ pour la réalisation de notre programme – varie d’un État à l’autre. Nous, qui avons commencé notre activité anarchiste dans l’URSS (ou dans les pays d’Europe de l’Est subordonnés à l’URSS), le savons bien, par expérience personnelle. Il y a des États où nous, les anarchistes, avons la possibilité de diffuser légalement nos idées (savoir comment nous utilisons cette opportunité est une autre question). Il y a des États où les opinions anarchistes elles-mêmes peuvent être punies de prison. Et il y a eu des États où la punition était la mort.

Quand un État fasciste autoritaire attaque un État démocratique, il est nécessaire de défendre ce dernier. Au moins pour sa propre autoconservation. Lorsque la Russie moderne, autoritaire, pratiquement fasciste, attaque l’Ukraine, relativement démocratique, dans le but de la détruire, elle et son peuple – et la Russie est déjà en train de les détruire (par des exécutions de masse dans les territoires occupés, des bombardements de saturation des villes de première ligne, des tirs de missiles constants sur des objectifs civils à l’arrière) – il faut défendre la liberté relative qui existe ici et que la Russie espère briser et remplacer par le « monde russe » fasciste.

Les anarchistes ukrainien.nes ont dû devenir des allié.es temporaires et de circonstance de l’État ukrainien – contre l’ennemi commun.

Un paradoxe ? Oui. Le même que l’alliance de Makhno avec les bolcheviks, contre la réaction blanche. Ou que l’alliance de la FAI-CNT [3] avec l’État espagnol, contre Franco. Ou que l’alliance des anarchistes espagnol.es, français.es, polonais.es et autres avec différents gouvernements, contre Hitler.

Étonnamment, nous devons expliquer cela à de nombreux.ses anarchistes en dehors de l’Ukraine.

Étonnamment, il semble que nulle part dans le monde les anarchistes aient essayé de penser ce que leurs groupes et organisations devraient faire si quelque chose comme la guerre en Ukraine commençait dans leur pays.

Quelque chose de nouveau ? Je sais maintenant dans la pratique ce que je ne savais qu’en théorie – et c’est ce que j’ai dit ci-dessus. Il y a des situations dans lesquelles les anarchistes doivent s’allier même avec l’État, contre un ennemi commun qui est pire. Ce n’est pas quelque chose dont vous pouvez être heureux ; c’est désagréable, mais il peut s’avérer inévitable. L’essentiel est de ne pas oublier qui nous sommes et ce que nous voulons.

Pour moi et mes compas, la guerre n’a rien changé de nos convictions anarchistes. Tous les éléments de notre vision du monde sont restés les mêmes.

Il est difficile pour moi de commenter votre question sur les désaccords entre les anarchistes au sujet de la guerre en cours. Parmi les anarchistes ukrainien.nes, il n’y a pas de désaccords. Les désaccords sont quelque part en dehors d’ici, très loin. Ils nous causent de l’agacement et même de l’irritation (« Pourquoi ces personnes ne comprennent pas des choses aussi simples et évidentes ? »), mais aussi un soulagement inattendu : nous n’avons pas de tels désaccords, nous sommes uni.es dans le fait de reconnaître la nécessité de l’autodéfense, de reconnaître la nécessité de défendre notre peuple.

Les désaccords entre anarchistes resteront, bien sûr. En tant qu’historien du mouvement anarchiste, je sais qu’il y a toujours eu des désaccords entre anarchistes. En tant que participant actif au mouvement anarchiste, j’espère que ces désaccords mèneront à une division.

À court terme, ce sera une division entre celles/ceux qui reconnaissent la nécessité de protéger les gens de l’agression fasciste impérialiste et un conglomérat émouvant de pacifistes, de partisan.es d’un antimilitarisme abstrait et de personnes qui sont simplement des grands fans de tout ce qui porte l’étiquette « Made in Russia ».

À long terme, ce sera la restauration d’un anarchisme de classe, idéologique, organisé, socialement actif – qui se débarrassera du poids inutile des « anarchistes par mode » [lifestyle anarchists] et des, permettez-moi de les appeler ainsi, « anarchistes d’une seule idée » (ceux/celles qui se battent seulement pour les droits des animaux, ou le féminisme, ou la légalisation de la marijuana, ou le mariage entre personnes du même sexe, ou les « anarcho-punks » et ainsi de suite).

[Traduction anglaise de Max Ščur]

 

Volodymyr Ishchenko est chercheur associé à l’Institute for East European Studies [Institut d’études de l’Europe de l’Est] de la Freie Universität [Université libre] de Berlin. Ses recherches portent sur les protestations et les mouvements sociaux, les révolutions, la radicalisation, la politique de droite et de gauche, le nationalisme et la société civile. Il a beaucoup publié sur la politique ukrainienne contemporaine, la révolution d’Euromaïdan et la guerre qui en a suivi et il a été un contributeur important du Guardian, d’Al Jazeera, de la New Left Review et de Jacobin. Il est l’auteur de Towards the Abyss : Ukraine from Maidan to War [Vers l’abîme : l’Ukraine de Maïdan à la guerre] (Verso Books, à paraître en 2024).

La guerre entre la Russie et l’Ukraine a sans doute provoqué une fracture dans le mouvement anarchiste, reflétant des transformations plus larges au sein de l’anarchisme contemporain et du camp politique de gauche. Pendant le dernier demi-siècle, les anarchistes, et la gauche radicale en général, ont été témoins de l’érosion de leur fondement de classe, autrefois marqué. Ce changement a non seulement profondément affecté leurs cadres théoriques – le passage de théories classistes largement marxiennes à un post-structuralisme largement foucaldien – mais a aussi entravé leur capacité à analyser et à répondre efficacement aux événements internationaux actuels. Au lieu de s’engager dans une politique hégémonique stratégique, elles/ils se retrouvent souvent à naviguer sur le terrain fluide de l’hyperpolitique, caractérisé par une politisation extrême, mais avec des conséquences politiques limitées, comme cela a été récemment articulé par Anton Jäger [4].

Une des conséquences de ce paysage en évolution est le défi que les anarchistes, et la gauche au sens large, se trouvent à affronter pour comprendre les bases matérielles de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. La guerre émane essentiellement d’un conflit de classe entre d’un côté les capitalistes politiques post-soviétiques et de l’autre côté la classe moyenne professionnelle alignée sur le capital transnational [5]. Dans ce conflit, la classe ouvrière est divisée et manque d’une articulation idéologique indépendante et d’une représentation politique. Les arguments concernant la guerre qui prévalent parmi la gauche radicale ont tendance à être idéalistes et superficiels, construits sur des notions sommaire d’impérialisme.

Ces références simplistes s’étendent aux débats classiques sur le soutien aux mouvements de libération nationale, ce qui conduit souvent à des comparaisons anachroniques et même obscurantistes entre le conflit russo-ukrainien et les luttes de libération nationale du tiers monde. Contrairement à celles-ci, qui étaient étroitement entremêlées à des processus de révolution sociale et de modernisation, qui possédaient un intérêt universel (c’est la cas par exemple de Cuba et du Vietnam) et étaient fondées sur des alliances de classe impliquant la paysannerie, les ouvrier.es, l’intelligentsia révolutionnaire et la bourgeoisie nationale, l’Ukraine contemporaine manque de ces éléments. Elle manque de l’élan de révolution sociale qui pourrait remettre en question l’ordre capitaliste dominant, car elle s’efforce principalement dans le sens d’une intégration en tant que relais local, périphérique, de l’impérialisme, plutôt que dans le sens d’une modernisation du développement, le tout fondé sur une alliance de classe fondamentalement différente, qui articule non pas des idéologies universalistes, mais des politiques identitaires nationalistes et particularistes (Ishchenko, 2022b) [6].

La question nationale, au sein de l’anarchisme et de la théorie et de la stratégie de gauche contemporaines, doit être réévaluée à la lumière de circonstances matérielles radicalement transformées. La célébration acritique de l’« autodétermination », de la « subjectivité » et de l’« agentivité », séparée de l’analyse matérialiste et d’une politique de classe, et portée à son extrémité logique, est indiscernable des utopies marginales de droite, telle que l’anarcho-nationalisme d’extrême droite ou l’anarcho-capitalisme libertarien. Dans la conjecture actuelle, cela a abouti à un manque de critique déconcertant, particulièrement en ce qui concerne la transformation ethno-nationaliste de l’État et de la société ukrainiens contemporains. L’échec de la communauté internationale à intervenir lors du nettoyage ethnique complet du Haut-Karabakh, largement ignoré par la gauche, sert de rappel frappant de ce qui pourrait arriver en cas d’une reconquête militaire de la Crimée et du Donbass et il souligne encore plus la faillite morale et politique de ces idées.

De la même façon, une analyse abstraite et superficielle est évidente du côté opposé de la fracture de la gauche radicale, en particulier dans son rejet inconditionnel de fournir des armes, sans tenir compte de leur utilisation possible. Par exemple, cela inclut le besoin vital de systèmes de défense anti-aérienne pour protéger les infrastructures civiles ukrainiennes, ainsi que des vies.

On pourrait s’attendre, surtout de la part d’anarchistes, à une plus grande capacité à faire la différence entre le soutien à la population ukrainienne et le soutien à l’État ukrainien et à son élite, qui n’est que le relais de l’impérialisme. Il serait nécessaire d’avoir une position plus nuancée sur la question des armes, une opposition plus articulée et plus cohérente aux politiques assimilationnistes et ethno-nationalistes, indépendamment du camp qui les met en place, ainsi qu’une plus grande sensibilité à la diversité de la société ukrainienne, divisée par des lignes de front et des frontières. Relancer des analyses et de politiques classistes est crucial pour les anarchistes et pour la gauche radicale, afin d’apporter des réponses plus appropriées aux conflits internationaux, dans les prochaines décennies de conflit géopolitique.

 

La Konfederatsiya revolyutsionnykh anarkho-sindikalistov (KRAS-MAT, Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes), fondée en 1995, est la section russe de l’Association internationale des travailleurs.

Avant tout, il faut garder à l’esprit que nous ne parlons pas d’opposer la position de « tou.tes les anarchistes de Russie » à la position de « tou.tes les anarchistes en Ukraine ». Comme dans la plupart des autres soi-disant « pays » (en fait, les territoires actuellement contrôlés par différents États et leurs cliques dirigeantes), tant en Russie qu’en Ukraine il y a des anarchistes qui prennent des positions contre la guerre et antimilitaristes, ainsi que des personnes qui se disent anarchistes mais qui soutiennent un camp ou l’autre, dans une guerre entre États. Malheureusement, ce n’est pas nouveau. Cela a été le cas pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale et pendant de nombreuses autres guerres dans l’histoire des XXe et XXIe siècles. Il y a ceux/celles qui suivent les principes anarchistes de l’internationalisme (cosmopolitisme prolétarien) et de l’antimilitarisme – et y a ceux/celles qui soutiennent les idées du « moindre mal », de la « démocratie », de la « libération nationale », etc. Dès 1915, les anarchistes internationalistes (Malatesta, Emma Goldman, Alexandre Berkman, des camarades d’Espagne, etc.) appelaient ces dernier.es des personnes qui « ont oublié leurs principes ».

Savons-nous maintenant quelque chose de nouveau? Une seule chose est nouvelle : malheureusement, il y a plus de tel.les « anarchistes qui ont oublié des principes » que l’on voudrait penser et croire. Cela nous fait penser sérieusement à la question de la crise du mouvement anarchiste. Une partie importante de ce dernier n’a-t-elle pas été arrachée à ses racines, à cette chose fondamentale qui, en réalité, fait que l’anarchisme est, précisément, anarchiste ?
Nous sommes dans la section russe de l’AIT [7]. Nous ne croyons pas que dans cette guerre nous avons rencontré quelque chose de fondamentalement nouveau, qui ne s’est jamais produit auparavant et qui devrait forcer l’anarchisme à abandonner les fondements les plus fondamentaux de son propre système d’idées. Nous avons toujours cru et continuons à croire que, dans le système d’idées anarchiste, il y a un « noyau dur » qui ne peut être abandonné sans détruire l’essence même de l’anarchisme. L’antimilitarisme et le rejet des nations et des intérêts nationaux, le refus de soutenir tout État et toute alliance avec les classes dirigeantes – cela fait partie de ce « noyau dur ».

Les différences entre les anarchistes ont-elles des sources lointaines ? Oui, cela fait partie d’un processus long et profond qui s’est déroulé après la Seconde Guerre mondiale. Le vieil anarchisme prolétarien traditionnel s’érode et il laisse souvent la place à un néo-anarchisme « multi-classiste » et réformiste, qui tend à accepter la logique du « moindre mal », de la « démocratie » et des compromis avec l’État et le capital « le moins réactionnaire ». Le « nouvel » anarchisme a emprunté trop de choses aux étatistes, aux partisan.es de l’identité et aux adeptes de la « libération nationale ». Nous pensons qu’il est temps de se différencier et de revenir aux racines de la « vieille école », la révolution sociale sans compromis – une fois pour toutes.

 

Oleksandr Kolchenko est un activiste politique ukrainien ; peu après l’annexion de la Crimée, il a été emprisonné, torturé et accusé à tort, dans un procès bidon, d’être membre du groupe d’extrême droite « Secteur droit » et de préparer des actes terroristes ; il a été condamné à 10 ans de prison. Aujourd’hui, il participe activement à la lutte contre l’invasion russe [il a été libéré en septembre 2019, grâce à un échange de prisonnier.es entre l’Ukraine et la Russie ; NdAtt.].

Malgré la profonde fragmentation du mouvement anarchiste en Ukraine, les anarchistes ukrainien.nes ont commencé à se préparer à une invasion à grande échelle quelque temps avant le 24 février 2022 : elles/ils ont déterminé qui prendrait les armes et qui travaillerait comme bénévole. D’une manière ou d’une autre, la grande majorité d’entre elles/eux ont mis de côté leurs querelles et leurs désaccords sur certaines questions et se sont levé.es pour défendre la liberté. Tout en restant fidèle à mes convictions anarchistes et antifascistes, au début j’ai évité de participer à un mouvement anarchiste organisé pour résister à l’agression russe, car je craignais que les discussions sur les questions idéologiques, les querelles et les chamailleries n’absorbent du temps qui aurait pu être utilisé pour l’entraînement, l’éducation et la participation directe à des opérations de combat – ou, plus généralement, pour quelque chose d’utile et de constructif. (Il convient de noter que du moment où j’ai été libéré de prison jusqu’au début de l’invasion à grande échelle, j’ai participé au mouvement anarchiste seulement sporadiquement. Tout d’abord, par manque de temps : le travail et la vie quotidienne me prenaient tout mon temps. Mais le manque d’une prise de position claire du mouvement anarchiste sur la guerre russo-ukrainienne n’était pas moins important.)

Je n’ai pas trop creusé la position du mouvement anarchiste biélorusse ; je ne suis pas compétent en la matière. Mais des émigré.es de partout, du Bélarus à la Pologne, soutiennent l’Ukraine et certain.es anarchistes biélorusse sont en train de combattre au sein des forces de défense ukrainiennes. Au contraire, je peux écrire beaucoup sur le mouvement anarchiste russe. J’ai déjà écrit à ce sujet dans l’une de mes publications sur Facebook. Et même à ce jour, malgré le nombre de victimes civiles et militaires, malgré des villes entières rayées de la carte, le génocides et l’écocide, peu de choses ont changé dans leur position à cet égard. Je vais donc me citer :

Je suis très reconnaissant à mes ami.es russes du mouvement pour leur soutien tout au long de mon emprisonnement. Je ne l’oublierai jamais et j’essaierai de les soutenir autant que possible. Mais je ne peux pas rester silencieux (et je suis vraiment désolé) sur le fait que les anarchistes russes, après le début de l’agression militaire russe, n’ont pas été en mesure de lancer une campagne à grande échelle contre l’agression impériale de leur État contre l’Ukraine rebelle. (Que ce soit sous la forme d’appels à une grève générale contre la guerre ou d’attaques contre des installations militaires ou des entreprises du secteur de la défense. En tout cas, ni avant mon emprisonnement, ni en prison, je n’ai eu connaissance de tels actes).

Dès le début de la guerre, en 2014, la secte KRAS (Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes) a appelé « guerre civile » l’agression russe et a adopté une position prétendument « équidistante » – en condamnant les deux parties. La possibilité d’avoir une telle opinion est un privilège propre à ceux/celles qui se trouvent dans un endroit sûr (ou relativement sûr), qui ne vont pas se coucher tous les soirs en pensant : « Un missile va-t-il frapper ma maison ou la maison de quelqu’un.e d’autre ? ».

Le 25 février 2022, le lendemain du début de l’invasion à grande échelle, la KRAS a publié une déclaration « contre la guerre ». Je me permets d’en analyser quelques citations :

« Nous demandons la cessation immédiate des hostilités et le retrait de toutes les troupes aux frontières et aux lignes de démarcation qui existaient avant le début de la guerre. » Mais il n’y a pas un seul mot sur ce que la KRAS considère comme le point de départ de la guerre : s’il considère le 24 février 2022 comme point de départ, alors ils jouent directement le jeu du Kremlin, de l’État russe, parce que les territoires qui ont été occupés par la Russie de 2014 à février 2022 restent en dehors ; s’ils proposent de retirer « toutes les troupes aux frontières » de 2014, alors il s’agit d’une demande adressée exclusivement à la Russie.

« Nous faisons appel aux soldats envoyés au combat pour qu’ils ne se tirent pas dessus ». Si les soldats russes déposent leurs armes, la guerre finira. Si les Ukrainiens déposent leurs armes, l’Ukraine sera conquise et la guerre ne s’arrêtera pas, mais continuera – seulement qu’en ce cas les Ukrainiens seront mobilisés de force par la Russie pour mener une guerre contre l’Europe (après tout, les politiciens et les propagandistes russes ont menacé plusieurs fois d’autres pays d’une guerre et d’attaques de missiles). La clef de la paix en Ukraine ne se trouve pas en Ukraine, mais en Russie.

En mars 2022, le groupe de femmes anarchistes Moiras, d’Espagne, a interviewé un représentant russe de la KRAS (en tant que non-impérialiste [sarcasme]) sur les événements en Ukraine. Dans cette interview, le représentant de la KRAS a exclu la grande majorité des anarchistes ukrainien.nes de l’anarchiste (encore une fois, quelle position non-impériale [sarcasme]). Dans la même interview, le représentant de la KRAS parle des nombreuses manifestations contre la guerre, en Russie. Comme vous le savez, la pratique est le critère de la vérité. Cependant, je voudrais vous rappeler que la guerre est toujours en cours – un an et demi après cette interview. Et pendant tout ce temps, les Russes se sont rendus aux bureaux d’enregistrement et d’enrôlement militaire, au premier appel, alors qu’il n’y avait pas de sanctions pénales ou administratives en cas de non présentation ; beaucoup s’y sont rendus de leur propre initiative.

Quant à l’autre organisation anarchiste, Autonomous Action, ils/elles ont à peine réussi à émettre une condamnation prudente de l’agression russe, à la veille de l’invasion à grande échelle. Je trouve extrêmement pathétique leur position « non à la guerre », qu’elles/ils utilisent dans leur matériel de campagne. Parce que, à mon avis, toute position qui n’inclut pas – et surtout – l’objectif de contribuer à la défaite militaire de la Russie et à la victoire de l’Ukraine est pathétique. Elles/ils publient du matériel en mémoire des anarchistes qui ont combattu en Ukraine contre la Russie. Mais, par exemple, un article du grand « analyste » Vladimir Platonenko sur Dmitry Petrov contient beaucoup de mots et de phrases très pathétiques, mais le côté factuel est déformé. Prenez la phrase : « Néanmoins, Ekolog [8] n’a pas rejoint les partisans de l’État ukrainien. Ce n’est pas un hasard s’il n’était pas dans l’armée régulière, mais dans la Défense territoriale. » Selon la logique de l’auteur, être dans les rangs de l’armée est quelque chose de honteux et d’inacceptable pour un anarchiste. Je dois le décevoir, parce qu’au fond la Défense territoriale est partie intégrante des Forces armées de l’Ukraine, l’armée. Je suis sincèrement désolé pour ceux/celles qui lisent de telles analyses. J’ai été surpris aussi par une section de l’éditorial d’information d’Autonomous Action, intitulée Trends of Order and Chaos: Our Russian World [Tendances de l’ordre et du chaos : notre monde russe]. Si c’était une blague, ce serait assez craignos. Mais non, ils/elles écrivent : « L’appartenance à la culture qui s’est formée autour de la langue russe n’est pas quelque chose qui doit être « annulé » ou dont il faut avoir honte. Le concept de « monde russe » devrait être arraché aux escrocs du Kremlin. Dans le processus de renversement du régime, nous y parviendrons sans aucun doute. » Je ne sais pas s’il vaut la peine d’expliquer à nos compas occidentaux.ales comment ce « monde russe » a été créé, historiquement. En quelques mots, il a été créé en colonisant des terres « non-russes », par des génocides et des déportations. L’identité « russe » n’est pas ethnique, mais culturelle, ce qu’elles/ils admettent eux/elles-mêmes dans leur texte. La « culture russe » est imprégnée d’impérialisme. Cela signifie qu’elle est une identité qui peut être acquise et qui peut aussi être abandonnée. Ils/elles ne veulent pas renoncer à leur identité impériale « russe », mais elles/ils veulent porter cet héritage culturel impérial dans l’avenir. Eh bien, je ne suis pas sur le même bateau que ces « compas ».

Je voudrais également mentionner la BOAK (Organisation de combat des anarcho-communistes). Il y a quelques années, cette organisation a écrit un texte intitulé « Une solution anarchiste pour la Crimée », qui m’a mis très en colère, parce que j’ai perdu ma maison et que j’ai passé plus de cinq ans en prison à cause de l’occupation de la Crimée. Je vais donc citer mon autre publication sur Facebook, celle-ci du 4 août 2020, avec ma réponse à cet article :

Au lieu de condamner l’agression russe, les ambitions impériales du Kremlin et la répression qui a suivi dans les territoires occupés (il convient aussi de remarquer que l’année 2014 a été un tournant mêm en Russie – à partir de ce moment, le niveau de répression n’a fait qu’augmenter ; comme l’a noté Aleksey Polikhovich en décrivant la situation : « Nous purgions une peine de prison dans un pays encore démocratique »), au lieu de condamner le budget militaire croissant, dans un pays où les gens vivent en permanence comme des mendiant.es, ces anarchistes n’ont rien trouvé de mieux à faire que de spéculer sur le statut de la Crimée. Il faut une bonne dose de culot pour faire référence à la « volonté de la majorité des habitants de ce territoire » après six ans de terreur et de répression dans le territoire occupé, annexé à la suite d’une « opération militaire spéciale » lancée le 20 février (!) 2014, en oubliant de mentionner comment l’opinion publique des Criméen.nes a été préparée, en vue du prétendu « référendum », par la propagande d’État et par les enlèvements, comment des partisans du « monde russe » ont été amenés de Russie, comment le « référendum » lui-même et le décompte des voix ont été menés, ainsi que le fait que les observateurs étaient des amis de la Russie, membres d’organisations et de partis européens d’extrême droite ! Je ne serais même pas surpris que ces « anarchistes » appellent « guerre civile » le conflit armé avec la Russie dans l’est de l’Ukraine.

Une solution vraiment anarchiste pour la Crimée serait une lutte économique et armée contre l’État policier et la tyrannie et la préparation d’un soulèvement – de façon que ceux/celles qui sont actuellement en prison pour des affaires pénales montées de toutes pièces, ainsi que celles/ceux qui ont été obligé.es de quitter la péninsule pour différentes raisons (des raisons économiques jusqu’à la menace de poursuites pénales) puissent rentrer chez eux/elles et « gouverner leur maison de manière conjointe, équitable et solidaire ». Cependant, comme on peut le voir à partir des rapports sur les activités qu’ils/elles mènent, l’activité principale de celles/ceux qui envoient des rapports sur les actions est concentrée à Kiev et dans la région de Kiev. Et il serait plus logique que la suggestion d’« établir de liens avec des régions voisines et lointaines » soit proposée aux régions russes. « La fédéralisation des relations entre les communautés et les régions est l’un des éléments principaux de la conception politique du mouvement anarchiste révolutionnaire ». Je ne peux qu’être d’accord avec cela. Que l’Extrême-Orient, la Sibérie, l’Oural, la Carélie, le Caucase du nord, le Kouban, le Don et d’autres régions établissent « leurs propres liens avec des régions voisines et lointaines. Certaines d’entre elles peuvent être plus proches de la Russie, d’autres de l’Ukraine ». Il se peut que Königsberg soit plus proche de l’Allemagne et la Carélie de la Finlande. Après tout, l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie (qui est super-centralisée et n’est pas vraiment une fédération), en plus d’être chère pour les contribuables (tou.tes ceux/celles qui produisent de la richesse), constitue également une menace pour les pays voisins (et non seulement) et les mouvements de libération qui s’y trouvent (y compris le mouvement anarchiste).

Il vaut cependant la peine de noter que, depuis le début de l’invasion à grande échelle, la BOAK a rejoint, non seulement par des mots, mais aussi par des actes, la résistance à la guerre d’agression impériale menée par la Russie, à la fois dans ce pays, avec des actions de guérilla, et en Ukraine. Ici, il vaut la peine de mentionner une fois encore Dmitry Petrov, qui était l’un des organisateurs et des dirigeants de la BOAK et qui a rejoint les forces de défense ukrainiennes, dès les premiers jours de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine. Malheureusement, il a été tué prés de Bakhmout. Il a laissé un riche héritage d’actes, de textes et de souvenirs de ses compas. Il a aussi laissé un message, prévu dans le cas de sa mort, dans lequel il parle de ses opinions et de sa motivation à prendre les armes et à rejoindre les forces de défense ukrainiennes. Néanmoins, même dans ce message, il n’est pas exempt du mythe d’une « Russie libre » ; il écrit à propos de la libération de la Russie de l’oppression – ce qui est un oxymore, car la Russie elle-même est une oppression pour les gens/les peuples qui l’habitent, ainsi qu’une menace constante et une source de maux de tête pour ses voisin.es. Littéralement : « Je l’ai fait pour justice, pour défendre la société ukrainienne et pour la libération de mon pays, la Russie, de l’oppression ». S’il était vivant, après la victoire de l’Ukraine, nous pourrions en discuter avec lui devant un verre de bière. Parce que, même si je pense qu’il avait tort, il est resté un compagnon qui a choisi un camp dans une période difficile et il n’a pas gardé son cul entre deux chaises, n’a pas donné de leçons à partir d’un endroit sûr, expliquant ce qui est bien et ce qui est mal.

Ainsi, pour résumer rapidement : le mouvement anarchiste russe, malgré son internationalisme déclaré, a, dans son ensemble, malheureusement échoué à l’épreuve de l’internationalisme réel – exception faite pour les guérillero.as anarchistes (qui rapprochent la fin de la guerre, dans la limite de leurs forces et de leurs ressources) et de plusieurs individus (dont certain.es ont quitté la Russie, d’autres y sont resté.es). Mais, malgré tout cela, je suis heureux d’avoir encore des compas russes qui souhaitent que la Russie soit vaincue et que l’Ukraine gagne.

Je n’ai pas étudié la position du mouvement anarchiste international sur l’agression russe en Ukraine. Je sais que le mouvement anarchiste des pays [de l’Europe] du Sud se consacre plutôt à répéter la rhétorique anti-OTAN et les mythes russes sur le supposé « nazisme ukrainien ». Je sais que des compas de Pologne, de République tchèque, d’Allemagne, ainsi que la gauche britannique, nous soutiennent et nous aident. Chose pour laquelle je les remercie beaucoup. Nous ne l’oublierons pas.

À mon avis, il est évident qu’il n’y a pas eu de mouvement de gauche uni depuis la Première Internationale et les disputes entre Marx et Bakounine. Qui, en plus des griefs purement personnels et des ambitions purement politiques au sein de l’organisation et du mouvement socialiste international dans son ensemble, étaient aussi de nature fondamentalement irréconciliable – à la fois sur les méthodes de la lutte pour le socialisme et sur ce qui est considéré comme socialisme. Déjà à l’époque, Bakounine mettait en garde contre le danger et la menace représentés par les versions étatistes et autoritaires du « socialisme ». Il me semble que, malheureusement, dans les pays qui ne se sont pas trouvés sous l’occupation de l’URSS, il y a une plus grande croyance en l’unité de la gauche – un plus grand niveau de tolérance pour les Rouges, pour les marteaux et les faucilles, etc. Et l’expérience historique n’enseigne rien aux contemporain.es.

En ce qui me concerne personnellement, depuis les premiers jours de l’invasion à grande échelle, je ne suis que devenu encore plus convaincu de la vitalité de l’élément anarchiste populaire immortel, qui se réveille dans des moments historiques critiques, des périodes de grandes épreuves. Les gens faisaient la queue dans les bureaux de recrutement de l’armée – ils/elles étaient motivé.es non pas par la défense de l’État, mais par la défense de la liberté. Il y avait beaucoup d’initiatives de volontaires de base qui visaient à réduire mutuellement les souffrances et les désagréments : aider l’armée, aider les déplacé.es internes et aider ceux/celles qui restaient dans des localités situées en première ligne. Il n’y a aucun moyen de les énumérer toutes, car il y a un large kaléidoscope d’initiatives de base. Des grandes collectes de fonds pour l’équipement et le transport étaient atteintes en quelques jours, parfois même en quelques heures.

En ce qui concerne les désaccords et les discussions dans le mouvement anarchiste contemporain, ils sont inhérents à un mouvement anarchiste multicolore et l’ont accompagné tout au long de son existence. Mais après que n’importe qui nous ait fait la morale, après le rejet du mouvement anarchiste par des érudit.es de salon, après la rhétorique anti-OTAN et les critiques portées au fait de fournir à l’Ukraine les armes si désespérément nécessaires pour repousser l’agression de la Russie fasciste, après la justification de l’agression russe et de ses crimes en Ukraine, après que la responsabilité ait été faite peser sur l’Ukraine – que ce soit à cause du « nazisme » en Ukraine ou autre –, de la part de certain.es anarchistes européen.nes, je suis devenu un peu déçu par le mouvement anarchiste moderne, pour les raisons que j’ai exposées dans mes réponses aux questions précédentes. Et pour être honnête, après cela, toutes ces discussions ont commencé à me dégoûter. J’ai donc arrêté de les suivre de près. Parce que, indépendamment des opinions des anarchistes d’autres pays, je crois fermement que cette guerre est existentielle et que notre existence physique dépend de son issue. Cependant, malgré toutes ces tristes circonstances, la solidarité internationale existe toujours et cela est très encourageant.

[Traduction anglaise de Max Ščur]

 

Saul Newman est un politologue britannique, professeur au Goldsmiths College de l’Université de Londre. Newman est l’auteur de plusieurs livres sur la théorie politique radicale, comme par exemple From Bakunin to Lacan: Anti-Authoritarianism and the Dislocation of Power (2001) [De Bakounine à Lacan : l’anti-autoritarisme et la dislocation du pouvoir], The Politics of Post Anarchism (2010) [La politique du post-anarchisme] et Political Theology: A Critical Introduction (2018) [Théologie politique : une introduction critique].

Le conflit en Ukraine est sans aucun doute une situation difficile à affronter pour les anarchistes. D’une part, de nombreux.ses anarchistes ressentent une obligation morale et politique à soutenir la société civile ukrainienne contre cette agression russe totalement injustifiée. Tout doit être fait pour résister à cette expansion impériale de la part d’un régime russe néo-fasciste. Les justifications de Poutine pour la guerre – qu’il s’agirait d’une guerre de défense contre les néonazis en Ukraine – sont absurdes. D’autre part, en soutenant l’Ukraine, les anarchistes se trouvent également dans une position embarrassante, du même côté qu’un gouvernement corrompu soutenu par l’OTAN et les États-Unis. Le coût du conflit, pour les deux parties, est désastreux et il ne semble pas y avoir de conclusion en vue. Les anarchistes se retrouvent donc au milieu d’une guerre livrée entre deux blocs de pouvoir concurrents avec des ambitions géopolitiques et militaires rivales. Comme toujours, ce sont les civils et les soldats ordinaires qui souffrent. Il n’y a pas de réponses faciles, ici. Les anarchistes ont toujours été confronté.es à des dilemmes de ce genre. Pendant de la Première Guerre mondiale, Piotr Kropotkine a soutenu les Alliés contre ce qu’il considérait comme le militarisme et l’impérialisme allemand et, ce faisant, il s’est retrouvé du côté des empires britannique, français et russe. Certain.es anarchistes ont complètement résisté à la guerre – en considérant la guerre comme n’étant jamais justifiable – tandis que d’autres ont pris les armes contre le fascisme (par exemple pendant la guerre civile espagnole). Je n’ai aucune idée à offrir ici et il n’y a rien de nouveau à apprendre de ce conflit. Chaque anarchiste doit lutter avec sa propre conscience et décider de se joindre à la mêlée de la bataille ou de prendre une position d’objection de conscience de principe à la guerre. Les deux positions sont politiquement importantes et chacune implique un énorme courage et entraîne un grand risque personnel. Je pense qu’il est important que les anarchistes fassent preuve de solidarité avec les gens en Ukraine, ainsi qu’avec les gens en Russie qui souffrent à cause de la mégalomanie de Poutine et qui – de plus en plus – sont prêt.es à désobéir. Tout ce que nous pouvons espérer, c’est que la guerre finisse et que le système tyrannique de Poutine s’effondre.

 

Wayne Price est un activiste, théoricien et écrivain américain ; il a publié trois livres, dont The Value of Radical Theory: An Anarchist Introduction to Marx’s Critique of Political Economy (2013) [La valeur de la théorie radicale : une introduction anarchiste à la critique marxienne de l’économie politique].

Auto-détermination nationale et anarchisme dans la guerre en Ukraine

Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, l’enjeu principal a été l’autodétermination du peuple ukrainien. Beaucoup d’anarchistes rejettent le concept d’autodétermination nationale des peuples opprimés, comme celui ukrainien. Pourtant, celui-ci a été préconisé par les anarchistes depuis la naissance du socialisme libertaire révolutionnaire.

Par « nations », j’entends « peuples », « pays », « nationalités » ou « communautés nationales ». C’est aux gens – comme les Ukrainien.nes – eux-mêmes de décider s’ils/elles constituent une nation indépendante, plutôt qu’à des observateurs extérieurs ou à des armées impérialistes d’envahisseurs. Il en va de même pour la décision sur le type de système politique et économique qu’elles/ils veulent. Cela est l’autodétermination. En 1991, les Ukrainien.nes, dont la plupart des russophones, ont voté massivement pour l’indépendance de la Russie.

L’autodétermination nationale a commencé en tant que partie du programme démocratique-bourgeois développé à l’époque des révolutions démocratiques capitalistes. Cela comprenait la Révolution anglaise des années 1640, la Révolution américaine de 1776, la Révolution française de 1789, les révolutions sud-américaines et caribéennes, ainsi que d’autres rébellions dans le monde. Le programme démocratique-bourgeois comprenait la liberté d’expression, de la presse, de réunion, la terre aux paysans, le droit de porter des armes, l’égalité de tout le monde devant la loi, l’élection des fonctionnaires… et le droit des nations à l’autodétermination.

La classe capitaliste n’a jamais été à la hauteur de son programme, ni constamment, ni pleinement. Elle a dû être forcée, par les luttes et le sang du peuple. Maintenant, à l’époque de son déclin, elle est de moins en moins capable de maintenir sa façade démocratique. La lutte pour les droits, même ceux du programme démocratique-bourgeois, peut être pleinement gagnée seulement à travers le renversement du capitalisme et de l’État, par la classe ouvrière et toutes les personnes opprimées.

Pour cette raison, la lutte pour l’autodétermination nationale a été identifiée non pas au libéralisme, mais au socialisme révolutionnaire. Des anarchistes ignorant.es prétendent souvent qu’elle a été inventée par Lénine. Lénine l’a effectivement utilisée comme un slogan, mais le problème avec Lénine n’était pas qu’il était trop démocratique ! Pour lui, l’autodétermination nationale (comme d’autres revendications démocratiques) était un moyen pour gagner le soutien des travailleurs des nations opprimées au pouvoir de son parti.

Le but de Lénine était un État centralisé, dirigeant une économie centralisée et dirigé par son parti centralisé. Il pensait que le soutien à l’autodétermination nationale aurait conduit à la fin les peuples à fusionner volontairement dans un monde homogène. Au contraire, les anarchistes, tout en étant internationalistes, sont aussi pour la décentralisation, les régionalismes et le pluralisme. Elles/ils visent un monde de personnes libres, sans États ni frontières, reliées par des réseaux et des fédérations libres. La croyance anarchiste en l’autodétermination nationale est fondée sur un objectif très différent de celui du léninisme.

Les anarchistes ont soutenu l’autodétermination nationale

Depuis les débuts de l’anarchisme révolutionnaire, des anarchistes éminent.es ont soutenu l’autodétermination nationale (sans nécessairement utiliser ce terme). Mikhaïl Bakounine, souvent considéré comme l’un des « fondateurs » de l’anarchisme, a déclaré :

« La nationalité… désigne le droit inaliénable des individus, des groupes, des associations et des régions à leur propre mode de vie… le produit d’un long développement historique… Et c’est pourquoi je défendrai toujours la cause des nationalités opprimées qui luttent pour se libérer de la domination de l’État. »

Par « État » il entend, ici, l’État étranger qui domine la nationalité opprimée.

Piotr Kropotkine, lui aussi, est souvent considéré comme un « fondateur » du communisme anarchiste. Il a écrit : « Le véritable internationalisme ne sera jamais atteint si ce n’est que par l’indépendance de chaque nationalité… Si nous disons non au gouvernement de l’homme sur l’homme, comment pouvons[-nous] permettre le gouvernement de nationalités conquises par les nationalités conquérantes ? »

Kropotkine a soutenu tous les mouvements nationaux contre les oppresseurs étrangers, comme les Indiens et les Irlandais contre la Grande-Bretagne, les peuples des Balkans contre la Turquie et les Polonais contre la Russie. Malheureusement, il n’a pas fait de distinction claire entre les guerres des peuples opprimés contre leurs oppresseurs et les guerres entre puissances impérialistes. Cela l’a amené à soutenir la France et ses alliés contre les Allemands pendant la Première Guerre inter-impérialiste mondiale. Une grande majorité d’anarchistes était fortement en désaccord avec lui.

L’anarchiste italien Errico Malatesta était un compagnon de Bakounine et de Kropotkine. Il pensait que Kropotkine avait complètement tort de prendre parti dans la Première Guerre mondiale, soutenant un groupe impérialiste plutôt qu’un autre. Malatesta a écrit des textes polémiques contre la minorité d’anarchistes pro-guerre.

Pourtant, il a fermement soutenu les guerres des nations opprimées contre la domination impérialiste. Malatesta a soutenu la lutte des Arabes libyens contre la colonisation italienne et la guerre de Cuba pour son indépendance de l’Espagne. « Les anarchistes étant les ennemis de tous les gouvernements et revendiquant le droit de vivre et de se développer en totale liberté pour tous les groupes ethniques et sociaux, ainsi que pour chaque individu, ils doivent nécessairement s’opposer à tout gouvernement actuel et se ranger du côté de tout peuple qui lutte pour sa liberté. »

Il vaut également la peine de noter ce que Nestor Makhno et son mouvement ukrainien pensaient de l’auto-détermination nationale. Cela doit être vu dans le contexte de la lutte de l’Armée insurrectionnelle contre les armées nationalistes, ainsi que de sa lutte pour l’indépendance face aux Autrichiens, aux Polonais et, bien sûr, aux Russes.

Le mouvement makhnoviste a déclaré (en octobre 1919) :

« Chaque groupe national a un droit naturel et incontestable à… maintenir et à développer sa culture nationale dans tous les domaines. Il est clair que cela… n’a rien à voir avec un nationalisme étroit de type « séparatiste »… Nous proclamons le droit du peuple ukrainien (et de toute autre nation) à l’autodétermination, non pas dans le sens nationaliste étroit… mais dans le sens du droit des travailleurs à l’autodétermination. »

J’ai cité les points de vue d’anarchistes « classiques », mais les anarchistes ont continué à soutenir les luttes des nations opprimées depuis lors jusqu’à aujourd’hui. L’affirmation selon laquelle (tou.tes) les anarchistes ne soutiennent pas l’autodétermination nationale est fausse.

L’autodétermination n’est pas le nationalisme

Les anarchistes qui s’opposent à l’autodétermination des peuples opprimés la confondent avec le « nationalisme ». Mais le nationalisme n’est qu’un programme pour atteindre l’autodétermination. Il prône l’unité de la nation derrière la classe dirigeante nationale, en niant les divisions de classe et d’autres divisions au sein du pays. Il vise à mettre en place un nouvel État.

Les anarchistes ne soutiennent pas le nationalisme. En revanche, ils/elles disent qu’une indépendance nationale réelle et pleine peut être atteinte seulement par la lutte des classes, liée à la révolution internationale de la classe ouvrière et de tous les peuples opprimés. Les nationalistes et les anarchistes révolutionnaires n’ont qu’un accord négatif : l’opposition à l’État impérialiste dominant (dans ce cas, la Russie). Mais leurs programmes positifs – ce qu’elles/ils veulent construire pour remplacer l’envahisseur – sont complètement différents.

Les anarchistes qui s’opposent à l’autodétermination disent que ce programme signifie soutenir les États nationaux. Pourtant, être solidaire d’un peuple ne signifie pas nécessairement soutenir son État. Mais dans la plupart des cas (jusqu’à présent) le peuple a soutenu (ou au moins accepté) un État. Les anarchistes n’ont pas (encore) été en mesure de le convaincre d’autre chose. C’est son choix. Les socialistes libertaires ne refusent pas de soutenir un peuple opprimé en lutte parce qu’il y a encore un État. Peut-être qu’il apprendra de ses expériences étatistes, au fil du temps, avec l’encouragement des anarchistes.

Les anarchistes ukrainien.nes ne donnent aucun soutien politique au gouvernement. Ils/elles ne votent pas pour Zelensky, ne soutiennent pas son parti ni exhortent d’autres à voter pour le régime. Leur opposition à l’État est claire. En même temps, elles/ils soutiennent les travailleur.euses qui résistent aux politiques néolibérales, antisyndicales et d’austérité du gouvernement et des entreprises. Ils/elles diffusent la propagande anarchiste partout où cela est possible.

Sur le plan militaire, il serait optimal que les anarchistes ukrainien.nes puissent avoir des milices ou des forces de guérilla indépendantes. Malheureusement, elles/ils sont beaucoup trop faibles. Une seule force a été en mesure d’organiser une riposte contre les envahisseurs : l’armée officielle de l’État. Même si les anarchistes ukrainien.nes ont de nombreuses raisons de s’opposer à leur État et à son armée, ils/elles ne devraient pas s’opposer à une chose à leur sujet : le fait qu’ils résistent à l’invasion russe. Le fait que les anarchistes disent aux Ukrainien.nes de ne pas se battre contre les Russes parce que l’armée ukrainienne est l’instrument d’un État capitaliste sonnerait à la plupart des travailleur.euses ukrainien.nes comme un appel à se rendre !

Certains anarchistes ukrainien.nes ont rejoint l’armée, tandis que d’autres organisent des distributions de nourriture et d’autres services, le tout avec le but à long terme de finir par renverser tous les États. C’est une question tactique. D’un point de vue stratégique, d’une manière ou d’une autre, les anarchistes apportent un soutien pratique aux forces armées ukrainiennes contre les Russes. Cela dans l’intérêt de l’autodétermination nationale du peuple ukrainien et des objectifs de l’anarchisme international.

P.-S. : Ce qui précède a été écrit avant l’éclatement de la dernière phase du conflit israélo-palestinien. La même méthodologie de base s’applique à cette guerre comme à la guerre russo-ukrainienne. Le peuple palestinien est opprimé par l’État israélien. Les anarchistes devraient le soutenir dans ses luttes pour l’autodétermination nationale. Cela ne signifie pas un soutien à la politique réactionnaire du Hamas et certainement pas à sa tactique réactionnaire. Mais les atrocités du Hamas ne sont pas une excuse pour les atrocités massives et les crimes de guerre commis en ce moment par l’État israélien. Le peuple palestinien a le droit et la justice de son côté.

 

Aleksander Łaniewski est un historien, publiciste et anarchiste polonais-biélorusse ; il travaille à l’Institut d’histoire Tadeusz Manteuffel de l’Académie polonaise des sciences et il a publié des nombreux travaux sur l’histoire de l’anarchisme.

Résistance et entraide plutôt que doctrinarisme et défaitisme

Anarcho-pacifisme

Dans la doctrine anarchiste classique, l’attitude à l’encontre des conflits armés entre les États a toujours été négative. La guerre était perçue comme une compétition entre États, élites et capitales. À travers les guerres, les États répandent des sentiments patriotiques qui alimentent le chauvinisme, avec les prolétariats des différents pays qui se querellent entre eux/elles, bloquant ainsi le chemin du développement de l’internationalisme. Le militarisme était l’un des points les plus importants de la critique anarchiste des États (y compris des empires). Étant un reflet du pouvoir, de la hiérarchie et du centralisme, il a créé le plus grand obstacle à la liberté humaine. Selon les anarchistes, le meurtre de masse, organisé, aurait dû rencontrer la résistance du prolétariat. Les anarchistes ont constamment adopté des positions antimilitaristes – moins souvent pacifistes.

Parmi les principaux anarcho-pacifistes, on peut citer Ferdinand Domela Nieuwenhuis et Bartholomeus de Ligt, E. Armand et Louis Lecoin, Ernst Friedrich (avec son célèbre livre « Guerre à la guerre ! ») [9], ainsi que ceux qui oscillent à la limite de l’anarchisme, comme Léon Tolstoï et Mahatma Gandhi. Pendant la Première Guerre mondiale, le manifeste « L’Internationale anarchiste et la guerre » a été publié et signé par plus de trente anarchistes européen.nes et américain.es influent.es, dont Emma Goldman, Alexandre Berkman, Errico Malatesta, Saul Yanovsky et Juda Grossman-Rochtchine. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le slogan « Ni fascisme ni antifascisme » a été soutenu par des organisations anarcho-syndicalistes en Amérique latine, principalement en Argentine et en Uruguay, et par la Fédération anarcho-communiste bulgare, ainsi que par certains groupes en Angleterre et en France. L’anarcho-pacifisme français de l’époque a pris des formes absurdes, s’exprimant par le slogan « mieux vaut l’esclavage que la guerre ! ». Plus récemment, l’intellectuel américain Noam Chomsky pourrait être considéré comme le principal activiste anarchiste anti-guerre.

À l’heure actuelle, les bannières des pacifistes affichent le slogan « Paix à tout prix ! », qui est fréquemment repris par des intellectuels de la gauche libérale des pays occidentaux, dont la professeure de linguistique, activiste et journaliste Medea Benjamin, le politologue Hall Gardner et d’autres. Pour Jarosław Urbański, vétéran de l’anarchisme polonais, « une fin immédiate du conflit, quel que soit le contexte géopolitique, est nécessaire pour éviter d’autres effusions de sang » [10]. Ces slogans entraînent une association plus étroite avec différentes idéologies communistes, marxistes, trotskistes et maoïstes, qui, prises au piège d’une doctrine obsolète, réduisent leur propre dogmatisme à des slogans tels que « Pas de guerre, mais guerre de classe », « Ni ukrainien.ne, ni russe ! » ou « Ni OTAN, ni Poutine ! ». En Russie, cette attitude est représentée par les dirigeants de la Confédération révolutionnaire des anarcho-syndicalistes (KRAS) – AIT. Anatoly Dubovik, un anarchiste ukrainien, a affirmé que les dirigeants de la KRAS (des historiens professionnels) sont anarcho-poutinistes.

Le dogmatisme de ces forces, caché sous la couverture de l’« internationalisme international classique », ne laisse curieusement aucune place à la solidarité internationale avec les anarchistes ukrainiens et la société ukrainienne ; il ne voit pas l’antifascisme vivant, non pas mythique, qui fait face à l’impérialisme brutal du Kremlin. Le pacifisme est bien quand il essaie d’empêcher la guerre, mais pas pendant la guerre. Malheureusement, certain.es compas « idéologiquement pur.es » sont coincé.es dans des conceptions rigides, détachés de la réalité. Mais est-ce de la stupidité, de la lâcheté ou du simple défaitisme ? Notre vie n’est pas en noir et blanc et elle ne reste pas immobile. Il n’y a pas de pureté parfaite dans ce monde, sauf peut-être les rires et les larmes des enfants. Et l’Ukraine est inondée de ces larmes.

Anti-militarisme

Heureusement, le pacifisme n’a jamais été le courant dominant dans l’histoire du mouvement anarchiste, qui est plein de rébellions et de soulèvements. L’anarchisme est connu pour ses tactiques d’action directe, par la propagande par le fait, par la terreur révolutionnaire, l’illégalisme et enfin l’insurrectionalisme, ce qui prouve que la violence et le radicalisme ont toujours été, eux aussi, partie des théories et les pratiques libertaires. Les anarchistes ont pris part, les armes à la main, à la Commune de Paris, aux deux guerres mondiales, ainsi qu’à des conflits armés plus petits, y compris des luttes de libération nationale, dans différents continents (par exemple en Irlande, en Corée, à Cuba et en Inde). Ils/elles ont constitué des formations militaires pendant la guerre civile en Russie (par exemple le mouvement makhnoviste), lors de la guerre civile espagnole, dans la Résistance française, etc.

Le conflit le plus célèbre sur l’attitude des anarchistes à l’égard de la participation à la guerre a été le « Manifeste des Seize » (de 1916), signé, entre autres, par Peter Kropotkine, Jean Grave, Christiaan Cornelissen, Varlam Cherkezishvili, Charles Malato et Paul Reclus. Ils ont ainsi gagné le nom d’« anarcho-patriots », « anarcho-militaristes », ou, pour utiliser les mots d’Errico Malatesta, d’« anarchistes partisans du gouvernement ». Malgré la mythologie qui entoure les opinions de Kropotkine et de ses partisans à propos de la guerre, je suis enclin à partager le point de vue selon lequel il ne s’agissait pas d’une rupture avec l’anarchisme ou d’une trahison des idéaux libertaires. À mon avis (et de l’avis également de Ruth Kinna [11]), la position du « prince de l’anarchie » était une réaction cohérente à la situation. Déjà en 1897, Kropotkine avait écrit à Maria Goldsmith que les anarchistes devaient se tenir aux côtés des gens qui s’opposent à l’oppression de la personnalité et à l’oppression économique, religieuse et « d’autant plus à l’oppression nationale ». Ensuite, au début de la Première Guerre mondiale, dans l’article « Anti-militarisme : a-t-il été bien compris ? », publié dans les pages de Freedom, il a déclaré :

« Cela étant, la question se pose : comment doit être menée la propagande antimilitariste ?

La réponse est évidente : elle doit être complétée par une promesse d’action directe. Un antimilitariste ne devrait jamais rejoindre l’agitation antimilitariste sans faire dans son for intérieur le vœu solennel que, au cas où une guerre éclaterait, en dépit de tous les efforts pour l’empêcher, il donnera le plein soutien de son action au pays qui sera envahi par un voisin, qui que ce soit ce voisin. Parce que, si les antimilitaristes restent de simples spectateurs de la guerre, ils soutiennent par leur inaction les envahisseurs ; ils les aident à asservir les populations conquises, ils les aident à devenir encore plus forts et à être donc, à l’avenir, un obstacle encore plus fort à la révolution sociale. » [12]

À ce jour, cette citation n’a rien perdu de sa pertinence.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs sections de l’Association internationale des travailleurs (les Polonais.ses, les Italien.nes, les Espagnol.es, les Suédois.es et les Français.es) partageaient l’avis que « le fascisme et le nazisme doivent être écrasés partout où ils apparaissent et à tout prix. C’est l’une des tâches les plus importantes, à l’heure actuelle » [13]. Des militants anarcho-syndicalistes bien connus, tels que Rudolf Rocker et Grigory Maksimov, avaient une opinion similaire. En Europe, ici et là, les anarchistes ont combattu les nazis ; rappelons par exemple les Polonais.es qui ont participé à l’insurrection de Varsovie, au sein de la Brigade syndicaliste. Aujourd’hui, des anarchistes soutiennent militairement les Kurdes qui combattent au Rojava contre Assad et les islamistes.

Les mots de Kropotkine cités ci-dessus sont compréhensibles pour celles/ceux qui, contrairement aux pacifistes, ne sont pas en désaccord avec les anarchistes d’Ukraine, de Biélorussie ou de Russie qui luttent pour la liberté dans les rangs des forces armées d’Ukraine ; pour ceux/celles qui ne cachent pas le fait que l’impérialisme russe est aussi incontrôlé que l’impérialisme occidental ; pour celles/ceux pour qui la solidarité n’est pas un mot creux ; pour ceux/celles qui soutiennent le droit des Ukrainien.nes à leurs propres choix géopolitiques, à l’autodéfense, à la lutte contre l’envahisseur qui apporte la régression, le fascisme, des violations des droits et des libertés civiles les plus basiques, le génocide, la dictature, les camps, les viols, les assassinats politiques, la torture des prisonnier.es, l’enlèvement des enfants, etc. C’est l’opinion des anarchistes lié.es au Resistance Committee, qui combattent et meurent sur les lignes de front, comme le Russe Dmitry Petrov, de l’Organisation de combat des anarcho-communistes, comme le Biélorusse Zhvir, l’Américain Cooper Andrews, ou l’Irlandais Finbar Cafferkey – et ceux/celles qui sont engagé.es dans l’aide, comme le Solidarity Collectives, l’ABC Dresden, l’ABC Galicja, Good Night Imperial Pride et un certain nombre d’autres groupes et d’anarchistes non affilié.es à aucun groupe, originaires du monde entier, appelé.es avec malveillance « anarchistes des tranchées ».

Le mythe de la Russie antifasciste et de l’Ukraine nazie

Le pluralisme des opinions est souhaitable même dans le milieu libertaire, mais imposer des formules doctrinaires à tout le monde, particulièrement aux anarchistes ukrainien.nes, est au moins déplacé. Au lieu de demander directement au mouvement libertaire ukrainien ce qui aide la gauche occidentale, et certains anarchistes, à construire des hiérarchies dans le mouvement anarchiste global (l’Occident sait tout mieux que les autres), ils/elles répètent les mythes de la propagande du Kremlin sur l’« Ukraine nazie ».

Mais qu’en est-il de l’État agresseur ?

C’est la Russie qui est en train de devenir rapidement un État néo-fasciste, ce qui, combiné à sa politique militaire impériale, constitue une plus grande menace pour l’Ukraine que les États-Unis, l’UE ou l’OTAN. (Ces structures représentent-elles une quelconque menace pour l’Ukraine ?) Poutine est un réactionnaire, il fait reculer son propre pays dans son développement, il essaye d’imposer une régression à d’autres pays et il envoie à l’abattoir aussi des masses de Bouriates, de Daguestaniens, de Kalmouks et de Touvains… Il ne reconnaît que le langage de la force, il multiplie la répression à l’encontre de ses propres citoyen.nes et il nie le droit des autres nations à l’indépendance. Le culte de la violence, de la hiérarchie et du militarisme est inculqué, en Russie, à partir de l’école maternelle, à travers les cérémonies d’État, la culture populaire et la politique de la mémoire publique. Moscou s’est approprié le droit d’être le centre de l’antifascisme mondial. Le puissant appareil de propagande, à l’intérieur et à l’étranger, crée le mythe selon lequel la Russie a gagné le nazisme, dans lequel il n’est pas question de milices néonazies qui combattent en Ukraine, comme le groupe Roussich, le groupe Ratibor et la Légion impériale, sans parler des dégénérés du groupe Wagner. L’Organisation de combat des Nationalistes russes (qui a des liens avec l’administration présidentielle) n’a-t-elle pas assassiné le bien connu avocat Stanislav Markelov et la jeune journaliste Anastasia Babourova, à Moscou, près du Kremlin ? Winston Churchill avait tort sur beaucoup de choses, mais il avait raison sur une : « Les fascistes du futur se diront anti-fascistes ».

L’Ukraine n’est pas et n’a jamais été un État fasciste. Malgré certaines actions dans le domaine de la politique historique, comme dans tous les pays, les ultranationalistes n’ont jamais réussi à dominer le parlement d’Ukraine. En fait, il y avait différents partis, même pro-russes (!). Il y a des élections et une rotation du pouvoir. Est-ce que quelque chose de tel s’est produit en Russie, au cours des vingt dernières années ? Zelensky, qui a des origines juives, parlait quotidiennement russe et a fait des affaires avec la Russie. La brigade d’assaut Azov, composée d’une multitude de nationalités avec des opinions différentes (par exemple, l’ancien commandant Denis Prokopenko est Carélien), a montré un héroïsme incroyable pendant la défense de l’usine Azovstal. De plus, l’unité a officiellement condamné le nazisme et le stalinisme, en effectuant une transformation idéologique, contrairement aux anarchistes de canapé.

Qui, parmi les critiques actuel.les de l’Ukraine, a visité l’Ukraine et quand pour la dernière fois ? En tant que personne ayant des liens familiaux avec l’Ukraine et visiteur régulier de l’Ukraine avant la guerre, je n’ai jamais été confronté à des discriminations à cause du fait que je parle russe. Je connais les pour et les contre de cette société. Et pourtant l’Ukraine n’impose rien à personne, n’occupe pas, n’attaque pas d’autres pays. Elle a une société civile en plein essor, qui se renforce après des bouleversements sociaux réguliers (la Révolution de granite, en 1990, la Révolution orange, en 2004, l’Euromaïdan en 2013/2014) et qui forme un bon terrain pour la propagation de la démocratie directe.

Toutes les formes d’impérialisme et de colonialisme ont été et sont mauvaises. Mais le monde ne commence pas et ne finit pas à l’ouest de Varsovie. La perspective scientifique et militante occidentale semble avoir oublié quel est le plus grand pays du monde et quelle est son histoire. C’est la Russie, dirigée par un ancien fonctionnaire du KGB/FSB, qui regrette l’époque de la grandeur impériale russe et qui est personnellement responsable de nombreux meurtres et tentatives d’assassinat politique. Il est donc surprenant que l’impérialisme russe, qui est enraciné dans la culture et dans la tradition politique de la Russie (tsariste, bolchevique, poutiniste), ne soit pas remarqué. Les visages changent, l’essence reste la même. Tchétchénie, Ossétie du Sud, Abkhazie, Ukraine. En fait, le Bélarus est sous la houlette impériale du Kremlin. Le Rousskiy mir (le monde russe), souhaitant restaurer son ancienne puissance impériale, ne s’arrêtera pas à Kiev. Dans la vision du Kremlin, des endroits tels que la Moldavie et la Transnistrie, les États baltes, le Kazakhstan et peut-être la Pologne et les pays d’Europe centrale appartiennent tous au rayonnement impérial de la Russie. Pendant des siècles, les bottes des soldats russes ont suivi les traces de la « culture » russe.

La lutte contre le poutinisme, qui est une priorité pour les habitant.es de notre région, ne nécessite pas l’adoration de l’OTAN ou de l’impérialisme occidental (ou de tout autre groupe). La victoire de la Russie asservira l’Ukraine, les purges commenceront, des camps seront établis (ce qui est déjà en train de se passer dans les territoires occupés) et la répression atteindra des proportions sans précédent. L’Europe sera plongée dans l’incertitude et les structures internationales qui ne fonctionnent pas sans elle s’essouffleront. Le Bélarus, avec des milliers de prisonnier.es politiques (dont environ 30 anarchistes), perdra ses chances de libération.

Anarchisme

L’anarchisme n’est pas une doctrine fermée, qui imagine le monde dans les termes rigides d’une dichotomie en noir et blanc, mais elle contient un éventail plus complexe d’idées, parfois naïves et utopiques, parfois réalistes et pragmatiques. Ces dernières comprennent l’aide à l’Ukraine, chose à travers laquelle les anarchistes essayent de trouver un langage en commun avec la réalité.

Les anarchistes n’ont pas besoin de réinventer l’eau chaude. Dans une situation de guerre, au lieu de répéter le mantra « Pas de guerre, mais guerre de classe », on devrait se tourner vers l’entraide, la solidarité, l’internationalisme et le droit à l’autodétermination et à la légitime défense. Nous devons rejeter le pacifisme et la pression pour « la paix à tout prix », par des négociations diplomatiques entre d’une part les États-Unis et l’OTAN et de l’autre part le Kremlin, et la subjectivité de l’Ukraine doit être défendue dans ce conflit. Tout comme Kropotkine a dit à propos du conflit armé entre la Prusse impériale et l’Entente, qu’il s’agissait « une guerre non seulement d’armées, mais de nations », aujourd’hui aussi il s’agit d’une guerre de nations, non d’impérialismes. Une guerre de valeurs, non d’alliances.

L’anarchisme est une philosophie pratique ; il s’agit d’action et de critique des dogmes. Les « anarchistes des tranchées » n’ont aucune illusion sur Zelensky et son parti corrompu, « Serviteur du peuple » ; ils/elles ne sont pas en train de combattre pour l’État ukrainien. Malgré cela, elles/ils voient des différences énormes entre la culture politique de la Russie et celle de l’Ukraine. Les prétendu.es « anarcho-militaristes » sont aligné.es avec les habitant.es de l’Ukraine ; ils/elles vivent leur vie et, contrairement aux partisan.es occidentaux.ales de la « paix » et du prolétariat, elles/ils ont le droit de parler en leur nom. La victoire de l’Ukraine pourrait offrir une chance pour d’autres changements dans la société, pour le développement de la démocratie directe, pour la liquidation du système des oligarchies et enfin pour que la nation retrouve son propre pays. La dignité de la société, dont on fait commerce en Occident, n’a jamais été enlevée aux Ukrainien.nes, ce qui est clairement démontré par la défense héroïque du pays dans la première phase de la guerre et par les files d’attente pour l’enrôlement dans les unités de Défense territoriale. Après avoir gagné la liberté, le temps viendra de se battre pour la terre, le travail et l’auto-gouvernement. Une nation armée ne sera plus un pion dans le grand jeu des politiciens et des oligarques. La victoire de l’Ukraine pourrait aussi contribuer à des possibles changements en Russie, qui, dans son état actuel, est une menace constante pour le monde.

On pourrait multiplier les citations des classiques et des théoriciens de l’anarchisme, mais ce que la vie elle-même dicte est la valeur suprême. Je terminerai avec une citation de l’antimilitariste belge Frans Verbelen : « La réalité fait s’envoler les plus belles théories, comme une tempête le sable dans le désert » [14]. Essayons d’être comme la pierre, pas le sable. Après la guerre, les anarchistes auront beaucoup de travail à faire : réorganiser et reconstruire le mouvement, se concentrant sur des questions écologiques extrêmement importantes, lutter pour les droits du travail et les droits sociaux, en construisant des syndicats, affronter les organisations de droite et les nouvelles autorités, etc. Alors, comme maintenant, l’aide matérielle des compas occidentaux.les, leur expérience et leurs idées seront nécessaires. La « solidarité » écrite sur nos bannières est-elle un simple mot creux ? Nous devons enfin combler le fossé entre l’anarchisme oriental et l’occidental. C’est à nous de décider si nous pouvons réaliser l’avenir dont nous rêvons. Dans cette entreprise, l’Ukraine constitue pour nous une occasion et un test.

 

 

Notes

[1] Aujourd’hui, cela est souligné à juste titre par des anarchistes en Ukraine ; voir, par exemple, le nouveau texte de Denis Khromoy, Миф Вадима Дамье о классическом анархистском интернационализме [Le mythe de Vadim Damier d’un « internationalisme anarchiste classique »], Pramen.io.

[2] Il n’y a aucun doute que cela existe – l’Occident a en effet fait des affaires avec Poutine jusqu’au dernier moment, fermant les yeux et se bouchant les oreilles – mais il se manifeste beaucoup plus dans l’inertie de la pensée que dans l’intentionnalité politique.

[3] CNT-FAI, Federación Anarquista Ibérica – Confederación Nacional del Trabajo [Fédération anarchiste ibérique – Confédération nationale du travail].

[4] Anton Jäger, Hyperpolitik: Extreme Politisierung ohne politische Folgen [Hyperpolitique : politisation extrême, sans conséquences politiques], publié par Suhrkamp, Francfort-sur-le-Main, 2023.

[5] Volodymyr Ishchenko, Behind Russia’s War Is Thirty Years of Post-Soviet Class Conflict [Derrière la guerre de la Russie, il y a trente ans de conflit de classe post-soviétique], Jacobin, 3 octobre 2022 ; Volodymyr Ishchenko, The Minsk Accords and the Political Weakness of the ‘Other Ukraine’ [Les accords de Minsk et la faiblesse politique de l’« autre Ukraine »], Russian Politics, 8, n° 2 (2023), pp. 127–146 ; Volodymyr Ishchenko, Class or regional cleavage? The Russian invasion and Ukraine’s ‘East/West’ divide [Un clivage de classe ou régional ? L’invasion russe et la « division est/ouest » de l’Ukraine], European Societies (2023).

[6] Volodymyr Ishchenko, Ukrainian Voices? [Voix ukrainiennes ?], New Left Review, n° 138 (2022), pp. 1–10.

[7] Note de l’éditeur : Международная ассоциация трудящихся, Association internationale des travailleurs (AIT).

[8] Note de l’éditeur : « Ekolog » [écologiste] était l’un des pseudos de l’anarchiste russe, et activiste pour l’environnement, Dmitry Petrov (1989–2023).

[9] Ernst Friedrich, Krieg dem Kriege! Guerre à la guerre ! War against war! Vojnu vojně! (publié par Freie Jugend, Berlin, 1926).

[10] Jarosław Urbański, Rzeź w Ukrainie trwa. Dziesiątki tysięcy zabitych i inwalidów wojennych po obu stronach konfliktu, Rozbrat, 4 août 2023.

[11] Voir, par exemple, Ruth Kinna, Kropotkin: Reviewing the Classical Anarchist Tradition [Kropotkine : révision de la tradition anarchiste classique] (publié par Edinburgh University Press, Edinbourg, 2016).

[12] Piotr Kropotkine, Anti-militarism: Was it properly understood? [Antimilitarisme : a-t-il été correctement compris ?], Freedom: A Journal of Anarchist Communism, vol. 28, n° 307, novembre 1914, p. 82.

[13] Vadim Damier, Zabytyj Internacional: Meždunarodnoe anarho sindikalistskoe dviženie meždu dvumja mirovymi vojnami, vol. 2: Meždunarodnyj anarho-sindikalizm v uslovijah “Velikogo krizisa” i nastuplenija fašizma: 1930–1939 gg. (publié par Novoe literaturnoe obozrenie, Moscou, 2007), p. 605.

[14] Frans Verbelen, Why Belgian Anarchists Fight [Pourquoi les anarchistes belges combattent-ils], Freedom: A Journal of Anarchist Communism, vol. 28, n. 307, novembre 1914, p. 87.

 

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Nouvelle édition de la brochure « blablADN » https://attaque.noblogs.org/post/2024/03/28/nouvelle-edition-de-la-brochure-blabladn/ Thu, 28 Mar 2024 18:15:07 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=54914 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / mercredi 27 mars 2024

blablADN tout cramer pour brûler + longtemps : un guide pour ne pas laisser de traces

En 2021 paraissait la brochure française blablADN, qui se présentait ainsi :

« C’est une brochure à vocation pratique, mais on va faire des détours (pas trop longs) par des trucs théoriques. On va d’abord parler de comment les keufs travaillent avec l’ADN. Ensuite on va donner des pistes sur comment rendre leur taf le plus difficile possible, aussi bien en donnant des clefs pour se faire ses propres protocoles de sécurité qu’en proposant un protocole qui nous parait pertinent. À la fin, on a rajouté des annexes plus théoriques sur la biologie de l’ADN et sur certains aspects techniques de son utilisation par les keufs scientifiques. »

Aujourd’hui, on a publié une nouvelle version de cette brochure, qui reprend le texte d’origine et y ajoute de nombreuses notes de bas de page, pour ajouter des informations ou expliquer nos désaccords avec le texte d’origine. Cette nouvelle version est accessible ici, à lire en ligne ou télécharger en PDF :

https://notrace.how/resources/fr/#blabladn

On a aussi publié une traduction anglaise de la brochure, accessible au même lien. On espère que cette brochure aidera les anarchistes à mieux comprendre et se protéger des dangers de l’ADN.

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Brochure : Arrêtons de chasser les moutons https://attaque.noblogs.org/post/2023/12/25/brochure-arretons-de-chasser-les-moutons/ Mon, 25 Dec 2023 20:09:57 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=53737 Continuer la lecture ]]> No Trace Project / samedi 23 décembre 2023

Arrêtons de chasser les moutons : un guide pour créer des réseaux plus sûrs

Cette brochure explore les possibilités pour contrer l’acquisition de renseignements par la police dans le cadre de ses enquêtes. L’objectif n’est pas nécessairement de révéler la présence d’infiltré·es mais de créer un réseau plus sûr et moins facilement infiltrable à partir duquel opérer. Cette brochure suggère des manières de rendre nos réseaux plus sûrs et de créer une culture de la sécurité active au sein de nos activités quotidiennes et de nos luttes.

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Brochure : Pas vue pas prise, contre la vidéosurveillance https://attaque.noblogs.org/post/2023/07/07/brochure-pas-vue-pas-prise-contre-la-videosurveillance/ Fri, 07 Jul 2023 18:10:13 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=51414 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / jeudi 6 juillet 2023

Savoir où sont placées les caméras, comment elles fonctionnent, comment leurs images sont transmises et consultées et comment les technologies évoluent, c’est se donner des moyens concret de pouvoir, avec plus de confiance, s’en prendre à la vidéo-surveillance et aux intérêts qu’elle protège.

Introduction

En quelques années la vidéosurveillance s’est imposée de manière incontournable dans notre quotidien. Les caméras ne sont plus réservées aux boulevards des villes ou aux allées des grands magasins, aujourd’hui on peut les croiser partout. Elles sont devenues banales au point qu’on ne les remarque presque plus. Pourtant, pour certain‑e-s, difficile d’oublier le poids de ces petits appareils voyeurs sur nos vies et nos modes de fonctionnement. Elles rendent les endroits pris dans leur champ de vision plus hostiles, parce que, forcément, avoir l’impression d’être épié-e en permanence rend méfiant-e. On se demande si n’on a pas l’air louche, on s’auto-censure. C’est le propre de la surveillance que de pousser à la normalisation, de faire qu’on s’assagisse de soi-même par crainte d’une répression potentielle.

La « sécurité » par la répression et le contrôle c’est une des bases de l’État, qui reste toujours à la recherche de nouveaux moyens d’asseoir et de consolider sa domination. La vidéosurveillance, même si elle n’est qu’un outil parmi d’autres, prend une place de plus en plus importante dans la panoplie sécuritaire actuelle. Notamment parce que les caméras sont un soutien d’autres dispositifs pour un État qui ne peut pas multiplier les flics à l’infini. En augmentant constamment leur champ de vision et leur efficacité par des nouvelles installations et des logiciels de surveillance automatisée toujours plus performants, les condés peuvent accroître leurs capacités sans avoir à augmenter leurs effectifs. Qu’on ne se fasse pas d’idées pour autant, le déploiement croissant de vidéosurveillance dans l’espace public n’est pas synonyme d’une diminution du nombre de patrouilles de keufs dans la rue.
En plus d’être un pilier de la répression, la vidéosurveillance est aussi par essence un formidable outil de discipline. Son panoptisme, l’impression pour nous d’être possiblement observé-e-s partout et tout le temps, pousse à la normalisation. D’autant plus quand on sait que les logiciels de vidéosurveillance visent de plus en plus à détecter les comportements « anormaux » : s’arrêter dans un espace où il faut marcher, flâner alors que l’on devrait savoir où on va, s’asseoir là où il faut se tenir debout, se rassembler alors qu’il faudrait rester seul-e. Combattre la vidéosurveillance c’est aussi revendiquer de pouvoir vivre sans se demander encore plus à quelles normes il faut se soumettre alors qu’on voudrait les abolir toutes. On aurait tort de ne voir que les caméras de rue. Le regard du pouvoir vient s’immiscer dans tous les endroits où les forces de contrôle cherchent à se déployer : lieux de travail, écoles, prisons, halls d’immeuble, transports, etc. Partout l’État et ses auxiliaires cherchent à rappeler et à renforcer leur présence. Et comment ne pas voir toutes celleux qui installent des caméras chez elleux et dégaînent leur téléphone à la moindre anomalie ? De la manif à la rando, rares sont les endroits et les moments où l’on n’a pas à se méfier d’être épié-e-s par un petit mouchard.
Et comme on en a fait l’expérience pendant le confinement avec les drones, même la tranquillité de plages, de forêts et de montagnes se voit dérangée par leur bourdonnement arrogant.
Du coup le déploiement massif de caméras, leur perfectionnement et les promesses d’extension de leurs usages foutent la trouille. Ça paraît vertigineux. Mais on n’a pas envie de se résigner, ce n’est pas parce que la vidéosurveillance est devenue omniprésente qu’elle ne peut plus être remise en question et attaquée. En clair, on refuse de s’y habituer.
Malgré l’impression qu’on peut en avoir, ces systèmes sont loin d’être infaillibles, ils ont des points faibles, des brèches, et il existe plein de façons de les contourner. Alors l’idée de ce projet c’est de mutualiser nos connaissances, nos astuces et nos pratiques pour se sentir plus fort-e-s, en se donnant des billes pour se débrouiller face à la vidéosurveillance. Pour qu’elle ne nous assomme pas au quotidien ni ne nous empêche d’agir. Savoir où sont placées les caméras, comment elles fonctionnent, comment leurs images sont transmises et consultées et comment les technologies évoluent, c’est aussi se donner des moyens concrets de pouvoir, avec plus de confiance, s’en prendre à la vidéosurveillance et aux intérêts qu’elle protège.
Ce projet repose sur des connaissances acquises un peu partout par différentes personnes, il n’est donc pas l’oeuvre de technicien-ne-s ou d’expert-e-s. Ça veut dire qu’on ne prétend ni être complètement exhaustif-ve-s, ni qu’on n’a pas pu faire d’erreur dans ce que l’on partage et que, la situation évoluant continuellement, il y aurait sans cesse des ajouts et modifications à apporter. Mais ça veut aussi dire qu’il y a pas mal d’informations accessibles à celles et ceux qui veulent apporter de l’eau au moulin de la lutte contre la surveillance.

Contact : pasvuepasprise arobase riseup point net


Carte collaborative : Surveillance under Surveillance : https://sunders.uber.space
(lien tor : http://sunders.ahcbagldgzdpa74g2mh74fvk5zjzpfjbvgqin6g3mfuu66tynv2gkiid.onion/ )

Fichier pdf : https://we.riseup.net/assets/881357/Texte-v1.pdf
(lien tor : http://zkdppoahhqu5ihjqd4qqvyfd2bm4wejrhjosim67t6yopl77jitg2nad.onion/assets/881357/Texte-v1.pdf )

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Allemagne – On conspire : mise à jour sur l’enquête en cours https://attaque.noblogs.org/post/2023/07/07/allemagne-on-conspire-mise-a-jour-sur-lenquete-en-cours/ Fri, 07 Jul 2023 18:05:33 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=51422 Continuer la lecture ]]> CSRC / juillet 2023

Introduction

Avec ce texte, on veut donner un aperçu de l’enquête en cours contre deux camarades qui ont été arrêté·e·s le 16 février 2023 à Adlershof, Berlin. On pense que les expériences individuelles peuvent être d’une utilité collective lorsqu’on trouve les bons moyens de les partager. La répression ne doit surtout pas être subie individuellement comme une fatalité, mais doit plutôt être une opportunité de nous rassembler dans un moment d’offensive. Ce texte devrait être un pas de plus dans cette direction.

Qu’est ce qui s’est passé ?

Dans la nuit du 15 au 16 février, l’hélicoptère de la police fédérale (« Pirol »[1].) effectue un de ses vols de surveillance de routine. À 0h26, l’équipe, à l’aide de caméras thermiques, identifie deux personnes sur les voies au sud de S-Bahnhof Adlershof[2]. Ils alertent le centre de contrôle d’Ostbahnhof[3], qui envoie alors deux voitures de patrouille et une voiture civile (toutes de la police fédérale, puisque le chemin de fer relève de la juridiction fédérale) à Adlershof.

Comme les deux personnes sont supposément à l’intérieur ou proche d’un tunnel, une voiture de patrouille se gare à la sortie sud du tunnel, tandis que les autres voitures se garent plus loin et empruntent différents itinéraires à pied pour s’approcher de la sortie nord, le tout dirigé par l’équipage de l’hélicoptère. Comme les lunettes de vision nocturne modernes à haute résolution permettent aux flics de repérer des personnes à une distance de 10 kilomètres, l’hélicoptère peut se trouver bien à l’abri des regards et des oreilles des suspects[4]. [Note du CSRC : selon un autre texte publié par des camarades allemands à propos de cette affaire, lors d’un vol de surveillance de routine près de Berlin en 2022, les feux de position de l’hélicoptère de la police fédérale ont été éteints et le bruit des pales du rotor a été étouffé pour éviter qu’il ne soit détecté : « Bien que l’on puisse toujours entendre l’hélicoptère, le bruit était atténué. Cela peut conduire à une mauvaise évaluation de la distance de l’hélicoptère ou, s’il est confondu avec d’autres bruits comme celui d’une autoroute, à ne pas se rendre compte du problème qui se rapproche avant qu’il ne soit trop tard. »]

Peu après 1 heure du matin, les flics entrent dans le tunnel et confrontent les camarades avec des armes, leur ordonnant de s’allonger sur le sol. Ils les fouillent, et fouillent également un sac à dos trouvé à l’extérieur du tunnel. Selon les flics, deux radios en état de marche et une liste avec les plaques d’immatriculation des voitures civiles de la police ont été trouvées. En outre, ils ont confisqué une paire de gants en cuir. Les flics ont demandé à plusieurs reprises aux camarades ce qu’iels faisaient dans le tunnel, sans obtenir de réponse. Ils ont donc parcouru le tunnel de long en large à la recherche de graffitis récents, mais sans résultat. Les fréquences des radios ont été photographiées (pour les radioamateurs intéressé·e·s : les radios en question étaient du modèle BoaFeng GT-§TP avec des applications jaune/orange. Les fréquences photographiées étaient 463.425 (Ch.2) et 464.425 (Ch.13)). Le flic en civil qui manipulait les radios a affirmé avoir reçu une transmission entrante et avoir entendu une voix féminine à l’autre bout de la ligne. Il s’est alors lui-même exprimé dans la radio, disant qu’il ne pouvait pas parler pour l’instant parce qu’il y avait du personnel ferroviaire à proximité. Excités par la perspective d’attraper d’autres suspects, les flics en civils se sont précipités vers leurs voitures pour fouiller la zone, sans résultat.

Entre-temps, après la quatrième ou cinquième fouille du tunnel, les flics ont trouvé un sac à dos qui, selon eux, était caché entre la paroi du tunnel et le chemin de câbles. Selon les flics, ils ont trouvé des gants encore dans leur emballage d’origine et un bidon de produit à vitres rempli d’un liquide. Les flics, qui pensent désormais avoir affaire à une tentative d’incendie criminel, entreprennent une nouvelle recherche le long des voies. Ils font appel à une équipe de chiens policiers et confient l’enquête à la police criminelle de la Direktion 5[5]. Ils fouillent à nouveau les camarades, à la recherche de briquets ou d’objets similaires. Ils ne trouvent rien.

A 3h30, le chien policier et la police criminelle entrent en scène. Le chien, après avoir reniflé l’odeur des camarades, parcourt quelques centaines de mètres et perd ensuite la piste. La police criminelle oblige les camarades à se couvrir les mains de gants en plastique, afin que toute trace d’accélérateur de carburant puisse être identifiée ultérieurement. Les flics mettent également le sac à dos, le bidon, les gants, les radios et une autre bouteille en plastique PET trouvée dans le tunnel dans des sacs en plastique, afin de rechercher des traces ADN ultérieurement.

Vers 4h45, les flics terminent leur travail sur les lieux et les deux camarades sont emmené·e·s à la prison de Tempelhofer Damm[6]. Avant qu’aucun·e d’entre iels n’ait la possibilité de contacter un avocat, les flics émettent des mandats de perquisition verbaux pour les deux adresses. La perquisition a lieu à 16h cet après-midi-là. Les flics utilisent des clés qu’ils ont prises dans les affaires personnelles des camarades. En arrivant à l’une des adresses, les flics constatent qu’aucune des clés confisquées ne rentre dans les portes et repartent. À l’autre adresse, les clés fonctionnent, les flics entrent et fouillent l’appartement, la cave et une voiture (dont ils ont trouvé la clé lors de la perquisition). Ils confisquent un ordinateur portable, un spray au poivre, un pétard et un traceur GPS présumé. Ce n’est qu’après la perquisition que les camarades ont la possibilité de téléphoner et de rencontrer leurs avocats. Iels passent la nuit en prison. Le lendemain, iels apprennent de leurs avocats qu’iels doivent comparaître devant un juge qui décidera de leur éventuelle libération. Cette comparution a lieu à 18h ce même jour. Le juge émet un mandat d’arrêt à l’encontre des deux, mais les libère sous certaines conditions, et les deux camarades peuvent quitter la prison à 19h. À leur sortie, iels sont accueillis par des dizaines de personnes qui avaient répondu à un appel publié auparavant.

Suite de l’enquête

Les conséquences des arrestations et de l’enquête sont difficiles à évaluer pour l’instant. On ne veut pas participer à une quelconque forme de spéculation, mais on estime nécessaire d’expliquer quelques détails concrets. Pour commencer, il y a les conséquences immédiates pour les deux camarades : les deux doivent se présenter au poste de police deux fois par semaine. Tout comme les flics ont profité de cette occasion pour prélever de l’ADN sur les deux camarades, ils pourraient en profiter pour lancer un mandat d’arrêt. C’est quelque chose qu’on a vu dans d’autres cas. On peut également s’attendre à ce qu’une surveillance des communications et d’autres formes de surveillance soient mises en place dans le cadre de cette enquête, ce qui pourrait affecter davantage de personnes.

Le sens que les flics donneront à cette enquête ne dépendra pas entièrement de l’accusation qu’ils ont retenue pour l’instant, mais davantage de leurs théories concernant le contexte politique de l’affaire. Actuellement, il semble que les enquêteurs pensent qu’il s’agit d’une tentative d’incendie criminel contre des câbles de la Deutsche Bahn[7]. Cette pratique politique a une longue tradition à Berlin et en Allemagne et, compte tenu du débat actuel sur les infrastructures critiques, la prévention de ce type d’attaques revêt une importance nouvelle pour l’État. Bien qu’il n’ait pas encore été en mesure d’identifier de véritables suspects.

Le caractère explosif de l’affaire pourrait expliquer pourquoi certaines informations concernant les camarades et le soi-disant « attentat déjoué » contre la Deutsche Bahn ont été publiées dans la presse avant d’être communiquées aux avocats. Cela pourrait également nous donner une idée de la manière dont le LKA[8] va maintenant jeter un regard nouveau sur des dizaines d’affaires concernant des attaques contre le système ferroviaire, afin d’identifier toute forme possible de lien avec l’affaire en cours.

Solidarité

Même si la répression nous accompagne constamment dans nos luttes, une attaque comme celle-ci signifie qu’en plus de la surveillance et des restrictions à la liberté de mouvement, il y a une pression émotionnelle sur les personnes touchées et leur entourage. On mentirait si on affirmait que tout ça ne nous affecte pas. Cependant, ça ne signifie pas nécessairement que les intentions de répression des États doivent être couronnées de succès. On ne veut pas être des guerriers durs et infaillibles qui ne vacillent jamais. On pense qu’il est important de voir ces attaques comme une occasion de nous rassembler. On veut parler de nos préoccupations, de nos inquiétudes et de nos incertitudes, afin de trouver une réponse collective. On ne doit pas voir ça comme un moment de faiblesse, mais comme une occasion de renforcer nos relations et notre solidarité les un·e·s avec les autres. Cela suppose qu’on soit conscient·e·s de nos pensées et de nos émotions, qu’on les communique et les partage avec les autres. Il s’agit également de visibiliser, dans la mesure du possible, les connaissances et les faits relatifs à l’affaire. Ce n’est qu’alors qu’on pourra transformer la répression : d’une fatalité individuelle, en faire une réponse collective à une attaque de l’État contre nos structures.

Pour créer l’espace nécessaire à une telle réponse, peu après la libération des deux camarades, un appel à une réunion de solidarité a été lancé. Cette réunion a servi à mettre tout le monde au courant, à partager les expériences et à parler des besoins et des choses à faire. On s’est retrouvé confrontés à des questions qui se sont avérées très complexes : comment faire face au fait que des personnes au cœur de nos cercles d’amitié et de camaraderie sont frappées par d’importantes mesures de surveillance ? Comment les personnes concernées doivent-elles se comporter avec les autres ? Qu’est-ce que ça fait aux gens d’être vu·e·s comme un risque pour la sécurité ? Des questions auxquelles il n’est pas facile de répondre, mais qu’il est néanmoins important de se poser.

Perspectives

On ne sait pas encore ce qu’il adviendra de cette enquête. On sait cependant que nous ne sommes pas les premièr·e·s et que nous ne serons pas les dernièr·e·s à devoir faire face à une telle situation. En outre, on a également bénéficié de l’expérience d’autres personnes et on trouve toujours utile que ces expériences soient partagées.

Ce qui est sûr, c’est qu’on ne va pas faire l’autruche et qu’on ne va pas se taire. On apprécie toutes les salutations et la solidarité qui nous parviennent en paroles et en actes. Ça nous donne de la force et du courage.

On conspire !

 


1. Note du CSRC : « PIROL » est l’indicatif d’appel utilisé par la police fédérale allemande – un code utilisé lors des communications radio avec leurs aéronefs

2. Note du CSRC : une gare ferroviaire dans le district d’Adlershof à Berlin, Allemagne.

3. Note du CSRC : une importante gare ferroviaire située à Berlin, en Allemagne.

4. https://polizeibericht.info/einheiten/hubschrauber [archive.org]

5. Note du CSRC: la Direktion 5 est la section de la police locale responsable des quartiers Friedrichshain-Kreuzberg, Neukölln et Mitte de Berlin.

6. Note du CSRC : une route qui traverse le quartier de Tempelhof à Berlin, en Allemagne.

7. Note du CSRC : société nationale des chemins de fer allemands.

8. Note du CSRC : le Landeskriminalamt, ou LKA, est l’agence de police criminelle de l’État, par opposition à l’agence de police criminelle fédérale.

 

Source : kontrapolis.info

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Qui a écrit ça ? Un bref aperçu des méthodes modernes de la criminalistique linguistique pour déterminer les auteur·ice·s d’un texte. https://attaque.noblogs.org/post/2023/03/25/qui-a-ecrit-ca-un-bref-apercu-des-methodes-modernes-de-la-criminalistique-linguistique-pour-determiner-les-auteur%c2%b7ice%c2%b7s-dun-texte/ Sat, 25 Mar 2023 06:42:10 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=50990 Continuer la lecture ]]> Centre de documentation sur la contre-surveillance / vendredi 3 mars 2023

[Ceci est la traduction française d’un texte publié dans la revue allemande Zündlumpen, NdATT.]

Un bref aperçu des méthodes modernes de la criminalistique linguistique pour déterminer les auteur·ice·s d’un texte.

L’article suivant tente de donner un aperçu d’un point de vue non technique. Il existe quelques publications académiques sur ce sujet qui pourraient être examinées pour une meilleure analyse. Cependant, mon objectif principal ici est de soulever la question, et non de fournir un point de vue solide et concluant. Si vous en savez plus, publiez !

La plupart des gens qui commettent occasionnellement des délits et ont des démêlés avec la justice s’intéressent sans doute à la possibilité d’éviter de laisser des traces qui pourraient leur coûter cher à l’avenir, peut-être même après des années ou des décennies. Ne pas laisser d’empreintes digitales, de traces ADN, d’empreintes de chaussures ou de traces de fibres textiles ou au moins se débarrasser des vêtements après coup, éviter les caméras de surveillance, faire attention aux traces d’outils, éviter les enregistrements de toute sorte, détecter la surveillance, etc. – tout ça devrait être une préoccupation pour toute personne qui commet des délits de temps en temps et qui ne veut pas être identifiée. Mais qu’en est-il de ces traces qui n’apparaissent souvent qu’après la commission d’un délit, dans le désir d’expliquer son acte de manière anonyme ou même en utilisant un pseudonyme récurrent ? Lors de la rédaction et de la publication d’un communiqué ?

J’ai l’impression que souvent, aucune attention particulière n’est accordée à ces traces malgré un développement technologique rapide des capacités d’analyse. Ça peut être délibéré, être une négligence, ou être un compromis entre des besoins divergents. Sans vouloir faire ici une suggestion générale sur la manière de traiter ces traces – après tout, chacun·e fera ce qu’iel lui semble le mieux – je voudrais présenter les méthodes avec lesquelles les autorités enquêtrices en Allemagne et ailleurs travaillent actuellement (probablement), ce qui semble possible en théorie et ce qui pourrait devenir possible à l’avenir.

Je devrais peut-être préciser à l’avance que tout ou du moins la plupart de ce que je présente ici est scientifiquement et juridiquement controversé. Et je m’intéresse moins à la validité juridique des analyses linguistiques – ou à leur validité scientifique – qu’au fait de savoir s’il semble plausible que ces recherches puissent contribuer à une opération de surveillance, car même si une piste n’est pas utile en soi devant un tribunal, elle peut toujours mener à d’autres pistes utiles.

Identification d’auteur·ice·s au BKA [Office fédéral de la police criminelle d’Allemagne].

Selon ses propres dires, l’Office fédéral de la police criminelle (BKA) dispose d’un département consacré à l’identification des auteur·ice·s de textes. L’accent est mis sur les textes liés à des actes criminels, comme les communiqués de revendication, mais aussi sur les « prises de position » des « milieux extrémistes de gauche », entre autres. Tous les textes collectés sont traités par des analyses linguistiques dans un « recueil de communiqués » et peuvent être comparés et parcourus avec le système d’information criminelle sur les textes (KISTE). Selon le BKA, les textes sont classés en fonction des caractéristiques biographiques suivantes de leurs auteur·ice·s (présumé·e·s) : origine, âge, formation et profession.

Tous les nouveaux textes sont également comparés aux textes précédemment enregistrés pour déterminer si plusieurs textes peuvent avoir été écrits par la même personne.

Dans le cadre d’enquêtes spécifiques, les textes enregistrés peuvent aussi être comparés à des textes dont l’auteur·ice est connu·e, afin de déterminer s’ils ont été écrits par la même personne ou si ça peut être exclu.

Il s’agit des informations officielles du BKA concernant ce département. Qu’est-ce que ça veut dire en pratique ?

Je pense qu’on peut supposer qu’au moins tous les communiqués de revendication sont enregistrés dans cette base de données et analysés pour voir s’il existe d’autres communiqués de revendication par le(s) même(s) auteur·ice(·s). Le fait qu’ils enregistrent également les « prises de position » permet de tirer d’autres conclusions : ça semble au moins possible qu’en plus des textes ayant une pertinence pénale, ils stockent aussi d’autres textes qui sont censés provenir d’un milieu particulier. Par exemple, des textes provenant de journaux, des déclarations de groupes/organisations politiques, des appels, des articles de blog, etc. Dans le pire des cas, je suppose que tous les textes publiés sur des sites Internet d' »extrémistes de gauche » (après tout, il est assez facile de les dénicher), ainsi que les textes de publications papier qui semblent intéressants pour les autorités enquêtrices, seraient ajoutés à cette base de données.

Ça veut dire que pour chaque communiqué de revendication, le BKA disposerait d’un ensemble de textes dont il présume qu’ils ont le même auteur·ice. Il peut s’agir d’autres revendications ou d’autres textes qui ont été ajoutés à la base de données. Outre le cas des délits commis en série, ça peut donner d’autres indices sur les coupables, comme des pseudonymes, des noms de groupe – ou, dans le pire des cas, des noms – sous lesquels l’auteur·ice d’une revendication peut avoir écrit d’autres textes, mais aussi, selon le texte, toutes sortes d’autres informations, dont souvent des indices sur le lieu de résidence et d’activité d’une personne, ses thèmes de prédilection, ses caractéristiques biographiques, son parcours éducatif, etc. Toutes ces informations peuvent au moins servir à réduire le cercle des suspects.

Ce qui n’est pas clair dans tout ça, ce sont les autres échantillons de comparaison que le BKA pourrait obtenir. Pour la plupart des gens, il existe certainement toute une série de textes auxquels les autorités enquêtrices ont (pourraient) avoir accès et qui pourraient être ajoutés à la base de données en cas de suspicion ou même à titre de précaution – si une personne est fichée avec une mention telle que « extrémiste de gauche violent », etc. Il peut s’agir de n’importe quel document portant votre nom, qu’il s’agisse d’une lettre adressée à une autorité ou d’une lettre à l’éditeur d’un journal. Je ne citerai ici intentionnellement que les sources les plus évidentes, histoire de ne pas donner par inadvertance une inspiration décisive aux autorités enquêtrices, mais je suis sûr que vous pouvez déterminer vous-même lesquels de vos textes pourraient être accessibles. Si les enquêteurs du BKA parviennent à réduire le cercle des suspects à une caractéristique spécifique, ça permet la comparaison avec des masses d’échantillons de textes disponibles (par exemple, si on suppose qu’un·e scientifique d’une certaine discipline est responsable d’une lettre, toutes les publications de cette discipline pourraient être utilisées comme échantillons de comparaison). Ça serait, par exemple, une explication (partielle) possible de ce qui a pu se passer avec Andrej Holm dans l’affaire contre le militante gruppe (mg), du moins si on suppose que le BKA n’a pas simplement tapé « gentrification » sur Google, donc je pense qu’il est tout à fait possible que de telles analyses soient effectuées.

Méthodes pour détecter des auteur·ice·s et établir des profils

Ceci dit, tout ça ne prend en compte que ce que le BKA prétend être capable de faire et pousse ces considérations jusqu’à certaines conclusions logiques. Mais comment fonctionne réellement la reconnaissance des auteur·ice·s ou l’établissement de profils ?

Qui n’a jamais eu peur que le prof d’allemand ne vous dénonce après qu’un poème moqueur sur un enseignant soit apparu dans les toilettes et que toute l’école se moque du fait que vous seul·e auriez pu écrire « aspirateur » [Leerer] au lieu de « professeur » [Lehrer]. Heureusement, toute la fac d’allemand a joué le jeu, adoptant le récit d’une faute d’orthographe et fermant les yeux sur le jeu de mots. La criminalistique linguistique semble exiger un peu de pratique, ou au moins une motivation criminologique, qui sait ? Quoi qu’il en soit, l’analyse d’erreurs, dont la plupart ont probablement entendu parler, était l’un des principaux outils d’analyse du BKA vers 2002, avec l’analyse de style, selon un article promotionnel de Christa Baldauf, flic spécialiste du langage. Les fautes d’orthographe, les erreurs grammaticales, la ponctuation, mais aussi les fautes de frappe, l’orthographe nouvelle ou ancienne, les indications sur les particularités du clavier, etc., tout ça sert aux flics du langage à collecter des indices sur l’auteur·ice. Par exemple, si j’écris « muß » au lieu de « muss », ça peut être un indice que j’ai manqué certaines des réformes orthographiques les plus récentes quand j’étais à l’école. Si, en revanche, j’écris constamment des termes qui, selon les règles d’orthographe, utilisent « ß » et non « ss », ça pourrait signifier qu’il n’y a pas de « ß » sur mon clavier. Par exemple, si je parle de « dem Butter » [au lieu de « die Butter »], ça pourrait être une référence au fait que j’ai grandi en Bavière, etc. Mais peut-être aussi que je simule toutes ces choses dans le seul but d’induire en erreur les flics du langage. La plausibilité de mon profil d’erreur fait également partie d’une telle analyse. De même, l’analyse stylistique examine les particularités de mon style d’écriture. Quel type de termes j’utilise, ma structure de phrase présente-t-elle des schémas spécifiques, y a-t-il des termes particuliers qui se répètent d’un texte à l’autre, etc. Je pense que toute personne qui examine de plus près ses textes reconnaîtra certaines caractéristiques stylistiques qui lui sont propres.

De telles analyses qualitatives servent avant tout à établir le profil des auteur·ice·s. Il est certes possible de faire correspondre différents textes de cette manière, mais la véritable valeur de ces analyses réside dans la possibilité de déterminer des éléments tels que l’âge, le « niveau d’éducation », l' »appartenance à un milieu », les origines régionales, et parfois même des indications sur la profession/formation, etc. On entend aussi parler de tentatives pour déterminer des éléments comme le genre, mais ça semble généralement moins évident.

En revanche, il existe également des analyses plus quantitatives et statistiques qui examinent tout ce qui peut être mesuré de cette manière, de la fréquence des mots aux termes particuliers utilisés en passant par la structure syntaxique des phrases. Ces méthodes, connues sous le nom de stylométrie, sont parfois très controversées car il n’est pas possible de dire exactement ce qu’elles sont censées mesurer, mais elles donnent parfois des résultats étonnants, notamment en combinaison avec des techniques d’apprentissage automatique (machine learning). Je pense que ces approches sont donc surtout susceptibles d’être utilisées pour regrouper différents textes en fonction de leurs similitudes.

L’avantage évident de ces analyses quantitatives est qu’elles peuvent être réalisées en masse. Tous les textes disponibles ou numérisables peuvent être analysés de cette manière, des messages sur les réseaux sociaux aux livres. Bien que le succès de ces méthodes soit actuellement encore relativement modeste, et qu’il s’est souvent avéré que des textes supposés similaires le sont davantage par leur genre que par leur auteur·ice, si on part du principe que les styles d’écriture individuels pourraient correspondre à des modèles quantitatifs, ça signifie qu’une fois ces modèles connus, une attribution massive de textes à certain·e·s auteur·ice·s sera possible.

Et maintenant ?

Il y avait et il y a, bien sûr, diverses approches pour gérer cette situation, aucune n’étant meilleure ou pire qu’une autre. Celleux qui n’écrivent pas de communiqués évitent largement ce problème, mais sont tout de même concerné·e·s s’iels participent à des publications ou écrivent d’autres textes. Cellui qui camoufle des textes avant leur publication, par exemple en faisant réécrire et reformuler successivement des passages par plusieurs personnes, etc., court quand même le risque de développer des caractéristiques linguistiques et stylistiques exploitables ou de ne pas réussir à dissimuler des caractéristiques. Cellui qui pense pouvoir ignorer tout ça parce qu’il n’existe aucun échantillon de texte qui peut lui être attribué ou parce qu’iel est convaincu que la valeur juridique de la reconnaissance d’auteur·ice est trop fragile, risque qu’à l’avenir des échantillons de texte deviennent d’une manière ou d’une autre disponibles (par exemple parce qu’iel est reconnu·e coupable d’avoir écrit un texte) ou que la valeur juridique de la procédure évolue. Celleux qui pensent que la technologie n’est pas (encore) assez bonne peuvent être surpris·es par les développements futurs. Celleux qui utilisent des solutions techniques pour masquer leur qualité d’auteur·ice courent le risque de laisser de nouvelles caractéristiques et traces, et aussi de produire des communiqués mal écrits que personne ne veut lire de toute façon. Celleux qui n’écrivent jamais aucun texte, eh bien, n’écrivent jamais aucun texte.

Donc faites ce qui vous parle le plus, mais faites-le dès maintenant – si ce n’est déjà le cas – en gardant à l’esprit ces traces et cette sensation de malaise dans l’estomac qui, dit-on, a sauvé plus d’une personne d’une erreur d’inattention au moment crucial.

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Brochure : Le vélo et le feu. Sur des incendies de véhicules de grandes entreprises et du corps diplomatique — et sur l’arrestation d’un compagnon anarchiste https://attaque.noblogs.org/post/2023/01/26/brochure-le-velo-et-le-feu-sur-des-incendies-de-vehicules-de-grandes-entreprises-et-du-corps-diplomatique-et-sur-larrestation-dun-compagnon-anarchiste/ Thu, 26 Jan 2023 05:20:30 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=50635 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / samedi 3 décembre 2022

Sur des incendies de véhicules de grandes entreprises et du corps diplomatique en 2022… et sur l’arrestation d’un compagnon anarchiste en juin 2022 en banlieue de Paris.

« Le 11 juin 2022 Ivan se faisait arrêter au petit matin par la SDAT, accusé de six incendies de véhicules. Ces incendies ont tous été revendiqués en ligne, la plupart menés en solidarité avec d’autres anarchistes dans le monde. Ce cas de répression étatique, comme beaucoup d’autres, nécessite une réponse, mais nécessite aussi qu’on y réfléchisse. Ce qui nous intéresse c’est les circonstances de son arrestation : une mise sous surveillance étroite pendant des mois, et une mise en cause fondée principalement sur une vidéo prise par l’interphone d’une clinique. Une pression, sous forme d’interrogatoires, exercée sur ses proches ; et sur lui-même, avec le blocage de son courrier des mois durant. L’attitude du compagnon face à la répression nous semble aussi intéressante : il ne collabore pas avec la justice, mais affirme être anarchiste et partager tout acte allant contre l’État et le capital. »

Sommaire :

– Introduction
– De juin à novembre 2022, des nouvelles d’Ivan depuis son arrestation jusqu’aux dernières infos depuis la prison de Villepinte
– Lettre de Damien sorti de détention : comment les flics enquêtent
– Communiqués des actions dont Ivan est accusé
– Actions en solidarité avec Ivan
– Quelques premiers éléments du dossier d’enquête
– Solidarité révolutionnaire

Brochure en version texte à lire sur l’écran — brochure version PDF page par page — brochure en version PDF livret.

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Mise à jour du 20 février 2023

Une nouvelle édition de cette brochure :

– version PDF page par page
– version PDF livret

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Mise à jour : Ivan est sorti de prison le 12 juin.
L’adresse mail indiquée dans la brochure n’est plus d’actualité. Pour contacts, merci d’utiliser celle-ci : dufondduplacard [at] riseup.net

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Brochure: Solidarité avec Ivan ! Liberté pour toutes et tous ! https://attaque.noblogs.org/post/2022/10/29/brochure-solidarite-avec-ivan-liberte-pour-toutes-et-tous/ Sat, 29 Oct 2022 11:12:21 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=50230 Continuer la lecture ]]> Indymedia Lille / samedi 9 juillet 2022

Cette brochure émane d’un collectif informel et anonyme constitué en solidarité avec Ivan. Ce collectif ne prétend pas être un comité de soutien de référence ou quoi que ce soit d’officiel. Toutes les initiatives autonomes se solidarisant avec Ivan et/ou avec tout.e autre prisonnier.e de la guerre sociale nous semblent les bienvenues. Tout comme sont bienvenues la reproduction et la diffusion de cette brochure.

Des anarchistes (juillet 2022)

Solidarité avec Ivan ! Liberté pour toutes et tous !
Répression et incendies de véhicules

Sommaire :

– Lettre d’Ivan depuis la prison de Villepinte (15 juin 2022)
– Chronologie de quelques incendies de véhicules en France, entre mai 2021 et mai 2022 (juillet 2022)
– Nique la diplomatie, les médias et le nucléaire ! Vive l’Attaque ! (juin 2022)
– Le feu de la Saint-Jean à Bonnefoy (juillet 2022)
– Il n’y a pas d’incendiaire isolé.e (juillet 2022)

Brochure en version texte à lire sur l’écran — brochure version PDF page par page — brochure en version PDF livret.

[In English: PDF page per pagePDF booklet.]

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Brochure : POMA et l’industrie nucléaire https://attaque.noblogs.org/post/2022/03/17/brochure-poma-et-lindustrie-nucleaire/ Thu, 17 Mar 2022 20:28:21 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=48810 Continuer la lecture ]]> Bure bure bure / samedi 12 mars 2022

Voici une nouvelle brochure sur POMA, entreprise impliquée dans le projet d’enfouissement des déchets nucléaires (CIGEO) à Bure. POMA est le leader mondial du transport par câble, que ce soit dans le transport d’humains pour le tourisme de masse ou le transport de matériaux dans les mines et pour les cimenteries du monde entier. Récemment, c’est dans un ancien hangar industriel à Froncles, une petite commune au cœur de la Haute-Marne, que la société POMA construit un prototype du funiculaire qui serait utilisé pour descendre les déchets radioactifs : un funiculaire de 4,2 kilomètres de long qui emmènerait les colis empoisonnés à 500 mètres de profondeur. Ce prototype, à l’échelle 1:1 est le démonstrateur de la descenderie. Cette maquette et les tests – notamment de freinage – qui y seront réalisés sont cruciaux, car à travers eux POMA souhaite démontrer la faisabilité technique de son aberration scientiste. Mais si la faisabilité de cette technologie à l’échelle industrielle n’est pas démontrée, le projet de descenderie – qui est une des pierres angulaires du projet CIGEO – ne pourra pas être réalisé !

Afin de s’opposer à cette abbération et contraindre POMA à se désengager du projet CIGEO, un appel à actions décentralisées contre POMA a été lancé, fin 2020. Dans cette brochure, vous trouverez également le recueil des différentes actions menées depuis. Cet appel à actions continue !
Cette brochure n’est pas un document d’archives mais un outil de lutte. Il nous paraît plus que jamais nécessaire de dénoncer les acteurs de cette industrie mortifère, dans le contexte actuel de relance du nucléaire, pour lequel CIGEO prend une place stratégique.
Dans ce document, vous trouverez notamment une cartographie des infrastructures, locaux et chantiers (non-exhaustifs) où se trouve POMA. Un terrain de jeu foisonnant, propice aux actions les plus diverses et variées afin de fatiguer POMA, entacher sa réputation et lui faire comprendre qu’elle ne s’en sortira pas indemne si elle ne met pas immédiatement fin à sa collaboration avec les nucléocrates.

Il nous parait important de diffuser ce recueil d’articles issus d’internet également par le biais du papier, afin que circulent par d’autres chemins les informations sur ce sous-traitant de CIGEO, entreprise collabo du nucléaire, ainsi que les actions menées contre elle. Que ce soit pour vos tables d’infokiosques lors d’évènements antinucléaires, ou pour vos réseaux de camaraderies, n’hésitez pas à diffuser cette brochure partout où cela vous semble pertinent.

Pour toute critique, modification ou besoin d’ajout sur cette brochure, vous pouvez écrire à ce mail : brochure-contre-poma(a]riseup.net ; nous envisageons une version 2 de cette brochure en fin d’année.
Ce contact n’est pas relié au site enfouissons-poma.info : pour tout ajout d’actions menées contre POMA, adressez-vous directement à la page de contact du site enfouissons-poma.info

Si POMA s’entête à vouloir enfouir les preuves du désastre nucléaire… enfouissons POMA !

 

brochure en version page par pagebrochure en version livret

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Recueil de textes sur la lutte contre le Pass sanitaire https://attaque.noblogs.org/post/2022/02/25/recueil-de-textes-sur-la-lutte-contre-le-pass-sanitaire/ Fri, 25 Feb 2022 20:18:56 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=48465 Continuer la lecture ]]> IAATA / mercredi 23 février 2022

Différents textes sur la lutte contre le pass sanitaire, principalement en « france » : communiqués d’actions, récits de manifs et de leur répression policière et judiciaire, analyse, etc.


Ce recueil de textes a été fait essentiellement à la mi-août, avec quelques ajouts en automne et en hiver, afin de donner un aperçu des évènements, actions et analyses autour de la « lutte » contre le pass sanitaire. Pour rappel, celui-ci a été annoncé le 13 juillet 2021, entraînant des manifs plus ou moins spontanées le lendemain dans de nombreuses villes de france, avec quelques moments de zbeul à Annecy, Toulouse, Lyon… Les textes inclus ne sont pas homogènes et souvent ils ne sont pas consensuels. Pas de prétention d’objectivité, mais l’envie de faire entendre certaines réflexions et montrer certains exemples, sans forcément être d’accord.

Les personnes ayant fait ce recueil souhaitent lutter contre le pass sanitaire, y compris en participant aux manifs. Cette lutte ne se limite pas aux rdv que d’autres fixent, nous pouvons aussi choisir quand et comment agir. Cela dit, certain.e.s ont fait le pari de participer aux manifs, assemblées ou autres rdv avec des façons qui nous semblaient pertinentes, réalisables et en accord avec notre éthique : tracts, banderoles, tags, affronter les flics, virer les fafs, embrouiller celleux qui portaient des pancartes antisémites … On y voyait un sens et un intérêt : lutter « efficacement » contre le pass en contribuant à un conflit plus large et profond contre le pouvoir.

Sans doute, le mini zbeul du 14 juillet et quelques moments de l’été ont aidé à penser que c’était un peu comme le début des Gilets Jaunes. Assez vite, on a vu qu’il y avait trop de bourges et de patrons pour que ça soit ça. En plus, la solidarité entre manifestant.e.s manquait et pire, il y avait des citoyens-flics dans le cortège. Plusieurs fois on s’est dit : « la flemme de se faire péter pour un mouvement comme ça ».

Avec le recul, je pense qu’il y avait un truc à jouer pendant l’été, que ça aurait pu valoir le coup de se faire chier à y aller. À Toulouse, à partir d’octobre il y avait très peu de manifestant.e.s (200 contre 5000 trois semaines avant) et ce qui restait à l’automne était- surtout, mais pas que- un ramassis de conspis et récupérateur.ice.s qui défilaient sans plus. Je ne vois plus l’intérêt d’y aller. Par contre, à mon avis on a tout intérêt à se battre contre le pass (et bien plus que ça) comme et quand on veut.

Toulouse, janvier-février 2022

 

Le recueil est disponible ci-joint en format brochure dans un fichier pdf.

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Prison de Florence (USA) : Ted Kaczynski est atteint d’un cancer en phase terminale https://attaque.noblogs.org/post/2022/02/13/prison-de-florence-usa-ted-kaczynski-est-atteint-dun-cancer-en-phase-terminale/ Sun, 13 Feb 2022 20:21:38 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=48212 Continuer la lecture ]]> Publicacion Refractario / samedi 12 février 2022

Entre la fin des années 70 et le milieu des années 90, une série de colis piégés a été envoyée par le Freedom Club à des personnes et des objectifs liés au développement technologique.

C’est lors de sa dernière attaque que le groupe a publié un manifeste intitulé « La société industrielle et son avenir », diffusé dans la presse de l’époque, ce qui a permis à David Kaczynski de collaborer avec la police, en reconnaissant dans le style de cet écrit celui de son frère Ted Kaczynski, seul membre du Freedom Club.

Depuis, Ted a été condamné à huit peines à perpétuité consécutives, sans aucune possibilité de libération conditionnelle. Après avoir été dans différentes prisons, au final il est arrivé au Centre pénitentiaire et administratif de sécurité maximale (ADMAX), également connu sous le nom de « Supermax », au Colorado, essentiellement une tombe en béton.

Le directeur lui-même, Robert Hood [Wikipedia, qui cite des journaux, dit que R. Hood était un simple gardien – peu importe ; NdAtt.], a déclaré : « La prison de sécurité maximale, c’est la vie après la mort… à long terme elle est, à mon avis, bien pire que la mort ». Pour cette raison, beaucoup de monde l’appelle « l’Alcatraz ou le Guantanamo des Rocheuses ».

Le 14 décembre 2021, Ted a été temporairement transféré dans un centre médical fédéral, pour effectuer des examens, ce qui a déclenché une importante opération de police aux États-Unis. Quelque temps après, dans une lettre, Ted lui-même a expliqué les raisons de ce transfert en hôpital.

« Merci de votre affectueuse lettre, avec un cachet de la poste du 23 décembre 2021, que j’ai reçu le 27 janvier 2022. Vous concluez votre lettre par : « Bon rétablissement. Il y a encore du travail à faire. » Vous avez raison. Il y a du travail à faire. Beaucoup de travail. En réalité, le travail ne fait que commencer. Mais je ne pourrai pas faire grand-chose. Je ne vais pas « aller mieux bientôt » – ni jamais – parce que j’ai un cancer en phase terminale. Je ne peux pas espérer de vivre plus de deux ans, à l’extérieur, et il est très possible que je meure en moins d’un an, du coup le travail devra être fait par des personnes plus jeunes. »

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Mise à jour :
Ted est mort le 10 juin 2023, au centre médical de la prison fédérale de Butner (North Carolina).
Son parcours est un exemple de cohérence qui vivra.

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Sur la poursuite du nucléaire : Macron dans la « capitale verte » https://attaque.noblogs.org/post/2022/01/15/sur-la-poursuite-du-nucleaire-macron-dans-la-capitale-verte/ Sat, 15 Jan 2022 14:04:55 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=47606 Continuer la lecture ]]> Bureburebure.info / jeudi 13 janvier 2022

Ce tract a été rédigé dans le cadre de l’inauguration de Grenoble « capitale verte » par Macron, qui, contrairement à ce qui était prévu, et officiellement pour des raisons sanitaires, ne viendra pas. L’inauguration se fera quand même en visioconférence. Dénoncer cette inauguration, c’est, entre autres, un prétexte pour parler du nucléaire et de l’annonce faite par Macron en novembre dernier de construire de nouveaux réacteurs en France. Ce tract sera distribué dans les rues de Grenoble vendredi après-midi et lors de la manifestation organisée contre le label Grenoble capitale verte, le samedi 15 janvier 2022. C’est également l’occasion de réaffirmer la nécessité des luttes antinucléaires à destination des milieux écolos anticapitalistes (et consorts).
Malgré son contexte grenoblois, la version brochure a été pensée pour être réutilisée à d’autres fins, n’hésitez pas à vous en saisir !

A bas l’Etat et sa société nucléaire !

Version courte (2 pages) – Version longue (8 pages) page par page / brochure

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Sur la poursuite du nucléaire et son esbroufe
Visite (virtuelle) de Macron dans la « capitale verte »

Macron sera à Grenoble, en visioconférence, le 15 janvier à l’occasion d’une cérémonie d’ouverture pour le lancement du label de « Capitale Verte européenne 2022 » décerné à la ville de Grenoble. Concrètement, la Commission européenne donnera 350 000 euros et la France 4 millions d’euros à la ville, pour organiser des centaines d’événements autour de « la transition écologique, de la culture et des sciences ». Le but est clairement économique : « Grenoble devrait bénéficier des mêmes effets à long terme que les précédentes villes lauréates : création d’emplois, revalorisation de l’image de la ville, impact touristique ».

Encore un spectacle pseudo-écologique qui ne cache pas très bien ses intentions.

 

Grenoble ville « verte » ?

On n’est pas dupes sur ce que fait la politique « écolo » de Piolle à Grenoble(1), et on sait pertinemment que ce prix va dans le sens d’un développement économique et touristique qui nous répugne. Investir des millions d’euros pour de l’événementiel et des spectacles en lui donnant un joli prix de « capitale verte », ça s’appelle du greenwashing.

On est en droit de se demander de quelle écologie on parle : sous prétexte d’optimisation (énergétique et humaine), ici, comme dans de nombreuses métropoles, les ingénieurs font le choix des objets connectés et de la ville greentech du futur. En fait, ils œuvrent au développement d’une société algorithmique toujours plus numérisée dont la mise en place s’est accélérée avec la crise du corona virus, notamment grâce à internet (via la fibre et les réseaux 3, 4, 5G) et ses data center, toujours plus nombreux. Les data center mobilisent aujourd’hui près de 7 % de la production énergétique mondiale et leurs besoins énergivores ne cessent d’augmenter.

Sous couvert de nous faire consommer des gadgets high tech(2) (voitures, montres et smartphones connectées, domotique, véhicules autonomes, réalités virtuelle et augmentée..), la numérisation renforce les logiques de centralisation et de concentration du pouvoir (compteurs Linky, puces RFID, cartes d’identité biométriques, pass sanitaire), et aggrave l’exploitation au travail (télé-travail, plateformes de livraison Uber Eats et Deliveroo, pointage en QRcode des aides à domicile). Grâce à tous ces outils issus des bio et nanotechnologies, la Smart City rêvée par nos dirigeants pourra organiser la gestion optimale de tous les flux possibles et imaginables dans un monde où l’aléa sera devenu une inconnue intolérable. Ce n’est qu’un nouveau visage de la société technocratique qui renforce les outils de surveillance de masse (reconnaissance faciale, fichage des opposantEs politiques), et entretient les oppressions systémiques telles que le racisme ou le sexisme via les algorithmes.

En parallèle des objets numériques, la greentech, promue par le capitalisme vert, c’est aussi le passage des véhicules à carburant aux véhicules électriques. En vérité, sans remise en question de l’usage du véhicule individuel et de la société qui en a besoin (salariat, société de consommation, individualisme libéral), la mise en place d’un parc de voitures électriques va in fine renforcer les inégalités de classes sociales en Occident, tout en poursuivant l’exploitation des travailleur·euses minier·es dans les pays du Sud (dont les pays « décolonisés »), en puisant les métaux et terres rares pour les batteries de voitures. Enfin, ces véhicules électriques contribuent à la pollution atmosphérique depuis l’extraction des métaux, à la production, jusqu’à la mise en déchets non-recyclables des batteries : on est bien loin de la communication capitaliste sur ces véhicules « propres ».

Cette voie, toute tracée par l’État et le Capital, semble être celle de la société du futur, mais est-ce vraiment de cela dont on rêve ?

 

Hypocrisie de Macron de venir célébrer un événement écolo en étant pro-nucléaire

Au premier trimestre 2022, Macron va développer son programme « France 2030 » dont voici l’introduction :
« France 2030 répond aux grands défis de notre temps, en particulier la transition écologique, à travers un plan d’investissement massif pour faire émerger les futurs champions technologiques de demain et accompagner les transitions de nos secteurs d’excellence : énergie, automobile, aéronautique ou encore espace. »
Le ton est donné. Présenté en octobre dernier, ce plan nauséabond emprunt d’impérialisme sournois et d’un techno-solutionnisme décomplexé (création de « biomédicaments », production de mini-lanceurs réutilisables et de micro et mini-satellites, accroissement du parc de voitures électriques,..) fait la part belle à l’expansion énergétique (« gigafactories d’électrolyseurs » destinées à la production d’hydrogène, création de nouveaux réacteurs nucléaires dits « innovants »,..).

Parmi tous ces objectifs, la création de nouvelles centrales se place en tête de liste. Macron nous parle donc de renouveler le parc nucléaire alors que les quatre réacteurs les plus puissants, également les derniers à avoir été mis en fonctionnement (entre 1996 et 1999) : Civaux (Vienne) et Chooz (Ardennes) sont désormais hors service après la découverte de défaillances sur des pièces essentielles en cas d’accident. Concernant les EPR(3), le prototype de Flamanville (15 ans de chantier et toujours pas en fonctionnement, à cause d’ « anomalies de fabrication ») subit de nouveau un coup d’arrêt après qu’un « incident » à l’EPR1 de Taishan en Chine (fuites radioactives dans le circuit primaire du réacteur dont la cause probable serait un défaut de conception de la cuve de la filière EPR) remette de nouveau en question la fiabilité et la pertinence de ces infrastructures colossales au coût exorbitant.

Malgré ses allures d’inédit, cette annonce de « relance » du nucléaire, comme repris par les médias, n’est qu’une poursuite de la filière, car le nucléaire ne s’est jamais arrêté, comme le prouve l’exemple de l’EPR de Flamanville, en construction depuis 2007. Cette continuité ne semble être pour le gouvernement qu’une simple formalité tant ses plans sont déjà bien avancés : en novembre 2020 un rapport prévoyant le financement par l’État de la moitié des 47,2 milliards d’euros que devaient coûter ces nouveaux équipements est rendu public. Un mois plus tard, ce sont les sites convoités par EDF qui étaient dévoilés : Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Hauts-de-France), et Bugey (Ain) ou Tricastin (Drôme). Enfin, en janvier 2021, on apprenait qu’EDF avait déjà commandé des pièces forgées en vue de la construction de ces nouveaux EPR.

Dans son annonce, Macron évoque la production de SMR (small modular reactors)(4), soit-disant des technologies « de rupture », beaucoup « plus sûres ». Mais qu’est ce que ça veut dire au juste ? Les SMR, ou mini-centrales, sont, à en croire nos dirigeants, l’avenir du nucléaire civil. Ils sont dotés d’une technologie similaire à celle des EPR (technologie à eau pressurisée), tout droit inspirée du secteur militaire (sous-marin). Des réacteurs vendus par paires, plus petits et moins puissants (et produisant, par conséquent, moins d’énergie) : on se demande bien ce que ça a de révolutionnaire. Une énergie plus chère ? Une multiplication des infrastructures pour compenser leur plus faible puissance ? Heureusement, on peut compter sur l’honnêteté d’EDF pour dévoiler ses véritables intentions : exporter, à terme, les mini-centrales à l’étranger, et principalement à destination de pays ne possédant pas « encore » d’infrastructures nucléaires. Sous la rhétorique sécuritaire (souveraineté énergétique, infrastructures soit disant plus fiables) se cache donc une réalité principalement économique et expansionniste, entreprise menée par l’État nucléocrate conjointement avec des industriels de l’armement.

 

Avides de thunes, les nucléocrates mettent la pression à la Commission européenne

Le parc nucléaire mondial compte 444 réacteurs « opérationnels » répartis entre 32 pays. La France est le deuxième pays producteur d’énergie nucléaire au monde, après les États-Unis, ce qui lui permet d’exporter une partie de sa production. À l’heure où certains pays européens officialisent leur désengagement vis à vis du nucléaire civil (comme la Belgique ou la Suisse), d’autres signent des tribunes vantant les mérites de cette énergie qui, selon eux, contribuerait « de manière décisive à l’indépendance de nos sources de production d’énergie et d’électricité ». Ces dix pays (France, Roumanie, République Tchèque, Finlande, Slovaquie, Croatie, Slovénie, Bulgarie, Pologne et Hongrie)(5) – France en tête (avec ses 56 réacteurs contre 23 pour tous les autres cumulés) – s’offrent à une opération de lobbying intensif avec pour objectif, pas même dissimulé, de convaincre la Commission européenne de classer comme « absolument indispensable » l’énergie nucléaire, et que celle-ci soit « incluse dans le cadre de la taxonomie européenne avant la fin de cette année » (c’est-à-dire dans la liste des énergies considérées comme « vertueuses » à la fois pour le climat et l’environnement que la Commission doit proposer dans les prochains mois). Bien entendu, si ces pays tiennent tant à cette classification, c’est que contrairement à ce qu’il pourrait sembler, ce n’est pas vraiment une médaille en chocolat. En effet, « cette classification permet une réduction des coûts de financement, cruciale pour les projets concernés et les États voulant les soutenir », les financements massifs d’énergies « vertes » étant évalués à plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Il y a quelques jours, la Commission européenne a, dans un projet de labellisation « verte », donné raison aux 10 États plaidants, facilitant du même coup le financement de nouvelles infrastructures. Cependant, cette décision ne fait pas l’unanimité, notamment auprès des pays ne possédant pas de centrales nucléaires comme l’Autriche ou ceux ayant décidé plus récemment de « renoncer » à la production d’énergie nucléaire comme l’Allemagne (bien que celle-ci continue à produire des infrastructures et de collaborer avec des pays comme la France) au profit d’un objectif full « renouvelable ».

On a bien compris, en Europe il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, mais il y a également ceux qui se rétractent et dont le cœur semble balancer de l’un à l’autre, comme l’Espagne, qui rallonge encore et toujours la durée de vie de ses réacteurs dans l’espoir de voir apparaître des technologies qualifiées de « plus fiables ». Autre cas, celui de l’Italie, sortie du nucléaire civil dans les années 1990, et dont le ministre de la Transition écologique a récemment dit : « Des pays sont en train d’investir sur cette technologie. Elle n’est pas encore mature, mais elle le sera bientôt. Si, à un certain moment, on est assuré que les déchets radioactifs seront peu nombreux, la sécurité élevée et les coûts bas, ce serait une folie de ne pas l’envisager ».

 

En quoi c’est complètement débile de poursuivre le nucléaire

Aujourd’hui, les nucléocrates souhaitent poursuivre la construction de centrales nucléaires alors qu’ils ne savent toujours pas quoi faire des déchets produits. En effet, on peut rappeler le projet de CIGEO à Bure, toujours pas validé, d’enfouissement des déchets radioactifs. Ce projet, très contesté, prévoit d’enfouir environ 10 000 m³ de déchets hautement radioactifs et 75 000 m³ de déchets moyennement radioactifs (totalité dont la moitié n’a pas encore été produite) dans des galeries à 500 mètres sous terre dont la superficie serait équivalente à un métro parisien et demi. Le processus de réversibilité n’a pas été autorisé par les nucléocrates : en cas d’incendie, de fuite voire d’une meilleure solution de stockage ; il ne sera pas possible de ressortir les déchets (exemple de Stocamine en 2002 : une poubelle de déchets toxiques : amiante, arsenic, mercure,.. en Alsace, qui prit feu en souterrain pendant près de 2 mois, et pour lequel il fut décidé de laisser les déchets sous terre, après avoir éteint l’incendie). De plus, les déchets de CIGEO seront radio-actifs encore près de 100 000 ans, risquant fortement de polluer les nappes phréatiques, les champs, les forêts et environs(6). Et hop ! Les magiciens cachent le problème sous le tapis, et ils osent appeler ça « la solution » aux déchets d’une industrie qu’ils veulent coûte que coûte poursuivre !

Aujourd’hui, les déchets nucléaires sont stockés en surface près des centrales ainsi qu’à la Hague, après qu’ils aient été retraités afin d’en extraire le plutonium pour, entre autres, permettre la confection d’armement nucléaire. Or, ces dernières décennies, une partie d’entre eux ont été jetés dans l’océan Atlantique ou encore envoyés en Afrique, et ont même eu pour projet d’être expédiés dans le Soleil. Encore dernièrement en 2021, des déchets nucléaires français ont rejoint la Sibérie pour y être « valorisés »(7).

Les nucléocrates n’ont pas non plus la solution pour démanteler les centrales arrêtées. C’est par exemple le cas de la centrale de Brennilis, en Bretagne, première mise hors service en 1985 ; de Superphénix sur le site de Creys-Malville, arrêtée en 1996 ; ainsi que les deux réacteurs de Fessenheim mis à l’arrêt en 2020 après 42 années d’activité. Et ce sera également le cas des réacteurs : Blayais 1-2, Bugey 2-3, Chinon BA-B2, Cruas 1-2, Dampierre 1-2, Gravelines 1-2, Tricastin 1-2 (toutes dont l’arrêt est prévu pour 2029-2035). Dans les années à venir, devra-t-on s’attendre à voir de plus en plus, à côté des poubelles nucléaires, des cimetières de vieux réacteurs abandonnés et fortement imbibés de radioactivité ?

Tout ça, c’est le serpent énergétique et capitaliste qui se mord la queue : grâce à l’enfouissement des déchets nucléaires à 500 mètres sous terre à Bure, une solution toute faite et dangereuse est trouvée pour les déchets nucléaires produits dans les décennies passées et dans celles à venir. Sans plus aucun problème de gestionnaire quant à l’enfouissement, et tandis que les réacteurs arrivent en fin de vie, rien ne semble à présent faire obstacle au nucléaire et à la construction de nouvelles centrales.

 

Des raisons de s’opposer à la poursuite du nucléaire

Soutenu par les gouvernements successifs, le nucléaire n’a jamais été remis en cause par l’État depuis le lancement du Plan Messmer en 1973. Après l’exploitation de quelques centrales parsemées sur le territoire français, et au nom de la « croissance » et du « progrès » économiques, ce plan met au point la stratégie électronucléaire massive en prévoyant la construction de 4 à 6 réacteurs par an jusqu’en 1985. EDF, maître d’œuvre, envisage dans le même temps d’équiper environ trois millions d’habitats en chauffage électrique d’ici la même année.

Malgré la pression de l’État, il y eut, de la fin des années 1970 au milieu des années 1980, d’importants mouvements contre la construction de centrales à Creys-Malville, en Bretagne (le Carnet, le Pellerin, Plogoff,..), à Golfech ou encore à Chooz. Le mouvement, qui était très vif pendant ces années, a été progressivement affaibli, à la fois par la répression policière, et par la récupération d’une partie de l’opposition au profit d’un écologisme d’État (les Verts) et d’un lobbyisme pro-énergies « vertes ».

Depuis ce passage en force, et bien que les luttes antinucléaires ne se sont jamais réellement arrêtées(8), le nucléaire semble comme chez lui en France. Installé de si longue date et à si haute densité, il pourrait presque passer, en particulier auprès des jeunes générations, pour « naturel », du moins aussi naturel que les églises de village. C’est cette possible naturalisation qu’il s’agit de battre en brèche, en balayant les divers aspects de l’exploitation électronucléaire française.

Tout d’abord, les nucléocrates, à coup de propagande nationaliste et progressiste, nous ont appris à nous accommoder du nucléaire et du « risque nucléaire », comme s’il ne pouvait en être autrement. Et ce, en dépit des nombreux « incidents » survenus, démontrant le caractère intrinsèquement incontrôlable de cette industrie. Ainsi, après Tchernobyl, les personnes souhaitant une évacuation de la zone contaminée, ont été rappelées à l’ordre, sommées de rester par les nucléocrates, qui, par soucis de faire des économies, les fustigea d’être « radiophobes », c’est-à-dire en proies à la « peur de la radioactivité dénuée de tout fondement ».

Et c’est près de dix ans après Fukushima, et après avoir « prouvé » une nouvelle fois qu’il est possible de « vivre » en territoire nucléarisé, que le nucléaire se présente aujourd’hui comme abracadabra !… la solution face au réchauffement climatique !

Or, nous n’oublions pas que le nucléaire civil est intrinsèquement lié au nucléaire militaire. En effet, L’option du nucléaire « civil » permet de rentabiliser la recherche militaire, dont il est un sous-produit. Il accroît ainsi la militarisation de l’économie, tant dans la finalité que dans son organisation (surveillance des centrales, des convois, des usines de retraitement, répression sur les antinucléaires comme à Bure). La société nucléaire ne peut qu’être policière, hyper-centralisée et technocratique. La politique de dissuasion (chantage à la destruction) accroît la dépendance de nombreux pays ne détenant pas l’arme atomique, vis-à-vis des puissances nucléaires. Rappelons-nous les essais nucléaires réalisés par la France en Algérie de 1959 à 1966, en Polynésie de 1966 à 1996, l’envoi de munitions d’uranium lancées par l’OTAN comme projectiles en ex-Yougoslavie en 1999, ou encore des obus flèches à uranium appauvri envoyés par l’armée française au Mali en 2013. En parallèle, le choix de la stratégie nucléaire entraîne une série de fabrications sophistiquées (mirages, radars, sous-marins, missiles,..) qui amènent des surprofits pour quelques capitalistes (Dassault, Airbus, Safran, Thalès,..) aidés par le ministère de la Défense. Il est donc important d’analyser la politique d’exportation des centrales, comme un prolongement de la politique de ventes d’armes. Encore dernièrement, comme les autres États détenant l’arme atomique, la France n’a pas ratifié le Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN) porté par l’ONU (impliquant destruction des stocks et engagement à rester exempts d’armes nucléaires), face à 122 États ayant voté en faveur de l’adoption du TIAN et à 37 États préparant leur procédure de ratification. L’interdépendance du civil et du militaire est totale : l’électro-fascisme est en marche quand on ne sait plus dire où s’arrête le domaine civil et où commence le domaine militaire.

Outre son usage militaire et la militarisation qu’elle implique, la mise en œuvre de l’industrie nucléaire a été pour l’État une excellente occasion d’amplifier son contrôle sur la population française, car elle lui fournissait de parfaits prétextes : l’argument de la complexité de l’industrie nucléaire qui a permis de laisser le domaine du nucléaire à l’État et ses « experts » ; les impératifs de sécurité qui ont servi de prétexte à l’État pour maintenir le secret sur un grand nombre de ses activités ; enfin, le nucléaire a placé les individus dans une situation de plus grande dépendance par rapport à l’État : celui-ci se présentant comme la seule force ayant le pouvoir d’assurer leur sécurité, sans discuter la moindre des décisions.

De plus, le nucléaire assouvit l’impérialisme et le pouvoir colonial de la France sur les populations qui fournissent l’uranium (Niger, Kazakhstan,..). Or, on le voit bien, l’« indépendance énergétique française » est un leurre car les ressources fossiles ne se trouvent plus en France. Pour des raisons de compétitivité, les mines d’uranium françaises ont fermé dans les décennies passées car exploiter des mines dans d’autres pays permet de réduire les coûts de main d’œuvre et permet également aux nucléocrates de délocaliser la pollution. Cette ingérence a des conséquences sociales dans les autres pays, comme on peut le voir aujourd’hui avec la fermeture des mines d’Arlit(9) au Niger, et la possible augmentation du coût de l’uranium au Kazakstan, premier producteur mondial, suite aux révoltes actuelles (liées à l’augmentation du prix du gaz).

Si le nucléaire a toujours été imposé aux populations, malgré leurs protestations, c’est qu’elles en connaissent les risques. En effet, tout le processus du nucléaire représente des dangers conséquents (radioactivité, pollution des eaux, risques de fuites, risques d’explosions, cancers de la thyroïde, prolifération de l’arme nucléaire,..) de l’extraction de l’uranium, aux centrales, aux transports et au stockage des déchets. Concernant la pollution des eaux, on peut prendre l’exemple de Chooz en 1968 où un « incident » a exigé deux années de réparation : la panne a été gardée secrète et des eaux radioactives ayant servi à noyer le réacteur ont été rejetées dans la Meuse.

À court terme le nucléaire représente un danger important pour toutes les travailleur·euses de l’industrie nucléaire ; à moyen terme pour tou·tes celleux qui « vivent » près des centrales, des mines, des usines, des poubelles nucléaires, dans les zones contaminées (essais atomiques, « accidents »,..) et pour nous tou·tes à long terme par la destruction des écosystèmes.

 

Pour conclure

Dans ce contexte de grande bouffonnerie présidentielle, et après avoir matraqué de propagande « verte » que le nucléaire serait la solution au réchauffement climatique, le terrain médiatique semble préparé pour la nucléarisation intensive des années à venir, quel que soit la.e candidat·e élu·e. Avec l’aval de la Commission européenne, qui contribuera à coups de financements publics, cette poursuite du nucléaire rêvée par les dirigeants français va accélérer la numérisation de la société et l’autoritarisme qui va avec, tout en permettant l’exportation du nucléaire à l’étranger (qu’il s’agisse de réacteurs, de missiles ou de sous-marins).

Malgré tout la propagande mise en place, nous ne sommes pas dupes sur les objectifs d’une telle politique : gaver le Capital et les nucléocrates, assouvir la soif de pouvoir et les délires mégalomaniaques d’une poignées de technocrates.

Nous nous opposons à l’expansion énergétique, de l’hégémonie nucléaire aux centrales éoliennes et autres arnaques estampillées « renouvelables ». Nous refusons votre « progrès » soit disant inéluctable et synonyme de mort pour celleux qui en subissent les conséquences. Gardez vos pots cassés et les fleurs putrides qui y poussent, nous n’en avons pas besoin.

Cette voie, celle du profit, de l’autoritarisme et d’un futur techno-fasciste, n’est pas la nôtre. C’est pourquoi nous continuerons coûte que coûte à nous y opposer, invitant avec nous tou·tes les individuEs conscient·es de l’urgence de lutter contre la poursuite de l’idéologie destructrice des dirigeants. À bas l’État et sa société nucléaire !

Des individuEs contre le progrès de la soumission
contact : nucleaire-esbroufe@riseup.net

Pour aller plus loin :

– Article http://reporterre.net/Nucleaire-Macron-lance-la-construction-de-nouveaux-reacteurs (nov. 21)

– Brochure Votre écologie est un désastre : déconnectons-la (la Chose, 2020)

– Livre Histoire lacunaire de l’opposition à l’énergie nucléaire en France (Association contre le Nucléaire et son monde, 2007, 220 p.)

– Tract Court-circuit, Comité lillois de soutien aux luttes anti-nucléaires (1980)

– Site internet de la lutte contre CIGEO bureburebure.info

– Brochure La java atomique : quelques pistes de réflexion autour du démantèlement et de la relance du nucléaire (anonymes, 2011)

– Brochure Le vent nous porte sur le système : ou comment être anti-nucléaire sans devenir pro-éolien (collectif libertaire anti-nucléaire amiénois, 2009)

– Film La colère dans le vent (Amina Weira, 2016, 54 min) : témoignages d’anciens mineurs ayant travaillé dans la mine d’Arlit au Niger

– Film Pas res nos arresta (collectif de l’Amassada, 2016, 64 min) sur la lutte contre le méga transformateur de Saint Victor, ses 1000 éoliennes industrielles et le monde qui l’accompagne

– Articles Non, la voiture électrique n’est pas écologique ; La voiture électrique cause une énorme pollution minière ; Derrière la voiture électrique l’empire des Gafam (Reporterre, 2020)

– Livre Merci de changer de métier – lettre aux humains qui robotisent le monde (Célia Izoard, 2020, 135 p.)

– Livre (en ligne) Première partie de Data Feminism traitant des rapports de pouvoir et, entre autres, de leur répercussions/instrumentalisation sur et via les algorithmes (en anglais) : data-feminism.mitpress.mit.edu/pub/vi8obxh7/release/3#data-science-by-whom

 

Notes de bas de page:

1. http://reporterre.net/Une-autopsie-feroce-du-mandat-d-Eric-Piolle

2. Qui un jour deviendront peut-être la norme, si ce n’est obligatoire, comme c’est devenu le cas de la voiture et du téléphone.

3. Réacteur de troisième génération

4. Plus d’infos sur les SMR : http://reporterre.net/Le-petit-reacteur-atomique-SMR-fait-rever-les-nuclearistes

5. En fait, les pays producteurs de nucléaire se sont alliés avec les pays producteurs de gaz (principalement dans l’Europe de l’Est), afin de faire passer à la fois le nucléaire et le gaz pour des énergies « vertes ».

6. Plus d’informations sur CIGEO dans l’enquête dessinée Cent mille ans : Bure ou le scandale enfoui des déchets nucléaires (Pierre Bonneau, Gaspard d’Allens, Cécile Guillard) ; et dans la brochure Histoire et contexte de la lutte de Bure

7. Voir le dossier Déchets nucléaires français : aller simple pour la Sibérie, Comment l’industrie nucléaire française se débarrasse en Russie de ses stocks encombrants d’uranium usé (Greenpeace France, oct. 2021)

8. On peut citer les luttes contre les trains transportant combustibles ou déchets, les contestations contre la construction de l’EPR à Flamanville (depuis 2005), contre les lignes THT (Haute-Durance en 2014-17, Normandie 2011-12), et contre l’enfouissement des déchets nucléaires (dans plusieurs sites en France, depuis les années 1980 ; puis depuis 2000 à Bure où un « laboratoire de recherche » s’est imposé). Les contestations nucléaires ont également ressurgis après Tchernobyl et Fukushima.

9. http://rfi.fr/fr/afrique/20211024-fermeture-de-la-mine-d-uranium-d-arlit-au-niger-orano-n-a-pas-tenu-ses-promesses

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« Contrer l’avancée des travaux de Cigéo (Bure) », brochure d’informations pratiques https://attaque.noblogs.org/post/2021/11/27/contrer-lavancee-des-travaux-de-cigeo-bure-brochure-dinformations-pratiques/ Sat, 27 Nov 2021 20:10:29 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=46677 Continuer la lecture ]]> Indymedia Lille / jeudi 25 novembre 2021

À Bure, le projet d’enfouissement de déchets nucléaires Cigéo a beau ne pas être encore validé, les travaux avancent. Les géomètres et naturalistes rodent à droite à gauche, des forages sont effectués pour la prise de données, une maquette de la descenderie est réalisée par POMA, la rénovation de la voie ferrée se prépare, des « affouages », ou débuts de défrichement, ont lieu dans le Bois Lejuc, le réseau électrique se densifie, les routes sont rénovées, une nouvelle gendarmerie est en construction.

Que faire pour contrer l’avancée des travaux de Cigéo ? Cette brochure peut servir de « guide d’inspiration » comme support d’information concrètes concernant l’avancée des travaux, les infrastructures existantes et les actions directes qui ont eu lieu. Elle s’inscrit dans une perspective de partage de savoirs et d’intensification des attaques contre Cigéo. Cependant, elle ne se soustrait pas au besoin de réflexion stratégique sur les luttes à mener contre Cigéo, contre le nucléaire et contre une politique néocoloniale, capitaliste et autoritaire.

Elle existe en français, format brochure et page par page, et en anglais, format brochure et page par page.

Une carte annexe la complète : elle est en deux feuilles, chacune à imprimer en A3 pour un résultat en A2 (suffisamment grand pour y voir clair).

Vous pouvez vous l’approprier et l’utiliser pour ce qu’il vous plaît.

Bonne lecture et bien plus encore !

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Brochure : La passion pour la liberté https://attaque.noblogs.org/post/2021/08/17/brochure-la-passion-pour-la-liberte/ Tue, 17 Aug 2021 19:05:30 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=44607 Continuer la lecture ]]> Conflits / samedi 18 mars 2017

La passion pour la liberté – Interview avec Jean Weir

La présente interview a été initialement publiée dans le N°8 de la revue anarchiste britannique 325.

Jean Weir y revient sur la répression qui l’a frappée, elle et ses complices, ainsi qu’un grand nombre d’anarchistes italiens suite à un braquage de banque à Rovereto en 1994. Elle y parle du procès qui en a suivi, avec notamment l’émergence de l’affaire Marini, puis de son séjour en prison.
Elle aborde ensuite la lutte à laquelle elle a participé aux côtés des locaux et de ses compagnonnes et compagnons dans les années 80 à Comiso contre une base de missiles.
L’interview se termine sur son projet de traduction et d’édition de textes, Elephant Editions, et les raisons qui l’ont poussée à se lancer dans la traduction des textes anarchistes italiens de l’époque.

Ces raisons, nous les partageons en grande partie, c’est pourquoi nous avons nous-mêmes décidé de traduire cette interview ainsi qu’un certain nombre d’autres textes qui suivront. Nous pensons que la diffusion des idées – et des pratiques – anarchistes doit suivre la perspective anationaliste qui est la nôtre, c’est pourquoi nous nous efforçons de retrouver et de traduire ces textes oubliés ou inconnus des anarchistes francophones. Bien sûr, nous ne sommes pas des spécialistes et nous n’avons pas la prétention de la perfection. La traduction peut donc être parfois bancale malgré le soin que nous y apportons. Nous laissons librement ce texte à disposition pour qu’il soit diffusé, modifié, amélioré. Nous espérons qu’il suscitera de la réflexion et du débat parmi celles et ceux que le monde actuel débecte.

Bonne lecture !

Pour télécharger la brochure, cliquer ici.

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Brochure : Histoire et contexte de la lutte de Bure https://attaque.noblogs.org/post/2021/08/15/brochure-histoire-et-contexte-de-la-lutte-de-bure/ Sun, 15 Aug 2021 18:29:21 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=44630 Continuer la lecture ]]> Bure Bure Bure / dimanche 15 août 2021

Voici une carte du territoire autour de Bure dont la légende suit dans la brochure just’après. Il s’agit d’une représentation de la zone, afin de mieux comprendre les différents lieux et les temps forts de la lutte (Laboratoire de l’Andra, ancienne gare de Luméville, bois Lejuc, lutte contre Unitech à Joinville, archives d’Houdelaincourt, GIP,..). La carte, qui est plutôt une interprétation à vue d’oiseau de la réalité, pourra être complétée d’autres documents plus précis, pour une vision plus affinée du territoire. Ce qui nous importait ici, était beaucoup plus la place laissée au texte.

La lutte de Bure étant ancrée depuis près de 25 ans, et afin d’avoir une vision plus complète des dernières années, la deuxième partie de la brochure est une chronologie de la lutte contre Cigéo. Les deux parties vont l’une avec l’autre, mais peuvent aussi se lire indépendamment. C’est la raison pour laquelle des séquences historiques peuvent se redonder de temps en temps (bois Lejuc et 2016-2017, par exemple).

Comme toute mise sur papier d’une perception du territoire et des évènements passés, il s’agit là d’une vision subjective (bien que collective), une sorte d’outil, un moyen, mais qui ne doit pas être pris pour argent cash et n’attend que d’être critiqué, confronté à d’autres discours, témoignages.

La brochure est également disponible en anglais [here in zine format], allemand [hier das Broschüre Format] et italien [qui impaginato in formato opuscolo].
Sur ce beau verbiage pompeux, belle lecture (et plus si affinités) contre Cigéo !

 

Sommaire :
-> GÉOGRAPHIE D’UN TERRITOIRE NUCLÉARISÉ :
Le Laboratoire de l’Andra
La Maison de Résistance à la Poubelle Nucléaire
Le bois Lejuc
L’ancienne gare de Luméville-en-Ornois
À Froncles (42 km du labo) : POMA, sous-traitant de Ciégo
À Joinville (22 km du labo) : UNITECH, un autre exemple de nucléarisation du territoire
Les financements du GIP
La SAFER ou l’accaparement des terres, des forêts et des bâtiments
-> CHRONOLOGIE DES LUTTES LOCALES :
1) 1987-2000 : Où se trouvera le site de stockage que personne ne veut ?
2) 2000-2014 : Premières années à Bure
3) 2014-2015 : Bure n’est pas qu’un problème meusien/haut-marnais!
4) 2016-2017 : occupation du Bois Lejuc et résistances agricoles
5) 2017-2019 : la répression s’intensifie sur les opposant·es
6) 2019-aujourd’hui
7) Les enjeux d’aujourd’hui : 2021 et le risque de l’accélération des travaux
-> POUR ALLER PLUS LOIN…

Format page par pageFormat brochure

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Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) : Les tritons crêtés brûlent l’école des tritons https://attaque.noblogs.org/post/2021/07/30/notre-dame-des-landes-loire-atlantique-les-tritons-cretes-brulent-lecole-des-tritons/ Fri, 30 Jul 2021 19:36:59 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=44334 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / jeudi 29 juillet 2021

Les tritons crêtés brûlent l’école des tritons
Pourquoi nous avons attaqué la Zad.

« Je n’avais tout simplement pas vu par ou passerait l’inévitable réformisme, cette fois, discrètement mais sûrement, là où on parle pourtant d’insurrection et d’autonomie par milliers d’exemplaires. »
Citation de la brochure Le mouvement est mort… Vive la réforme. 2017

La Zad, c’était notre vaisseau pirate, la mère de toutes les Zads. Elle a émergé dans une époque sans issu et c’était comme si le monde devenait un peu plus supportable. Comme une brève lueur, une possibilité qui faisait irruption dans le brouillard épais et poisseux de notre avenir. Pour nous qui menons des vies mouvementées et hors normes, c’était la conscience qu’il y aurait toujours un endroit pour nous recueillir en cas de cavale. Un endroit où l’état ne viendrait jamais nous chercher. Un lieu où l’on trouverait toujours des allié.e.s pour nous nourrir, nous vêtir, nous dissimuler dans les plis de son bocage.

Et cet état justement, qui nous écrase, nous tue, nous pourchasse, il y a trois ans, la Zad lui a été donné par une poignée d’opportunistes. De celles et ceux qui, hier encore, revendiquaient ce territoire comme étant en « sécession ».

Cette odieuse trahison, qui s’est faite dans le dos de celleux qui affrontaient les gendarmes sur les barricades, ne saurait être oubliée. Encore moins quand le komintern local nous pond un projet d’école des Tritons, pour fêter les trois ans de ce qui leur tient lieu de victoire.

Reconstruire sur les Planchettes alors ? Comment ne pas exulter de rage face à cette énième provocation ? Comment ne pas hurler à la vengeance pour l’Est dévastée ?
Et ce lent glissement qui s’est opéré sur zone pour atterrir dans les bras de l’ennemi ? Il nous faut encore une fois refaire le fil de cette horrible histoire, nous demander encore et encore ce qui aurait pu être fait pour éviter ce fiasco. Depuis, on ne trouve plus grand-chose dans les luttes que l’on croise, comme si on était devenu aveugle après ça.

Voici l’histoire tel que nous l’avons vécu.

Pendant longtemps nous avons cru au récit de l’unité et de la diversité des tactiques, comme on a pu le trouver dans les pamphlets sans âmes de Mauvaise Troupe. Les années filent, la vie à la Zad se ponctue entre les embrouilles qui nous fatiguent, et les rumeurs d’expulsions qui nous tracassent. Pour elle, on part dans les pays du sud s’entraîner, on teste des recettes de cocktails molotov, on enterre des coffres plein de matériel dans la forêt de Rohanne.

Oui les années ont filé depuis César, les histoires de prises de bec avec la ferme de Saint-Jean-Du-Tertre se font de plus en plus persistantes. Peu à peu, le visionnaire sobriquet qui lui est attribué entre dans le langage commun, et vient clore les tirades rageuses. Les conflits qui ont débuté autour de clivages de classes(1) s’affirment. A la veille des expulsions, toute une frange des occupant.e.s les plus privilégié.e.s prend ses distances avec le « zadisme »(2), quitte l’AG des habitant.e.s pour créé l’AG des usages : cette nouvelle instance décisionnelle s’arroge le droit de déterminer l’avenir des terres et intègre au processus des orgas citoyennes et associatives, n’ayant rien à voir avec l’occupation.

Début 2018 le pouvoir annonce l’abandon du projet d’aéroport. A la télé, on aperçoit quelques têtes d’occupant.e.s connues qui s’enjaillent à la Vacherie et posent devant les caméras. Ces mêmes têtes qu’on a vu dans tel journal avec une casquette CGT, dans telle émeute en k-way noir. Ces mêmes têtes qui s’engageront arbitrairement et au nom du mouvement à ré-ouvrir la D281(3), nerf de la guerre d’usure qui a mené à la victoire contre l’opération César.

Au lendemain de l’annonce gouvernementale, on assiste au simulacre d’AG où se joue le destin de la route des chicanes. Un des bureaucrates en chef récemment installé pose les bases du dialogue : les gent.e.s n’habitant pas sur zone n’auront pas voix au chapitre. Toutes celleux qui accourraient depuis 10 ans au moindre sursaut, à la moindre fièvre sur ce territoire, voici que d’entrée de jeu, on leur refuse tout droit d’influer sur le destin et la sauvegarde du vaisseau mère.

L’assemblée n’arrivant pas au consensus sur la question de la route des chicanes, c’est l’odieux Julien Durand qui tranchera pour le démantèlement de force, ce avec l’appui du CMDO(4) et de toute la frange plus privilégiée du mouvement(5). Dans cette vidéo affligeante(6) tournée par le groupe G.R.O.I.X, on peut voir (5’29) le CMDO expulser une cabane à la place de la police. Dans les secondes qui précèdent, l’ignoble Julien Durand nous explique la stratégie en cours.

Le 26 janvier, la sympathique Camille raconte aux caméras que le démantèlement de la D281 est une décision qui a été prise collectivement par l’ensemble du mouvement(7). On la verra quelques mois plus tard trinquer avec la préfète Nicole Klein en visite de reconquête(8), accompagnée de ses amis de la Riotière et de Saint-Jean-Du-Traitre, donc.

C’est tout un appareil de coercition et de normalisation que le gouvernement révèle alors au grand jour, sans même avoir aligné un seul pion sur la zone.

Cette mainmise progressive qui s’est opérée sur la Zad nous laisse un sentiment de déjà-vu :
la construction d’une mythologie fondatrice se réclamant de victoires passées (Plogoff, Larzac), l’incarnation d’un mouvement à travers un « Nous » qui oriente le récit à priori, puisqu’il n’engage que les franges les plus réformistes et fréquentables du mouvement, l’usage d’une novlangue qui ratisse large : les squats sont devenus des communs, le glacial « camarade » a remplacé les « copaines ». Toute une littérature se déploie où l’on parle d’usage plutôt que de propriété, de libération des terres plutôt que de foncier.

Puis, ce visage froid et autoritaire, qui nous semble soudain familier, s’autorise quelques gestes grossiers, peut-être pour faire savoir que la coercition ne prendra pas que les détours de la politique et peut aussi se montrer plus menaçante : en octobre un occupant opposé au démantèlement de la D281 et ayant dégradé un morceau de la route est tabassé, mis dans un coffre et abandonné ligoté devant un hôpital psychiatrique(9). Début novembre le CMDO censure un texte expliquant le départ de radio Klaxon(10) de la Zad.

Mais, tout.e.s celleux qui étaient loin de ses intrigues ont néanmoins accouru aux premiers crissements de bottes sur la zone. Quelle sensation étrange que se battre à nouveau sur la Zad, 6 ans après César, et de n’y trouver qu’une masse uniforme et guerrière apparentée au cortège de tête et stagnant impuissante devant les barricades. Où sont passés les clowns ? Où sont passés les désobeissant.e.s ? Et la vieille dame qui jetait des navets sur les tractopelles ? Esthétiquement, quelque chose s’est appauvri.

Mais ce n’est pas tout, les « soutiens » sont cantonné.e.s dans certains secteurs et maintenu.es dans l’ignorance la plus totale des négociations en cours. Sur les barricades, le CMDO est aux abonnés absent et la Mauvais Troupe semble si préoccupée à l’idée de « Défendre la Zad » qu’elle est en voyage touristique en pays Basque(11). De l’ouest nous parvient la rumeur d’un groupe très important de copaines venu.e.s en découdre qui s’est fait refoulé par les habitant.e.s.

Pas besoin d’être un.e bureaucrate de science Po’ pour comprendre qu’il y a anguille sous roche. Le 20 avril 2018, alors que des centaines de personnes affluent de toute l’europe pour défendre la Zad, croulent depuis deux semaines sous les gaz et les éclats de grenades, le CMDO trahit la lutte et cède à la préfecture les dossiers de normalisations réclamés par l’état, qui ne comprennent que les bâtiments en dur(12).

Les membres du CMDO expliquent alors aux médias avoir fait un pas en avant vers l’état et attendent un pas de sa part en retour. A cela, voici ce que la préfète Nicole Klein répond : « Si vous voulez je me suis dit qu’ils auraient pu faire ça bien avant. Ils ont fait un travail considérable, ils nous ont présenté des tableaux, des noms, des projets, donc ils ont fait le travail. Ca veut dire qu’illes étaient quand même presque prêt. » De là à imaginer que certains lieux auraient négociés leur sauvegarde en amont des expulsions relèverait du complot, n’est-ce pas ?

Dans ce climat délétère, où les masques tombent peu à peu, la palme du retournement de veste revient à l’écrivain Alessi Dell’Umbria, qui au travers du média Lundi Matin nous expliquait le 19 avril : « le scandale que seraient des zadistes se livrant pieds et poings liés aux services administratifs précisément chargés de piloter la liquidation du monde paysan. Se soumettre à leurs normes et leurs procédures ubuesques, faites pour ne laisser subsister qu’agro-industriels »(13). Puis, le 1er mai, cite sans rougir un paysan historique de la lutte : « En toute guerre, les ennemis négocient… C’est l’évidence. »(14) L’évidence ! On a la l’illustration parfaite de la réversibilité de l’autonomie française.

Le 14 mai, le gouvernement annonce que sur les 40 dossiers déposés en préfecture, 15 sont éligibles pour la signature d’un bail précaire. Le 14 septembre, l’état français officialise sa reconquête du territoire perdu de la république(8).

Par la suite le CMDO et consorts largueront les amarres avec l’héritage insurrectionnel sur lequel illes ont fait leur beurre. Mauvaise troupe déploiera un storytelling grossier sur la victoire à Notre-Dame-Des-Landes, à l’intention d’un public composé d’écologistes de la dernière heure et de classes plus aisé.e.s. Public à même de lâcher l’obole qui « libérera la terre » en achetant du foncier(15). Par hasard on découvrira dans un magazine de biocoop un reportage photo où des occupant.e.s posent, sans honte, cagoulé.e.s et jouant du violon devant une barricade(16). Quelques semaines après les expulsions, la désormais grabataire « Maison de la Grève » aura même l’audace de qualifier la zone de « machine de guerre communiste »(17).

Nous savons qu’historiquement, le mode d’organisation et de pensée à l’origine de la compromission avec l’état et l’économie prend racine dans le milieu « appeliste ». Pour autant, nous pensons qu’il est absurde de circonscrire aujourd’hui ces pratiques à ce réseau historique. Si la pensée dominante, au sein de l’autonomie, est de près ou de loin profondément orientée par les imaginaires du comité invisible, on l’a vu ses dernières années se teinter d’un vernis féministe et écologiste pour asseoir ses logiques de recrutement.

Clou de cet authentique fiasco qu’est la défense de la Zad, le CMDO annonce, pour les 3 ans de sa victoire, la construction d’une Ecole des Tritons dans un des lieux historique détruit pendant les expulsions : les Planchettes.

Dans la bataille qui s’est jouée là-bas et qui se joue ailleurs à chacun des instants de nos vies, nous essayons de tisser une réalité pour pouvoir vivre.
Alors que le capitalisme et l’ensemble des systèmes de domination, de leurs côtés façonnent et imposent une trame commune nous obligeant à agir depuis cette réalité, la Zad apparaissait comme un îlot accueillant.
C’est vrai, pour se défaire de la tyrannie de cette bête qui mange les autres réalités, il faut sans doute façonner un univers qui nous soit propre et qui, à l’aide de notre ruse et de notre détermination, ne sera pas englouti.

En premier lieu, ce que nous avons redécouvert à la Zad, sur les Zads, c’est la forêt. Là où certain.es ne percevaient qu’usages et sommes sonnante et trébuchante de ressources pour construire l’autonomie, nous avons de notre côté redécouvert la possibilité d’une vie radicalement autre. Cette vie a été pour nous un apprentissage de la liberté. La Zad est avant tout, pour nous, l’histoire d’une partie du monde occidental redécouvrant la possibilité d’une vie en dehors du principe de civilisation.
Un peu plus loin de la ville, écarté.e.s des injonctions familiales, des obligations militantes, des logiques productivistes que l’on retrouve jusque dans nos soit disant zones libérées, avec ses cortèges de fantasmes et ses figures messianiques, nous avons recommencé à vivre une vie plus pleine et complexe.

Là, nous avons entrevu des possibilités pour nous réfugier et réapprendre, réinventer humblement nos petits mondes de cabanes, façonnant les prémices d’une magie nouvelle, nous cachant aux yeux de celleux qui imposent leurs lois, pour mieux resurgir et attaquer.

D’autres, au contraire, y ont perçus avant tout, la possibilité de nouveaux espaces à réaménager, de calories à extraire du sol. La lutte s’est bientôt traduite dans une logique comptable, de lieux à sauver et de terres à cultiver. Encore une fois, la planification militante et matérialiste a eu raison de la dimension poétique et sensible, qui fait qu’une révolte n’est pas qu’un amas technique à opposer au monde, mais bel et bien une manière de vivre.

Celleux qui stratégisent et planifient froidement les luttes à notre place pourront toujours nous parler de sensible, de recomposition des mondes et d’alliances. Leur regard sur la nature n’est que ce qui se fait de mieux en matière d’écologie dominante : un décalage de point de vue réformiste qui résonne suffisamment dans l’air du temps pour occuper des places et s’imposer comme nouveau système de gouvernementalité.

Il est vrai qu’à l’heure de l’altermondialisme, la domination n’a eu de cesse de progresser en se recomposant. Ce petit combat tranquille, sous couvert d’inclusivité, de reconnaissance mutuelle de médiation, de dialogue, apparaît comme la stratégie contemporaine pour se rapprocher de ce qui était, jusqu’alors, parfaitement différent pour mieux l’atteindre et l’assimiler. L’alliance profite à chacun, la recomposition absorbe et érode le plus fragile.

Rapidement, la frange dominante de la Zad, incarnée par la politique du CMDO, fidèle à la logique partisane de ses membres les plus éminents, s’est érigée en rouleau compresseur politique.
Cette réalité, à l’instar des différents systèmes de domination, n’a eu de cesse de vouloir absorber, dévorer, digérer et dissoudre ce qui ne lui était pas semblable.
Quand un monde stratégise coûte que coûte son essor, optimise et oriente sa croissance sans prendre en compte l’éthique qui était pourtant le ferment de sa révolte, il rejoint le cortège des mondes de mort et d’anéantissement à combattre.

Vous pourrez toujours nous parler de mésanges charbonnières et de renouée du Japon. Vous attendez des plantes et des oiseaux qu’ils réalisent vos propres plans, persuadé.e.s de la légitimité de votre entreprise. Ainsi, vous reconduisez l’aliénation matérialiste des luttes sociales et ouvrières jusque sur les terrains sauvages, prêtant des intentions communes avec ce qui ne vous est pas semblable pour mieux l’assimiler. Mais il est des choses que ni vous, ni les assoiffés de contrôle gouvernementaux ne contrôleront jamais. Tant mieux.

Tout a été fait pour que, de la diversité incroyable des rapports au monde présents à la Zad, ne subsiste que la triomphante vitrine des vainqueurs.
Celleux qui ont organisé le monopole de leur présence en négociant avec l’État, celleux qui regardaient de loin quand les cabanes se faisaient raser par les gendarmes, ont fait émerger dans leur mégalomanie un ensemble de signes, de pratiques et de croyances, pour continuer le travail de colonisation de nos imaginaires.

Bientôt, à nos bivouacs dans la forêt s’est substituée la gestion forestière.
Là où nous tentions de réapprendre des rapports directs aux conflits interindividuels et collectifs, illes parlaient de médiation communautaire.
Les achats fonciers sont devenus dans leur bouche des prises de terre.
Le non-utilitarisme du vivant, a été remplacé par le fait de choisir dans les assemblées quel arbres illes couperaient.
Les tribus de sans terres, sans droit de propriété ont finis terrassés par les collectifs paysans.
La soit disant horizontalité communale a fait voler en éclat la libre association individuelle.

Quoi qu’il en soit pour nous, mieux vaut le feu que leur fausse paix.

Leur écologie de musée est un mensonge. Certain.e.s des vies libérées ont plus appris parmi les haies et les futaies de la zone qu’il n’en sera jamais enseigné sur les bancs auto-construits de leur école.
Les véritables espaces d’apprentissages, illes les ont condamnés. Votre école, comme le reste, n’est qu’un rouage de plus pour fabriquer un monde à votre image.

De notre côté, nous avons appris que bien des écueils et des difficultés peuvent se cacher à travers les voies de l’émancipation, que ce qui nous fait face peut prendre bien des formes et qu’il n’est jamais trop tard pour rendre les coups. Les runes de protection sur les charpentes n’y changeront rien.

Compas zapatistes, écoutez et regardez celleux qui vous accueillent.
Vous saurez sans doute lire, au delà des masques hypocrites, la froideur et le calcul de celleux qui se disent être sorti.e.s de la terreur arbitraire de la domination pour mieux la reconduire selon leurs termes.

A l’image des guerres indiennes, certaines tribus s’allient avec l’envahisseur. Même si la survie d’un peuple impose circonstanciellement un tel choix et qu’il serait compliqué ici d’en débattre, il n’était pourtant sur zone question que d’un peu de terre.

Nul chemin n’est parfait. Certains ont un cœur. D’autres ne sont qu’un souffle d’arrogance et de calcul.

Pour toutes ces raisons nous avons décidé de frapper au coeur de cette logique d’expansion qui domine désormais la Zad et celleux qui s’y associent. La construction d’une Ecole de la terre en plein coeur de l’Est, dévastée par l’abandon du combat, méritait une réponse claire.

Dans la nuit du 5 au 6 juillet, nous nous sommes faufilés entre chien et loup aux Planchettes ou se trouve le chantier de la futur bâtisse. Alors que nous nous attendions à trouver un ouvrage sur le point d’être terminé, nous sommes tombés nez à nez avec une charpente nue scellée dans une dalle de béton. N’ayant pas la possibilité de brûler l’entièreté des lieux, nous avons attaqué les poutres principales en les sciant, avant d’amonceler à leur pieds des amas de bois de construction afin d’y mettre le feu. D’autre part nous avons pris soin de lacérer la totalité des tentes et structures de chantier présentes sur place.
Pendant notre opération, une personne se trouvait dans un habitat à quelques mètres. Cela ne nous a empêché, ni de chier dans leurs chiottes sèches, ni d’accomplir notre vengeance. Nous avons attendu patiemment que sa frontale s’éteigne et avons allumé nos différents incendies avant de nous évanouir dans la nuit.

Nous dédions cette action à toutes les personnes qui ont subit la logique délétère et répressive imposée par le CMDO et son monde.

Des esprits

 

(1) « A propos de mépris de classe »
(2) « Le mouvement est mort…Vive la réforme »
(3) Conférence de Presse sur la ZAD – 17 janvier 2018
(4) Définition de Zadissidences 2 : « Comité pour le Maintien De l’Occupation » est un regroupement d’occupant-es de divers lieux de la Zad, dont les initiatives sont principalement axées sur l’organisation avec les « composantes du mouvement » pour des évènements spectaculaires contre l’aéroport et pour imaginer un « avenir sans aéroport ». Ce groupe au départ secret s’est peu à peu « autonomisé » du reste de l’occupation, n’acceptant pas les critiques qui pouvaient, une fois son existence connue, leur être faites sur leurs méthodes qui privatisaient avec les autres « composantes » les décisions du mouvement.
(5) Zadissidences 1, voir l’article « Contre l’aéroport – et pour son monde, ou quoi ? »
(6) https://www.youtube.com/watch?v=TMw1dpEeSEE
(7) NDDL: l’ex-« route des chicanes » dégagée
(8) France 3 TV, « Notre Dame des Landes : La reconquête »
(9) ZAD de Notre-Dame-des-Landes : Perquisitions en cours (MAJ du 25/01)
(10) Notre-Dame-des-Landes: Silence Radio. Radio Klaxon est morte… vivent les radios pirates!
(11) 15 mai 2018 « Découvrir Errekaleor, Un quartier intégralement squatté au Pays basque nouvelle brochure de la Mauvaise troupe »
(12) Notre-Dame-Des-landes: 40 projets nominatifs ont été déposés
(13) https://lundi.am/ZAD-pour-l-autodefense-et-la-communalite-par-Alessi-Dell-Umbria
(14) https://lundi.am/ETRE-SUR-ZONE-Par-Alessi-Dell-Umbria
(15) https://encommun.eco/
(16) Magazine Kaizen n°52
(17) Lundi Matin, la Zad est morte, vive la Zad.

 

Mise à jour du 12 septembre : pour télécharger cette revendication en format brochure, cliquer ici.

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Brochure (en anglais) : Des cibles qui se trouvent partout https://attaque.noblogs.org/post/2021/07/15/brochure-en-anglais-des-cibles-qui-se-trouvent-partout/ Thu, 15 Jul 2021 20:06:07 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=44056 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / mercredi 14 juillet 2021

Des cibles qui se trouvent partout.
Une proposition stratégique pour construire un front commun contre ceux qui profitent de la guerre et de la répression.

Le temps passe vite, nous sommes déjà dans la 2ème année d’état d’urgence suite à la pandémie de Covid-19 et, sachant qu’aucun pouvoir ne renoncera jamais volontairement à ses nouveaux mécanismes de contrôle, les anarchistes et les autres mouvements libertaires à travers le monde cherchent des stratégies et des moyens pratiques pour s’y opposer. Des tensions sociales ont récemment explosé, dans certaines régions, et elles ont donné des émeutes. Ailleurs, il y a des flambées de courte durée, connues comme des « émeutes du coronavirus ». En tant qu’anarchistes, nous sommes souvent surpris.e. par ces dynamiques, nous nous retrouvant parfois dans la foule lors des affrontements de rue ou bien en tant que spectateur.trice.s perplexes, au marges. Presque tous les États ont affaire à nous, petits groupes ou individus qui sabotent, s’agitent et errent, remuant.e.s, à travers les villes.

Avec le désir de franchir enfin le seuil d’une résistance symbolique, afin de causer des dommages matériels aux infrastructures de l’ennemi et à ses outils de pouvoir. En plus de la confrontation directe avec les flics, il semble nécessaire d’identifier et de démonter les rouages individuels de leur machine. Il n’y a pas d’autre moyen pour gagner le rapport de force ; les métropoles qui ont été fréquemment dévastées par des luttes sociales, des grèves générales et des émeutes, ces dernières années, ont récupéré relativement vite leur arrogance. Mais encore trop souvent nous nous laissons glisser dans le hasard, au lieu de réduire en morceaux les maillons les plus faibles de la chaîne de l’oppression et de ceux qui en profitent.

Couvre-feu, meurtres policiers, gentrification, terrorisme écologique, guerre contre sa propre population et contre des pays étrangers – le système nous donne quotidiennement des occasions pour chercher des cibles dont la destruction constante pourrait, à un moment donné, devenir plus qu’un chiffre dans un bilan ou une nouvelle dans la presse.
Dans de nombreux centres urbains, des formes d’action, désormais traditionnelles, ont émergé au fil des années et, au-delà de leurs raisons locales, elles pourraient être évaluées du point de vue de comment elles aident au fait que les groupes/individus de la nouvelle guérilla urbaine anarchiste puissent se rapporter entre eux, afin de surmonter les frontières du capital, que d’ailleurs le capital n’a jamais respecté.

À Santiago, des bus du transport en commun brûlent presque à chaque occasion, à Athènes ce sont les distributeurs automatiques de billets, dans les banlieues françaises ce sont des voitures de presque tout type, mais souvent aussi celles d’entreprises bien précises. À Berlin aussi, les voitures d’entreprises ou de luxe sont incendiées presque à chaque occasion. A travers l’Europe, des antennes et des stations relais de fournisseurs de télécommunications sont incendiées.
Quel serait l’impact, si les attaques contre des cibles spécifiques étaient intensifiées ? Nous connaissons les dégâts causés par des lignes de données détruites et des antennes-relais de téléphonie mobile brûlées, mais de telles attaques ne peuvent pas être répétées partout à volonté. Les flottes automobiles de nos ennemis, elles aussi, sont plus difficiles d’accès que nous le voudrions.

Certaines installations sont bien sécurisées dans les grandes villes, mais elle ne sont pas gardées dans les petits villages. Néanmoins, il y a toujours suffisamment de cibles connues et moins connues, autour de nous. Et, en fait, qui fournit à la police et à l’armée leurs équipements ? Qui construit quoi ? Qui travaille avec les entreprises d’approvisionnement ou se cache derrière un consortium d’entreprises ? Qui surveille tout cela ?
Le marché est en évolution constante, les grandes sociétés absorbent leurs concurrents, se cachent derrière d’autres noms, externalisent certaines activités. Elles collectent nos données et nous font face, avec leurs logos, partout dans la ville, qu’elles considèrent comme leur propriété.

Puisque il ne devrait pas nous suffire de suivre de loin les vagues de soulèvements qui parcourent le monde et de chercher à chaque fois de nouvelles actions solidaires qui soient adaptées, nous proposons de collecter des informations sur les ennemis de la liberté et de les diffuser, de façon qu’elles soient largement connues. Cela signifie utiliser non seulement les publications du milieu militant, mais tous les moyens, tels que les graffitis, les affiches, les vidéos, les rassemblements et autres moyens de communication accessibles, afin de dénoncer ces acteurs de la barbarie capitaliste.

Afin de les attaquer, ensuite, dans le monde entier, que ce soit dans le cadre de campagnes ou à l’improviste et sans cause apparente. On pourrait ainsi essayer de voir si des entreprises évitent certaines régions ou certaines commandes, parce que les dégâts seraient trop importants pour elles. Il s’agirait d’une ligne stratégique déjà développée, à l’échelle européenne, lors d’actions de sabotage contre la compagnie pétrolière et gazière Shell, de la fin des années 1980 au milieu des années 1990, pour démontrer entre autres de la solidarité avec la résistance de la population Ogoni au Nigeria.

Ou bien, s’il y a le besoin de faire quelque chose contre le système judiciaire d’un pays donné et les institutions en question sont difficiles à frapper, pourquoi ne pas s’en prendre à Sodexo, un acteur du secteur carcéral, même s’il se cache derrière le nom GA Tec ?
Avec une continuité accrue dans nos interventions et une focalisation sur des acteurs planétaires, les délais de réponse des autorités et les délais de livraison de biens et d’informations pourraient être rallongés, à un certain degré. Ce qui ouvrira de nouveaux espaces pour d’autres attaques. Cette proposition ne vise pas à remplacer la participation à des émeutes ou leur provocation et elle ne s’oppose pas à l’attaque spontanée et chaotique contre d’autres cibles.

Cette brochure contient des revendications d’attaques qui répondent à ces critères. Afin de pouvoir intervenir dans tout conflit, en tout lieu, elles diffusent des suggestions de cibles, de ceux qui sont responsables de s’être partagé ce monde. Vous trouverez en annexe une proposition organisationnelle pour la violence révolutionnaire, venant de Grèce.

Alors, du feu pour les ennemis de la liberté !

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Brochure : La rage contre la vidéosurveillance (2020-2021) https://attaque.noblogs.org/post/2021/06/23/brochure-la-rage-contre-la-videosurveillance-2020-2021/ Wed, 23 Jun 2021 20:00:14 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=43679 Continuer la lecture ]]> Infokiosques.net / lundi 21 juin 2021

D’avril 2020 à mai 2021, une année comme une autre composée d’actions directes menées contre des dispositifs de vidéosurveillance, surtout en France mais pas seulement, parce que « tant qu’il y aura des moyens de contrôle policier sur nos vies, que ceux-ci soient massifs ou non, il y aura des gens pour tenter de les empêcher de nuire. Les raisons de se débarrasser du contrôle de l’État et de la domination capitaliste sont nombreuses, ici le propos n’est pas de les développer et d’argumenter, mais de montrer qu’il continue d’y avoir des actes de sabotage et d’auto-défense qui méritent d’être connus, et de recevoir de la solidarité et de la complicité de toutes parts. Parce qu’il y a encore des gens qui préfèrent cent fois un monde de liberté plutôt qu’un monde de sécurité. »

Cliquez pour télécharger la brochure au format double cahier ou page par page.

 

Mise à jour du 20 juillet :
You can also dowload the English transation (imposed or pageperpage version)

 

Mise à jour du 30 janvier 2022 : la version espagnole
Rabia contra la video vigilancia (cahier x2)
Rabia contra la video vigilancia (page pa page)

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Tendresse et Vandalisme https://attaque.noblogs.org/post/2021/06/21/tendresse-et-vandalisme/ Mon, 21 Jun 2021 11:12:59 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=41436 Continuer la lecture ]]> …on diffuse tout ce qui nous touche, dans une projectualité individualiste, tendance nihiliste ou pas, mais résolument anarchiste, anti civ, et en guerre contre les normes.
On aime le conflit, quand ça gratte et que ça fait débattre.

Liste des brochures disponibles sur demande à joiedevivre (a) riseup.net

Brochures à télécharger :

* Le Soleil se lève toujours
Conspiration des cellules de Feu / Ed Joie de Vivre
* Communisation : le déclin sénile de l’anarchie
Conspiration des cellules de Feu / Ed Joie de Vivre
* Dangerous Space : Résistance par la violence, autodéfense et luttes insurrectionnelles contre le genre / Ed Joie de Vivre
* J’ai pété une case et c’est pas prêt de s’arranger
* J’ai perdu tout espoir
* Nous ne voulons plus attendre
* Pour un antispécisme anarchiste et nihiliste / Ed Joie de Vivre
* Œillères solidaires / Ed Joie de Vivre
* L’abolition de la prison
discours de C. Baker / Ed Joie de Vivre
* Les frères de la forêt
Extrait du livre « A bas la démocratie, vive la révolution », édité chez Mutines Séditions. / Ed Joie de Vivre

 

En version papier uniquement :

* Histoire des peuples des forêts
Récits et histoires de marginaux et d’hérétiques du moyen âge et de leur rapport à la forêt
* Cauchemar technologique (1 et 2)
Editions Diomedea. Recueil de textes contre les technologies
* Des singes pas des savants
Récit et analyses en temps de confinements
* Comme un loup garou en quarantaine un soir de plein lune
Réflexions sur une lutte dite de territoire, inspirées du groupuscule-qui-fait-clairement-régner-la-terreur-à-Bure
* Au dixième coup le ciel trembla
Fiction misantrope, des histoires de crises d’amok
* Petit conte contre le monde
Histoire imagée de résistance aux normes civilisées

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Brochure : blablADN https://attaque.noblogs.org/post/2021/06/02/brochure-blabladn/ Wed, 02 Jun 2021 19:16:51 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=43309 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / mardi 1er juin 2021

tout cramer pour brûler + longtemps : un guide pour ne pas laisser de traces

La preuve par l’ADN est aujourd’hui largement utilisée par le système judiciaire comme outil de répression. Dans ce contexte-là, la circulation d’informations pas vérifiées comme « l’acétone détruit les traces ADN » met en danger les personnes face à la répression. Le but de cette brochure est à la fois de comprendre comment les flics identifient une personne avec l’ADN, et de proposer des pistes pour s’en protéger. L’idée ici est de participer à construire une culture de la sécurité autour des empreintes génétiques. On va surtout parler d’ADN, qui n’est qu’une question parmi plein d’autres autour de la sécurité face à la répression.

C’est une brochure à vocation pratique, mais on va faire des détours (pas trop longs) par des trucs théoriques. On va d’abord parler de comment les keufs travaillent avec l’ADN. Ensuite on va donner des pistes sur comment rendre leur taf le plus difficile possible, aussi bien en donnant des clefs pour se faire ses propres protocoles de sécurité qu’en proposant un protocole qui nous parait pertinent. À la fin, on a rajouté des annexes plus théoriques sur la biologie de l’ADN et sur certains aspects techniques de son utilisation par les keufs scientifiques.
En bonus, une petite annexe avec une liste de labos et fabricants de matériel servant à l’identification ADN, avec des adresses.

 

A télécharger au format brochure ou page par page.

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Rhizome n°6 enfin dans les bacs https://attaque.noblogs.org/post/2021/05/29/rhizome-n6-enfin-dans-les-bacs/ Sat, 29 May 2021 20:02:38 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=43245 Continuer la lecture ]]> Renversé / vendredi 28 mai 2021

Rhizome ; un journal anarchiste pour diffuser la résistance contre le génie génétique et son monde. Le numéro 6 n’est pour l’instant disponible uniquement en français.
Retrouvez la version PDF sur notre site.

Edito – Le champ du contrôle continue de s’étendre

L’équipe de recherche de Beat Keller, de l’université de Zurich, déjà responsable du développement du blé génétiquement modifié (GM) pour résister à l’oïdium, a obtenu en juin 2019 l’autorisation de office fédéral de l’environnement (OFEV) pour faire des essais en plein champ d’orge génétiquement modifiée dans le champ ultra-sécurisé de Zurich-Reckenholz, le « Protected Site ». Selon l’Alliance suisse pour une agriculture sans génie génétique (StopOGM), la demande ne comportait même pas la méthode de réalisation des expériences qui est censée être obligatoire, ce qui montre une fois de plus que ni l’OFEV, ni l’EFSA au niveau européen, n’ont pour fonction de protéger la population, mais de faciliter le travail de l’état dans son entreprise d’industrialisation du monde.

Sur le site d’Agroscope, l’organisation de recherche publique qui héberge les essais, on nous rejoue la farce de la « recherche fondamentale » : cet essai ne servirait qu’à « comprendre le comportement » de cette chimère génétique… Or qui peut croire qu’il ne s’agisse pas de cultiver cette orge de brasserie censée être résistante aux maladies fongiques ? L’agriculture suisse ne cultive que peu d’orge de ce type, et comme pour le blé GM développé par la même équipe de recherche, les maladies visées et le type de culture choisies correspondent à des méthodes agronomiques pratiquées dans d’autres pays à une échelle industrielle. Autrement dit, le but pourrait bien être que la Suisse puisse exporter de la technologie et gagner sur l’exploitation des droits de licence sur les brevets.

Protected Site 6 : Anarchists 0

Si les essais de maïs GM dont la demande a été déposée au même moment par la même équipe de recherche sont aussi autorisés, et évidemment ils le seront, ça fera six variétés GM autorisées pour des essais en six ans d’existence du Protected Site. Et ces essais ont pu jusqu’ici se dérouler sans qu’aucune opposition directe ne les empêche. Nous n’avons eu connaissance d’aucun sabotage sur le site.

Début 2018, Beat Keller dressait dans un communiqué un bilan satisfaisant (pour lui) de quatre ans d’essais de blé GM résistant à l’oïdium sur le Protected Site. Comme il avait obtenu en 2014 une autorisation pour cinq ans d’essais, il a ensuite déposé une demande pour la poursuite de ses essais de blé, qu’il a évidemment obtenue en mars 2019.

Riz6fr-20210524-web Pour rappel, les rôles du Protected Site sont à la fois d’offrir un refuge à la recherche agrobiotechnologique suisse et européenne contre les sabotages des indispensables essais en plein champ [1], permettant de donner quelques chances aux chercheureuses du secteur dans la compétition internationale ; et de contribuer à l’acceptation des OGM au niveau national. Si ce dernier rôle est apparemment inefficace, peut-être parce qu’un site militarisé n’est pas idéal en termes de communication, il faut savoir que le gouvernement suisse refuse de considérer que les nouvelles techniques de modification génétique produisent des OGM, alors que lors de la consultation préalable des parties intéressées le responsable du Protected Site a offert de pouvoir tester des plantes issues de ces technologies, si le gouvernement venait à estimer cela nécessaire à la construction d’un consensus. Quant à l’affaiblissement du rapport de forces, il semble qu’à part en France et en Italie dans une certaine mesure, le mouvement d’action directe anti-OGM est au point mort. Il faut bien reconnaître que la quasi-totalité de l’opposition est portée par des organisations strictement légalistes, ce qui n’empêche que la pression des possibles sabotages reste présente et maintient des coûts de sécurité élevés.

L’essentiel de cette offensive technoscientifique qu’est la conquête de la génétique des êtres vivants se passe dans des laboratoires relativement difficiles d’accès. Tandis que les essais en plein champ, indispensables pour réaliser l’insertion des produits de laboratoire dans la réalité ouverte et complexe des champs cultivés et de leur environnement, ont longtemps été identifiés comme un point vulnérable, en même temps qu’un moment crucial.

Face à la surenchère de sécurité, c’est-à-dire à la militarisation des essais, les opposant·e·s déterminé·e·s à recourir à l’action directe se trouvent confronté·e·s au choix de surenchérir au niveau tactique et/ou prendre davantage de risques lors d’une attaque directe des essais – ce qui reste possible, ne serait-ce que pour détruire l’aura d’invincibilité du site ; ou alors de changer de cibles afin de perturber autrement le développement en cours, ce qui a été fait en Suisse pendant les trois premières années d’existence du Protected Site mais de manière très dispersée. Précisons que nous n’avons pas affaire à une entreprise qui pourrait faire faillite si on lui cause suffisamment de pertes ou si on pousse ses partenaires financiers à se désengager (comme par exemple lors de la campagne SHAC contre la vivisection), mais à l’état et son budget voté par le parlement.

La situation est on ne peut plus difficile, car les recherches avancent non seulement dans le Protected Site mais aussi dans les laboratoires, non seulement sur la génétique mais aussi sur la robotique, les big data et les nanotechnologies [2], non seulement sur les plantes mais aussi sur les animaux (qu’ils soient considérés comme des ressources ou comme des nuisibles pour le système agro-industriel, qu’illes soient humain·e·s ou pas), pour être diffusées dans les champs et les forêts cultivées mais aussi dans les autres écosystèmes [3]… Comme disait le capitaine Haddock dans Rhizome n°3, « faut pas se leurrer Tintin, c’est seulement lorsqu’on aura renversé l’entier du système qu’on sera à l’abri des OGMs ».

Rage vivante

Pour autant, faut-il déserter ce terrain ? Rhizome et les autres initiatives récentes ont remis la question du génie génétique à l’agenda des milieux anarchistes de quelques pays, mais force est de constater que très peu de personnes se mobilisent sur ce thème. La force du capitalisme technoscientifique est aujourd’hui telle que nous sommes tou·te·s submergé·e·s. « Nous sommes la rage vivante d’une planète mourante » et nous le resterons.

Alors, nous nous rendons bien compte qu’il reste difficile, même entre nous, de nous mettre d’accord sur une ou des stratégies. À commencer par les définitions du mot stratégie, que ce soit « le déploiement des moyens qu’on conçoit afin de gagner une guerre ou d’atteindre les objectifs d’une campagne de lutte » ou « une intervention qui ne soit pas récupérable et n’abaisse pas la conflictualité », qui révèlent différentes manières de concevoir les luttes. L’attaque diffuse, par exemple, gardera toujours ses qualités d’imprévisibilité, d’accessibilité et de liberté, mais parallèlement quelques-un·e·s d’entre nous pensent qu’au vu des enjeux, cette approche ne saurait suffire et que nous devrions affronter la question de l’efficacité pour pouvoir peser sur le cours des choses. La question de l’élargissement du mouvement nous travaille aussi, avec des tensions autour du rapport aux mobilisations de masse. Lieux de rapports de pouvoir, situations trop facilement récupérables par certains agents de la domination ? L’occasion de créer un pont entre diverses tendances, de faciliter l’accès à des parcours d’action directe ? On peut constater qu’il n’y a pas eu, en Suisse ces dernières années, des situations où des gens auraient pu rejoindre la lutte anti-OGM radicale de manière facilitée – c’est-à-dire autrement qu’en lisant quelque chose puis en prenant de manière isolée l’initiative d’une action – et que ces situations ne sont pas apparues spontanément. Il y a eu des manifestations non-offensives et des actions clandestines ; il n’y a rien eu entre les deux comme par exemple des actions directes à risque modéré appelées publiquement. Réaffirmons-le : nous appelons à l’auto-organisation, n’attendons pas que la libération vienne de quiconque d’autre que nous-mêmes ! En même temps, ne devrait-on pas aussi accorder de l’importance à la rencontre dans la lutte, à la coordination et à la réflexion stratégique partagée, pour enfin menacer sérieusement la domination ? [4]

L’existence du Protected Site a provoqué un certain sursaut sur ce front « OGM » de la lutte globale, et il est clair que celles et ceux qui s’y sont engagé·e·s jusqu’ici ont tenté ce qu’illes ont pu, avec autant d’audace que d’erreurs. Mais malgré les limites de ce qui a été tenté, l’heure n’est pas au renoncement : des centaines d’espèces sont aujourd’hui attaquées par l’ingénierie génétique, et les brevets sont un instrument important de l’oppression néocoloniale. Il est faux de croire que les OGM sont déjà partout et qu’il est trop tard. Chaque jour dans le monde, de nouvelles attaques sont perpétrées et notre résistance est nécessaire à la fois pour empêcher de nouvelles nuisances irréversibles et pour renverser le rapport de forces face à la domination.

Si l’aventure de Rhizome continue, ses pages pourront servir à accueillir vos contributions écrites à la lutte, que ce soit pour explorer les perspectives ouvertes dans des textes comme celui-ci ou pour relater vos actions inspirantes.

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Les anciens numéros des publications 325 et Dark Nights (en anglais) https://attaque.noblogs.org/post/2021/05/18/les-anciens-numeros-des-publications-325-et-dark-nights-en-anglais/ Tue, 18 May 2021 18:09:34 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=42958 Continuer la lecture ]]> Le collectif anglophone 325 a récemment été visé par une opération répressive, ce qui a porté entre autre à la saisie du serveur de l’hébergeur nostate.net.
Leur site n’est donc plus en ligne (les sites d’autres projets anarchistes hébergés pas nostate.net ont également été affectés, mais à l’heure actuelle la plupart sont à nouveau en ligne).
La revue 325 et le bulletin Dark Nights continuent à exister et à être diffusés.

Comme geste minimal de solidarité, on publie ici, pour le téléchargement, les fichiers des anciens numéros des deux publications (du moins ceux qu’on a trouvé – si quelqu’un.e a les autres et veut bien les envoyer… ;-)

325

325 #12

325 #11

325 #10

325 #9 – An insurgent zine of social war & anarchy

325 #8 – (A data network for direct action) (A media framework for social war) (The refusal of fixed territory)

325 #7 – A data network for direct action. A media framework for social war. The refusal of fixed territory

325 #6 – … a data network for direct action… a media framework for social war… the refusal of fixed territory…

325 #5 – An insurgent anti-prison zine of social war & anarchy

325 #4 – Organise. Replicate. Resist.

325 #3 – An insurgent anti-prison zine of social war & anarchy

325 #1 – à télécharger à cette adresse : https://ia800603.us.archive.org/12/items/325-01/325-01.pdf

325 #2 – à télécharger à cette adresse : https://ia801608.us.archive.org/11/items/325-02/325-02.pdf    (yep merci de nous les avoir signalés !)

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DARK NIGHTS

Dark Nights #51 – ‘War is the supreme drama of a completely mechanized society’

Dark Nights #50

Dark Nights #49 – For Mutual Aid & Solidarity

Dark Nights #48 – ‘Without Delay’ by Michela Ortu & Pierleone Porcu (ACN)

Dark Nights #47 – ‘Against Surveillance State UK / Contra la Vigilancia del Estado de Reino Unido’ – EN/ES (ACN)

Dark Nights #46 – ‘Chaotic Variables’ by CCF – Metropolitan Violence Cell (ACN)

Dark Nights #45 – ‘Without a Trace of Remorse’ by Aggeliki Spyropoulou & ‘April’s Dream’ by Eat (ACN)

Dark Nights #44 – ‘Turn up the Heat’ & ‘Communique by CCF – Urban Guerilla Cell′ – Feb 2016 (ACN)

Dark Nights #43 – ‘Beyond right and wrong’ & ‘Evi Statiri on hunger strike 14/9’ – Sept 2015 (ACN)

Dark Nights #42 – ‘In Cold Blood’, ‘The Fleas and the Jackal’ – August 2015 (ACN)

Dark Nights #41 – ‘Against all States – Against all Gods’ – Sept 2014 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #40 – ‘Freedom and Solidarity to C.Xiros’ – March 2014 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #39 – ‘Long live the new Anarchy!’ – Jan 2014 (ACN)

Dark Nights #38 – ‘Letters of Nicola Gai & Alfredo Cospito’ – Nov 2013 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #37 – ‘Letter of anarchist Andreas Tsavdaridis’ & ‘Letter by ICR-FAI/FRI Indonesia’ – Sept 2013 (ACN)

Dark Nights #36 – ‘Freedom to the Wolves of the North’ – August 2013 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #35 – ‘Fragment: Violence’ + ‘Letter from Giannis Naxakis’ – Late June 2013 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #34 – ‘In Memory of Mauricio Morales’ – June 2013 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #33 – ‘The Submissive Crowd’ & ‘About the case of the arrested anarchists in Nea Filadelfia (Northern Athens)’ – May 2013 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #32 – Words from José Miguel Sánchez to all the comrades and underground action groups of the world – Apr 2013 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #31 – ‘Letter from the 4 arrested anarchists – Kozani case’ + ‘Soli-days for Felicity Ann Ryder’ – Feb 2013 (ACN)

Dark Nights #30 – ‘Days of Action in Solidarity with Marco Camenisch’ – Jan 2013 (ACN)

Dark Nights #29 – Considerations on Action and Anarchy – Dec 2012 (ACN)

Dark Nights #28 – ‘Statement of Jean Weir to the terror-court of Korydallos – Revolutionary Struggle Case’ – Nov 2012 (ACN)

Dark Nights #27 – ‘Subversive disassociation – Fragment against civil anarchism’ – Oct 2012 (ACN)

Dark Nights #26 – ‘Crackdown in Italy’ – anti-repression anarchist dialogue – Sept 2012 (ACN)

Dark Nights #25 – ‘The Bosses Grand Idea – The Olympic Spectacle of Money and Power’ – July 2012 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #24 – ‘Some Notes on Anarchism and The Proletarian Myth’ + ‘The Nihilist Abyss’ – July 2012 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #23 – Chaos just around the corner – July 2012 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #22 – International repressive operation ‘Ardire’ launched against anarchists (ACN)

Dark Nights #21 – Reports from the trial of anarchist armed group ‘Revolutionary Struggle’ (ACN)

Dark Nights #20 – Scandalous thoughts – a few notes on civil anarchism (ACN)

Dark Nights #19 – Against the Corporations of Death – May 2012 (ACN)

Dark Nights #18 – Wrath knows no borders – Solidarity with the Hungerstrikers in Greece – May 2012

Dark Nights #17 – A World on Fire – April 2012

Dark Nights #16 – Insurrection … Is the Mother of Revolution – March 2012 (ACN) – MANQUANT

Dark Nights #15 – Bad Passions & More

Dark Nights #14  – Anarchist & Anti-Prison newsletter + supplement

Dark Nights #13 – Anarchist & Anti-Prison newsletter NYE 2011-2012

Dark Nights #12 – European Social Struggle – May Supplement – MANQUANT

Dark Nights #11– Anti-System Conflict in the United Kingdom – MANQUANT

Dark Nights #10 – Letters from imprisoned anarchists in Greece

Dark Nights #9 – Solidarity with Greek prisoners in Struggle

Dark Nights #8 – Anarchist & Anti-Prison Newsletter September 2010

Dark Nights #7 – MANQUANT

Dark Nights #6 – Anarchist & Anti-Prison Newsletter March 2010

Dark Nights # 5

Dark Nights # 4

Dark Nights # 3, 2, 1 – MANQUANTS

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Publication (en espagnol) : Nouveau numéro de la revue Confrontación https://attaque.noblogs.org/post/2021/05/12/publication-en-espagnol-nouveau-numero-de-la-revue-confrontacion/ Wed, 12 May 2021 18:07:08 +0000 https://attaque.noblogs.org/?p=42806 Continuer la lecture ]]> reçu par mail / lundi 10 mai 2021

Nous sommes là une fois de plus, pour aller jusqu’à des lieux inattendus, dans la CONFRONTATION contre toute forme de pouvoir et d’autorité.
Oui, toute forme d’autorité, y compris celle qui se déguise en révolte et en « révolution », en essayant d’amener les luttes vers de nouvelles et d’anciennes façons de prendre, de contrôler ou de construire le pouvoir.
Avec une conviction anti-autoritaire claire, nous crions inlassablement : « Ne pas donner des ordres, ni leur obéir, attaquer et détruire toute forme de pouvoir ! ».

Depuis notre position anarchiste, nous continuons à faire de l’agitation et à réfléchir ; dans ce numéro, on touche à l’extension du contrôle, aux réponses à apporter à la répression, à la journée du 29 mars, à la farce constituante et aux activités anarchistes.

La destruction de l’existant, ou rien !

Journal Confrontación

 

Pour contacts et/ou pour participer à la diffusion, écrire à : confrontacion@riseup.net

 

Pour télécharger ce n°7 de Confrontación, cliquer ici.

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